Je publie assez vite cette fois, mais c'est parce que j'ai écris plusieurs chapitres en même temps, ne prenez pas trop l'habitude. Toutes mes excuses pour le chapitre qui suit, qui est un peu étrange de mon point de vue. J'y ai passé toute ma frustration et je l'ai écris dans un état de fatigue plutôt avancé. Comme Opale, j'ai donc laissé mon inconscient parler et cela a donné un cocktail assez explosif. De plus, ce chapitre marque la fin d'une première partie. Je ne sais donc pas encore si dans la suite je vais changer ma façon de l'écrire ou non, je suis encore en pleine réflexion. Bonne lecture tout de même et à bientôt !

La vie lui semble inutile, veine. Elle ne pense pas pouvoir un jour se trouver à son aise dans ce monde si monotone. Elle ne veut pas continuer tout en sachant que jamais rien de bon ne découlera de sa situation, que jamais elle ne sera réellement libre. Le monde lui même est un carcan, une prison dans laquelle elle est enfermée avec tous les autres de son espèce et peut-être même ceux d'une autre forme d'animaux régnant sur Terre. Le plus idiot d'après elle est le fait que personne d'autre ne se rende compte de la stupidité de l'Homme de dire que la vie est un don et de la gâcher ainsi.

Si nous étions moins bête, selon elle, peut-être que notre vie serait vraiment une bénédiction, mais ce n'est pas le cas, sa sentence est irrévocable : cela ne l'a jamais été et cela ne sera jamais. C'est un fait, avéré, plus que scientifiquement prouvé avec des expériences plus ou moins fumeuse, c'est mathématiquement prouvé. Par qui, demanderez-vous ? Par Ramanujan lui-même vous répondra-t-elle. Son ironie et son cynisme son presque légendaires. Que répondre à cela ? Même si vous trouvez, elle ne vous entendra pas, elle sera déjà partie loin, très loin de vous. Elle n'aime pas s'attacher et ne sais pas le faire. Sa propension exceptionnelle à se poser trop de questions l'en empêche.

La vie, du fait de ces dernières constatation, pour elle, est un calvaire qu'elle doit tous les jours surmonter. L'humain lambda ne se pose pas de question, c'est certainement pour cela qu'il ne se rend pas compte. Mais le taux grandissant du nombre de suicides est, pour elle, significatif du nombre grandissant de personne prenant conscience de la monotonie de notre existence : hypothèse en soit plutôt fataliste, je le le conçois volontiers.

Vous me direz, cette personne est complètement et irrémédiablement dépressive. Je ne vous contredirais absolument pas. Pourtant, elle a du monde pour l'accompagner, une famille, des amis et même un petit-ami si on en croit les rumeurs, mais elle est dans un état de constante dépression. Où plutôt dans un état de dépression par intermittence. Elle a en effet tendance à dramatiser. Sa vie chaotique jusqu'à maintenant la pousse, à chaque problème, à « prendre conscience » des problèmes de l'humanité. Son manque de confiance en autrui ne l'aide assurément pas.

Dans le cas présent, il est certain que sa réflexion est un soupçon drastique comparé à la réalité des faits qui l'entoure. Mais que voulez-vous, sa réflexion n'a pas commencé où nous l'avons prise mais bien plus tôt. Les éléments, en s'ajoutant les uns aux autres, ont conduit à un scénario catastrophe digne de La planète des singes. Le rationnel a depuis longtemps pris la tangente, laissant la place à un monde fantasque et hostile.

Pourquoi toute cette réflexion faite, je tiens à le préciser, en quelques minutes ? Tout simplement parce qu'elle a peur. Peur du futur, du passé évidemment comme souvent. Mais elle a aussi peur de la réaction de ses proches à l'annonce qu'elle va leur faire. Après cela, personne de normalement constitué ne peut décemment se dire qu'elle est saine d'esprit. C'est une question qui mérite que l'on s'y attarde. Il n'y a d'ailleurs pas besoin d'être Freud pour analyser entièrement cette personne. Son état dépressif, tout de même assez complexe, est décomposable même si il n'est pas donné au premier impatient se présentant d'en comprendre touts les tenants et les aboutissants.

