21 | Un antidote au cynisme

"Tu pars ?"

"Oui. Comme prévu", me répond Defné sans se retourner. Elle est en train de faire son sac ; la porte de sa chambre est restée ouverte.

"Mais..." Les mots me manquent : deux jours que Harry était ici et, finalement, nous n'avons pas eu vraiment le temps de reparler de ce qu'il a dit, d'explorer la piste évoquée avec lui. Et elle part ? Ce matin ? Comme ça ? Sans qu'on ait un plan ?

"Tu me crois stupide ?", elle demande assez raide comme si elle avait très bien compris mes pensées.

"Je ne sais pas ce que tu vas faire", je remarque alors qu'elle laisse ses préparatifs pour venir s'appuyer contre le chambranle de la porte de sa chambre pour me faire face. On est très près l'un de l'autre. Je sens son parfum. Les boucles de ses cheveux détachées frôlent ma joue.

"Veux-tu savoir ce que je vais faire ?", elle questionne ses yeux plantés dans les miens

"Bien sûr !", je m'agace.

"Il est plus sûr que tu puisses dire que tu n'en sais rien", elle souligne.

"Je ne cherche pas la sécurité !" Ça y est, je suis en colère.

"Mais... Kane... si la rumeur entraîne une enquête et qu'on t'interroge, tu ne pourras pas dire ce que tu ne sais pas, et personne ne pourra te le reprocher."

"Tu crois que je te dénoncerais !?"

"J'ai dit 'personne', Kane", elle insiste assez bas.

On se défie. Enfin, je la défie. Elle est calme et attentive mais pas défiante. J'essaie d'inspirer longuement.

"Tu crois qu'il va y avoir une enquête ?", je questionne d'un ton que j'espère raisonnable.

Defné soupire.

"Je sais que ton frère ou Tiziano Cimballi ont un niveau d'information sans doute plus élevé que la moyenne, mais je ne vais pas t'apprendre que les Aurors ne sont ni sourds ni aveugles. Quelque part, quelqu'un a parlé de moi... peut-être sans me vouloir du mal ; il me semble que si c'était la vengeance d'autres passeurs, ils auraient précisé que je suis une femme ou mon origine... mais je peux me tromper. J'y ai longuement réfléchi, et ton frère a raison : je ne peux pas continuer. Soit il faudrait que je change de route... soit..." Sa main a un geste vague. "Pour l'instant, je vais faire ce qu'il est raisonnable de faire. Je vais... prévenir que je ne pourrais pas assurer de passage ce mois-ci."

Je mesure l'étendue du renoncement.

"Tu vas dans le sud ?", je questionne bien plus doucement.

"Je crois réellement mieux que tu ne saches pas exactement où je vais, Kane", elle soupire de nouveau, et comme mon agacement doit se voir, elle pose une main légère sur mes lèvres. "Ne t'énerve pas. Avant mon retour, je vais faire un voyage dont tout le monde pourra parler : aller voir des cousins installés en Allemagne."

"Farouk ?", je questionne quand j'ai analysé les informations contenues dans la phrase et surmonté ma surprise : sa main ; sur mes lèvres...

"J'ai aussi de vrais cousins germains qu'il est légitime que j'aille voir", elle précise avec un sobre sourire et en retirant sa main. J'entends ce que veut dire le "aussi" ; j'entends le plan. J'opine. "C'est eux que j'ai aidé à passer les premiers, en me servant de mes connexions humanitaires. Eux et des amis à eux. Par eux que tout a commencé en un sens", elle développe.

"Et moi ?", je soupire - je ne peux pas lutter contre les cousins germains syriens, c'est un fait, mais reste quand même tout ce que nous avons fait ensemble, non ?

"Kane, s'il t'arrivait quoi que ce soit en raison de ce que j'ai fait de mon propre chef, jamais je ne me le pardonnerais. Jamais", elle affirme.

"Pourquoi ?" La question m'échappe, comme si elle avait suivi son propre chemin. Les yeux verts de Defné s'écarquillent, une étrange crainte les traverse.

"Merlin, Kane, tu me demandes pourquoi ?", elle questionne comme à bout de souffle.

C'est comme si le temps s'était arrêté. J'ai l'impression de nous voir de l'extérieur comme si je m'étais transformé en chouette - en baykuş, le mot exotique s'impose dans mon esprit - et que je planais au dessus de nous. Plantés face à face dans ce couloir mal éclairé. Le dispensaire est silencieux dans l'aube encore sombre et froide. C'est comme si on était perdus sur un bateau en pleine mer. Sur une île déserte. Comme si le reste du monde n'existait pas. La tentation est énorme, écrasante, presque intimidante.

"Defné", je murmure en levant une main vers son visage.

Elle recule comme si j'avais levé le sortilège qui nous reliait.

"Pas maintenant, Kane. Je... Ne compliquons pas les choses !"

