* renvoie à Porcelaine, ** renvoie à Jusqu'ici tout va bien, *** renvoie aux deux.
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Chapitre 21
Il leva des yeux étonnés vers le ciel. La neige tombait sans discontinuer, silencieusement. Le sol en était déjà totalement recouvert. Le froid transformait chacun de ses souffles en un nuage éphémère mais il ne le ressentait pas. Il s'avança vers la lumière et s'aperçut qu'il se trouvait dans cette cour carrée que sa mémoire n'oublierait jamais. Il faisait nuit et les lampadaires, fixés à chacune des entrées, coloraient un peu la neige d'un halo jaune orangé.
L'arbre sous lequel il s'était abrité, en attendant que Bra rentre, se tenait toujours stoïquement là, exactement au milieu de la cour, comme dans ses souvenirs. Un homme, qu'il n'avait pas vu tout de suite dans l'ombre, le bouscula, sans paraître le voir, et disparut par la porte cochère.
Il n'essaya pas de le retenir, un peu étonné d'être là, si subitement, sans savoir comment il y était arrivé. Il reporta son attention sur les lieux. Ils étaient apparemment déserts, sauf les marches de l'une des entrées, sur lesquelles une silhouette était assise.
Il s'avança vers elle, espérant vaguement comprendre ce qui se passait et se figea en croyant reconnaître Bra.
- Bra ? appela-t-il, incertain.
Elle releva la tête et la surprise éclaira ses traits.
- Goten ? Tu me… vois ?
- Evidemment, je te vois ! Qu'est-ce que tu fais là ? Qu'est-ce qu'on fait là, en fait ?
Elle se leva et s'approcha de lui d'un pas hésitant et penaud. Elle le regarda douloureusement.
- Je crois qu'on rêve, souffla-t-elle.
Il haussa les sourcils avec incrédulité. Il scruta encore une fois le décor autour de lui pour essayer de percevoir des signes qui confirmeraient l'idée de Bra. Et tout d'un coup, sans qu'il s'y attende, elle enroula ses bras autour de sa taille et se blottit contre lui.
Il eut un mouvement de recul et se raidit. Il resta immobile et silencieux, en retenant son souffle. Son contact lui semblait tout à fait réel.
- Je ne suis pas sûr de rêver, en ce qui me concerne, Bra, chuchota-t-il.
Mais elle ne le lâchait pas. Elle ne le lâchait pas et elle ne lui répondait pas, le visage obstinément niché sur sa poitrine, l'emprisonnant de ses bras têtus. Il ne lui rendait pas son étreinte, mais ne se décidait pas à la repousser non plus. Il prit alors conscience qu'elle pleurait, son dos faiblement agité de spasmes.
- Je suis désolée. Je suis si désolée… gémit-elle.
Ses paroles étaient à peine compréhensibles, bafouillées dans les plis de son pull, mais il les saisit sans ambigüité. Il ferma les yeux et inspira comme pour se donner de la force. Il posa précautionneusement ses mains sur ses épaules pour la décoller doucement de lui et la forcer à le regarder. Ses grands yeux bleus étaient noyés de larmes et son nez rougissait déjà sous l'effet des sanglots.
- Bra, je ne… Je ne crois pas qu'on rêve…
- J'ai tout gâché, articula-t-elle péniblement, comme si elle n'avait pas entendu.
Elle s'essuya le visage avec les paumes et le regarda piteusement.
- Tu me pardonnes ? Dis-moi que tu me pardonnes, murmura-t-elle.
Il la fixa avec hésitation et un flash l'aveugla soudainement. Il fut obligé de détourner la tête et perdit le sens de l'équilibre. Il eut l'impression de tomber.
Instinctivement son corps eut un sursaut violent, pour se rétablir à la verticale. Il ouvrit les yeux et s'aperçut qu'il était étendu au milieu de ce qui semblait être un champ.
Dès qu'il s'assit, il plongea sa tête engourdie dans ses mains, pris d'un puissant vertige. La lumière l'agressait terriblement. Il resta un instant immobile, réunissant ses esprits petit à petit. Il se souvenait la voiture noire. Le club. Ce foutu club. Il s'était laissé embarquer avec une telle assurance. Qu'est-ce qui pouvait lui arriver après tout ?
Crétin.
Il avait clairement été drogué. Un gaz certainement. Dès qu'ils avaient commencé à rouler, il avait essayé de repérer la route qu'ils empruntaient. Ses souvenirs s'arrêtaient avant même qu'ils soient sortis de son quartier.
Sa rétine se réconcilia progressivement avec les rayons du soleil mourant. L'après-midi touchait à sa fin déjà. Il se sentait nauséeux, furieux aussi de s'être laissé avoir.
