Chapitre 21 : Cauchemars.
iElle regarda autour d'elle. Partout, des couloirs à perte de vue, de ces couleurs monotones qu'elle haïssait tant. Le silence régnait, la stressait. Sur ses bras, ses poils étaient hérissés.
Tout à coup, elle réalisa ce qu'elle faisait ici : elle fuyait. Quelque chose. Ou quelqu'un. Mais par ou aller ?
Dans ce labyrinthe, impossible de savoir d'où elle venait ni où elle allait. Elle sentait qu'elle était à bout de souffle, ses mollets étaient durs comme la pierre.
Dans son cou, dans sa tête, elle avait l'impression de pouvoir sentir son cœur battre dans chaque millimètre carré de son corps.
De toute façon, elle n'avait pas le choix. Elle devait courir. Courir, jusqu'à trouver la sortie, jusqu'à pouvoir fuir cette endroit horrible.
Alors que les larmes commençaient à couler sur ses joues sans qu'elle puisse rien faire pour les en empêcher, elle recommença à courir, échappant à un danger qu'elle sentait approcher.
Elle commença à prendre de la vitesse, et rapidement les couloirs et leurs couleurs devinrent flous sous l'effet de la vitesse. Elle savait que c'était impossible de courir aussi vite, mais elle s'en fichait.
Elle essayait d'échapper à un horrible danger, ce n'était pas le moment d'avoir des pensées rationnelles.
Plus elle courrait vite, plus son cœur battait fort. Bientôt, elle eut la certitude que ce n'était pas son cœur qui battait, mais le cœur de quelqu'un d'autre.
Elle fut rassurée de voir une porte au bout du couloir qu'elle avait choisi d'emprunter. Elle ne se tourna pas pour voir si le danger la rattrapait, son prof de sport lui avait expliqué, dans une ancienne vie, que ça pouvait la faire ralentir plutôt qu'autre chose.
La porte était encore minuscule, mais elle se rapprochait de plus en plus, et au fur et à mesure que la jeune fille approchait, les battements de cœur ralentissaient.
Elle devait arriver avant qu'ils ne s'arrêtent complètement, sinon c'était la fin. Pour qui, elle ne le savait pas, mais la fin quand même.
Enfin, elle parvint à toucher la poignée glaciale de la porte. Elle frissonna. Les battements de cœur avaient encore ralenti.
Elle ouvrit la porte, et quand elle entra dans la chambre entièrement blanche, elle sut qu'elle avait perdu la partie.
Sur le lit blanc, qui paraissait immense, était allongée une femme, considérablement amaigrie par la maladie. Sous ses yeux, des cernes d'un bleu presque noir.
La jeune fille s'approcha, le regard fixé sur sa mère. Ce n'est qu'en passant à côté de lui, qu'elle vit que son père était assis sur le fauteuil de faux cuir à côté du lit.
Elle ferma les yeux, essayant de stopper les larmes qui semblaient vouloir inonder la pièce par leur multitude.
Quand elle rouvrit les paupières, les battements de cœur avaient complètement cessés.
Sur le lit, ce n'était plus sa mère. Mais un jeune homme, magnifique, malgré ses cernes et son visage considérablement amaigri.
Ses dreads blondes reposaient doucement sur l'oreiller, et la jeune fille savait que derrière ses paupières fermées par la mort se cachaient des yeux magnifiques.
La jeune fille commença à sangloter vraiment.
Alors que des infirmiers entraient dans la pièce pour tirer un drap sur le corps du mort, de celui qu'elle aimait si fort, elle remarqua les personnes debout de part et d'autre du lit.
Elle reconnut sans mal ses amis, et trois hommes et une femme qu'elle ne connaissait pas.
La jeune fille se laissa glisser contre le mur, et ferma les yeux, espérant de toutes ses forces que ce serait la dernière fois.
GAME OVER. /i
« - NON ! Pas lui ! Pas Tom ! Je l'aime ! » Hurla Chloé en se redressant tout à coup sur le lit, les yeux grand ouverts, les larmes coulant à flot sur ses joue.
Aussitôt, des bras puissants l'enlacèrent, et la forcèrent à se rallonger, tandis qu'elle continuait à supplier.
« - Non … Pas lui … je l'aime … Tom … »
Ce dernier serra Chloé contre lui, peiné de la voir dans cet état. Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait un cauchemar en sa présence, et celui-ci paraissait très violent.
Il grimaça quand elle le pinça en s'accrochant à son tee-shirt, cherchant à l'empêcher de s'échapper. Elle voulait le garder pour elle, toujours, juste pour elle, envers et contre tout, malgré les moqueries, les quolibets, les rumeurs, les phrases assassines. Elle ne voulait pas qu'il meurt, qu'il l'abandonne, après l'avoir rendue si heureuse rien qu'en lui offrant son amitié.
Bien sûr, elle était encore sous le choc de son cauchemar, mais elle savait au fond d'elle, dans la petite parcelle de son esprit capable de réfléchir normalement, que demain ses pensées et ses peurs seraient les mêmes.
« - Ne me laisse pas, ne pars pas … » Supplia-t-elle.
« - Je suis là, Chloé. Je ne te lâche pas, promis. » Souffla-t-il à son tour dans son cou.
Il remarqua que ses cheveux étaient trempés, ses mains moites. Elle était dans une panique folle.
Soudain, il entendit des coups discrets frappés à la porte.
« - Entrez. » Dit-il tout haut.
La porte s'ouvrit, et les visages anxieux de ses amis passèrent par l'embrasure. Malgré leur air encore ensommeillés, Tom put voir que leur préoccupation pour le moment était Chloé, et qu'ils ne partiraient sans doute pas tant qu'ils ne sauraient pas ce qu'il se passait.
« - On a entendu Chloé hurler. » Expliqua Morgane, que Bill serrait dans ses bras.
« - Elle a fait un cauchemar. Je crois qu'elle s'est rendormie. » Constata Tom en baissant la tête sur la jeune fille, donc la jeune fille s'était un peu régularisée.
Morgane sembla ennuyée. Elle savait que son amie faisait souvent des cauchemars, mais elle avait parfaitement entendu ce qu'elle avait crié dans sa panique. iNON ! Pas lui ! Pas Tom ! Je l'aime !/i
Jamais Chloé n'avait jamais parlé de quelqu'un d'autre que sa mère dans ses rêves, et Morgane était plutôt bien placée pour le savoir, puisque son amie ne faisait de cauchemars que quand elle ne dormait pas chez elle.
Maintenant, une difficulté de plus se posait, constata Morgane en regarda Tom enlacer puis embrasser doucement Chloé sur le front : sa meilleure amie venait d'avouer son amour sans même s'en rendre compte, et le principal concerné ne lâcherait pas l'affaire tant qu'il ne saurait pas le fin fond de l'histoire.
Soudain assaillie par un mal de tête violent, la jeune fille fit sortir tout le monde de la chambre du guitariste, le laissant avec Chloé, et entraîna Bill jusqu'à sa chambre.