"Qu'est-ce que ça compliquerait ?"

"Imagine... imagine que je sois arrêtée... Imagine qu'on vienne te poser des questions et qu'il vaille mieux que je ne revienne jamais... Imagine qu'on demande à ta mère de m'arrêter... Ce sera déjà assez dur comme ça", elle plaide.

"Tu as sacrément de l'imagination", j'arrive à articuler.

"J'y pense depuis des semaines.. avant que ton frère vienne déjà... je... Kane, je... Dès que je t'ai vu, la première fois, je me suis dit... et interdit... Tu dois me trouver pathétique", elle termine en se détournant.

"Je n'imaginais pas que tu me regardais... comme ça", je finis par commenter. Mon coeur bat à coups rapides et forts.

"Je... j'ai vu parfois que tu ne serais peut-être pas contre mais..."

"Tu as cru Rosabel", j'imagine à mon tour.

"Si je l'avais crue, ça aurait été bien plus simple : une aventure sans trop de conséquences... mais je n'ai jamais réellement pensé que tu étais un séducteur sans arrière pensée... Tu n'es pas un type léger - je ne crois pas."

"Non... je veux dire... Merlin..." Je m'appuie contre le chambranle.

"Si Farouk est intéressé... je ne sais pas trop dans quoi je mets les pieds", elle reprend nerveusement. "En fait, si, je le sais très bien... Je ne vais pas pouvoir continuer de travailler ici... ou très peu."

"Si vous montez un truc, vous allez devoir m'embaucher", je lui réponds.

Nos yeux se croisent de nouveau. N'osent pas insister.

"On risque de ne pas payer très bien", elle remarque en fermant son sac.

"J'ai des économies", je réponds.

"Et ici ?", elle questionne.

"Je me trouverai un remplaçant."

"Dit comme ça", elle sourit un peu timidement.

"Je t'accompagne", je décide. "Jusqu'au sentier", je précise.

"Non, Kane", elle refuse. "Il est tôt, mais il n'est pas souhaitable qu'on nous voie ensemble. Je suis partie, c'est tout ce que tu sais. J'ai vaguement parlé d'aller voir de la famille en Allemagne, si Rosie insiste..."

"Bien, madame", je cède à contrecoeur.

"Merci", elle souffle en prenant son sac et en sortant de sa chambre sans s'arrêter.

"Defné ?", je lance quand elle s'engage dans l'escalier.

Elle hésite mais se retourne.

"Tu me donnes des nouvelles", je pose. Je vois bien qu'elle va invoquer la complexité des communication alors je reprends avant elle : "Je ne t'ai pas appris à faire des plumes pour rien."

"Non", elle admet avec un sourire. "Promis."

oo

Le départ de Defné n'interroge pas vraiment Lo Paradiso. Elle est restée comme les autres fois et elle reviendra. Le quotidien prend le dessus - mes patients, le réfectoire, les promenades avec Meninha. Je demande aux gens qui descendent faire des marchés de me ramener des journaux - sorciers comme moldus -, et ça questionne plus que l'absence de la dottoressa.

"Tu te sens loin de tout ?", s'inquiète Rosabel. Après tout, elle doit bien se rappeler combien j'ai professé ne pas m'intéresser à la politique.

"Harry m'a parlé de trucs, et je veux me faire ma propre opinion", j'essaie.

"Le poste de ta mère", imagine assez bien Rosabel.

"Par exemple", je reconnais.

"Ça lui plait ?"

"Je crois que ça dépend des dossiers", je formule prudemment. "Mais ça faisait plusieurs années qu'elle s'était investie dans la coopération entre les divisions d'Aurors au niveau européen. J'imagine que ça a une certaine logique pour elle."

Comme le sujet n'est sans doute pas non plus la tasse de thé de Rosabel, on en reste là.

Je prends mon mal en patience mais je ne pense qu'à ce que Defné peut faire. Aux risques qu'elle prend peut-être. A ces gens qui la connaissent et peuvent dénoncer son activité. Est-elle déjà partie en Allemagne ? A-t-elle trouvé une oreille attentive auprès de Farouk et de ses cousins ? Les questions sont innombrables, et elles me tiennent éveillé face aux étoiles des nuits entières ou presque. Sans parler de sa main sur mes lèvres et de l'attirance pour moi qu'elle a avouée... Sur ce dernier sujet, j'essaie d'être cynique et de me dire que c'est sans doute la meilleure façon de s'assurer de ma coopération. J'ai toujours fait un très mauvais cynique et cette fois-là ne fait pas exception : elle se protège et me protège ; c'est la seule interprétation qui a du sens. Ça fait cinq jours que j'attends des nouvelles et que je m'interdis d'en quémander quand Rosie arrive en colère dans mon bureau, Timandra est sur ses talons.

"Tu y crois, toi ?" Ma vieille copine voit aisément que je ne sais pas de quoi elle parle. "Defné, elle ne reviendra pas !?"

