Il faisait sombre, très sombre… et froid… S'il en jugeait par son état, il avait échoué. C'était donc ça la mort ? L'obscurité, le froid et… la douleur ? Est-ce que nous n'étions pas censés ne plus rien ressentir dans la mort ? À moins qu'il ne s'agisse d'une réminiscence de son dernier geste. Il se souvenait encore de la sensation de la lame se frayant un chemin dans sa chaire, mettant à vif chacun de ses nerfs. Il essaya de se calmer, mais ne parvint qu'à accélérer sa respiration. Respiration ? Que lui arrivait-il donc ? Il se mit à espérer qu'il n'était pas coincé à jamais, entre la vie et la mort quand un bruit lointain l'interpella. Il fixa son esprit sur ce bruit : des coups sur une porte, et se concentra dessus. Petit à petit, des sensations semblaient de nouveau parvenir à son cerveau : la dureté du sol sous lui, l'air pénétrant ses narines, la lumière derrière ses paupières closes.

Lentement, Lord Voldemort émergea de l'inconscience.

« -Maître, maître, êtes-vous la ? Que se passe-t-il ? MAÎTRE ?

-AU DIABLE ! Je te ferais pendre si tu n'arrêtes pas de cogner cette fichue porte ! cria-t-il d'une voix éraillée.

À ces mots, le pauvre Mangemort cessa son vacarme et Tom l'entendit partir en courant.

Toujours au sol, Voldemort se laissa aller à un rire tonitruant. Il était vivant, il ne s'était pas trompé ! Il se releva péniblement, il se dirigea vers le grand miroir sur pied, au fond de son laboratoire. S'appuyant des deux mains sur l'encadrement, il fixa son reflet un moment, un sourire dément lui déformant les traits.

-Oui… OUI !

Sur son torse, il voyait une plaie qui aurait pu avoir un mois ou deux, encore rose, mais refermée. Aucun sang ne coulait. Le coup fatal ne l'avait pas été. Il avait percé son cœur, et était toujours là. Il avait réussi.

Il observa intensément ses traits, à la recherche du moindre changement. Il était peut-être un peu plus pâle, des cernes s'étalaient sous ses yeux. Il lui sembla que son regard avait changé, mais qu'importe, il se sentait identique à ce qu'il avait toujours été. Mais plus fort, plus vivant, implacable. D'un coup de baguette, il fit léviter le diadème vers lui, le caressant de ses longs doigts.

-Je n'ai plus qu'à te cacher… Ma meilleure garantie de mon triomphe ! »

Son regard se porta alors sur la gazette du sorcier qui traînait dans un coin. En première, les gros titres indiquaient « Nouveau directeur à Poudlard, Dumbledore remplace Dippet ». Un nouvel éclat de rire s'empara de lui. Oh oui, il allait adorer les prochains jours.

Ambre était plongée dans un roman quand son mari vint la trouver. Elle releva à peine la tête, tellement prise dans son histoire, et ne la releva que quelques instants plus tard, sentant son regard posé sur elle. Il était devant elle, droit comme un i, et la fixait intensément.

« - Que se passe-t-il ? Tout va bien ?

- Je viens de solliciter Dumbledore. Pour un poste à Poudlard.

Elle l'observa avec de grands yeux.

- Toi ? Tu ne voulais pas que ce soit un Mangemort qui s'occupe de cela ?

- Il n'y a qu'en toi que j'aurais suffisamment confiance et je tiens à te garder loin de ce vieux fou.

- Tu n'as pas peur qu'il découvre ce que tu cherches à faire ? Il pourrait te faire disparaître. C'est un sorcier très puissant. Qui irait mettre son nez à Poudlard ?

- Oh, Dumbledore est descendu sur l'échelle de la puissance récemment, gloussa Voldemort d'une voix aiguë. Il y a des chemins… qu'il n'osera jamais prendre…

Perplexe, Ambre regarda plus attentivement son mari. Il semblait fatigué, il avait les traits tirés, mais c'est surtout son expression qui, elle devait l'avouer, lui faisait un peu peur. Encore une fois, elle se fit la réflexion que l'homme qu'elle aimait pouvait bien devenir fou… Ou alors, il lui cachait quelque chose. Un grand sourire étirait son visage d'ordinaire si peu expressif. Elle remarqua qu'il tremblait légèrement, comme un drogué qui ressent le manque… Devant ce spectacle, Ambre ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.

