Je suis Mme Rowling, et comme j'ai fini d'écrire Harry Potter and the Deathly Hallows, je me mets à la fanfic...

Mode chevilles gonflées et ego surdimensionné
J'ai dépassé les cent reviews ! Youpi-da ! Hourra, hourra, hourra !

Mode normal

Merci à tous ceux qui prennent le temps de lire et de laisser un commentaire !

Comme ness l'a intelligemment fait remarquer, les Aurors ont eu autorisation d'utiliser les Impardonnables à une époque. Etant de très mauvaise foi, je dirai simplement que détester les Mangemorts au point de pouvoir leur lancer un sortilège impardonnable, beaucoup de gens trouveront que c'est très bien...


Chapitre 20 : Serpentard, mon ami

Le monde est iniquité ; si tu l'acceptes, tu es complice, si tu le changes, tu es bourreau.

Jean-Paul Sartre, Le Diable et le bon Dieu.

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Severus se fichait complètement du sort du jeune Croupton : l'élève n'étudiait pas sa matière et ne faisait pas partie de sa Maison. Il était plutôt content que le collégien fanatique fût enfin sous bonne garde, et une joie de mauvais aloi l'avait même saisi à l'idée que son juge haineux, Croupton père, allait devoir condamner sa propre chair. La seule image nette qu'il gardait de son procès était ce regard plein de haine posé sur lui. Oh, bien sûr, il savait qu'il méritait cette haine, mais enfin, dans son état de faiblesse ce jour-là, se voir damné dans les yeux du juge avant même que le procès n'ait commencé ne lui avait pas fait particulièrement plaisir.

Il n'aimait pas ces petits pères-la-vertu dont le cœur était presque aussi noir que le sien et qui ne restaient dans le droit chemin que parce qu'ils n'avaient ni l'imagination, ni l'audace, ni l'occasion d'en sortir. D'ailleurs, Rita Skeeter partageait son avis, pour une fois. Ses articles étaient pleins de venin contre le président des tribunaux spéciaux et la campagne de Croupton pour devenir ministre de la Magie s'annonçait plus délicate que prévue.

Chourave avait beaucoup de mal à se remettre de cette affaire. La mort du Mangemort Faustus O'Connor, un brillant gamin de vingt ans, avait été très dure pour elle au début de l'année. Voir un autre de ses chers Poufsouffle, bien pire, un élève encore sous sa responsabilité, être arrêté sous ses yeux pour un crime abominable la rendait malade. Elle ne cessait de répéter à longueur de journée : « C'est impossible, c'est impossible... pas le petit Bartemius, voyons ! Sa mère est une sorcière délicieuse, délicieuse, oui... Non, c'est impossible... »

Le doute était général : Croupton niait fermement, aucun de ses camarades n'avait remarqué la moindre tendance meurtrière chez lui, et Severus lui-même n'était pas capable de l'identifier avec une certitude absolue.

De plus, il n'était vraiment pas sûr d'avoir entendu quelqu'un transplaner lors du Bal de Nouvel An. Il était de toute façon hors de question qu'il témoigne devant le tribunal. Il ne se sentait pas capable d'affronter à nouveau le Magenmagot. Dumbledore ne voulait pas l'y forcer : la parole de Severus n'avait guère de valeur devant la justice et son témoignage n'apporterait aucune donnée essentielle.

Severus était donc ce soir-là tranquillement installé à son bureau en train de corriger des copies, lorsqu'on frappa à sa porte.

— Entrez ! ordonna-t-il d'un ton désagréable, mécontent d'être dérangé.

— Bonsoir, Monsieur, dit une toute petite voix.

— Miss Sinistra ? demanda Rogue, un peu étonné. Que se passe-t-il ?

— Je... je voulais juste... vous...vous demander...

— Quoi donc ? finit-il par l'interrompre, agacé.

Il la regarda plus attentivement. Elle n'avait pas l'air bien : le teint pâle, les traits tirés, les yeux rougis et fortement cernés... Severus se rappela qu'elle était de la même année et de la même Maison que Croupton. Elle devait le connaître très bien et, sentimentale comme elle était, elle avait dû avoir un sacré choc.

— Est-ce que... est-ce que vous saviez, pour Barty, Monsieur ?

Décontenancé, Severus ne savait que dire. Il ne s'attendait vraiment pas à une telle témérité ! Il renonça à la renvoyer brutalement en refusant de lui répondre : elle n'en serait pas affectée, elle ne réagissait plus aux remarques acerbes de son professeur depuis plusieurs jours déjà. Au bout d'un long moment de silence, il prit enfin la parole, tandis que la préfète fixait obstinément le bout, d'ailleurs un peu sale, de ses chaussures.

— Miss Sinistra, croyez-vous qu'il serait prudent d'imposer un tatouage à des élèves vivant à Poudlard ?

— Non, Monsieur, répondit-elle après un instant de réflexion.

— Le Seigneur des Ténèbres préférait avoir des recrues bien formées, continua-t-il froidement. Il n'acceptait pas de sorciers sans diplôme. Votre camarade n'a jamais fait officiellement partie des Mangemorts, c'est certain.

