Chapitre 21 - Juin 1997
Tom avait beau être d'une puissance hors du commun, il n'avait pu empêcher le désastre qui venait tout juste de se produire. La vision qu'il avait devant lui le bouleversa tant qu'il ne réalisa pas qu'il avait retrouvé le contrôle de son corps. Ignorant sans effort la voix de Voldemort dans sa tête, il sentit son cœur se contracter pour la première fois lorsqu'il observa plus attentivement la jeune fille. La tête légèrement penchée sur le côté, ses cheveux flamboyants s'étalant en cascade contre l'oreiller, ses joues encore humides face au désespoir qu'elle avait subit, elle était là… Immobile. Pâle.
Morte.
Le sorcier n'avait jamais été le genre de personne à ressentir des émotions fortes et pourtant, même en ayant l'habitude de ne presque rien éprouver, jamais il ne s'était senti aussi vide de sa vie. Incapable de penser, incapable de s'exprimer, il se sentait perdu. Pire encore… Abandonné.
Ne lui avait-elle pas promis de toujours rester avec lui?
Même si tout au fond de lui, il savait que cette promesse n'avait été faite que grâce aux mensonges qu'il avait alors proféré, il avait voulu y croire. Pourquoi? Depuis quand? Il ne le savait pas réellement. Mais il était sûr d'une chose : malgré ce qu'il était, malgré ce qu'il avait fait, il avait désiré la compagnie de la rouquine. Quelles qu'étaient les circonstances, quelle que fusse l'humeur de la sorcière, quelque chose en elle lui donnait envie d'être prêt d'elle. Était-ce son innocence qu'elle avait si longtemps voulu ignorer? Était-ce sa naïveté, qui avait fait en sorte qu'elle soit si longtemps restée à ses côtés? Était-ce sa bonté d'âme, qu'il avait enfin su voir lorsqu'elle s'était interposée durant la bataille pour le protéger? Était-ce le fait que, malgré tout ce qu'il lui avait fait subir, elle était toujours restée la même?
La petite Ginny. Celle qui lui avait confié sa confiance, son amitié, et peut-être même son cœur. Celle qui lui avait permit de sortir du journal, entamant une nouvelle vie. Cette enfant d'à peine onze ans… La première personne à lui avoir tenu compagnie. La première à lui avoir confié des secrets. La première à s'être elle-même qualifiée comme étant son « amie ».
Il avait mis des années à s'en rendre compte mais, inconsciemment sans doute, la jeune femme avait réussit à faire ce que personne encore n'avait fait. Endurant les terribles épreuves qu'il lui avait réservé, Ginny avait prolongé son séjour dans le manoir. Sans même le réaliser, elle s'était imposée et lui, abandonnait progressivement la possibilité de la tuer un jour. Il avait voulu la transformer. La forger. Et la tuer si jamais il échouait… Au final, c'était exactement ce qui était arrivé. Mais il n'avait pu se résoudre à se débarrasser d'elle et n'avait fait que tenter diverses approches pour la faire coopérer. Le temps s'était écoulé… Et ses objectifs eux-mêmes s'étaient métamorphosés sans qu'il ne le remarque. Son but était passé d'une volonté de la rendre pareille à ses autres mangemorts à un désir de la voir simplement accepter sa présence et sa vie au manoir. Il l'avait voulu égoïstement pour lui seul, dès le départ. Et c'était maintenant, alors qu'il était trop tard, qu'il réalisait enfin tout cela.
C'était alors qu'elle se tenait devant lui, figée, qu'il réalisait enfin l'importance qu'elle avait. Il ne pouvait clairement définir ce qu'elle était à ses yeux. Peut-être était-ce quelque chose d'anodin pour le commun des mortels… Il ne le savait pas. Il ne chercherait pas à qualifier le rôle que la jeune fille avait dans sa vie, mais il était à présent certain d'une chose : elle était différente des autres, à ses yeux.
Il tendit lentement sa main vers le visage de Ginny, avant de suspendre son geste, comme s'il n'osait la toucher de peur de la briser. Il resta ainsi de longues secondes, le bras tendu, son regard fixé sur la sorcière. Soupirant silencieusement, il s'approcha enfin et effleura sa peau du bout des doigts. Par réflexe, ces derniers se dirigèrent vers le cou de la jeune femme afin de vérifier son pouls.
Les secondes défilèrent. Aucun battement. C'était bel et bien terminé. Elle était partie.