Tout d'abord, il est clair que cette personne n'a aucune illusion quant à l'Homme et à son avenir. Il y a même à parier qu'elle fait partie de ceux qui prévoient son extinction dans très peu de temps tout en déclamant les méfaits qu'il fait autour de lui. Pourtant, elle n'est pas écologiste, supportrice de Green Peace ou autres association dans le même genre. L'avenir de la Terre la préoccupe à vrai dire pas vraiment, elle pense qu'il y a un problème de fond plus important et que la Terre s'en portera mieux quand ce problème sera réglé. Mais ce n'est pas ici le sujet de l'analyse.

Une deuxième observation que l'on peut faire est que cette personne est totalement et irrévocablement paranoïaque. Elle n'a pas confiance en l'être humain en général tout simplement parce qu'elle n'a pas confiance en ses paires. Elle a peur de ses semblables et voit régulièrement un complot à chaque coin de rue. La rigueur des mathématiques à laquelle elle se soumet durant son temps libre n'a malheureusement pas déteint sur ses moments d'intense réflexion sur l'Homme. Ainsi, elle passe une partie non négligeable de son temps à élaborer des scénarios catastrophes plus abracadabrants les uns que les autres.

Je suis ridicule, je le sais, mais je ne peux m'en empêcher. Ma vie n'est pourtant pas si horrible que l'on pourrait le croire quand on me voit agir mais je n'arrive pas à m'intégrer, à me comporter comme quelqu'un de mon âge à tout moment. Si j'ai peur, je me retrouve sans délai dans la peau de l'un de ses gourous fatalistes. Ma vie ressemble alors à une tragédie dans la plus pure des traditions et j'ai l'impression que la fatalité s'abat sur moi d'un coups.

Alors que je descend les escaliers, je me traite de tous les noms d'oiseaux existants. J'en profite au passage pour essayer de rester moi-même et ne pas me perdre à l'extérieur de mon corps. Ces moments-là peuvent être réellement effrayants : pour moi mais surtout pour les autres. En arrivant en bas, je ne peux m'empêcher de laisser mon imagination funeste vagabonder encore une fois et de voir ma famille m'attendant en bas comme un tribunal où je serais condamnée à mort. Je sais pourtant que ce sont les personnes les moins violentes qui existent, mais que voulez-vous, on ne se refait pas en une minute et demi.

Sans un mot, nous nous dirigeons au salon pour faire la « réunion de crise » confortablement installés sur les canapés en mangeant des biscuits et en buvant un chocolat chaud. Par réflexe d'auto-conservation, je sers ma tasse contre moi, comme si elle pouvait me servir de bouclier contre tout ce qui est susceptible d'arriver.

Après quelques instants, je commence mon explication par la base : je suis une sorcière. Ils ont du mal à le comprendre. La seule façon de leur prouver, étant donné que je ne peux pas faire de magie devant eux, est de leur montrer les photos et tout ce qui est un minimum magique. Ils sont sceptiques mais je ne peux rien y faire, ils ont bien le droit : cela contredit tout ce qu'on leur a appris, tout ce que l'on m'a appris, depuis qu'ils sont petits. Je continue mon explication par la manière par laquelle on m'a emmenée à Hogwarts, espérant m'attirer un peu de compassion de leur part. Je leur fait finalement le récit de mon année, n'épargnant puisque j'estime qu'ils ont le droit de tout savoir, les bons souvenirs comme les mauvais. J'ai gardé pour la fin la partie la plus délicate, je leur dit, mais je ne sais pas comment l'expliquer. Je ne vais pas leur dire : « Au fait, j'ai un frère jumeau et c'est mon prof de potions qui s'en occupe depuis que mes parents sont morts dans l'incendie de notre maison où je suis sensée avoir moi aussi cramé et il est tellement puissant qu'il est dépendant des sources de magie... ». ce n'est décidément pas décent de leur envoyer cela brut. Pourtant il va falloir que je le fasse, ils attendent et sont pendus à mes lèvres. Plusieurs fois, j'ouvre la bouche mais aucune phrase, aucun mot ne me vient à l'esprit. La magnifique imitation du poisson que je suis en train de faire aurait, en d'autre circonstances, été sujette à quantité de moqueries mais l'ambiance n'y est malheureusement pas propice. Après un long moment de tension, je me lance enfin en expliquant le peu que je sais de ma « particularité » à mes amis avant d'arriver au centre du sujet :