— Il est innocent, alors ?

Son ton prouvait qu'elle ne croyait pas vraiment ce qu'elle disait.

— Je n'en sais rien, Miss Sinistra, avoua Severus. Il est tout à fait possible que Bellatrix Lestrange l'ait engagé, faute de volontaires. Elle a toujours mis le dévouement au-dessus de la compétence.

Le Mangemort se tut, furieux contre lui-même. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Il n'allait pas disserter sur le caractère de Bellatrix avec Miss Sinistra ! La petite le regardait avec des yeux ronds, très surprise elle aussi du bavardage intempestif du taciturne Maître des Potions. Elle n'osait rien dire, c'était encore à lui de briser le pesant silence qui régnait dans la pièce.

— Miss Sinistra, vous ne devriez pas vous laisser émouvoir ainsi. Il n'y a rien de tellement surprenant à trouver un Mangemort près de vous : tout le monde a au moins une bonne raison de devenir Mangemort. Même les sorciers les plus ordinaires... surtout les sorciers les plus ordinaires...

Il pensa à ses anciens camarades. Beaucoup n'étaient que des enfants naïfs le jour de leur entrée au service du Seigneur des Ténèbres. Ce pauvre Regulus Black, par exemple ! Severus, lui, avait suivi son propre chemin d'obscurité, mais il était l'un des rares. Peut-être était-ce pour cela qu'il avait été capable d'emprunter une autre route ensuite : il avait toujours choisi consciemment la voie dans laquelle il s'engageait. Il connaissait la haine, la vengeance, et le goût du sang avant de recevoir sa Marque, il ne s'agissait pas pour lui de fantasmes malsains d'adolescent immature.

— Vous croyez que moi aussi, j'aurais pu...

La voix de son élève le ramena brutalement à la réalité. Elle ne pouvait pas aller jusqu'au bout de sa pensée, horrifiée.

— Évidemment, Miss Sinistra, que vous aussi, vous pourriez. Vous êtes si niaise et si manipulable ! Vous n'auriez pas le temps de vous rendre compte de ce qui vous arrive que vous vous retrouveriez plongée dans la Magie Noire et dans le sang jusqu'au coup.

Elle frissonna, saisie d'horreur. La voyant reculer vers la porte, terrifiée et fascinée, Severus eut un rictus ironique. Son ton doucereux, presque inaudible et léger comme la plus fine soie, provoquait toujours des réactions intéressantes chez ses victimes. Son Maître s'en était beaucoup amusé, autrefois.

— Vous avez de la chance, Miss Sinistra. Je n'ai jamais été chargé de fournir les rangs du Seigneur des Ténèbres en chair fraîche. Vous n'avez pas à craindre que je cherche à vous attirer dans la Magie Noire. Vous pouvez partir avec votre petite âme pure et nette.

Elle ouvrit la porte et sortit rapidement, sans le saluer. Severus caressa doucement ses lèvres de son doigt, habitude qu'il avait prise à Azkaban et dont il ne parvenait pas à se défaire. Il était assez fier de lui : il venait probablement de lui coller la plus belle peur de sa vie ! Et il était certain que ses mots la hanteraient encore longtemps. C'était une bonne chose : quand on est certain d'être trop bon pour toucher au mal, on risque plus que jamais de sombrer dedans.

Cependant, lui-même ne se souvenait pas de s'être un jour cru « bon ».

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Tard cette nuit-là, Severus, confortablement installé devant sa cheminée, un verre de Bièraubeurre à la main (il se méfiait de l'alcool), tentait de se souvenir de ses jeunes années de Mangemort.

Il s'était montré dévoué, inventif, cruel, terriblement sadique parfois. Cela lui avait plu. Et pourtant... il était toujours resté un peu en recul.

Encore un héritage de son père, sans doute. Tobias n'en voulait pas seulement à sa femme et à son fils. Il en voulait à la terre entière. Aussi s'en prenait-il régulièrement à toutes les institutions qu'il connaissait, tournant en ridicule les bourgeois, la bourgeoisie et les bonnes manières d'une société qui l'excluait. Severus suivait la tradition en méprisant ce qu'il ne pouvait avoir. Il avait très tôt appris à moquer les croyances les plus chères des autres, et à railler leur solennité pompeuse. Le cérémonial grandiloquent qu'affectionnait son Maître l'avait donc toujours laissé de marbre, même au moment de son initiation.

Pourtant, elle était belle, la cérémonie du Marquage ! Chaque détail était étudié pour impressionner les esprits et renforcer la gloire du Seigneur des Ténèbres. Severus l'avait trouvée un peu ridicule. Il s'était soumis, car il avait des ambitions à l'époque. Il voulait être reconnu, accepté, honoré et couvert d'or au milieu des Mangemorts. Surtout, il était en réelle vénération pour son Maître.

