Chapitre 20 : Réalité [DERNIER CHAPITRE]


- Comment tu te sens ? Demanda Ori.

Katsuki eut un petit rire, sans joie.

- Tu te fous de ma gueule ?

- Je comprends... Pourtant, il va falloir que tu restes avec moi, c'est important. Nous arrivons à la fin, je dois tout t'expliquer. Mais avant... Tu dois prononcer cette phase. Tu sais laquelle, tu l'as toujours su, au fond de toi, depuis le début.

Il tressaillit.

Le moment qu'il redoutait tant était venu.

- Je ne veux pas, refusa-t-il. Si je fais ça...

Il s'arrêta, submergé par la douleur. Instinctivement, comme pour le protéger, il porta la main à son cœur.

- Il comptait sur toi.

- Mais ce n'est pas juste ! Cria-t-il en fermant les yeux. Pourquoi, après tout ça...

Ori demanda doucement.

- Tu te vois vivre avec la douleur que tu ressens ?

Cela le tuerait.

Tiraillé, Katsuki poussa un cri de frustration et resta de longues minutes, indécis.

Finalement, presque malgré lui, les mots franchirent ses lèvres.

- Ce monde n'existe pas...

Quelque part au fond de lui, la petite parcelle de cœur intact qu'il lui restait se brisa, dans un bruit de verre.

Le masque et le manteau blanc d'Ori tombèrent, laissant apparaître un jeune homme fin, grand, à l'imposante musculature, aux yeux bleus, chevelure courte et blonde, qui lui adressa un sourire franc.

- Je ne crois pas que nous ayons été présentés... Je m'appelle Mirio Togata.

Katsuki s'en fichait, il voulait en finir au plus vite désormais.

Le sourire de Mirio s'effaça et il déclara, la voix grave.

- Tu l'as toujours su, n'est-ce pas ? Et pourtant, tu t'es laissé faire... Pourquoi ?

- Parce que je le voulais, répliqua Katsuki avec fougue.

Il n'aurait pas pu l'expliquer, cela n'avait rien de rationnel. Ses doutes avaient commencés à germer lorsqu'il s'était rendu compte que quelque chose semblait différent dans sa façon de se comporter, toutefois, il n'avait pas encore compris. Ce fut en embrassant Izuku que la certitude prit place. Jamais il n'aurait agi comme ça dans le monde duquel ils étaient issus. La peur passée, la situation acceptée, il profita du changement opéré en lui, un autre, d'une certaine manière mais bien meilleur, grâce à l'amour que sa victime de toujours avait semé.

- Je vois... dit Mirio songeur.

Ils furent plongés dans le silence quelques secondes, puis il reprit.

- Avant de de rentrer dans les explications, il y a une chose que je me dois de clarifier. Le terme "réalité" serait plus approprié que monde. Il en existe une infinité, de toutes sortes.

"Toi et moi nous trouvons actuellement dans une deuxième version d'une de ces réalités. Elle a été créée par Deku, née de son désir désespéré de te sauver. Celle dont nous venons tous à la base est appelée l'Originelle, tu me suis ?"

Katsuki fit oui de la tête.

- La première version de cette réalité-ci a été créé par une personne totalement extérieure... Nous n'avons hélas pas beaucoup d'informations sur sa création. Qui, la raison, resteront mystères... Nous savons en revanche que c'est toi qui a perdu la vie dans cette dernière.

Il sursauta, comprenant la signification derrière ces mots.

Mirio hocha la tête d'un air entendu.

- Je vois que tu as compris. Le cauchemar que tu as fait, où tu t'es vu mourir, provenait de cette première version.

Ce cauchemar... Le cendré frissonna. Il l'avait donc réellement vécu... Voilà d'où venait cette sensation de réalité.

Il l'était. Katsuki n'avait pas eu le temps de ressentir autre chose que la vie qui s'échappait mais il le savait, une certitude : Il s'était sacrifié pour l'ébouriffé car il l'aimait plus que tout dans cette énigmatique première version dont il n'avait aucun souvenir.

- Deku est mort peu de temps après, entendit-il poursuivre, mais le désir de te sauver fut plus fort que tout. Dans l'Originelle, je suis comme toi étudiant à l'UA, en terminale. C'est là-bas que je l'ai rencontré et ensuite, je l'ai présenté à Sir...

Il s'arrêta un instant, le regard perdu, avant de se ressaisir.

- Il a effectué un apprentissage chez nous et nous a aidé à sauver une petite fille du nom de Eri.

- Quel est le rapport avec cette réalité-ci ?

- J'y viens. Alors que cette réalité-ci se reformait du fait de son souhait très puissant, il a réussi à ouvrir une brèche dimensionnelle pour revenir dans l'Originelle afin de nous demander de l'aide.