-Comment ça « Descendu sur l'échelle de la puissance » ? Que lui as-tu fait ? Tom qu'est ce qui se passe ?

- Du calme ! Je sais que tu l'estimes beaucoup ! Je ne lui ai rien fait… Pas encore du moins. En revanche, c'est moi qui ai changé…

-Changé ? Tom, il est tard et je ne comprends rien !

- Te rappelles-tu que je t'avais dit qu'un jour la mort ne pourrait rien sur moi ? Que jamais plus elle ne serait un obstacle ? Et bien, ce jour est arrivé. Aujourd'hui, je ne crains plus ni Dumbledore, ni les traîtres, ni le temps !

Si Ambre n'avait pas été assise, il eut été possible que ses jambes aient refusé de la soutenir. À cet instant, les yeux de Tom semblaient briller d'une lueur rouge malsaine. Elle ressentait de nouveau cette sensation qu'elle avait connue lors de leur rencontre. Cette impression de danger imminent.

- Qu'est-ce que tu as fait ? De quoi parles-tu au juste ?

- J'ai trouvé ce qui fera de moi l'égal des Dieux ! Toutes ces années… Toutes ces recherches… Ce n'était pas en vain. Le sacrifice en vaut la peine. Et je peux en faire de même pour toi si tu le souhaites. J'ai trouvé la façon de nous rendre immortels.

- Tom, tu me fais peur… L'immortalité je n'en veux pas ! Il y a bien d'autres moyens de laisser sa trace dans ce monde ! Qu'est-ce que tu as fait ? C'est de la magie noire, hein ? C'était donc ça que tu manigançais avec Malefoy ?

- Aucune chose ne sera à la hauteur du fait d'être là… pour toujours…

- Moi, je trouve ça oppressant, l'idée de vivre pour toujours. J'aurais peur. Peur de voir partir tous ceux que j'aime, peur de ne pas pouvoir en finir…

- Si tu me laisses te montrer la voie, tu n'auras jamais à avoir peur de tout cela…

- Tom, je crois que ce n'est pas pour moi ça ! Je ne veux plus en parler, vraiment ! Je te prouverais que tu n'as pas besoin de magie pour laisser une trace dans ce monde. Mais si c'est vrai, si tu as vraiment fait quelque chose… qui signifie que tu ne vas jamais mourir… Si ça signifie que tu vas me voir vieillir et mourir, promets-moi au moins de rester avec moi jusqu'à la fin s'il te plaît !

- Si je t'ai proposé cette solution, c'est justement parce que je veux te garder à mes côtés, tu le sais bien. Je te pensais plus courageuse.

À ces mots, Ambre se leva d'un bond et le regarda fièrement.

- Mon courage, c'est de ne pas te suivre dans ta folie.

Ces mots, prononcés avec forces, semblèrent flotter dans l'air alors qu'ils se regardaient dans les yeux, chacun contenant sa colère et quelque part sa surprise que l'autre ne le comprenne pas.

Finalement, Ambre haussa les épaules.

- N'en parlons plus, je vais me coucher… »

Il était encore tôt, mais pourtant le sommeil mit bien longtemps à venir chercher Ambre. Elle se demandait si Tom avait réellement réussi à atteindre l'immortalité. Plus elle y pensait, plus ça lui semblait impossible. Jamais elle n'avait lu un sort ou une potion capable d'un tel miracle. Non, il devait d'agir d'autre chose, il avait dû renforcer son corps et son esprit de façon à être plus résistant, mais immortel…

Quand le sommeil consentit enfin à venir à sa rencontre, il ne lui offrit que des rêves agités, où elle ne cessait de vieillir à une vitesse folle et où son mari la regardait en riant.

« -Tom, je dois dire que j'ai été… surpris par ta démarche… Un bonbon au citron ? Ils sont excellents.

D'un geste, Tom déclina la coupelle remplie de bonbons jaunes. Il jeta un regard circulaire à la pièce, encombrée de livres, son regard s'attardant un instant sur les portraits dans anciens directeurs. Dans son cadre, Dippet faisait une sieste bien méritée. Il reporta son attention sur son interlocuteur, refrénant toute la haine qu'il sentait déferler sur lui et résistant à l'envie de le voir se courber sous un doloris.

- J'ai toujours considéré Poudlard comme ma maison, vous le savez mieux que personne…

- Il est vrai, mais cependant, je pensais que tu aspirais à un avenir plus… brillant que celui d'enseignant. Je t'imaginais auréolé de gloire au Ministère par exemple.