Severus sourit en songeant à la façon dont Lucius l'avait prévenu, peu de temps avant le grand jour :

— Tu verras, Severus. C'est un peu kitsch et nouveau riche, tout ce tralala. Mais c'est nécessaire, évidemment, pour les petits esprits, comme Wilkes ou Goyle. Il leur faut du clinquant. Je sais que tu as des goûts plus épurés, mon vieux, c'est moi qui t'ai formé, mais que veux-tu... Les âmes d'élite sont rares, même chez nous...

De cette nuit-là, Severus gardait peu de souvenirs précis. Son face-à-face avec le Seigneur des Ténèbres avait éclipsé tout le reste. Quand le Maître avait plongé son regard dans le sien et lui avait demandé son âme, il l'avait offerte sans hésiter, avec un élan de gratitude et d'affection comme il en éprouvait peu. C'était la première fois que quelqu'un s'intéressait à son âme et le lui disait. C'était la première fois qu'il échangeait un tel regard avec qui que ce fût. C'était la première fois que son cœur battait aussi violemment. C'était encore à ce jour le moment le plus intense de sa vie.

Perturbé, Severus se leva et se mit à faire les cent pas. Sa trahison lui pesait. Il se demandait parfois s'il n'eût pas mieux valu rester fidèle à Lucius et au Seigneur des Ténèbres. Qu'avait-il gagné à se tourner contre eux ?

— Tu as évité Azkaban et gagné la confiance de Dumbledore, fit-il remarquer à son reflet. C'est le contraire de ce que tu méritais, et c'est exactement ce que pouvait souhaiter n'importe quel Serpentard digne de ce nom.

Il eut une moue dubitative : obtenir la confiance de Dumbledore ne faisait certainement pas partie des désirs du moindre Serpentard... Mais il savait qu'il avait gagné au change. Son Maître n'éprouvait ni affection ni confiance, les Mangemorts étaient pour lui de simples esclaves. Severus était heureux d'avoir trouvé ces sentiments chez le directeur. C'était sûrement son secret le plus honteux : il avait envie d'être aimé.

— Espèce de crétin sentimental, dit-il d'un ton dédaigneux à l'image que lui renvoyait le miroir.

Avec un soupir, il alla se coucher. Décidément, il pensait trop.

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Le procès des Lestrange fut très mouvementé. La femme de Croupton intervint pour demander la grâce de son fils, obtenant un refus féroce de la part de son mari.

Severus se félicitait de ne pas avoir assisté à ces scènes pénibles. Mais sa méfiance pour sa collègue de Défense contre les Forces du Mal ne faisait qu'augmenter. Il savait par Dumbledore que Mrs Croupton était une petite sorcière terne en adoration devant son brillant époux. Pour l'amour de son fils, elle avait trouvé le courage de s'opposer publiquement à lui. Andromeda Tonks, au contraire, avait toujours eu un caractère bien trempé : on pouvait se demander avec une inquiétude légitime jusqu'où elle irait pour sauver sa fille des griffes d'un Mangemort dont le repentir lui paraissait plus que douteux.

C'est pourquoi Severus se sentit menacé en voyant Tonks s'asseoir à côté de lui au déjeuner. Il lui fit un petit signe de tête, plus ironique que réellement poli, auquel elle répondit de manière tout aussi glaciale. Le début du repas se déroula dans un silence de mort, chacun des deux enseignants jetant régulièrement des coups d'œil discrets et profondément hostiles à son voisin.

— Dites-moi, Rogue, demanda soudain Tonks. Vous auriez pu signaler la présence d'un Mangemort au sein des élèves. C'est le rôle d'un espion, non ?

— Professeur Tonks, répondit-il sur le ton le plus fielleux qu'il pouvait prendre, permettez-moi de vous rappeler que les renseignements que j'ai pu fournir ont été directement transmis à Dumbledore. S'il n'a pas trouvé bon de vous avertir de tout, je n'y puis rien. D'ailleurs, le jeune Croupton n'était-il pas dans votre classe ? J'aurais cru que la brillante spécialiste de la défense contre les forces du mal que vous êtes était en mesure de détecter les mages noirs parmi ses étudiants...

— Vos sarcasmes ne me touchent pas, Rogue. Je suis sûre que vous étiez au courant et que vous avez couvert ce criminel. Comme vous avez couvert tous vos petits camarades ! Un espion qui ne livre pas un seul nom au cours de son procès... Ça montre bien de quel côté vous êtes !

— Vous savez, Professeur Tonks, dit Rogue d'une voix basse très douce (ce qui traduisait chez lui un état d'agacement extrême), il est assez rare qu'on révèle à tout un chacun des actions dont le principe est d'être secrètes. Mon rôle dans cette guerre ne vous regarde pas.

— Vous ne vous en sortirez pas toujours aussi facilement, Rogue. Un jour, vous serez bien obligé de choisir votre camp !

— Professeur Tonks, excusez-moi, je ne vous comprends pas bien. La guerre est finie, que je sache. Il est un peu tard pour choisir son camp.

— On ne peut pas éternellement faire semblant d'être autre chose que ce qu'on est, Rogue. Paix ou pas, vous finirez nécessairement par révéler votre véritable nature.