- Nous ?

- Moi, Mirio Togata, mon meilleur ami, Tamaki Amajiki et Eri. Comme nous n'étions pas censés intervenir, il a fallu que Deku nous attribue un rôle à jouer dans cette deuxième version qui allait commencer.

Katsuki comprit, une sueur froide le long de sa joue.

- Mais alors, vous êtes...

- Les créateurs des Alter, oui, acheva l'aîné. Comme tu t'en doutes, dans l'Originelle, cette question n'a toujours pas trouvé de réponse. Deku s'en est servi à son avantage.

L'étudiant se pencha légèrement et ramassa le masque qu'il plaça devant ses yeux.

- Ori, Kiji et "Elle" sont nés.

Tenu dans la paume de sa main, il le regarda.

- Nous avions notre place dans cette réalité, des magiciens aux pouvoirs infini qui existaient avant les Alter et en sont l'origine. Deku eut juste le temps de nous prévenir de deux choses, avant que l'histoire ne recommence.

Il reporta son attention sur son cadet.

- La première, qu'il ne se souviendrait de rien, une fois le début enclenché. La deuxième qu'il ne fallait pas intervenir avant "un certain point."

- Comment avez-vous su dans ce cas ? Demanda l'autre, intrigué.

Mirio sourit.

- Eri. Son Alter est de rembobiner les choses. Mais elle a du mal à le maîtriser dans l'Originelle...

- Sauf que ce n'est pas l'Originelle...

- Tu es perspicace. Elle a rembobiné la première version pour savoir où se situait ce certain point. On a vu qu'il s'agissait du moment où tu avouais tes sentiments à ton ami Eijiro.

Les paupières carmines se fermèrent un instant à l'évocation de ce souvenir.

- Dans la première version de cette réalité-ci, Deku et toi vous contentiez de vivre votre histoire d'amour, où tu meurs, tué par un vilain, pour le sauver à la fin. Pour nous inclure, plusieurs éléments ont dû être modifiés. Nous n'avions pas le droit de nous montrer avant ce moment mais vous étiez sous notre surveillance constante depuis le début. Passé cet instant, il devait se souvenir de tout, si nous voulions réussir ce pourquoi il nous avait appelé.

- Donc, votre cible était Deku depuis le début... raisonna Katsuki qui commençait à assembler les morceaux du puzzle.

- Nous savions que l'aborder sans raison risquait de tout compromettre, il n'aurait pas compris. Eri a alors suggérée d'exploiter sa faiblesse, c'est-à-dire, toi. Tu étais notre appât ce jour-là, jour de l'attaque du gros lézard. Nous n'étions pas responsables, c'était un pur hasard mais ça nous a aidé.

Il avait mal à la tête, aurait voulu faire taire cette personne en face de lui, mais n'avait plus la force de quoi que ce soit. Alors, il écoutait...

- J'ai volontairement attiré ses yeux vers moi, sachant qu'il se lancerait à ma poursuite. Une fois seuls, je lui ai dit que c'était toi que je voulais, alors qu'en fait, c'était lui. La marque du papillon nous a servi dans un premier temps, à lui rendre ses souvenirs et à le sauver lui, quand il s'est sacrifié pour toi.

Mirio continua, après une légère pause :

- Grâce à notre statut ici, nous avons pu jongler entre les deux camps pour mettre notre plan à exécution. Se servir de la Ligue des Vilains, rendre le One For All à All Might le temps qu'il se débarrasse du géant rouge, utiliser Shigaraki pour t'attaquer et intervertir vos positions... Deku nous avait donné carte blanche sur la méthode, tout ce qui comptait pour lui, c'était toi. Il fallait juste que ça paraisse suffisamment crédible, tu comprends ?

Comment as-tu pu me faire ça, Deku... ? Pensa l'explosif en serrant les poings.

- Et maintenant ? Que va-t-il se passer ? Demanda-t-il, la voix éteinte.

- Le souhait de Deku a été accompli. Cette réalité-ci va disparaître et l'Originelle va reprendre ses droits.

Comme si rien de tout ça n'avait existé...

- Défais-le ! Ordonna-t-il, d'une voix désespérée. Rembobine ! Ramène-le ! Fais quelque chose ! Vous êtes les créateurs des Alter, merde !

- Uniquement dans un seul but. Te sauver, toi.

Frustré et en colère, il lui lança l'oreiller qu'il tenait toujours serré contre lui.

Mirio l'attrapa sans problème et le posa au sol.

- Que ce soit dans cette réalité ou l'Originelle, Deku t'aime.

- Mais moi...

Sentant le chagrin peser lourd sur son cœur brisé, le cendré commença à pleurer.