Tom respira un petit rire. La flatterie… typique.

- Il faut croire que je suis un incorrigible nostalgique. Le ministère ne m'intéresse guère, tous ses bureaucrates ne sont que des scribouillards, j'ai en tête de venir en aide à la jeunesse, de leur montrer la beauté de la magie…

- Toute la jeunesse ?

Dumbledore le fixait de son regard perçant, par-dessus ses lunettes en demi-lune. Merlin, qu'il détestait ce regard ! Il vous faisait vous sentir stupide. Ce foutu sorcier donnait toujours l'impression de tout savoir… Et c'était souvent le cas.

- Que voulez-vous dire ? demanda calmement Voldemort.

- Tu sais Tom, je me suis beaucoup intéressé à toi. Après tout, c'est moi qui t'ai révélé ta véritable condition. Et sans me vanter, j'avais raison lorsque je me suis dit à cette époque, que tu deviendrais un grand sorcier au savoir énorme…

Tom s'enorgueillit de ces compliments tout en sachant pertinemment que le vieil homme servait ses propres dessins en les lui adressant. Aussi, attendit-il patiemment que Dumbledore continue son petit discours.

- Hélas, ceux qui savent ne sont pas toujours ceux qui sauvent… Je sais que tu mets en avant une idéologie partagée par une poignée de sangs purs. C'est ton droit le plus strict. Ma question est : à quel point tes choix peuvent influencer ces jeunes ? Serais-tu prêt à enseigner de la même façon à un né-moldu ?

Contraction dans la mâchoire, éclat rouge dans les yeux. Voldemort commençait à avoir du mal à contenir ses sautes d'humeur et ses accès de haine. Cependant, si Dumbledore s'en aperçut, il ne dit rien et le laissa parler.

- J'aurais pensé qu'un peu de sang neuf aurait pu apporter des idées nouvelles…

- Tom, tes idées sont des plus réactionnaires.

Il observa en silence le vieil homme. Il avait l'impression de jouer une partie d'échecs particulièrement stratégique. Il finit par se fendre d'un sourire.

-Soit, je suis prêt à apprendre à tous, même aux nés-moldu, à faire preuve d'objectivité et respecter votre volonté… Cela devrait vous suffire ?

- Le pourras-tu seulement ? Le veux-tu seulement ? Vois-tu, j'ai l'impression que ces derniers temps, le mensonge est devenu une seconde nature chez toi, Tom. Je sens les choses que tu veux garder cachées sans pour autant réussir à les nommer. Mais il y a des rumeurs, quant à ton groupe, quant au titre que tu donnes : Lord Voldemort…

- Et alors ? s'écria le mage noir, perdant patience. Vous aviez dit que c'était mon droit le plus strict. Vous-même êtes un sang pur ! Comment pouvez-vous renier votre sang à ce point ? Comment pouvez-vous les laisser souiller les pierres de ce château ?

- Mon pauvre Tom, il est clair que j'ai commis des erreurs. La première a sûrement été de ne pas avoir pu t'apporter l'attention dont tu avais si désespérément besoin à Poudlard.

- Tout ce dont j'avais besoin c'est d'y rester

Albus leva la main pour le faire taire, le regard grave.

- La deuxième est d'avoir cru que la jeune femme qui partage ta vie aurait pu te changer, faire de toi un homme meilleur. Mais même le meilleur des sentiments ne semble pas être assez puissant pour te détourner de cette folie…

Il sut que la partie était perdue, de même que son sang-froid.

- Je vous interdis de vous mêler de ma vie privée pauvre fou ! C'est pour ça que vous avez empêché Ambre de continuer à venir. Pour qu'elle reste avec moi, pour qu'elle me « change ». On ne peut pas changer sa vraie nature Dumbledore. Elle le sait et l'accepte, contrairement à vous et vos grands airs de sauveur. Elle a compris qu'on ne peut pas ouvrir les bras au monde entier sans finir noyé. Elle a compris qu'elle devait aider à sauvegarder notre race.

Il s'arrêta essoufflé.

- Vous ne comprendrez jamais, vous n'êtes qu'un idéaliste et ça signera votre perte Albus. Un jour, votre foi stupide en l'amour et l'amitié vous plantera un couteau dans le dos et ce jour-là vous comprendrez que j'avais raison… depuis le début.