— Je vous comprends de moins en moins, Professeur Tonks. Si c'est une question de nature, comment pourrais-je être en mesure de choisir mon camp ?

Severus s'était levé tout en disant cette dernière phrase et il n'attendit pas la réponse de sa collègue. Sans saluer personne, il sortit rapidement de la Grande Salle. Il était troublé. Tonks n'avait peut-être pas tort : la Magie Noire faisait partie de lui, désormais. Lui serait-il toujours possible de repousser la tentation de s'en servir ?

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Stella Sinistra était bouleversée. Pendant près de sept années, Barty avait été un bon camarade, toujours gentil, toujours prêt à rendre service. Ils étaient même sortis ensemble un moment, quand elle était en cinquième année ! C'était à peine une amourette, et elle s'était lassée de l'entendre parler sans cesse de son père, mais quand même...

Elle avait espéré, un peu stupidement, que Rogue l'aiderait à y voir clair, lui dirait si oui ou non Barty était un mage noir. N'était-il pas bien placé pour les reconnaître ? Au lieu de cela, il lui avait pour ainsi dire expliqué qu'il considérait tous les sorciers comme des monstres potentiels !

Stella essayait depuis deux jours de se convaincre qu'elle n'aurait jamais pu devenir Mangemort. Les Mangemorts avaient tué son père qu'elle adorait, sa mère était une Moldue, il était évident qu'elle n'était pas une candidate idéale, non ? Pourtant, elle savait bien ce qu'elle avait ressenti en découvrant la Marque des Ténèbres sur le bras de Rogue au début de l'année. Elle s'était sentie trahie par le professeur, elle l'avait profondément haï et il lui avait fallu toute sa force d'âme pour se résoudre à le soigner plutôt qu'à l'achever avec un sort aussi mortel que douloureux.

Si quelqu'un avait cultivé soigneusement le désir de vengeance qu'elle avait ressenti après la mort de son père, si on l'avait habilement manipulée jusqu'à ce qu'elle n'éprouve plus que de la haine pour ceux qui auraient dû le protéger et qui l'avaient laissé mourir... que serait-elle devenue ?

Le professeur Tonks aussi disait que les mages noirs pouvaient être partout. Elle n'effrayait pas ses élèves en prétendant qu'ils étaient tous des Mangemorts en puissance, mais on pouvait logiquement déduire cela de son discours.

Alastor Maugrey avait pour devise : « Vigilance constante ! » Stella se dit que cette vigilance devait s'exercer autant sur soi que sur les autres. Le danger ne venait pas seulement des inconnus, il venait de ses propres amis, de sa propre famille, de son propre cœur.

La jeune fille méditait ces sombres pensées sans relâche. Elle dormait mal, elle avait perdu le sourire, elle ne mangeait plus grand-chose. Ses amis ne la reconnaissaient plus. Les mauvaises langues prétendaient que Rogue l'avait larguée, ayant obtenu d'elle tout ce qu'il désirait, et qu'elle ne s'en remettait pas. Dumbledore et Chourave s'inquiétaient pour leur préfète en chef et Quirinius ne comprenait rien à l'attitude de sa petite amie.

— Mais enfin, Stella, commença-t-il un soir dans le bureau des préfets, pourquoi es-tu si morose ? Croupton est en prison, nous ne risquons plus rien !

— Quirinius, si Barty était un Mangemort, ça veut dire que n'importe qui peut l'être ! Comment peux-tu être sûr qu'il n'y en a plus dans Poudlard ?

— Voyons, Stella, un élève, c'était déjà invraisemblable, plus c'est impossible. Sauf si ton cher Roguichounet en recrute, bien sûr.

— Ce n'est pas « mon cher Roguichounet », soupira la jeune sorcière.

Elle décida de ne pas aborder les autres questions concernant le Maître des Potions. Elle n'avait aucune envie de parler de lui.

— Et puis, ajouta-t-elle pour changer de sujet, tu te rends compte : si jamais Barty était innocent... On lui aurait pris sa vie entière pour rien !

— Il n'est pas innocent, lui assura Quirinius. On n'envoie pas les innocents à Azkaban !

— Les erreurs judiciaires, ça existe, insista Stella.

— Mais c'est pas possible, ça ! s'énerva le Serdaigle. Quand est-ce que tu vas arrêter de prendre systématiquement partie pour ces salauds de Mangemorts ? T'as un problème !

— C'est quand même normal de ne pas condamner les gens si on n'est pas sûr qu'ils soient coupables ! répliqua-t-elle.

— C'est ça, grommela Quirinius. Et après, tu vas venir m'expliquer que Sirius Black est un brave type accusé à tort lui aussi... Non mais vraiment, Stella ! Tu crois que Croupton aurait envoyé son fils en prison sans être sûr à cent pour cent ?

— Oui, répondit-elle simplement. C'est exactement ce qu'il a fait. Personne n'a pu prouver la culpabilité de Barty.

— J'en ai par-dessus la tête ! Si ça t'amuse de flasher sur des criminels, tant mieux pour toi, mais moi, je m'en vais !