- Tu sens très bien que tes sentiments commencent à changer aussi, pointa le grand sur un ton consolant. Vous pourriez même être amis un jour.

En larmes, il eut un hoquet incrédule, souriant à demi.

- Je ne veux pas oublier... Tout ce qu'on a vécu ici, tout ce qu'on a ressenti tous les deux... Je ne veux pas perdre ça... Je ne veux pas... Sanglota-t-il, désorienté.

Cela n'avait aucun sens, ridicule même, de s'accrocher de la sorte. Le retour dans l'Originelle signifiait la normalité des choses : Deku redeviendrait cet être sans intérêt qu'il continuerait d'écraser en prouvant à lui et n'importe qui sa supériorité, ne se préoccupant pas d'autres choses, éléments parasites. Il valait mieux que ça se termine ainsi.

Seulement... qu'importe leurs provenances, ces sentiments qu'il avait eu tant de mal à accepter faisaient partie de lui désormais, aussi réels qu'il se sentait mourir, aspiré par ce trou béant laissé dans son cœur. Revenir à celui qu'il était semblé trop cruel. Il voulait continuer de changer, il voulait continuer d'aimer la personne qui en avait l'entière responsabilité...

La voix de Mirio retentit, ne lui laissant pas le moindre espoir :

- C'est trop tard. Le processus s'est enclenché à l'instant où tu as dit la phrase. Les éléments qui composaient cette réalité commencent déjà à retrouver leurs places dans l'Originelle.

Sa tête allait exploser.

- Quand... ? Souffla-t-il.

- Quand tu tomberas à nouveau dans le sommeil.

Katsuki laissa échapper un long soupir haché en signe de résignation.

Le plus grand se leva, s'inclina, tête basse devant son vis-à-vis

- Je suis sincèrement désolé pour tout ce que tu as dû traverser par notre faute... Mais Nous, Eri et moi surtout, avons une dette envers lui. Le lien qui nous unit tous les trois est très fort. Je n'hésiterais pas à recommencer s'il le fallait, assura-t-il, le regard sincère.

Le cendré ne put rien faire d'autre que de le fixer sans rien dire. Tout était désespérément vide à l'intérieur. Il ne restait rien qu'un désert froid, amené par le vent de son cœur.

Mirio savait qu'il retarderait autant qu'il pourrait le moment de s'endormir. Le cercle avait joué le rôle assigné jusqu'au bout, réalisant la volonté de leur ami. Néanmoins, témoin sensible de tout le désespoir du cadet, le lycéen regretta presque de s'être laissé embarquer. Il aurait aimé que tout cela termine autrement.

En replaçant son masque devant son visage, il fut cette fois habillé de son manteau blanc. Claquant des doigts la seconde d'après, un portail apparut dans lequel il se laissa aspirer.

- Pardon... Murmura la voix d'Ori.

Mais Katsuki ne l'entendit pas, ne voyait plus rien autour de lui, sombrant sans se rendre compte dans un sommeil profond, enclenché par le claquement de doigt du magicien.

[***]

Quelque part, ailleurs, dans un lieu hors du temps, Izuku contemplait une petite fille aux yeux couleur rubis et aux cheveux long d'un blanc à la limite du gris, le regard attendri.

- Tu es sûr que c'est ce que tu voulais ? Demanda-t-elle.

Izuku hocha la tête.

- Nous pourrions faire en sorte que tu vives heureux avec lui pour toujours.

- Je ne veux pas être trop gourmand, c'est très bien comme ça...

Il ouvrit les bras, elle s'y blottit avec allégresse.

- Merci Eri... Tu nous a sauvés. Murmura-t-il.

Elle le regarda, les yeux pétillants.

- Tu as commencé le premier.

Il eut un léger rire et la serra tendrement contre lui, en fermant les yeux, souriant.

Il était heureux, en paix.

[***]

Quand Katsuki Bakugo ouvrit les yeux, il marchait derrière Shōto Todoroki.

- Avance... Le pressa-t-il. On va rater le rattrapage de la licence provisoire, si tu continues de traîner.

Mais Katsuki s'arrêta, l'esprit en déroute.

Quelque chose n'allait pas.

- Hé, Double-face.

Shōto lui jeta un œil par-dessus son épaule.

- T'as pas l'impression qu'il manque un truc ?

Le bicolore haussa les épaules, désinvolte.

Il manquait définitivement quelque chose.

En lui, le doute se transforma peu à peu en certitude.

Impossible pourtant de se rappeler quoi avec précision.

Il finit par arrêter de chercher. Il avait plus important à faire aujourd'hui.

- Pourquoi tu marches DEVANT moi, sale double-face ?!

Derrière eux, la bâtisse de l'internat s'illuminait de mille feux, éclairée par les rayons du soleil qui brillait haut dans le ciel...

FIN