"Pardon ?", je bredouille, le coeur immédiatement battant. C'est le nom 'Defné' qui me fait cet effet là. Pas la peine de se mentir.

"Asfodelo a reçu une lettre avec un mot pour moi - et un autre pour toi d'ailleurs", elle ajoute en tirant une feuille pliée de sa poche et en me la tendant. "Elle démissionne ! Comme ça ! "

Kane,

Ça a été un plaisir de te rencontrer et de travailler avec toi.

Comme je te l'avais dit, je suis allée voir ce que mes cousins du côté de ma mère devenaient en Allemagne. Ils m'ont fait rencontrer d'autres réfugiés comme eux et j'ai appris qu'une organisation est en train de se monter pour venir en aide aux réfugiés sorciers partout en Europe. Ils cherchent des médecins, et j'ai postulé. Je connais les camps et déjà plusieurs langues utiles. En plus grâce à toi, je vais vite apprendre l'allemand.

J'espère que vous allez vite trouver à me remplacer. Dans l'intervalle, je suis sûre que Rosabel et toi saurez faire face à toutes les situations.

Je suis quasiment sûre que nous nous reverrons.

Defné Karaman.

Je n'ai pas besoin de me forcer pour avoir l'air surpris. Qu'est-ce que c'est que cette lettre ? Une fuite de plus ? Un adieu ? Merlin...

"Que dit Asfodelo ?", j'arrive à questionner en tendant la missive insipide à Timandra qui était en train de se démonter le cou à essayer de lire.

"Je... je ne sais pas... Elle est un peu... surprise. Elle a demandé que tu viennes la voir", indique Rosabel.

"Je le ferai", je réponds sobrement en récupérant le mot de Defné et en le mettant dans ma poche. Je chercherai plus tard s'il peut y avoir un message caché. Mais pourquoi ne pas m'avoir envoyé de plume !?

"Et ?", me presse Rosabel me tirant de mes pensées.

"Et quoi ?"

"C'est tout ce que cela t'inspire !?"

"Je suis comme tout le monde... surpris..."

"Elle t'en avait parlé ?", insiste Rosie - ça inquiète un peu la diplomate Timandra qu'elle le fasse, je le note.

"D'aller voir ses cousins ? Vaguement. Elle avait dit qu'elle irait sans doute", je formule lentement. "De démissionner, non."

Et tout ça est strictement vrai. Je crois que ça se voit.

"C'est un peu brutal", admet Rosabel. "Elle s'était tellement investie... je croyais que vous vous entendiez bien..."

Timandra appuie la formulation d'un signe de tête.

"Oui, mais... je sais que... elle a bossé dans l'humanitaire... et, si je comprends bien sa lettre, c'est ce que ses cousins ou autres lui ont proposé... Peut-être que ça a plus de sens que... ici... De ce qu'elle m'a raconté, c'était important pour elle..."

"Trop calme ici ?", réfléchit Rosie à haute voix. "J'aurais jamais cru que quelqu'un puisse penser ça !"

Je prends le parti de sourire et de contre-attaquer sur un autre sujet :

"Qu'est-ce que vous aviez comme cas un peu sérieux ?"

"Fioralba est enceinte mais... On a encore deux lunes devant nous... Je peux te sortir le dossier", elle indique.

"Oui, je regarderai", j'approuve. "Demain. J'ai promis d'aller dîner chez Lucio et Stella. Je ne voudrais pas être en retard".

ooo

C'est plus tard dans la nuit, alors que je me suis convaincu que la lettre officielle de Defné ne contenait pas d'autres messages, que la plume apparaît. Là au dessus de ma tête. Meninha gémit. Je la prends très délicatement comme si j'avais peur qu'elle disparaisse.

"Baykuş", commence la voix de Defné quand j'ai prononcé l'incantation. Je l'imagine enregistrer ce message dans u ne salle qui dans mon esprit ressemble singulièrement à une cellule. "C'est Tilki. J'espère que tu vas bien. Je suis à Munich avec Farouk, et on ne touche pas terre. L'idée plait même si sa mise en oeuvre est un vrai défi. On a ouvert une souscription auprès des réfugiés aisés, on rencontre des Allemands qui devraient nous soutenir, on y passe nos journées et pourtant les choses ne peuvent avancer que doucement. Il faut l'accréditation de trois pays - l'Allemagne, ça devrait aller, du moins, on sait par où essayer, mais... et ça m'agace de devoir encore te demander quelque chose - si tu as des idées de gens à qui nous pourrions faire appel dans d'autres pays... en Italie, en Angleterre... ça serait... plus qu'utile, tu l'imagines.

J'ai envoyé un message officiel au Conseil pour démissionner. C'est mieux pour Lo Paradiso et c'est plus clair dans ma tête aussi comme cela. J'ai mis un mot pour toi qui te permettra de prendre toute la distance nécessaire avec mes activités si besoin... Il ne faudra pas hésiter, hein, Baykuş ? Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Tu seras plus utile à tous - garous et autres - sans ennui avec les Aurors.