Stella regarda son petit ami sortir en claquant la porte. Elle était désolée. Soudain, elle éclata en sanglots. Pourquoi n'y avait-il personne capable de comprendre ses angoisses ?

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Severus s'ennuyait ferme. Le Quidditch ne présentait vraiment aucun intérêt... Tous les élèves criaient, pleins d'énergie, enchantés de profiter d'une des premières belles journées de l'année. Les joueurs s'en donnaient à cœur joie. Serpentard menait mais Poufsouffle avait pour une fois une très bonne équipe.

Autant les matchs contre Gryffondor étaient amusants, puisqu'ils étaient l'occasion d'échanges courtois mais vifs avec Minerva, autant celui-ci manquait cruellement de piquant. Serpentard était en tête de la compétition, pour la première fois depuis fort longtemps, et Severus avait fait comprendre à ses joueurs qu'il n'accepterait pas d'excuse en cas de défaite. Il n'ignorait pas que Chourave aurait bien eu besoin qu'on lui remonte le moral, mais il n'était pas connu pour sa compassion, et il voulait gagner.

Gagner, certes, mais passer deux heures à frissonner dans la fraîcheur d'un mois de mars écossais... Severus ne supportait plus le froid depuis son retour d'Azkaban. Il se couvrait soigneusement de vêtements modifiés magiquement pour être plus chauds et il faisait toujours brûler des feux de bataille dans les cheminées de ses appartements. Malheureusement, les potions réclamaient une température basse constante : il ne pouvait chauffer sa salle de classe sous peine de provoquer des catastrophes.

Enfin, l'Attrapeur de Serpentard consentit à remplir son rôle et se saisit du Vif d'Or. Sous les exclamations enthousiastes de ses camarades, il atterrit et se vit entouré aussitôt des autres membres de l'équipe. Affichant un air plein de morgue et de suffisance, Severus fit un signe de tête approbateur pour le capitaine. Serpentard était la seule Maison à avoir remporté trois fois la victoire : la Coupe de Quidditch lui reviendrait nécessairement, sauf score exceptionnel des Serdaigle à leur dernier match.

Ce soir-là, il y avait fête dans les cachots. Severus avait soigneusement fermé sa glace-espion, bien décidé à ne pas participer aux festivités. Quand l'heure deviendrait franchement tardive, il interviendrait, mais en attendant, il laissait aux préfets la responsabilité de surveiller la horde d'étudiants ravis et surexcités.

Il décida de se promener un peu dans les couloirs : il ne tenait pas à ce qu'un autre professeur aperçoive ses Serpentard éméchés.

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Stella errait dans Poudlard, déprimée. Immobile devant une fenêtre, elle ne vit pas approcher sa camarade et sursauta quand elle l'aperçut.

— Qu'est-ce que tu fais là, Greengrass ?

— Je prends l'air, répondit la jeune Serpentard. Baddock et Rosier sont insupportables quand ils ont un verre dans le nez. Et toi, Sinistra ?

— Je patrouille. Ça fait partie de mes obligations.

— Je croyais que tu devais patrouiller avec l'autre préfet en chef... Ne me dis pas que vous vous êtes encore disputés !

— Je ne te le dirai pas, alors. D'ailleurs, ça ne te regarde pas.

— Non, c'est vrai. Mais c'est tellement marrant, la vie privée des préfets en chef !

— Super drôle, dit Miss Sinistra d'une voix lugubre.

— C'est à cause de Croupton, cette fois, n'est-ce pas ? Baddock m'a dit que tu étais sortie avec lui.

La jeune Poufsouffle poussa un profond soupir.

— Tu vois, Greengrass, dit-elle, entre les gens qui refusent de considérer que Barty puisse être innocent et ceux qui ne trouveraient pas étonnant que tous les sorciers deviennent Mangemorts, je commence à en avoir ma claque...

— À qui t'as parlé, exactement ? Si tu cherches le sens de la vie auprès du cadavre ambulant ou de ton Flanby personnel, t'es pas sortie de l'auberge !

— Greengrass ! s'indigna la préfète en chef. Tu devrais avoir honte de parler comme ça !

— Pourquoi ? demanda la rusée Serpentard d'un ton faussement innocent. Tu as vraiment mal choisi tes sources de renseignement, c'est un fait !

— Eh bien, vas-y, alors, puisque tu es si maligne ! Qu'est-ce que tu as à dire sur le cas de Barty ?

— Je connais mal l'affaire, avoua Greengrass, mais je dirais que le père Croupton est un drôle de type, tu ne crois pas ? Raide comme la justice et tout... Tu as bien vu ce que dit le journal : il a envoyé son propre fils à Azkaban sans le moindre problème !

— Tu fais confiance à La Gazette du Sorcier ?

— Ce n'était pas un article de Skeeter... se contenta-t-elle de commenter.

— Mais quel est le lien entre les rapports de Barty avec son père et le fait qu'il soit devenu Mangemort ?

— C'est simple : avec un père pareil, il n'y a rien d'étonnant que Croupton ait été déséquilibré. Surtout que c'était un Poufsouffle !