- Non.
Il secoua sa tête, comme pour nier l'évidence.
- Non… Reviens.
Sa voix dérailla, tandis qu'une sensation poignante et nouvelle l'envahit. Le moment était totalement inapproprié pour se soucier de son état de faiblesse, mais il était inutile de le nier : en cet instant, il souffrait. Il se sentait mal et son cœur lui semblait inconfortable.
Et, comme si cela n'était pas suffisant pour le lui prouver, sa vue se brouilla. A voix haute, comme pour se donner du courage, il persiffla :
- Ce n'est pas la peine. Ce genre de chose ne sert à rien…
Il serra ses poings et détourna son regard, la vue du corps inanimé de la sorcière sans doute trop insupportable. Il se mordit la lèvre inférieure avec force, comme si se faire volontairement mal à cet endroit allait apaiser sa douleur intérieure. Inutile.
Il ne put la retenir. Elle était si fine, si belle, si éphémère, et pourtant bien réelle…
Sa première larme.
Un cri de rage déchira le silence, puissant et douloureux.
- Que voulez-vous dire par vous n'avez toujours pas de nouvelles de ma fille ?
- Molly, chérie, calme-toi…
La mère Weasley repoussa son mari avec tant de ferveur que Fred, Georges et Ron durent se précipiter sur leur père pour le soutenir. La sorcière rousse était si furieuse que son visage arborait désormais une teinte rouge impressionnante. Elle pointa un doigt accusateur sur les deux Aurors au teint mat qui se trouvaient devant elle.
- Vous étiez chargés de la ramener avec vous! Dans ces satanés cachots, vous m'avez clairement dit que nous n'avions pas à nous inquiéter pour elle, que vous alliez la récupérer!
Le plus grand des deux sorciers ôta son chapeau et s'inclina légèrement, la mine déconfite.
- Nous sommes navrés, Madame. Mais tout est allé si vite…
- Encore des excuses! Vous n'aviez cas la retenir au lieu de la laisser partir.
Timidement, Ron tenta de prendre la parole. Il regarda sa mère avec une intense tristesse, partageant son désespoir, mais tout de même déterminé à excuser l'attitude des deux hommes qui, de toute évidence, n'étaient pas totalement coupables.
- Maman, ce n'est pas de leur faute si Jedusor a emmené Ginny…
- Si! S'ils l'avaient empêché de se joindre à la bataille, elle n'aurait pas été blessée!
Le second Auror intervint d'une voix rauque, signe de son profond malaise :
- Madame… Votre fille s'est volontairement interposée.
- Cessez de raconter des bêtises! Ce monstre l'a sûrement ensorcelé!
La voix de la sorcière dérailla, ses yeux se remplissant abondamment de larmes.
- Vous n'aviez pas à laisser ma petite fille… courir ce… ce risque…
Elle renifla, son cœur meurtris en raison de la disparition de Ginny, cette partie d'elle-même qu'elle avait l'impression de se voir enlever.
- Vous n'êtes même pas cap… capable de me dire si… si elle est toujours… toujours…
Les Aurors se firent tout petits, honteux, mais s'efforcèrent d'exposer leur point de vue.
- Nous avons perdus bien trop de sorciers dans notre dernière bataille. Nous ne pouvons pas y retourner maintenant, nous serions sûrs de nous faire battre.
Arthur, emporté par la tristesse de sa femme, libéra sa colère qu'il contenait en lui depuis si longtemps. Il s'écarta de ses enfants et attrapa l'un des sorciers par le col. Il resserra si fortement sa prise que le visage de sa victime prit une teinte violacée.
- Comment en êtes-vous arrivés à ce stade? Vous étiez plus nombreux qu'eux! Comment avez-vous pu être forcés à battre en retraite? C'est ridicule!
- Monsieur… Détendez-vous.
Ses paroles eurent l'effet contraire : le père Weasley se déchaina, fou d'inquiétude, et plaqua l'Auror contre le mur.
- Vous n'avez pas à me dire quoi faire! C'est vous qui avez perdu de vue notre fille, alors vous feriez mieux de la retrouver si vous ne voulez pas que je vous colle un procès!
L'homme sembla se liquéfier.
- Inutile d'aller aussi loin, enfin… De plus, ce genre de situation ne peut être réglée de la sorte, alors…
Arthur le secoua vivement, son regard à la fois douloureux et emplit de haine.
- Peu importe, retrouvez-là!