Bon, je crois que j'ai terminé mon rapport pour l'instant. Ne te sens pas obligé de répondre tout de suite. Je... A bientôt, j'espère."

J'écoute au moins six fois le message, allongé dans le noir dans ma chambre. Il me semble que le cynisme sort totalement étripé des mots qu'elle a choisis, des intentions qu'elle a partagées avec moi : elle veut me protéger et s'excuse de me demander éventuellement des contacts. Ni plus ni moins.

Une énergie folle me saisit. Je pourrais, là tout de suite, faire ma valise et partir la rejoindre, frapper aux portes, plaider pour de l'or et des autorisations, des soutiens politiques. Je me marre tout seul dans ma chambre : pour Defné, je serais capable d'aller faire ce que j'ai toujours refusé de faire, et j'en suis totalement conscient. Les mots de Zeno il y a des semaines me reviennent : "est-ce que, toi, tu as jamais pensé : cette fille, je suis prêt à tout et n'importe quoi pour elle ?"

"On dirait que je pourrais changer de réponse", je remarque à haute voix. Le rire me saisit de nouveau, profond, puissant, joyeux, et Meninha gémit et me lèche la main. "T'inquiète pas, Meninha, je ne vais pas faire de bêtise", je lui promets. "Ce serait décevoir, Defné... et on ne veut surtout pas ça, hein ?"

oooo

Pour faire plaisir à Asfodelo, je joins une lettre sur le profil idéal d'un ou une remplaçante à Defné à son courrier à l'association Sages-femmes du Monde de Ginny. J'apprends à cette occasion que Cyrus et sa famille - sauf les pensionnaires de Poudlard - sont retournés en Brésil. Quelque part, je me réjouis que ma belle-soeur ne soit pas obligatoirement dans l'instant au courant des derniers développements, surtout que je dois me faire violence pour ne pas ajouter qu'on peut aussi songer à me remplacer le plus rapidement possible. Harry suffit comme conscience fraternelle, merci.

Partir trop vite est un désir déraisonnable, le genre qui détruirait ce que j'ai commencé ici, qui mettrait la puce à l'oreille de toute personne qui se demanderait ce que font les médecins de Lo Paradiso, que désapprouverait bruyamment et avec raison Defné. Même si je dois partir, je ne peux l'envisager qu'après avoir organisé mon remplacement et laissé passer suffisamment de temps pour détourner les soupçons. Je dois être patient, adulte et lucide. Je me le répète un peu tous les matins. Ça aide.

Par acquit de conscience, je vois Fioralba, notre parturiente du moment : elle se porte comme un charme et m'assure qu'elle a totalement confiance en Rosabel et moi pour la fin de sa grossesse. Elle est sorcière et a suivi son amour de jeunesse, Gavino, à Lo Paradiso, après que le jeune homme ait été mordu en Sardaigne. Avant d'arriver ici, "et de trouver leur place", ils ont connu plusieurs années d'errance et d'essais infructueux de vivre tant côté sorcier que côté moldu. Ce sont des endurants.

Une épidémie de rhumes infantiles liée à un pari stupide d'immersion dans la fontaine des bergeries m'occupe un peu deux jours. Le reste du temps, je travaille avec Livia à tester de nouvelles potions Tue-Loup encore mieux adaptées aux besoins de mes patients. Il semble que pour Silvio, notamment, on va devoir sortir de notre approche symbolique et inclure du ginseng. C'est ainsi dans l'atelier de potions du village qu'Ilario vient me chercher quelques jours plus tard.

"Dottore, dottore, tu as une communication de ton père... à la Maison du conseil", il annonce un peu nerveusement.

Je n'imagine que des choses terribles en entendant ça, et ça doit se voir.

"Ta soeur - elle a été blessée", il confirme. "Je n'en sais pas plus..."

Je cours sur les talons du jeune garde jusqu'à la maison du Conseil. Le visage de mon père est là, flottant entre quatre statuettes. Voilà un usage que j'ignorais totalement. Même pas le temps de m'en préoccuper.

"Kane", il me salue un peu gravement.

"Je vous laisse", annonce Asfodelo sans attendre. "Remus, je suis toujours heureuse de vous parler même si les circonstances pourraient être meilleures. Tous mes voeux de guérison rapide pour votre fille."

"Iris ?", je questionne quand la porte s'est refermée.

Papa acquiesce et se lance dans une explication un peu chaotique : "Elle a été intoxiquée pendant une opération - une arrestation un peu complexe. Des émanations nocives, qui l'ont empoisonnée et interagi avec sa magie. Elle est dans une sorte de comas... Susan la dit hors de danger mais pense que ton aide serait... que si, toi, tu pratiquais l'oniromancie sur elle, avec votre lien..."