— Et alors ? fit Miss Sinistra, vexée.

— Alors, vous autres, à Poufsouffle, vous êtes tous des sentimentaux au grand cœur. Croupton avait sûrement besoin d'un père différent du sien.

— C'est vrai qu'il avait un problème avec son vieux, concéda la préfète en chef. Il en parlait tout le temps, c'était saoulant...

Stella se plongea un instant dans ses souvenirs. Barty était obsédé par le désir de plaire à son père. Elle avait eu l'impression qu'elle ne deviendrait vraiment sa petite amie que si elle obtenait l'agrément de Mr Croupton. Cela l'avait horripilée !

— Et Rogue ? demanda-t-elle soudain. Tu penses que Rogue aussi, il a un problème avec son père ?

— Maintenant que tu le dis... Il y a eu de drôles de rumeurs, non ? répondit Greengrass.

— Quelles rumeurs ? interrogea Stella, pas très renseignée sur les histoires que l'on se racontait en murmurant dans les dortoirs des cachots.

— Son père est mort, il me semble, il était en dernière année. Evaristus a toujours laissé entendre que Rogue avait gagné ses galons de Mangemort le jour de la mort de son père...

— Tu ne veux quand même pas dire que Rita Skeeter avait raison quand elle a écrit que...

— C'est une rumeur qu'elle n'a pas inventée. J'étais gamine à l'époque, ça m'a sacrément foutu les jetons, mais je ne sais rien de plus.

— Et ça nous amène où, tout ça ?

— Tu vois, Sinistra, ton problème, c'est que tu penses que les mages noirs ne sont pas des gens normaux. Moi, j'en connais plein, et tu veux que je te dise ? Il n'y en a pas beaucoup qui sortent de l'ordinaire. Au mieux, ils ont eu une vie un peu bizarre, c'est tout.

— Un peu bizarre ? s'indigna Stella. Bon sang, tu es en train d'insinuer que Rogue a tué son propre père ! C'est carrément hors du commun...

— Mesdemoiselles, je peux savoir ce que vous faites à une heure aussi tardive dans les couloirs ? demanda soudain la douce voix soyeuse du Maître des Potions avec une froideur menaçante à faire trembler les plus braves.

Les deux filles rougirent terriblement, persuadées que le professeur avait entendu leurs propos. Miss Greengrass reprit ses esprits la première, étant de loin la plus hardie.

— Oh, Monsieur ! Je suis désolée, mais les cachots de Serpentard étaient vraiment trop bruyants ! J'avais besoin d'un peu de calme, à cause de ma migraine, vous savez...

Severus regarda la jeune fille d'un air plus que dubitatif : il ne croyait pas un instant à son excuse, mais il n'avait pas envie d'enlever des points à un membre de sa Maison.

— Et vous, Miss Sinistra ? Ne me dites pas que vous aviez encore décidé de patrouiller seule !

— Euh, non, Monsieur, répondit-elle. En fait, euh, vous voyez, euh, j'ai patrouillé avec Quirinius et puis, on a rencontré Chloe et comme Quirinius devait remonter à Serdaigle et que nous deux au contraire, on devait descendre, eh bien, on s'est séparés...

Elle était rouge comme une pivoine et la mention « Je suis en train de mentir à un professeur, par Merlin, c'est affreux ! » semblait être écrite en caractères lumineux sur son visage embarrassé. Severus se demanda s'il allait la faire craquer. Certainement, elle éclaterait en sanglots et ce serait très amusant. Mais il décida que le jeu n'en valait pas la chandelle : la gamine était dans un état de nerfs épouvantable, il risquait de se retrouver avec une grave crise d'hystérie à gérer, et c'était la dernière chose au monde qu'il désirait.

— Regagnez vos dortoirs, Mesdemoiselles, dit-il au bout d'un long moment. Je vous attends mardi prochain dans mon bureau après le dîner. Puisque vous aimez tant sortir de vos Salles Communes, autant que vous vous rendiez utiles...

Elles obéirent rapidement, soulagées de s'en tirer à si bon compte. Severus, avec un profond soupir, regagna ses appartements ; il était temps de mettre fin à la petite fête des Serpentard. La discussion des jeunes filles, qu'il avait entendue en grande partie, ne le dérangeait pas vraiment : il savait qu'elles ne lui voulaient pas de mal et que la petite Sinistra était effrayée par sa noirceur mais décidée à le comprendre avant de le haïr. Son histoire personnelle avait été largement commentée dans La Gazette lors de son procès, et tout le monde la connaissait. Heureusement, les élèves avaient désormais trop peur de lui pour que cela pût lui nuire...

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Le procès des Lestrange n'en finissait pas d'être commenté. Bientôt, le nom de Malefoy apparut dans la presse et Severus eut peur pour Lucius. Il avait trahi la confiance de Lucius en devenant l'espion de Dumbledore, mais cela ne l'empêchait pas de continuer à considérer le jeune Malefoy comme un ami. D'ailleurs, il savait que Lucius voyait les choses de la même façon : un Serpentard fait toujours passer ses intérêts en premier et aucun de ses camarades ne peut lui en tenir rigueur.