L'autre Auror, semblant reprendre du courage, tenta de les séparer et, une fois certain que le sorcier roux n'était plus envahit par ses envies de meurtres, il intervint :
- Vous devez tout de même savoir qu'il est possible que nous ne la retrouvions pas, dans le cas où elle…
- Taisez-vous!
Fred et Georges, qui étaient restés silencieux depuis l'arrivée des deux invités, s'étaient exclamés d'une même voix. Les sourcils froncés, l'air plus colérique que jamais, le jumeau le plus proche leur adressa son regard le plus noir :
- Ne dites pas ce genre de choses si vous n'en savez rien. Vous n'avez pas le droit de détruire nos espoirs de la sorte.
Ses mots eurent l'effet escompté : les sorciers se turent, plongeant la pièce dans un silence embarrassant. Arthur en profita pour passer un bras réconfortant autour des épaules de Molly, sans doute pour également se calmer lui-même. Après de longues et pesantes secondes, il pria les deux hommes de s'en aller.
- Contactez-nous si vous avez du nouveau.
Les Aurors acquiescèrent d'un faible hochement de tête, puis se dirigèrent vers la sortie, sans demander leur reste. Il était évident que cette famille vivait dans une période difficile, il serait inutile de s'excuser d'avantage.
Après s'être éloigné de quelques mètres du Terrier, l'un des deux sorciers s'immobilisa, avant de se tourner vers son partenaire. Baissant sa voix et tout en regardant autour de lui, il lui demanda :
- Tu es vraiment sûr qu'on ne doit rien leur dire à propos du Directeur de Poudlard et des deux autres corps qui ont été retrouvés?
- Ils sont inquiets pour leur fille, pourquoi leur annoncer ce genre de nouvelle?
- Parce qu'ils connaissent peut-être les victimes.
- Bien sûr qu'ils les connaissent! Leur plus jeune fils va à Poudlard alors ils sont forcément familiers avec ses professeurs, mais je ne pense pas que ce soit aussi important à leurs yeux que la disparition de leur petite protégée. Ils souffrent assez comme ça, tu l'as bien vu.
- Mais l'autre victime…
- Ne sois pas idiot. Tout le monde connait le Survivant. Ils le verront bien assez tôt dans les journaux…
Le corps de Ginny dans ses bras, Tom arriva enfin au cœur de la forêt. Avec douceur et précaution, il la déposa sur un lit de feuilles qu'il forma d'un coup sec de sa baguette, tout en prenant soin de l'allonger le plus dignement possible. Il se releva, recula de quelques pas, puis la fixa quelques instants, mi-souriant, mi-attristé. Dans un murmure, il s'adressa à elle :
- Ne t'inquiète pas, je ne te laisserai pas tomber. Mon sort permettra à ton corps de rester en bon état et d'évoluer, le temps que les choses s'arrangent…
Fermant ses yeux, il leva sa baguette dans un mouvement délicat. Tout doucement, une petite bille lumineuse apparut à son embout et, timidement, s'agrandit tout en devenant de plus en plus étincelante. Une brise s'éleva, caressante, emportant les quelques mèches rebelles de Tom vers l'arrière. Sa respiration se fit lente, comme s'il tentait de se détendre et il eut un petit sourire, tout en chuchotant :
- J'ai également besoin d'un souvenir heureux et puissant pour ce sort… Te rends-tu compte que c'est grâce à toi que je peux exercer cet extraordinaire sortilège?
Comme pour confirmer ses dires, la sphère lumineuse se détacha de sa baguette et s'avança vers le corps de Ginny, tout en changeant progressivement de forme jusqu'à en prendre une semblable à un cocon composé d'une multitude d'étincelles. Ces dernières s'éparpillaient autour d'elle et étaient assez espacées les unes des autres pour permettre de toujours apercevoir le corps de la sorcière au travers de cette enveloppe protectrice.
Tom rouvrit ses yeux et sourit : la jeune femme semblait tout simplement entourée d'un halo de lumière. Elle était magnifique. Il la fit entrer en lévitation, afin d'être sûr que la couche brillante entourait totalement son corps puis, silencieusement, il s'approcha, jusqu'à se retrouver le nez contre la surface chatoyante.
- Pour une raison que j'ignore, tu as sauvé ma vie… A mon tour, je sauverai la tienne. Un jour viendra où même la Mort ne pourra plus rien contre moi. Et ce jour là, je te montrerai la vérité que tu n'as jamais su voir.