« Grâce à la méditation, j'ai retrouvé une partie de mes souvenirs, avec mes parents... et Snape, mon professeur de potions, était souvent présent. En fait c'était l'un de leurs amis. Suite à cela, je me suis disputée avec lui et c'est là que j'ai appris que j'étais sensée être morte. Il m'a aussi révélé autre chose que je n'arrivais pas bien à cerner... En fait c'est un peu compliqué, je... Il... Enfin, il y avait une autre personne dans mes souvenirs, quelqu'un qui me « manquait » et qui était présent dans mes cauchemars aussi... Il m'a dit qu'il le connaissait et qu'il s'en occupait... En fait je... Merde j'ai un frère jumeau !... »

Après avoir lâché ma bombe sans beaucoup de tact, j'ai envie de me mettre des baffes. Sérieusement, je n'aurais pas pu faire pire je crois. Je les regarde, ils ont l'air en bonne santé mis à part leurs bouches ouvertes et leurs yeux exorbités. Cependant, aucun ne fait de syncope ou de malaise cardiaque... Je soupire et passe une main devant mes yeux. Soudain, Tony qui semble enfin avoir perdu un peu de sa rancœur contre moi demande :

« - Et il est où maintenant ?

- Au moment où la maison explosait, il était dehors malgré l'interdiction de nos parents et Snape était entrain de venir pour nous emmener en lieu sûr. C'est lui qui l'a retrouvé dans des buissons je crois et il l'a emmené avec lui après avoir fait croire à sa mort. L'explosion était magique et Yann, mon frère, a pris beaucoup de magie d'un coups. D'un côté, il est maintenant très puissant magiquement mais il a aussi été faible physiquement pendant longtemps et il dépend de la magie. C'est un peu comme une drogue pour lui, il ne peut vivre sans magie.

- Nous ne pourrons jamais le voir chez nous par exemple alors ?

- Selon Snape, si je suis là, il pourra passer un peu de temps en ma compagnie dans le monde moldu, même si il ne pourra jamais y vivre. Aujourd'hui, il n'est même pas capable d'aller dans des lieux non magiques où il y a moins d'une vingtaine de sorciers sans en souffrir.

- Et tu l'as déjà rencontré ? Demande doucement Tanja

- Non, le professeur Snape doit venir me chercher pour aller le voir dès qu'il sera rentré de voyage... Il ne l'a pas mis au courant dans le cas où je veuille définitivement abandonner la magie. Mais si l'idée m'a traversé l'esprit, avec lui qui est maintenant présent, il n'en est plus question ! »

De l'autre côté du canapé, j'entends Tony grogner. Je me tourne vers lui pour voir qu'il boude. Cela me fait rire et je lance :

« - Tu sais que ça ne sert à rien de faire du boudin, je ne te remplacerais pas. Il est mon frère jumeau, j'en ai besoin, mais tu seras toujours mon emmerdeur préféré. Je ne vois pas comment cet état de fait pourrait changer...

- Déjà, tu t'es trouvée un bécotoir, un espèce d'ours des cavernes...

- Tu ne pensais tout de même pas que j'allais finir vieille fille, non ?

- J'aurais préféré tu vois. Je ne le connais même pas. Et puis, il n'a pas l'air très souriant, un peu trop musclé à mon goût... En plus, c'est l'une de ces saletés de magiciens. Il m'écraserait sans problème.

- Andy est un ange... Tu aurais vraiment voulu me mettre au couvent alors ?

- Exactement, c'est une très bonne idée. »

J'éclate de rire, suivie de près par les autres pendant que cet imbécile qui me sert de frère continue de bouder. Le pire dans ses discours n'est pas qu'il dit tout et n'importe quoi mais qu'il y croit dur comme fer. L'ambiance est un peu détendue, alors je me lève et emmène cet imbécile heureux têtu avec moi dans le jardin. Nous allons nous asseoir au même endroit que d'habitude et je me blottis dans ses bras pour lui prouver que je ne l'ai pas oublié et pour une fois, c'est à moi de le rassurer. Nous passons le reste de la journée comme cela, sans nous soucier du reste qui, nous le savons pertinemment, va venir bien assez tôt nous troubler.