Il observa l'endroit où il se trouvait. Il était en rase campagne. Le paysage était totalement désert. Une route tranchait au milieu des champs à quelques centaines de mètres de lui. Il réussit à se mettre debout.
Quel que soit le narcotique utilisé, il en ressentait encore les effets et quand il tenta de s'envoler, il retomba aussitôt un peu plus loin, se rattrapant de justesse sur ses deux jambes encore maladroites et faibles.
Il dut marcher sur la route un moment pour se débarrasser de son étourdissement. Il repensa à sa « rencontre » avec Bra. Il se sentait morose. Etait-ce là la façon dont le Club avait prétendu rendre son rêve réalité ? Un peu court. Il finit par conclure que ce n'était que l'effet de la drogue.
Quand il se sentit mieux, il prit son envol. Il parvint finalement à s'orienter et mit tout juste une heure à retrouver le chemin jusque chez lui.
Il trouva Trunks assis sur les marches de son porche, la mine sombre.
- T'étais où ? s'exclama-t-il tandis que Goten remontait l'allée vers lui.
- Figure-toi que j'ai reçu une invitation, marmonna Goten, encore vexé de sa mésaventure.
Trunks l'observa avec incompréhension. Goten passa devant lui et entra dans la maison. Il ouvrit aussitôt le frigo et prit une bière.
Trunks le suivit tranquillement. Le sentant énervé, il attendait qu'il se décide à raconter. Subitement, le mot « invitation » s'éclaira de lui-même dans son esprit.
- Me dis pas ! le Pixie Club ? siffla-t-il.
- Ouais… Exactement. Ils m'ont envoyé une voiture.
- T'es pas monté dedans au moins ?
- Que voulais-tu qu'il m'arrive ? objecta Goten.
- C'est vrai. Et qu'est-ce qu'il ne t'est pas arrivé, alors ? ironisa Trunks.
Goten baissa les yeux piteusement.
- J'ai été drogué…Un gaz dans l'habitacle… J'imagine.
Trunks soupira et se servit lui-même une bière dans le frigo avant de prendre place au bar en face de Goten.
- Je ne comprends rien, ils m'ont drogué et je me suis réveillé au milieu d'une campagne déserte à quelques kilomètres, expliqua Goten.
- C'est tout ?
- C'est tout.
Trunks plissa les yeux et saisit brusquement le poignet de son ami pour tirer son bras vers lui. Il releva sa manche et se pencha sur son bras nu.
- Tiens ! s'exclama-t-il en montrant un minuscule point dans le creux du coude.
Goten retira son bras avec vivacité et observa l'endroit que Trunks venait de désigner. Il y avait un trou microscopique, obturé d'une perle de sang séché. Il le frotta énergiquement, pour s'assurer que ce n'était pas une saleté.
- Qu'est-ce qu'ils m'ont fait ? grommela-t-il avec colère.
- A mon avis, une prise de sang…répondit calmement Trunks en sirotant sa bière.
Goten le fixa avec scepticisme tout en rabattant sa manche. Trunks lui renvoyait son regard avec sérieux.
- Ils sont en train de collecter tous nos ADN… finit-il par énoncer.
Goten eut un mouvement de recul. Il réfléchit à la théorie de Trunks pour en étudier toutes les causes et les effets.
- Tu crois ? Tu veux dire tous les ADN de ceux qui ont du sang de saïyen ? bredouilla-t-il.
Trunks hocha la tête.
- Ils ont le mien, celui de Pan, le tien maintenant. Je doute qu'ils aient ceux de nos pères mais peut-être qu'ils en ont d'autres: celui de Gohan, celui de ma sœur, on en sait rien.
- C'est mauvais, il faut qu'on les trouve, conclut Goten en avalant une gorgée.
Trunks resta silencieux un instant.
- Ce qui m'inquiète un peu, reprit-il, c'est que j'arrive pas à mettre la main sur Bra depuis hier, marmonna-t-il finalement.
Goten se raidit et crispa légèrement son poing sur la canette. Trunks n'avait pas vraiment voulu lui parler de ça. Déjà, il avait évité de lui raconter "l'incident" avec Livia Stunt. Il avait décidé autant que possible de discuter de Bra avec Goten. Et il n'en avait pas eu l'intention avant de réaliser ce qui venait d'arriver à son ami. En voyant sa réaction, il regretta de l'avoir fait.
- Mais tu sais, ça n'a certainement rien à voir avec ça… On s'est copieusement engueulés hier et je suis sûre qu'elle boude. Ça chauffe un peu avec les Stunt…encore une fois, ajouta Trunks, du ton le plus rassurant qu'il put.