Il la regarda une dernière fois, comme attendrit, puis se détourna. Il s'éloigna avec lenteur, l'expression de son visage changeant progressivement à chaque pas qu'il effectuait. Lorsqu'il atteint la lisière de la forêt, ses traits étaient durs et déterminés.
- Bien, il est temps de passer à l'action.
« Je te parle, sombre crétin! Comment oses-tu m'ignorer depuis deux heures? »
Tom ricana, son fameux sourire sadique aux lèvres.
- Oh, tu es toujours là? Excuse-moi, je ne t'entendais pas…
« J'avais remarqué, oui! Comment as-tu fait pour inverser nos rôles? Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à reprendre le contrôle? »
- Tu aimerais bien le savoir…
Il s'avança d'une démarche assurée vers le manoir, conscient des multiples questions que se posaient son futur.
« C'est à cause de cette gamine que j'ai tué? »
Le jeune mage crispa légèrement ses poings à l'entente de cette référence au départ de Ginny.
- Tu n'as pas besoin d'être au courant.
« C'est tout de même intriguant… Tu n'es pourtant pas assez puissant pour me battre »
Il ricana, sûr de lui.
- Oh, vraiment? J'ai assez de force pour lutter contre toi. Attend de voir ce que je ferai lorsque j'aurai atteint un niveau suffisant pour te faire sortir de là… Tu regretteras de t'être opposé à moi.
« Et d'où te vient cette subite force, dis moi? Je te rappelle qu'il y a quelques heures, je gérais le moindre de tes mouvements! »
- C'est terminé.
« Merci, je n'avais pas réalisé… »
- Tais-toi, maintenant. J'ai d'importantes choses à faire.
« Comme quoi? »
- M'attribuer ta puissance, entre autre.
« Epargne toi cette peine, c'est impossible! »
- Je compte bien te prouver le contraire.
L'espace d'un instant, Tom eut l'air plus effrayant que jamais.
- Je n'en suis pas encore capable aujourd'hui, mais qui sait? Un jour viendra où je serais peut être en mesure d'absorber ta propre puissance et de la combiner avec la mienne?
« Tu ne pourras jamais faire ça »
- Tu me sous-estimes.
Il arriva dans le Hall d'entrée, ses mangemorts alignés comme à leur habitude, attendant leur maître. Pour ne pas paraître suspicieux, il se dirigea vers son fauteuil tout en s'adressant mentalement à Voldemort.
« Accroche-toi, le voyage risque d'être long… »
Les jours s'étaient écoulés et Tom avait fait de la bibliothèque sa nouvelle résidence. Il avalait les livres de magie noire à une vitesse impressionnante et, malgré toutes les interventions de Voldemort, il ne s'était pas une seule fois laissé déconcentré. Son envie de connaissance s'était considérablement amplifiée, et sa soif de puissance augmentait d'heure en heure. Le fait que son corps soit habité par un autre que lui-même commençait doucement à le rendre d'une humeur massacrante et il tournait désormais avec avidité les pages abimées du manuel relié qu'il avait sous ses yeux. Rageur, il tapa son poing contre la table à laquelle il était assit.
- Ce livre se prétend être un récapitulatif des plus puissants sorts de magie noire et il ne m'apprend strictement rien!
Agacé, il referma brusquement le livre, son esprit à nouveau réceptif aux remarques agaçantes du Lord.
- Tout ça ne me servira pas… Je dois aller découvrir d'autres horizons, d'autres formes de magie…
« Sage décision. C'est exactement ce que j'avais fait. Sauf que même si tu allais dans tous les endroits que j'ai visité, tu n'arriverais pas à te débarrasser de moi. Je n'ai jamais trouvé de moyen quelconque pour se débarrasser d'une possession par une personne plus puissante que soi »
« J'attendrai de t'être supérieur, dans ce cas »
« ça te prendrait des décennies pour ne serait-ce qu'atteindre mon niveau. D'ici là, j'aurai moi-même trouvé une manière de te mettre hors jeu »
« Des décennies? Je ne crois pas non. Il t'a peut-être fallu ce temps là pour arriver au sommet, mais je suis différent »
« Ah oui? Et en quoi, si je puis me le permettre? »
« J'ai une source de motivation que tu n'as pas »
Voldemort resta longuement silencieux, comme si la réflexion de Tom l'avait perturbé.
