Moi, mon frangin, sa femme et nos potes

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Chapitre 21 : Certes, il est con, mais 'faut pas se laisser abattre !

Janis se repérait comme elle pouvait à travers les arbres plongés dans la pénombre. Elle suivait la piste de Gokû depuis près d'un quart d'heure.

« Il court vite, le bougre. » Marmonna-t-elle avec humeur.

Finalement, elle atteignit une clairière touffue où il était assis sur une souche, les jambes repliées contre lui et la tête dans les genoux. Elle s'approcha silencieusement, et se plaça à côté de lui. Il n'éleva pas la voix, même pas pour lui demander de partir. Elle savait qu'il savait qu'elle était là. C'était un pur yôkai, tout de même, et il n'avait pas pu faire autrement que de la sentir arriver.

Elle leva la tête vers le ciel qui était un peu dégagé à cet endroit. La lune se levait et de gros nuages noirs la couvraient à moitié.

« On dirait qu'il va pleuvoir cette nuit. Pas étonnant, avec la chaleur qu'il fait.

Elle était simplement en débardeur. Il ne répondit rien et elle le regarda de nouveau. Finalement, elle s'assit à côté de lui et s'alluma une cigarette. Il leva le visage à ce moment et la regarda, les joues trempées de larmes. Elle soupira en expulsant la fumée.

-T'en fais pas pour ça, Gokû.

-Mais tu l'as entendu comme moi. Il ne veut plus de moi maintenant que j'ai dit qu'on était ensemble devant tout le monde, pas vrai ?

-Je crois qu'il faudrait que tu lui laisse juste un peu de temps. Un moine à caractère de cochon ne devient pas un grand romantique gay du jour au lendemain.

-Il a dit qu'il fallait que j'attende que j'ai dix-huit ans. Tu crois qu'il parlait de la relation en général ou juste pour…

Il fit un geste équivoque dans le vide. Elle haussa les sourcils.

-Tu as quel âge, Gokû ?

-16 ans en âge humain.

Elle s'étouffa avec sa clope. Elle l'imaginait plus jeune. Il la fixa d'un œil curieux tandis qu'elle toussait douloureusement.

-Alors l'attente ne sera pas trop longue. Effectivement, il n'avait pas le droit de te planter comme ça, mais tu y es allé un peu vite, quand même.

-Tu crois ?

-Je crois pas, je sais.

Elle lui offrit un sourire bienveillant. Il rendit un faible étirement des lèvres en retour et regarda à son tour la lune, de plus en plus hautes dans le ciel et de plus en plus voilée par les nuages.

-Tu crois que je peux rentrer au temple maintenant ?

-Non. Attends demain, ça vaudra mieux. Il sera calmé, et tu ne seras pas pris sous la pluie. Je vais rester aussi.

Il hocha la tête et ils reprirent le chemin de la maison, main dans la main.

« Gojyo…Je crois qu'il va bientôt pleuvoir… Tu crois qu'ils seront rentrés à temps ?...

-Mmh… ?

-Je ferais bien de préparer des serviettes au cas où, tu ne crois pas ?

-Mmh, ça va…

-Laisse-moi me lever, Gojyo…

-Mmmmh… »

Hakkai se tortilla sous l'emprise du métis qui l'embrassait dans le cou. Le brun sursauta violement en sentant la main du roux se glisser sous le bord de sa chemise. Il attrapa le poignet impertinent avec une poigne inattendue et le repoussa en arrière.

« Non, Gojyo !

-Pourquoi ?

-Parce que Janis et Gokû vont bientôt revenir !

Gojyo se redressa, le visage peint de mauvaise humeur.

-Il y a toujours une bonne raison avec toi ! Grommela-t-il en se levant et en laissant de l'espace au yôkai. Celui-ci parut désolé, mais ne dit rien. Il s'assit sur le canapé et se frotta les joues.

-Gojyo… Je ne…

-Ouais, je sais, t'es pas prêt, patati patata… Mais moi j'attends, et je commence à atteindre mes limites. Râla le demi-sang en s'allumant une cigarette, à l'instar de sa sœur qui le faisait au même moment dans la forêt. Hakkai parut indigné.

-Et toi, j'attends toujours que tu me dises que tu m'aimes ! »

Une ombre passa sur le visage du tabou. Il se renfrogna. Hakkai ferma les yeux en soupirant, et se leva pour aller chercher des serviettes. Il les déposa sur la table, rentrée quelque minute plus tôt si jamais l'orage nocturne venait à éclater.

Les minutes passèrent, et la pluie se mit à tomber. Gojyo, du coin de l'œil, vit les épaules de son ami se raidir quelque peu.

Ah, oui. Une nuit pluvieuse.

Juste à cet instant, la porte s'ouvrit sur Janis et Gokû, qui se précipitèrent de rentrer pour éviter au maximum la pluie. Ils étaient tout de même un peu mouillés, et hakkai leur tendit les serviettes avec un doux sourire. Janis l'accepta avec un mouvement de tête et Gokû en silence, ce qui était plutôt inhabituel pour lui. Il se sécha les cheveux assis dans un coin du salon, sous le regard des trois adultes qui étaient assis de chaque côté de la pièce, Gojyo contre le mur sous la fenêtre, Janis sur la table, et Hakkai dans le canapé.

Le silence s'éternisa, et bientôt l'horloge sonna minuit. Janis se pencha en avant de façon à ce que son dos craque et sa tête resta un moment entre ses genoux. Sa joue était douloureuse là où s'était appuyée pendant trop longtemps. Elle bougea un peu la mâchoire et se redressa. Son regard rencontra celui-ci d'Hakkai pour la première fois de la soirée depuis qu'elle était revenue avec Gokû. Depuis qu'il s'était mis à pleuvoir, il était resté assis très raide, à fixer la fenêtre au-dessus de Gojyo. Ce dernier regardait le visage du brun en retour, le menton posé sur ses doigts croisés.