"J'arrive", je le coupe en réfléchissant très vite. "Le temps... de m'organiser.. Disons que je suis là tard ce soir..."

"Susan dit que si tu es là demain, c'est très bien", essaie de tempérer Papa notoirement soulagé. "Après demain aussi..."

"Je m'occupe de partir au plus vite", je répète.

"Asfodelo a dit qu'elle comprenait", il rajoute.

J'acquiesce en retenant que je serais parti même sans l'accord du Conseil restreint. Papa l'aurait mal vécu même s'il aurait sans doute fait de même. Ce n'est que quand je fais ma valise - deux chemises, un pantalon, pris au hasard - que l'idée me vient. Je m'interromps pour remplir un plat d'eau et choisir une plume.

"Tilki", je commence avec un sourire que la destinataire de ce message ne pourra pas voir mais je doute qu'elle ne remarque pas le parallèle. "Je vais en urgence à Londres. Ma soeur jumelle, Iris, est blessée ; une intoxication qui a eu des effets sur sa magie et sa conscience. Notre lien va aider", je résume. "Si tu me rejoins là-bas, je peux sans doute te faire rencontrer des gens... Je sais que c'est un peu précipité. J'y serai ce soir mais je serai à Venise dans trois heures au maximum donc tu peux m'appeler sur mon miroir. Si c'est trop précipité, on trouvera d'autres moyens", je conclus pour ne pas l'affoler avec mes impulsions de Gryffondor.

Je boucle mon sac, promet à Timandra de l'appeler chaque jour par cheminée - puisque Papa l'a fait, c'est possible -, et Zeno et Ilario m'accompagnent jusqu'au sentier qui plonge dans la vallée. Je leur confie Meninha qui gémit quand je m'éloigne. Mon coeur se serre un peu mais sa découverte de Londres attendra.

En voyant des arbres, je mesure depuis combien de temps je ne suis pas sorti de Lo Paradiso. A la sortie du village moldu désert que j'atteins à la nuit tombée, je transplane pour Venise, directement au Centre des portoloins internationaux. Je pense que les Cimballi comprendront que je ne passe pas les saluer. Je paie assez cher pour partir immédiatement et, quand je me matérialise à Londres, où il pleut, je réalise que je viens de manquer l'appel de Defné.

"On va y arriver", je commente en la rappelant tout en sortant du centre londonien.

"Oui", elle sourit. "Comment va ta soeur ?"

"Je suis en route pour l'hôpital et j'en saurais plus mais a priori pas de pronostic vital ou inquiétant, juste un contrecoup de l'intoxication... - une perte de conscience, des blocages de sa magie, je ne sais pas les détails."

"Tu vas la sortir de là", elle commente. "Tu es un super oniromancien..."

"Notre lien va jouer aussi", je répète en tripotant par réflexe ma médaille. Je me demande un peu pourquoi je n'ai rien senti. Ça ne marche pas à chaque fois mais, quand j'ai été enlevé il y a deux ans, elle l'avait ressenti.

"Certainement", rajoute Defné loin de mes questionnements. "Je ne sais pas si c'est le moment pour... tu sais quoi..."

"Je ne sais pas quand je pourrai retourner à Londres", je contre. "C'est un peu l'occasion... de vous donner des contacts, de te présenter des gens... sans que personne ne s'étonne."

"Mais tu penses à qui ? A ta mère ?", elle veut savoir.

Il y a des noms qu'on ne lâche pas comme cela dans une rue sorcière britannique.

"Non. Je ne sais pas si elle sera là ou pas mais, non, ce n'est pas par elle qu'il faut commencer", je réponds. "Dans les faits, je n'ai pas vérifié que la personne à qui je pense est disponible... je vais le faire tout de suite et je te rappelle ?"

Defné accepte sans trop de mots. Je regarde autour de moi, je suis à moins de cinq cents mètres de Sainte-mangouste. Il y a très peu de temps je connaissais quasiment chaque pierre de pavage, chaque boutiquier, chaque arbre.. là, tout de suite, tout me semble extrêmement exotique. Je n'ai pas le temps pour ça, je décide. Je prends une grande inspiration et je souffle le nom de mon grand père dans mon miroir.

"Kane !" est la réponse quasi-immédiate de mon grand-père. Quand on songe à son emploi du temps, on peut avoir un début de vertige à propos du fait qu'il me réponde. "Oh, tu es arrivé à Londres", il rajoute reconnaissant sans effort mon environnement. "Ton père a dit que le traitement aurait lieu demain..."

"Je suis venu dès que j'ai pu. Je vais aller voir le dossier, la voir, m'informer, me préparer", je réponds.

"Severus m'a assuré que Susan n'était pas inquiète ; elle a pensé que tu n'apprécierais pas qu'on ne te demande pas", il raconte.