« C'est-à-dire? »
« Depuis notre adolescence, nous avons tous les deux voulu la même chose : défier la Mort et devenir Immortel »
« En effet… »
« La différence entre nous et que tu veux défier la Mort pour ta propre survie ce qui, en passant, n'a pas l'air de très bien marcher, étant donné que je suis sûr de pouvoir te détruire une fois que tu seras sorti de mon corps… »
« Je ne vois toujours pas où tu veux en venir »
« Pour ma part, ce n'est plus l'immortalité que je recherche. Mais le moyen de faire revenir une personne d'entre les morts »
« C'est absurde. Au mieux, tu n'arriveras qu'à créer des Inferi, et tu le sais très bien! »
« Tu pensais être capable de trouver l'immortalité… Pourquoi ne pourrais-je pas également être à la recherche de quelque chose que je suis sûr de trouver? »
« C'est différent »
« Pas du tout. Si je n'étais pas sorti de ce journal pour devenir indépendant, et si tu n'avais pas fait l'erreur de faire de Potter ton autre Horcruxe, tu serais probablement devenu immortel… Alors si tu étais proche de la réussite, pourquoi ne pourrais-je pas en faire de même? »
« Attend… Qu'est-ce que tu as dit? Potter? Mon Horcruxe? »
« Tu as très bien compris »
« La raison pour laquelle je me suis retrouvé dans cet état… »
« …est uniquement parce que tu n'as pas eu de chance, oui. »
« Mensonges! »
« Et bien, il semblerait que tu sois passablement énervé… »
« Ce satané gamin… »
« Il est mort, alors inutile de ressasser le passé. De toute manière, ton règne s'est terminé depuis bien longtemps »
« Je reviendrai »
« Non. C'est à mon tour de dominer le monde sorcier, à présent »
Tom se leva et rangea tranquillement son livre sur l'étagère la plus proche. Un sourire amusé sur les lèvres, il se délectait de la perte de patience progressive de son prédécesseur. Les rôles étaient désormais inversés : ce serait à lui de faire pression sur Voldemort. L'ancien Seigneur des Ténèbres finirait par se rendre compte de son erreur…
Il avait voulu ignorer ses avertissements? Cela lui couterait vraiment très cher.
« Je t'entends, tu sais »
Il ricana, fier de lui.
« J'en suis conscient. C'est fait exprès »
Il se dirigea vers la sortie, la tête haute. Il parcourut le couloir menant au Hall d'entrée et passa devant l'ancienne chambre de Ginny. Il jeta un coup d'œil rapide à sa porte et sentit son cœur se contracter douloureusement. Il tenta d'ignorer cette sensation, mais elle ne passa malheureusement pas inaperçue auprès du Lord.
« Qu'est-ce que c'était que ça? »
« De quoi est-ce que tu parles, cette fois? »
« Oh, dites moi que je rêve! »
L'ancien mage prit un long moment avant de reprendre :
« Je crois que j'ai compris, maintenant. Je peux le sentir… »
« Qu'est-ce que tu racontes? »
« C'est pour cette raison que je suis aussi mal à l'aise depuis le moment où j'ai tué cette fille… »
« De quoi est-ce que tu parles, enfin? »
« La raison pour laquelle tu arrives à me tenir tête, j'ai trouvé ce que c'est… »
« Ne me fais pas rire… »
« Je ne plaisante pas. Comment n'ai-je pas pu le sentir plus tôt? C'est répugnant! »
« ça ne m'avance pas, tu sais »
« Laisse moi t'éclairer… »
Le cœur de Tom se mit à pulser dans sa poitrine, comme s'il devinait que les paroles qu'il allait entendre ne le laisseraient pas indemne.
« J'ai tué cette petite idiote et tu as subitement reprit le contrôle, furieux et désemparé »
Il s'interrompit quelques instants, et reprit, son timbre mental montrant clairement qu'il était dégouté.
« Tu me méprises parce que tu tenais à elle… »
Tom battit des paupières, confus.
« Et tu comptes me torturer, parce que c'est toujours le cas »
- Tu dis n'importe quoi!
« Arrête de le nier! Je subis cette pression étrange depuis quelques jours, et c'est de toi que ça provient! »
- C'est ridicule!
« Tu ne peux pas me mentir. Je le sais. Je le ressens. Et ça me rend fou! Voilà pourquoi je n'arrive pas à prendre le dessus sur toi. Comment peux-tu être attaché à une pauvre petite sorcière inutile? Tu n'es qu'un faible! »
- Je ne pense pas, non. Tu es le seul en position de faiblesse, ici.