Le jour où le grand Lucius Malefoy lui avait adressé la parole restait un des plus beaux de sa vie, un de ceux où il avait cru que sa misérable existence finirait un jour par valoir la peine d'être vécue...

C'était le mois de novembre de sa première année à Poudlard. Severus marchait, seul, comme d'habitude, en jetant de petits regards inquiets autour de lui. On se moquait un peu moins de lui, ces temps-ci, mais on risquait d'autant plus de l'attaquer par-derrière...

Il faut dire que le sort qu'il avait jeté au préfet en chef lui avait permis d'accéder à une certaine notoriété : Ted Tonks avait passé trois jours à l'infirmerie et Serpentard avait perdu cinquante points. Ses camarades lui en voulaient, surtout Andromeda Black, la préfète en chef. L'ambiance déjà pénible de son dortoir était devenue insupportable et les humiliations quotidiennes qu'il subissait lui mettaient les nerfs à fleur de peau.

Severus ne regrettait pas son geste. Il fallait bien montrer que ce n'était pas parce qu'il avait un père moldu qu'il aimait particulièrement les Moldus ou leurs enfants. Tonks voulait le punir pour une dispute avec cet abruti fini de Sirius Black, Severus s'était défendu, voilà tout.

En arrivant dans le Hall, le petit Serpentard s'arrangea pour passer discrètement le long du mur. Il craignait les représailles. Depuis le début de l'année, Sirius Black ne cessait de s'en prendre à lui, pour montrer à tout le monde comme il était un gentil vaillant Gryffondor qui luttait contre les vilains mages noirs en puissance de Serpentard. Apparemment, Severus était l'incarnation parfaite du vilain mage noir en puissance... C'était d'autant plus dur à supporter que le jeune Sang-mêlé était sans cesse pris à parti à cause de son père par les élèves de sang pur de sa Maison.

Il commençait à penser qu'il n'avait de place nulle part dans le monde.

Soudain, une ombre imposante surgit devant lui. Severus leva la tête, très inquiet. Il reconnut aussitôt le préfet de sixième année, Lucius Malefoy. C'était le membre le plus honoré de tout Serpentard et c'était aussi le fiancé d'Andromeda Black, à ce qu'on disait. Severus était terriblement intimidé et angoissé : allait-il encore se faire réprimander ?

C'est bien toi, le petit Sang-mêlé qui s'en est pris au Sang-de-Bourbe qu'on nous a collé comme préfet ? demanda Malefoy avec la voix traînante pleine de dédain qui le caractérisait.

C'est moi, répondit simplement Severus.

Ça n'a pas beaucoup plu à cette chère Andromeda, tu sais ?

Je me suis défendu, c'est tout, protesta le petit.

Oh, mais, tu vois, moi, ça me plaît plutôt, ce que tu as fait. Tu n'es qu'un Sang-mêlé, mais au moins, tu sais te servir de la magie comme il faut. Qui est ta mère ?

Eileen Ro... Prince, dit Severus en se corrigeant de lui-même.

Les Prince sont une grande famille, murmura Lucius sur un ton approbateur. Eh bien, petit, tu as beau n'être qu'un demi Prince, tu te débrouilles pas mal. Viens avec moi !

À partir de ce moment-là, Severus s'était retrouvé sous la protection de Malefoy. Pendant deux ans, il l'avait suivi comme son ombre, accomplissant de menues tâches pour lui rendre service et apprenant tout ce que Lucius voulait bien lui enseigner. Le jeune aristocrate l'avait traité avec un mépris terrible en réalité, comme un chien savant plus que comme un être humain. Mais Severus, le cœur gonflé de fierté, avait été enchanté de se pavaner aux côtés d'un si grand personnage. C'était grâce à lui qu'il avait enfin pu s'intégrer un minimum à Serpentard. Lucius était le premier à l'avoir rendu fier et heureux. Il lui en serait toujours profondément reconnaissant, malgré les faux-semblants et les conséquences fâcheuses de leur inégale amitié.

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Il sollicita donc un entretien avec le directeur, pour lui demander la grâce de son camarade Mangemort. Dumbledore avait à nouveau une influence considérable au sein du Magenmagot, en raison de la forte polémique contre Bartemius Croupton.

— Severus, vous m'en demandez beaucoup, soupira le vieux sorcier.

— Je sais, Monsieur. Cependant, vous savez comme moi que certaines des voix qui ont permis ma relaxe sont dues aux Malefoy. Je voudrais pouvoir lui rendre la pareille.

— Je comprends, Severus, je comprends. Je n'aime guère les Malefoy, mais je vais voir ce que je peux faire. À vrai dire, Abraxas est un ami intime du ministre, vous n'avez pas à vous inquiéter : ils sont certainement un train de chercher un moyen honorable d'arrêter les enquêtes.

— Les enquêtes des Aurors sont une chose, Monsieur le Directeur, celles des journalistes en sont une autre. Rita Skeeter aimerait sans aucun doute faire tomber une famille aussi influente.