"Effectivement", je souris presque. "Je sais qu'on aurait pu se passer de moi mais je serai content de le faire." Il approuve ma formulation. "Grand-père, tu seras là, demain ?"

"Je suis à Bruxelles... je sais que ta mère sera là mais, moi, je ne vais pas y arriver... Je serai avec vous en pensée et le soir, sans doute." J'opine. "Tu as quelque chose à me demander, Kane ?"

"Je... je voudrais te présenter quelqu'un", je reconnais avec un sourire. "Quelqu'un qui a un projet humanitaire qui... me touche beaucoup et qui a besoin de quelques soutiens diplomatiques..."

"Tu veux que mon secrétaire lui prenne un rendez-vous..."

"Grand-père, peut-être que son projet n'est pas assez... mûr pour une rencontre officielle."

"Un conseil informel alors ?", il propose sans un battement de cils. J'acquiesce sobrement. "Je dois pouvoir vous voir chez moi en fin d'après-midi ?"

"Magnifique, Grand-père !"

"J'imagine que tu ne souhaites pas que je mentionne cette rencontre à quiconque ?"

"A ce stade, je préférerais", j'avoue en faisant de mon mieux pour ne pas rougir.

"Ma curiosité est totalement piquée", est la conclusion de mon grand-père. "Embrasse ta soeur pour moi et je te confirme à quelle heure je suis disponible dès que possible."

"Merci, Grand-père", je conclus l'appel.

Je rappelle ensuite Defné qui veut de nouveau savoir qui on va rencontrer.

"Quelqu'un qui peut ouvrir un paquet de portes", je formule. "Pas seulement en Angleterre. On va le rencontrer chez lui. Rien d'officiel."

"Ton père ?"

"Non, Defné, non, pas lui, ce n'est pas son rayon. Tu peux arriver demain midi ou en début d'après midi ?"

"Je dois pouvoir m'organiser. Je te confirme dès que je suis sûre", elle cède.

"Prends soin de toi", je conclus.

Je suis arrivée devant le grand escalier extérieur de Sainte-Mangouste et j'ai déjà dû saluer silencieusement d'anciens collègues. Il finira par y avoir quelqu'un qu'une conversation en italien et par miroir n'arrêtera pas. J'arrive à ne pas trop perdre de temps entre l'accueil et le service des accidents magiques. De fait, la plupart des gens qui me connaissent se disent tout seuls que je suis là pour ma jumelle et se limitent à m'assurer de leur sympathie. J'arrive dans le service pour découvrir que ma vieille copine Pina est de garde.

"Kane ! Je croyais qu'on ne te verrait que demain !"

"Je veux juste voir le dossier et la voir quelques secondes si tu veux bien - je ne tenterai rien, promis", je lui assure. "Et, je te croyais en Asie."

"Je suis rentrée depuis peu", elle soupire en tirant le dossier de ma soeur d'un casier. "Je ne sais pas trop pourquoi j'ai pensé que j'avais besoin de rentrer. Mais mon père ne me parle toujours pas ; mon frère, qui négocie une mise à l'épreuve avec le Département des mystères, ne cache pas qu'il me verrait bien avoir un accident... Je ne sais pas trop ce que je fais là... Smiley-Rogue m'a gentiment trouvé un poste ici avant que je trouve où me cacher..."

Une proposition me vient évidemment mais je décide que ce n'est certainement pas le moment. J'opine avec une sympathie sincère - être la demi-soeur d'un mec enfermé à Azkaban pour avoir durablement influé sur la magie de femmes moldues et être la fille d'un médecin connu mais tellement centré sur lui-même et sa propre réussite qu'il en méprise ses enfants ; on peut dire que Pina a fait des efforts pour m'aider à trouver ma famille équilibrée, sympathique, bienveillante et encourageante. J'ai trouvé normal qu'elle prenne le prétexte d'accompagner sa nièce vivant maintenant avec sa mère au Japon pour s'éloigner. J'aurais compris qu'elle ne revienne pas. Je me concentre sur le dossier d'Iris. L'accident a quarante-huit heures. Iris était dans une équipe spéciale sous les ordres de Seamus Finnigan qui a joint un résumé des circonstances de l'accident.

L'Auror Iris Lupin et l'Auror Samuel McDermott poursuivaient un suspect dans des entrepôts moldus. Ils s'étaient séparés pour le prendre en pince. Le suspect a volontairement enflammé plusieurs containers - les libellés moldus sont joints au dossier - pour créer une diversion. Les produits semblent avoir réagi entre eux et une émanation nocive s'est formée, mais l'Auror Lupin n'en a pas mesuré la dangerosité. Elle a procédé à l'arrestation et remis le suspect à son collègue et supérieur. Elle s'est ensuite effondrée et nous l'avons transférée à Sainte-Mangouste

Je regarde les libellés. Dichlore et sel d'étain. Je reconnais l'écriture de Susan qui ajoute "dérivé nocif du sodium" à côté de dichlore.