« Par Salazar, j'aurai mieux fait de me taire! Je recommence à avoir la nausée… »
Allongé sur son lit, ses bras croisés sous sa tête et ses yeux fixés au plafond de sa chambre, Tom tentait de réfléchir à la discussion qu'il venait tout juste d'avoir avec son futur. Malheureusement pour lui, ce dernier en avait tellement assez d'entendre ce genre de pensées qu'il se déchaina à coup de remarques envahissantes.
« Si tu continues, tu vas t'endormir, et je me ferai un plaisir de prendre le contrôle de ton corps durant la nuit »
« Je parie que tu as déjà essayé. Le fait que tu m'en parles me prouve que ça n'a pas marché »
« Tu es énervant »
« Juste perspicace »
Des coups frappés à sa porte les interrompirent. Il se redressa et, les sourcils froncés, demanda :
- Qui est-ce?
Une voix lente et masculine lui répondit.
- Lucius Malefoy, monseigneur.
« Ce crétin n'était qu'un lâche. C'est pour cette raison qu'il est à ton service, aujourd'hui »
« Je suppose que tous tes serviteurs sont des lâches, dans ce cas. Car je te rappelle qu'ils sont presque tous sous mes ordres, à présent »
- C'est ouvert.
La porte s'entrouvrit, laissant apparaître le mangemort, les bras chargé d'un plateau en argent massif sur lequel reposaient des plats divers. Il s'inclina légèrement.
- Vous n'êtes pas venu dîner, Maître. J'ai pensé à vous apporter de quoi vous nourrir, car vous avez probablement été trop occupé pour venir nous rejoindre…
Tom sourit, satisfait.
- C'est exact. Pose les sur le bureau, je me servirai plus tard.
Malefoy acquiesça, tout en évitant son regard, puis déposa les victuailles avec délicatesse. Il se tourna vers Tom et parut plus angoissé que jamais. Voyant que son fidèle ne bougeait pas, ni ne se décidait à parler, il l'encouragea :
- Parle. Je vois bien que tu as quelque chose à dire.
- Et bien…
Il se lança avec hésitation :
- Simplement… Nous sommes nombreux à être assez curieux… Que s'est-il passé durant la bataille? De loin, nous avons pu voir la fille Weasley se jeter devant vous et se prendre un sortilège qui vous était réservé dans le dos… Quelques minutes plus tard, vous êtes parti avec elle…
Voyant que Tom le fixait d'un air menaçant, il déglutit.
- Nous… Nous aurions simplement voulu connaître les… détails… Mais si vous ne voulez pas…
- En effet, je ne veux pas. Sors d'ici.
- B… Bien, Maître.
Il se précipita vers la sortie sans prendre la peine de refermer la porte derrière lui.
« Quel peureux! Il n'était pas comme ça, durant mon règne… »
« ça n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est le présent »
« Ah oui? Tu dis ça uniquement lorsque ça t'arrange, faiblard! Si le passé n'est pas important, alors pourquoi est-ce que tu penses sans cesse à cette petite idiote? Tu me donnes envie de vomir… »
« Tu n'as cas sortir de mon corps »
« Bien tenté, mais je sais ce que je veux. Et je ferai tout pour l'obtenir »
« Et moi je ferai tout pour t'y empêcher »
« Nos confrontations commencent légèrement à m'énerver, tu sais »
« C'est réciproque »
Puis, sans prévenir, Tom ferma son esprit à toute intrusion, réduisant le Lord au silence. Il eut un rictus victorieux.
- Tu vois? Déjà en quelques jours, je progresse…
Il ferma ses yeux et se coucha sur le côté, bien décidé à récupérer de cette semaine éprouvante.
- Tu penses que nous sommes pareils… Mais je vais bientôt te surpasser.