Dumbledore fronça légèrement les sourcils. Il était visiblement mécontent. Il finit par prendre sa décision et déclara :

— La justice exigerait que tous les criminels soient jugés. Et Malefoy mérite moins d'indulgence que vous... Mais je vous promets de ne pas entraver les efforts du ministre pour le tirer d'affaire.

Severus remercia son supérieur avec sincérité. Il en coûtait à Dumbledore de ne rien entreprendre contre Lucius, mais la curieuse conscience de son espion avait besoin que l'arrogant aristocrate soit laissé en liberté. Et puis, de toute façon, Abraxas réussirait à éviter la condamnation à son fils : tout ce que risquait d'obtenir Dumbledore en agissant ouvertement contre Lucius, c'était que le petit Drago fût envoyé à Durmstrang le temps venu. Cela faisait plusieurs générations que le vieux professeur espérait voir un jour un Malefoy délaisser le snobisme des sorciers de sang pur, il ne voulait pas que l'éducation de celui-là lui échappe !

Quelques jours plus tard, lorsque le Magenmagot examina le cas de Lucius, Dumbledore ne contesta pas l'expertise médicale. Pourtant, il avait des doutes importants sur l'honnêteté du guérisseur qui avait trouvé les traces d'un Imperium expliquant l'attitude du jeune Malefoy au cours des dernières années.

Lucius, toujours aimable, remercia poliment les membres de l'honorable confrérie. Le directeur de Poudlard trouva que son sourire ressemblait plus à celui d'un escroc qui vient de réussir une arnaque particulièrement délicate qu'au soulagement d'un innocent...

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— Entrez, grommela Severus sur le ton le moins aimable qu'il avait à sa disposition.

Il regarda méchamment l'élève qui ouvrait timidement la porte. Il avait du travail, bon sang ! Pour quoi le dérangeait-on sans cesse ?

— Que voulez-vous, Mr Smith ? demanda-t-il avec impatience au quatrième année.

Severus était intrigué. Smith était un Serpentard relativement doué mais dont les résultats n'étaient pas vraiment exceptionnels. Il était assez sournois, sans être particulièrement rusé ou vindicatif. Ce n'était pas le genre de garçon à venir réclamer auprès d'un professeur. Que pouvait-il bien vouloir ?

— Je voulais savoir si je pouvais vous rendre service, Monsieur, dit-il.

— Me rendre service ? répéta Severus sans comprendre où Smith voulait en venir.

— Oui, Monsieur. Vous devez avoir beaucoup de travail à cette période de l'année, alors, je me suis dit que je pourrais vous apporter un peu d'aide. Je sais faire un tas de choses, vous savez, ajouta-t-il sur un ton suggestif.

Soudain, Severus comprit. Smith voulait le badge de préfet et tâchait de l'obtenir en se mettant à la disposition de son directeur de Maison. Du temps de Slughorn, chacun savait comment procéder : il fallait bien sûr faire partie du « Club de Slug », se débrouiller en potions et rendre sans cesse de petits services au vieux. Comme Severus n'avait pas constitué de groupe d'élèves favoris (il aurait eu bien du mal : il n'aimait aucun de ces morveux insipides), qu'il était très exigeant en classe et qu'il ne demandait jamais rien d'extrascolaire, les jeunes Serpentard devaient se sentir désemparés. Smith était prêt à tout pour satisfaire sa médiocre ambition, même à se vendre corps et âme à un sinistre Mangemort. Le professeur eut envie de lui envoyer une paire de claques magistrale.

— Vous ne pouvez rien faire pour moi, Smith, répondit-il froidement. Je n'ai que faire de votre aide. Sortez d'ici.

— Mais Monsieur…

— Sortez ! Vous passerez la soirée de vendredi en retenue avec M Rusard et vous pouvez annoncer à vos camarades que votre minable tentative de corruption d'un professeur a fait perdre un point à votre Maison.

Smith ouvrit encore la bouche, puis la referma, comprenant qu'il avait été percé à jour. La tête basse, il quitta le bureau du Maître des Potions.

Severus eut un sourire cruel. Il n'aimait pas ôter des points à Serpentard, mais il n'avait pas l'intention de passer ses journées à repousser les plus ambitieux de ses élèves de quatrième année. Il espérait que la mésaventure de Smith servirait de leçon aux autres. Avec un peu de chance, les plus jeunes l'apprendraient aussi et il serait tranquille pour plusieurs années. Sauf, bien sûr, quand se présenterait un gamin plein d'arrogance, persuadé de pouvoir réussir là où tous avaient échoué.

— Par Merlin, ce n'est vraiment pas une sinécure de diriger les enfants de Serpentard ! soupira-t-il, résigné.


Un beau sens de l'amitié, nos chers Serpentard... n'est-ce pas ?

Pour une fois, vraiment, rien qui mérite une longue note explicative dans ce chapitre...

J'aime beaucoup Quirrell, il est confondant de stupidité (pour ne pas dire autre chose) !

Mais, chers lecteurs, votre avis à vous, quel est-il ?