- J'espère juste que le sort ne viendra pas de ta baguette dans ce cas, Tom. Tu comprends, j'en suis sûr, que je ne peux pas te donner ce poste. Défense contre les forces du mal, sens-tu la douce ironie ? Je suis profondément désolé…

- Ne vous donnez pas la peine de me raccompagner Albus, je sortirais seul… Après tout, je connais le chemin… Je n'ai plus qu'à vous dire adieu.

Les deux hommes se levèrent, se faisant face et se scrutant gravement.

- Tu as changé Tom, ton regard… Que t'est-il arrivé ?

- Cela ne te regarde aucunement. »

Il sortit du bureau directorial, hésitant à descendre les escaliers, suffisamment longtemps pour entendre le directeur marmonner

« Tu as été mon plus grand échec. »

Résistant à l'envie quasi irrépressible de mettre fin aux jours de Dumbledore, Voldemort dévala les escaliers plus qu'il ne les descendit. Arrivé au bas des marches, la gargouille se remit doucement en place. Il ne le savait pas, mais c'était la dernière fois qu'il mettrait les pieds dans ce bureau…

Toujours en proie à la fureur, il plongea les mains dans sa cape, jusqu'à saisir le diadème. Sentir l'objet dans sa paume le rasséréna suffisamment pour qu'il puisse mettre en œuvre la seconde partie de son plan. Si la première avait été un échec, celle-ci se devait de réussir !

Veillant à ne pas se faire repérer, Tom se dirigea vers les escaliers, grimpant dans les étages, indifférents aux tableaux lui souhaitant le bonsoir où à la chatte de Rusard, suffisamment intelligente pour ne pas se mettre en travers de sa route. Il arriva enfin à destination. Lui seul connaissait cette salle si spéciale. Personne, jamais ne viendrait le chercher ici. Sauf lui, peut-être. Quand Poudlard lui appartiendrait. Après trois allées retour devant la salle, il entra et se retrouva face à un fatras incroyable. Non… beaucoup de gens connaissaient cette salle, mais aucun n'avait été capable de comprendre son pouvoir. Cela se voyait partout. Au fil des ans, des élèves avaient dû trouver cette salle pour y cacher leurs petits secrets, sans jamais être en mesure d'y revenir. Il flâna un long moment, caressant du bout des doigts des livres aux thèmes qui feraient pâlir d'envie les amateurs de la réserve de la bibliothèque, des jeux en tout genre, des plumes tricheuses, des meubles éventrés… Au bout d'un moment qui lui semble trop court, il déposa le diadème, à l'abri des regards, mais ne donnant pas forcément l'impression d'être caché. Il pouvait sentir la pulsation de son âme dans l'objet. C'était venu progressivement. Comme si ce fragment de lui s'était habitué à son hôte. Le diadème dégageait maintenant une aura malsaine et cela le réjouissait. Personne n'aurait envie de toucher de son plein gré un tel objet.

Veillant à ce que la voie soit libre, il ressortit de la salle dont la porte s'effaça derrière lui et prit tranquillement le chemin de la sortie. Au détour d'un couloir, il s'arrêta, un sourire aux lèvres.

-Tiens donc…

À sa droite se tenait une salle de classe vide, le bureau professoral vierge de tout document, tout comme les tables des élèves. Au plafond, des squelettes d'étranges volatiles étaient accrochés. Près des fenêtres, de nombreux livres élimés achevaient de se confondre avec la poussière des lieux et dans un coin, des mannequins de pailles, pour les exercices pratiques. Il se tenait dans la salle de défense contre les forces du mal. Sa salle. Il fit courir ses longs doigts sur la surface du bureau, tentant de s'imaginer enseignant à une classe de sang pur.

Il referma sa main en un poing, jamais il n'aurait l'occasion de travailler à Poudlard, grâce à ce vieux fou de Dumbledore. De quel droit se permettait-il de juger ses valeurs ? De quel droit avait-il décidé qu'il œuvrait pour le bien alors que Tom œuvrait pour le mal ? Ils étaient tous aveugles, cela allait bien au-delà de ces considérations puériles.

« Mais à ce petit jeu tu vas perdre Dumbledore… dit-il avec un sourire. »

Il sortit alors sa baguette et marmonna un sort. Une ombre noire s'éleva de sa baguette et se déplaça lentement de la salle avant de s'immobiliser au-dessus du bureau

« Ici ».

La masse noire s'enfonça alors dans le bois du bureau, comme aspirée au travers. L'air sembla plus lourd un moment, puis tout redevint normal.

Avec un petit ricanement, Tom se dirigea enfin vers la sortie.