"Bref, un chouette poison", je conclus à haute voix.

"Oui, elle a souffert d'un oedème pulmonaire important qui lui a fait perdre conscience. Ses poumons sont quasiment guéris mais elle reste en retrait... le manque d'oxygène est toujours très mauvais pour la magie", commente Pina.

"On va aller la chercher", je marmonne.

"C'est ce que j'ai dit à Samuel tout à l'heure... Susan ne cesse de le virer, le pauvre, mais il est là dès qu'il a cinq minutes et se désespère qu'Iris ne réagisse pas. Je lui ai dit qu'elle guérissait mieux comme ça et, que si tu venais, tu allais la faire revenir fissa. Mais il avait l'air désemparé..."

Je sais que Pina se voulait gentille et rassurante mais je me mets à la place de mon beau-frère : il doit se sentir un peu coupable de ne pas avoir été blessé ou de ne pas avoir su protéger sa femme, sa collègue et subordonnée ; si ça ne suffisait pas, il doit se sentir maintenant un peu inutile, voire encombrant, alors que la famille Lupin prétend avoir toutes les solutions. Je ne partage pas mes doutes avec Pina.

"Je peux la voir ?"

"Normalement je n'ai pas le droit de laisser quiconque extérieur au service...", elle commence. "Mais vu que demain, c'est à dire dans moins de cinq heures, tu seras considéré comme personnel autorisé... j'imagine que Susan ne me virera pas si je te laisse... mais tu tentes rien, juré ?"

"Juste la voir. Si tu veux ma baguette, je te la donne."

"Je te fais confiance", est la réponse de ma collègue en m'entraînant, avec des précautions notables, jusqu'à la chambre de ma soeur. Elle me paraît étrangement fine et fragile. Comme si le lit était trop grand, ses membres trop immobiles. Avec ses cheveux étalés sur l'oreiller. Tout ça ne lui ressemble pas.

"Ben alors, on respire n'importe quoi ?", je souffle en m'asseyant sur le lit et en prenant sa main. Je sens son pouls faible mais régulier. Je vois sa poitrine se lever et se rabaisser sans aide, avec juste un petit tremblement qui dit la souffrance résiduelle des organes. Sans sortir ma baguette et mon pendule, je ne peux pas en savoir plus.

"Vas-y, je ne dirais rien si tu l'auscultes", murmure Pina. "Je m'imagine si c'était quelqu'un auquel je tenais..."

Je ne me le fais pas dire deux fois. Ce n'est pas que je n'ai pas confiance dans mes collègues mais mesurer par moi-même sera toujours plus rassurant. L'aura est légèrement contractée, mais sans changement d'équilibre que je puisse noter ; je connais bien l'aura de ma soeur. La puissance magique est quasiment inexistante. Comme fuyante. Manque d'oxygénation entraînant un repli de la puissance vers les organes réflexes. Un cas classique.

"Sa conscience s'est planquée", je commente à haute voix. Le son la fait réagir, sa main se crispe dans la mienne, et une projection apparaît nettement dans mon esprit. C'est un renard qui gémit. Je lance une projection de mon hibou, et il volette autour du renard qui entrouvre et referme les yeux mais la main se détend. "Repose-toi, prend des forces parce que les vacances, c'est fini. On est là demain et on te ramène..." Je me penche et je l'embrasse légèrement sur le front. "Sois sage pour Pina."

Mon ancienne condisciple me reconduit vers l'accueil dans l'hôpital très calme qui me rappelle évidemment les nombreuses nuits de garde que j'y ai passées. On va se quitter quand arrive vers nous une jeune Auror blonde platine que je n'ai plus croisée depuis des mois. La dernière fois, elle me rendait les clés de notre appartement.

"Ok, Kane, bien sûr que tu es là", est son entrée en matière étonnamment familière. "A l'accueil, ils disent que je ne peux pas voir Iris."

Je désigne Pina : "C'est au médecin de garde de décider. Je suis moi-même tributaire de sa décision."

Le regard de Pina va d'Eolynn à moi et tire des conclusions prudentes.

"Eolynn, je suis désolée... mais Iris a besoin de repos. Demain, si les soins se passent bien, des visites élargies seront certainement possibles."

"Ok", lâche mon ancienne petite amie. "J'imagine que je ne suis plus considérée comme de la famille... J'avais amené ça", elle rajoute en tendant à Pina une boite des chocolat préférés d'Iris. "Sam a dit surtout pas de fleurs..."

"Effectivement, elle doit rester dans une atmosphère la plus... neutre possible, ses poumons ne sont pas encore complètement guéris", commente Pina en prenant la boîte.

Je décide de ne pas faire davantage supporter à Pina le poids de nos retrouvailles forcées.

"Je partais, tu as le temps d'un verre ?"