Le repas du soir se passe dans un calme relatif si l'on passe le fait que nous soyons retombés en enfance et nous sommes battus sous silence. Une semaine se passe comme cela, je reçois tous les jours des lettres de mes amis du monde sorcier et tous les jours je leur réponds. Ils me racontent leurs voyages, leurs petites aventures et mésaventures et commencent même à converser avec ma famille moldue. Tout va pour le mieux mais j'attends toujours avec impatience un hibou de Snape. Ce hibou tant attendu arrive au début de la deuxième semaine, me disant qu'il viendra me chercher sans faute le 2 août à 14 heures pour m'emmener voir Yann qui aura été prévenu bien entendu avant si je n'ai pas annulé le rendez-vous d'ici une semaine. Après en avoir parlé au reste de la famille, ils me « forcent » à ordonner poliment mais fermement à Snape de venir pour le déjeuner. Il va de soit que j'accède tout de suite à cette demande en accentuant bien dans ma lettre, le caractère obligatoire de l'obligation, ainsi que l'impossibilité pour moi de faire en sorte que Liane revienne sur sa décision. Pour appuyer ce fait, je la compare à la légendaire Molly Weasley dont les sortilèges de chauve-furie et les colères sont fameux même pour ceux qui ne la connaissent pas personnellement. Fière d'avoir fini mon plaidoyer, je renvoie à Snape son hibou mal léché et agressif.

Pendant le temps qu'il me reste avant qu'il vienne me chercher, je profite de ma meilleure amie pour refaire ma garde-robe et je fais pratiquement tous mes devoirs de vacances. J'avance aussi le plus possible le programme de l'année prochaine afin de prendre de l'avance pour rattraper Andy, Mina, Matt et malheureusement son affreux cousin, qui grâce à mon Andy ne s'est pas trop approché de moi cette année. Je pense que voir ce pachyderme aussi proche de moi que dans le train ne m'aurait pas fait du bien, surtout aux yeux. Bref, tout est beau dans le meilleur des mondes. Les Bisounours font partie de mon magnifique quotidien rose et j'en oublierais presque que dans le monde sorcier, les personnes comme moi seraient étudiées et disséquées comme des rats de laboratoires si nous étions découverts un qu'un mégalomane schizophrène sur les bords essaye de prendre le contrôle du monde. Je dis souvent que c'est bien d'avoir de l'ambition et de l'espoir, mais là il arrive à un point où on se demande quels champignons il a bien pu fumer pour avoir de tels projets inatteignables... Je me demande par la même occasion à quel point ses fanatiques sont fous pour oser prendre part à cette pseudo révolution ultra-conservatrice et sans aucun réel fondement tout en se faisant torturer par leur super leader « charismatique ». je pense qu'on pourrait y consacrer 5 volumes d'une encyclopédie au minimum, ce n'est cependant pas mon domaine de prédilection et je m'éloigne de la réalité qui est, en ce moment même, dans le présent moldu.

Le temps passe et Snape va arriver bientôt. En fait, il est convié à la maison dans une heure et c'est le branle-bas de combat, tout le monde exécute sans essayer une seconde de rechigner les ordres de Liane. La maison, comme à chaque fois que quelqu'un est invité, est parfaitement nettoyée et rangée : à un tel point que même les elfes de maisons ne trouveraient rien à y faire. Elle tient absolument à faire une bonne impression. Non pas qu'elle pourrait en faire une mauvaise, on dirait une vélane malgré son manque d'ascendance magique. Afin que tout soit parfait, j'ai du briefer tout le monde sur mon professeur, son caractère d'ours mal luné, sans mauvais jeu de mots, sa culture personnelle de sarcasme et ses petites manies, comme sa ponctualité exacerbée. Ainsi, deux minutes avant midi, nous étions tous prêts à l'accueillir. Cela peut sembler exagéré, mais Rico a toujours eu un sens de la réception très important et l'a transmis à sa femme. Nous le voyons arriver par la petite fenêtre et Liane, en bonne maîtresse de maison, va lui ouvrir, radieuse. Il est comme à son habitude vêtu d'habits austères et répond au salut chaleureux par un salut froid et un infime signe de tête. Cela ne démonte pas ma « mère » qui peut être bien pire par moments dans le genre beauté glaciale... Le repas se passe relativement bien et Snape se déride un peu, il parle et tout le monde écoute. Je crois qu'il rêverait d'avoir ma famille en élèves, ils seraient parfaits, attentifs et travailleurs. Bref, au moment de partir, il me demande d'amener mes affaires. J'embrasse ma famille et nous sortons dans le jardin pour transplaner.

Ce n'est qu'au moment où je vois une dernière fois ma famille avant de partir que ma vie n'est pas du tout celle que je pensais. Certes, j'ai eu des moments difficiles mais depuis un moment, paradoxalement, elle est bien moins complexe. Je commence donc mon voyage avec un sourire bienheureux- ou niais selon le point de vue- aux lèvres.