Tout n'était que lumière et magnificence. Sensation d'apaisement, de bien être… Un monde serein. Magnifique. Incroyable. Elle ne pouvait décrire ce qu'elle ressentait en cet instant, tant les mots faisaient bien pâle figure comparé à la réalité. Son cœur se gonfla d'émerveillement face à la nouvelle flore qui s'étalait dans toute sa splendeur devant ses yeux écarquillés et un sourire illumina son visage. Du bout des doigts, elle effleura les pétales d'une fleur semblant faite de verre. Avec surprise, elle découvrit que la plante était douce au touché, à l'opposé du matériau dans lequel elle semblait avoir été créé. Avec délectation, elle s'allongea dans l'herbe blanche et chatoyante et leva ses yeux vers le ciel, dans lequel un astre ambré luisait, donnant un éclat doré aux feuilles qu'il illuminait. Un voile de larmes s'installa dans ses yeux tant la beauté de la scène la touchait et, se laissant caresser par la brise fraîche qui venait de s'élever, elle ferma ses paupières. Détendue. Apaisée. Elle se sentait si bien… Plus rien ne comptait. Juste cet instant si paisible et parfait.
- Ginny?
Elle rouvrit brusquement ses yeux, surprise d'entendre cette voix masculine qui lui paraissait si familière. Elle se redressa à toute vitesse, consciente du fait qu'une personne se tenait debout juste à côté d'elle. Elle releva timidement sa tête vers le nouvel arrivant et s'étrangla, stupéfaite.
- Gary?
Le vieil homme, des larmes roulant sur ses joues, fondit sur la jeune fille pour la prendre dans ses bras.
- Mon dieu, que t'est-il arrivé? Comment se fait-il que tu sois ici?
La rouquine lui sourit, amusée.
- C'est plutôt à moi de te poser cette question! Tu es dans mon rêve… Pas l'inverse.
Il haussa ses sourcils, perturbé. Son visage s'assombrit brusquement.
- Un rêve? Oh, Ginny… C'est ce que tu crois?
La jeune femme le dévisagea, intriguée.
- Ce n'est pas… le cas? Où sommes-nous, dans ce cas?
Il baissa sa tête, relativement mal à l'aise, et se mordit la lèvre, comme pour empêcher la dure réalité de s'échapper de sa bouche. Il ne savait pas vraiment comment lui expliquer la situation mais il n'avait pas le droit de le lui cacher. D'une voix rauque, il lui révéla :
- Nous sommes dans l'Au-delà.
- Quoi?
Gary soupira et posa une main sur son épaule.
- Nous sommes morts, Ginny.
- M… Morts?
Même si elle ne pouvait y croire, ses yeux se remplirent instinctivement de larmes. D'une voix tremblotante, tout en le repoussant, elle bégaya :
- N… Non… C'est impossible… Tu dis n'importe quoi!
- Je regrette, mais c'est la triste vérité. J'aimerais me tromper, crois-moi. Je désirerai plus que tout être dans l'erreur, mais ce n'est pas le cas…
Elle insista d'un ton douloureux :
- ça ne peut pas être vrai… Je ne me souviens pas…
- Tu devais probablement être inconsciente à ce moment-là.
- Cela veut dire que toi aussi...
- Mlaheureusement, oui.
- Que t'est-il arrivé?
- C'est une longue histoire... Je te raconterai tout plus tard.
Voir la mine déconfite de la sorcière lui fit mal au cœur. Avec un petit sourire encourageant, il lui donna un petit coup de coude.
- Ne t'inquiète pas. Nous n'avons pas la même notion du temps ici. Il te paraîtra beaucoup moins long. Et puis, je resterai avec toi pour te tenir compagnie jusqu'à ce que tous ceux que tu aimes soient réunis ici, avec toi. Bien sûr, je ne le leur souhaite pas… Mais vous finirez par vous retrouver un jour.
Elle lui sourit tristement.
- C'est juste tellement… surréaliste.
- Nous sommes des sorciers. Au final, presque tout est possible.
Il mit une main derrière son dos pour l'encourager à avancer.
- Viens, il y a des milliers de choses passionnantes à découvrir, ici.
Il la guida à travers une dense et magnifique forêt qu'elle prit un intense plaisir à découvrir et admirer. Tout était si semblable aux paysages qu'elle avait toujours connu, et pourtant tellement différent. Tellement plus attrayant. Elle aurait voulu être capable de tout toucher, tout sentir et tout regarder en même tant, irrésistiblement rongée par toute cette splendide nouveauté. Le visage désormais rayonnant, elle s'attarda longuement dans une contemplation qu'elle aurait souhaité sans fin…
Une fois certain que Ginny avait réussit à surmonter son chagrin et n'était plus aussi déstabilisée par ce qu'il lui arrivait, Gary ne pu s'empêcher d'aborder le sujet qu'il avait en tête et qui, somme toute, le rendait relativement nerveux. Il jeta un regard en biais à la rouquine, avant de lui faire part de ses interrogations :
- Je me demande quelle a été sa réaction…
Elle reporta son attention sur le visage du vieux sorcier.