Eolynn hésite mais opine, et nous sortons en silence une fois que nous avons salué Pina. On se retrouve à s'asseoir au pub dans lequel on s'est retrouvés tant de fois. Sans se concerter, on prend la même table. On a la même hésitation avant de s'asseoir après avoir commandé nos consommations habituelles.

"Je te croyais en Irlande", je me lance pour nous ancrer dans le présent.

"Je suis en vacances... pour dix jours", explique Eolynn. "Je suis arrivée hier à Londres voir la famille et les amis, et Caradoc m'a dit... Je suis désolée pour Iris..."

"Pina m'a laissé voir le dossier et... je ne suis pas inquiet. Demain, on va la sortir de son choc magique", je réponds avec fermeté.

"Tu vas... ils t'ont appelé ?"

"Susan m'a proposé de participer au soin, et j'apprécie", je formule. "Ça rassure aussi mon père, je crois."

"Ta mère est là ?", questionne Eolynn d'une petite voix. Ah, ma mère... otage contre son gré de notre relation...

"Elle sera là demain sauf si une catastrophe diplomatique la bloque à Bruxelles", je réponds factuel et bref.

"Iris aura besoin d'elle", est le commentaire de mon ex-petite amie. Je me contente d'opiner. Les rapports mère-fille, les rapports entre Aurors, tout ça - je ne me risquerai à aucune expertise. "Et de toi aussi bien sûr", elle rajoute sur le ton de l'excuse.

"Et de Sam, et de ses amis", je complète pas loin de l'agacement. "Elle a besoin de repos ; elle n'est pas prise en otage par un clan ! Elle sera contente des chocolats..."

Ça ressemble si typiquement aux discussions amères et désordonnées qu'on pouvait avoir il y a encore peu que je grimace tout seul. Eolynn joue avec son verre, aussi embarrassée que moi, je crois.

"Mais tu ne m'as pas dit si ça se passait bien à Dublin...", je tente de nouveau. Est-ce que ce verre partagé est une torture que je ferais mieux d'abréger ? Est-ce que je devrais sortir d'ici appeler Samuel ou mon père, et ne pas tenter d'avoir une conversation normale avec Eolynn ? Est-ce que je suis naïf quand j'essaie ?

"C'est plus calme qu'ici mais aussi plus large, moins spécialisé, tu touches à tout. C'est formateur", elle répond avec un certain soulagement. "Et toi, en Italie ?"

"Je crois que je pourrais dire exactement la même chose : moins de stress quotidien, mais tous les champs de la médecine, de l'obstétrique aux potions symboliques... Plus que formateur."

"Tu vas rester alors ?" - on dit ça en même temps et ça nous arrache notre premier sourire commun. Je lui fais signe de répondre la première.

"Je crois que je vais me laisser le temps de grandir avant de revenir", est sa réponse. "Je... je sais que j'ai globalement trop voulu en faire trop vite - Iris me l'a dit plusieurs fois ; je pensais qu'elle insistait sur le fait que tout... allié des Lupin se devait d'être irréprochable ; il y avait peut-être de ça, mais j'ai compris à Dublin que j'avais besoin d'expériences, de répétition, de routine... de grandir..."

Elle a fini, c'est à moi de répondre.

"Lo Paradiso m'a fait prendre conscience de tout ce que je savais faire", je réponds, tout à fait conscient que c'est peu humble comme présentation mais c'est sincère. "Gérer une équipe, négocier avec les politiques, soigner des enfants, des vieux, improviser... sans le soutien de toute une équipe de spécialistes... Je crois que j'aime bien ça. Je ne sais pas si je vais rester très longtemps à Lo Paradiso mais je crois que j'aime bien l'humanitaire et que je vais chercher... d'autres expériences dans ce champ..."

On se regarde et on lit dans nos yeux respectifs combien on est loin maintenant l'un de l'autre. Elle veut une carrière tranquille, je veux partir dans des camps de réfugiés. Peut-être qu'en fait, on était plus éloignés qu'on ne le pensait avant même de se séparer.

"C'est chouette que tu prennes confiance en toi", elle commente avec un air plus détendu. "Quelque part, tous les deux, on a besoin de place... pour prouver qui on est..."

Je prends ma pinte et la lève en hommage aux mots qu'elle vient de prononcer et que j'aurais pu choisir.

"A notre amitié ?", je propose. Quelque part dans ma tête, Cyrus secoue la sienne ; il ne croit pas à l'amitié entre d'anciens amants. Qui aurait dit que Cyrus était plus cynique que moi ?

"A notre amitié", sourit Eolynn explosant mes derniers doutes.

ooooooooooooooo

Je devais bien à Kane quelques petites victoires. On reste à Londres pour "Cultiver ses alliés" la semaine prochaine - je vous laisse devenir lesquels.

Merci aux sept reviewers et demi. Merci à Fée, à Alixe, à Dina, à Fenicina pour leur présence permanente...