L'israélienne monta dans sa voiture juste avant qu'il ne démarre. Il ne l'avait pas vue arriver un instant il voulut protester, pour la forme, mais y renonça. Il ne l'avait pas assez vu ces dernières années pour protester contre sa présence. A la place, il lui offrit un sourire de remerciements, un sourire un peu triste mais sincère. Elle posa sa main sur la sienne, et alors qu'ils se regardaient les yeux dans les yeux, elle prit la parole.
« Quand mon père est mort, tu m'as dit que tu serais ce dont j'avais besoin, que tu ferais ce dont j'avais besoin. Et tu l'as fait. Tu m'as accompagnée à Berlin, et surtout… tu étais là. Tu étais toi. Je ne te remercierais jamais assez pour ça. Aujourd'hui, c'est à mon tour d'être ce dont toi tu as besoin. Tu n'as qu'à me le dire. »
Il pressa sa main et murmura un « Merci ». Il démarra et le trajet se fit en silence. Elle l'observait il avait les traits tirés, des cernes dessinées sous les yeux, une barbe de 3 jours. Elle se dit que la dernière fois qu'il avait dormi devait aussi être la dernière fois où il s'était rasé.
Alors qu'il ouvrait la porte, elle lui posa la question.
« Depuis quand tu n'as pas dormi, Tony ? »
Il se contenta de poser sur elle ses yeux fatigués, en laissant tomber tout effort pour avoir une tête à peu près présentable, et elle eût sa réponse. Trop longtemps. Il jeta ses clés, rangea son arme et déclara qu'il allait se reposer. Il lui dit de faire comme chez elle et disparut dans la chambre. Moins de trois minutes plus tard, elle entendait ses ronflements s'élever. Il n'avait pas fermé la porte et elle voulut le regarder quelques instants. Du pas de la porte, elle voyait son visage endormi. L'idée qu'il était vraiment beau lui traversa l'esprit mais elle la chassa aussitôt, mais ne pût s'empêcher de sourire. Elle était soulagée qu'il dorme un peu, malgré l'affaire, la mort de Jeanne, la mort de Wendy... Et malgré son apparition, à elle. Elle-même était troublée de le revoir. C'était naturel et tellement étrange à la fois, si apaisant et si douloureux.
A l'idée de devoir repartir, à l'idée qu'elle devrait encore une fois supporter des adieux, ses adieux, elle grimaça, et préféra tourner les talons. Elle poussa doucement la porte pour la fermer et se dirigea vers la cuisine. Il apprécierait sûrement de trouver quelque chose à manger en se réveillant. Elle jeta un coup d'œil à la pendule, n'ayant aucune idée de l'heure qu'il était. 19h. Elle fronça les sourcils. Quel jour étaient-ils, déjà ? Gibbs l'avait appelé le mercredi matin, elle avait sauté dans un avion, et avec le décalage horaire, était quasiment arrivée deux heures après. Elle était allée voir Tony le lendemain, il avait donc été libéré le vendredi. Il lui paraissait impossible de se dire que c'était le matin même. Il s'était passé tellement de choses qu'elle avait l'impression qu'une semaine s'était écoulée.
En ouvrant le frigo, elle fût étonnée. Il n'y avait quasiment que de la salade, des légumes et un peu de viande. Les quelques jours qu'elle avait passés chez lui après… les évènements qui l'y avaient conduite, lui avaient appris qu'il n'avait dans son frigo que quelques bières, mais qu'il avait quasiment tous les menus des restos de la ville qui livraient à domicile. Elle se vit dans le reflet du micro-ondes et eût un rire ironique. Ziva David, en bonne petite maîtresse de maison, qui cuisine pendant que son hom… non pas son homme. Pendant que son ami dormait. C'était ridicule. Elle aimait cuisiner mais n'était pas de ces femmes qui jouaient à la parfaite petite ménagère parce qu'elles n'avaient tout simplement rien d'autre à faire. Mais n'était-ce pas ce à quoi elle s'était condamnée en démissionnant du NCIS ? Ce travail était si prenant qu'elle rentrait presque uniquement pour dormir à son appartement. Après son départ, changeant de coin très souvent, elle n'avait jamais vraiment eu de « chez elle ». Le plus souvent, elle dormait dans des locaux des associations qui l'envoyaient, ou dans une tente qu'ils lui fournissaient. Elle s'investissait beaucoup auprès des enfants si bien que le temps libre qu'elle avait, elle le passait avec eux, où à explorer les environs. Mais cette vie ne pouvait durer éternellement. Elle avait besoin de racines d'un entourage. D'un travail. De Tony.
Elle secoua la tête à cette pensée. Non, elle n'avait pas besoin de Tony. Il était avec une autre femme. Elle repensa aux lettres qu'elle avait trouvées, et se dit qu'il fallait vraiment qu'elle décampe d'ici avant de tout compliquer.
Elle entendit le téléphone de l'italien sonner, dans sa chambre. Il l'avait posé sur sa table de chevet il allait être réveillé. Elle retint un soupir à cette pensée. Il n'avait même pas dormi vingt minutes. Il apparût presque en courant dans l'entrée pour verrouiller la porte, récupérer son arme. Il apparût dans la cuisine une seconde plus tard.
«Tu as une arme ?
-Un couteau. Qu'est ce qui se passe ?
-Ils ont repéré Paul. Il est dans l'immeuble. »
Il déguerpit et revint quelques secondes plus tard avec une deuxième arme à feu, qu'il lui tendit.
« A nous deux, on peut facilement l'arrêter.
-Il n'est pas seul. Gibbs est pratiquement ici, il veut que je les retarde un peu. »
Il lança un chargeur de rechange à Ziva.
« Aide moi à déplacer le canapé ici. Il nous mettra à couvert. »
Rapidement, ils aménagèrent la pièce de façon à les protéger le plus possible. Quand il se mit en position, il plongea les yeux dans les siens un moment.
Et la porte explosa.