Janis se leva et Hakkai fit un signe de tête. Il se leva à son tour et annonça : « Je vais aller me coucher. Gokû, Janis, vous pouvez déplier le canapé, c'est un lit convertible.

Il sourit, puis se dirigea vers la chambre. Sur le pas de la porte, il se retourna.

-Gojyo… Tu viens ?

Le métis tourna les yeux vers lui puis secoua la tête.

-Nan. Je te rejoins plus tard.

Ses yeux vermillon croisèrent ses semblables du côté de sa sœur et il haussa légèrement les épaules. Elle se tourna vers Gokû.

-Gokû, tu…

Elle se tut.

-Il dort. Fit-elle avec un doux sourire. Gojyo soupira quelque chose à propos de « singe » et Hakkai disparu dans la chambre avec un « bonne nuit » étouffé. Janis prit Gokû dans les bras et alla l'allonger sur le canapé. Gojyo se leva et s'étira avant d'aller s'asseoir à la table de la cuisine, non sans avoir pris deux bières dans le frigo. Il en ouvrit une puis fit signe à sa sœur de s'asseoir. Elle le rejoignit sans broncher et accepta la bière. Elle avait toujours la serviette autour du cou.

Il but une gorgée de sa canette et fixa au-dehors. Elle l'observa par-dessus sa propre boisson et murmura :

-Il s'est passé quelque chose avec Hakkai ?

Il ne répondit pas et continua de regarder dehors.

-Tout à l'heure, je lui ai parlé, et il disait que ça allait bien entre vous. Que s'est-il passé ?

-Rien, justement. Il ne s'est rien passé.

Elle haussa un sourcil et il se tourna vers elle. Ils étaient tous les deux appuyés sur les coudes, en débardeur blanc lâches et la canette légèrement retenue entre leurs doigts brunis de tabac. On aurait dit une personne face à un miroir. Quitte à savoir qui était le miroir et qui était la personne.

-Hakkai et moi avons… (Il fit un geste du poignet) confessé nos sentiments, dirons-nous, mais rien d'autre. Enfin, si, on s'est embrassé, mais je n'ai eu droit qu'à sa bouche et à son cou. (il grimaça) Ce n'est pas juste.

-D'un autre côté, tu ne lui as pas dit explicitement que tu l'aimes.

Il fit de nouveau une grimace.

-Ce n'est pas facile, qu'est-ce que tu crois ? Tu es aussi bien placée que moi pour savoir ce qu'on a vécu.

Elle hocha la tête, compréhensive.

-Oui, mais c'est peut-être ça qui le bloque, tu ne crois pas ? Peut-être qu'une fois que tu le lui auras dit, il se laissera aller.

-Et toi, tu lui as dit, à Rika ?

Elle le fixa, les paupières plissées.

-Non. Mais c'est moins compliqués qu'entre toi et Hakkai. Disons qu'elle…L'a compris entre les lignes.

-Parce que quand j'ai embrassé Hakkai quand il m'a dit qu'il m'aimait, c'est pas assez clair ?

-Gojyo, tu passes ton temps à coucher à gauche et à droite ! Comment veux-tu qu'on prenne un baiser de ta part complètement au sérieux ? S'exclama-t-elle avec un air fatigué.

-Parce que c'est mon mode d'expression ! Et puis je n'avais jamais embrassé de mec avant !

Elle agita la main pour lui dire de se calmer. Il se renversa dans sa chaise, la foudroyant du regard. Si sa sœur jumelle ne le soutenait pas, que lui restait-il ?

-Comment es-tu sûr que tu l'aimes, si tu ne sais pas ce que c'est ? Demanda-t-elle.

Il fut pris au dépourvu. Il n'avait jamais réfléchi à cette question. Il fronça les sourcils en signe de concentration.

-Parce que c'est nouveau, je suppose… Je ressens des choses que je n'avais pas sentit jusqu'ici, sauf peut-être pour notre frère…

Elle leva les yeux. Elle avait complètement oublié que leur belle-mère avait déjà un fils.

-Tu me n'en a jamais parlé. Il est comment ?

-C'est notre demi-frère. Un yôkai pur.

Il n'alla pas plus loin, et fronça les sourcils.

-Je ne m'en souviens pas très bien.

Elle hocha la tête avec gravité et balaya la question, peu encline à remuer la poussière d'un passé douloureux.

Il y eut un silence pendant lequel on entendit plus que les ronflements de Gokû et le tictac régulier et apaisant de l'horloge. Finalement, elle se leva et murmura :

-Essaye de plus ouvrir tes sentiments à Hakkai.

-Mais je…

-Suis mon conseil. Le coupa-t-elle. Elle enfila son blouson.

-Où vas-tu ?

-Je rentre. Rejoins Hakkai au lit. Et assure toi que Gokû retourna au temple demain. S'il revient en larmes, viens me chercher et on ira foutre une raclé au moine.

Il sourit :

-Ça, ça me plait bien.

Elle sourit à son tour et lui fit un signe d'adieu de la main avant de sortir. La pluie avait cessé et une odeur de terre mouillée s'élevait du sol. Elle fit quelque pas et soupira.

J'ai l'impression de me répéter ces derniers temps…Aah… Pourquoi c'est moi qui doit m'occuper de tout ?

À suivre…

Parce que c'est elle qui comprend tout !