- De quoi est-ce que tu parles?
- Tom. Je me demande comment il a réagit face à ton départ.
La rouquine détourna légèrement son regard et se concentra sur l'étrange oiseau à l'aspect cotonneux qui s'était posé sur l'une des branches de l'arbre le plus proche. Son attitude retranscrivait parfaitement ses émotions. En cet instant, elle était si transparente qu'il aurait fallut être un véritable imbécile pour ne pas réaliser qu'elle souffrait. Elle lui répondit d'une voix hachée :
- Je suppose qu'il ne s'en soucie pas plus que ça. Il se trouvera une autre personne à manipuler…
Le vieux sorcier se racla la gorge, hésitant.
- Je ne suis pas du même avis.
L'effet fut immédiat : sa mine douloureuse s'était métamorphosée en curiosité.
- Comment ça?
Gary lui sourit timidement, presque amusé par ce rapide changement de comportement.
- Je ne pense pas qu'il t'ait simplement laissé en vie pour être victime de ses manipulations.
Les sourcils froncés, elle semblait déstabilisée.
- Quoi d'autre, dans ce cas? Il ne fait que ça depuis le début…
- Je suis un vieil homme, Ginny. J'ai vu et vécu beaucoup de choses et j'ai tout de même un minimum de bon sens. Je ne peux pas m'empêcher de me rappeler l'expression de son visage lorsque tu t'es évanouie après avoir appris la mission qu'il allait me confier.
Appréhension.
- Qu'avait-elle de si particulier?
- Elle était intense… Tout comme son regard. Il y avait quelque chose dans ses yeux qui m'a marqué, et j'y ai repensé. Je sais ce que je dis, Ginny. Ce regard n'était pas celui qu'un homme adresserait à celle qu'il considère comme sa victime où sa chose. Il s'agissait plutôt d'un regard… protecteur.
Etonnement.
- Protecteur? C'est impossible, tu as du te tromper.
- Non, j'en suis certain. Et ce qu'il a dit ensuite a confirmé mes soupçons.
Impatience.
- Qu… Qu'est-ce qu'il a dit?
- Quelque chose comme : tu es la première pour qui je me sois jamais inquiété.
Incertitude.
- Tu as probablement mal entendu…
- Non, c'est bien ce qu'il a dit. J'avais du mal à croire que ces mots sortaient de sa bouche, moi aussi. Mais c'est la stricte vérité. Il y a quelque chose dans son attitude qui montre que, malgré ce qu'il a pu te dire ou te faire, tu es particulière à ses yeux.
Léger espoir, peut-être…
- Tu… le penses vraiment?
- Totalement. Car même s'il l'ignore ou refuse de l'admettre, j'ai très bien pu voir qu'au plus profond de son âme, il y a une partie de lui qui tient à toi.
…mais confusion, tout de même.
- J'aimerais pouvoir te croire…
- Je comprends ta méfiance, j'en ferai de même si j'étais à ta place. Mais pourtant, quelque chose me dit que tout ce qu'il a fait jusqu'à présent, chaque action qu'il a commise, n'étaient en fait là que pour te garder près de lui.
Souvenir douloureux.
- Il m'a torturé…
- Peut-être voulait-il te rendre plus apte à l'accepter tel qu'il est, te faire avoir la même vision des choses que lui... Je ne nie absolument pas le fait que c'était ignoble… Mais je pense qu'il avait peur d'être seul.
Pouvait-elle faire confiance à son intuition?
- Je ne sais pas. C'est confus…
- Je ne t'encourage pas à lui pardonner. Je te fais simplement part de mes impressions… Car je crois que tu aurais été la plus apte à contenir le mal qui se trouve en lui. Corrige-moi si je me trompe, mais il était progressivement devenu correct avec toi, pas vrai?
Pouvait-elle se fier à de telles observations?
- Oui, tu as raison…
- Je pense qu'il avait commencé à faire des efforts.
Profond désir d'y croire…
- Peut-être… J'aurais voulu avoir plus de temps pour pouvoir le confirmer.
…mais obligation de faire face à la réalité.
- Oui, ton départ nous a fait perdre cette occasion…
Il soupira.
- Je m'estime heureux de ne pas voir ce que le futur réserve à notre monde…