- Qu'est-ce…
Goten ne finit pas sa phrase. Il voulait demander ce qui était arrivé à Bra et la raison de la dispute mais il ravala péniblement sa curiosité. La même curiosité qui l'avait poussé à acheter le magazine, celle qui l'avait contraint à observer Bra descendre de voiture, caché dans un recoin du hall de la Capsule. Il devait en guérir, elle était toxique pour lui. Mais la museler était aussi douloureux que de lui laisser libre cours.
Son estomac se tordit un peu quand il se remémora sa vision de la cour enneigée, sous l'effet de la drogue. Il avait vraiment eu l'impression de sentir ses bras autour de lui, d'entendre sa petite voix implorante. Dis-moi que tu me pardonnes…
La main de Trunks sur son épaule le sortit de sa méditation.
- Il faut que je te montre quelque chose, annonça son ami qui s'était levé.
Goten le suivit des yeux pensivement alors qu'il prenait place à la table sur laquelle trônait son ordinateur. Il le mit en route.
- Ton type, Skrin, je le connais expliqua Trunks.
- Tu le connais ? Comment c'est possible ? s'étonna Goten en se décidant à rejoindre son ami.
Il constata avec surprise qu'une photo de Skrin s'était affichée sur l'écran. Il aurait eu de mal à le reconnaître. D'abord, il était plus ou moins coiffé, au lieu de sa tignasse sauvage. Et il portait une chemise. Il ne regardait pas l'objectif et paraissait beaucoup plus jeune, extrêmement jeune, même. Tout juste sorti de l'adolescence.
- Eh ! C'est lui, ça ? s'écria Goten.
- Ouais. Son histoire a fait la une des journaux à une époque. C'était un gamin qui venait d'un milieu très pauvre et c'était un génie en informatique. A dix-huit ans, il a remporté un prix prestigieux et toutes les plus grandes boîtes lui ont fait un pont d'or.
Goten restait les yeux écarquillés sur les différents articles de l'époque, que Trunks avait récupérés sur clé et qu'il faisait défiler sur l'écran. Il repéra les chiffres à multiples zéro, qui annonçaient son salaire supposé, ou, avec plus de certitude, le montant des récompense qui lui avaient été décernées. Il s'aperçut également qu'il avait eu la belle vie, photographié en compagnie de personnalités en vue ou de créatures sublimes.
Goten se laissa tomber sur sa chaise. Il avait du mal à faire le lien avec la vie de Skrin, maintenant réduit à rester cloitré dans son appartement misérable, avec les photos de Marron punaisées au mur.
- Qu'est-ce qui lui est arrivé ? demanda Goten sans lâcher l'écran des yeux.
- Hmm… On a parlé d'un burn-out. Trop de fric, trop de boulot, trop de notoriété tout d'un coup, sûrement un peu de coke là-dessus, et au bout de cinq ans, il a été interné en hôpital psy.
Goten siffla avec dépit en lisant un article qui retraçait cette chute avec plus de détail. Trunks s'adossa à sa chaise et s'étira.
- Enfin, ça, c'est la version officielle, ajouta-t-il, la bonne vieille rumeur disait qu'il faisait aussi partie du Pixie…
Goten sursauta et se tourna avec vivacité vers Trunks.
- Il faut mettre la main dessus, conclut Trunks, une idée ?
Goten se leva et se mit à faire les cent pas avec sa bière. Skrin connaissait le Pixie Club depuis le départ. Il n'avait rien dit.
- Tu crois qu'il en fait encore partie ? marmonna Goten avec contrariété.
- D'après ce que tu me dis, ils peuvent continuer à lui envoyer des voitures, dans son quartier pouilleux, ils se les feront piquer avant même qu'il ait l'idée d'ouvrir sa porte… Nan…si il est vraiment aussi taré que tu le dis, il est plus que probable que le Club ait oublié jusqu'à son existence.
Goten essaya de visualiser le geek avec un de ses T-shirts stupides au milieu d'une réception comme celle à laquelle il avait assisté avec Livia. Il haussa les épaules et arriva à la même conclusion que son ami.
- J'ai une adresse mail qu'il utilise encore peut-être, hasarda Goten.
- C'est un début. Envoyons-lui un mail, il acceptera peut-être de sortir de son trou, proposa Trunks.
Goten repensa aux textos qu'il lui avait envoyés ces derniers temps. Tu sais que c'est super facile de pirater une puce de portable ? Skrin, pourvu qu'il ait le mail, ne se fierait jamais à la simple signature électronique de Goten.
- D'accord, acquiesça Goten en se rasseyant avec embarras à côté de Trunks. Mais si on veut avoir la moindre chance que ça marche, il doit être sûr que c'est moi…
Trunks le regarda d'un air interrogateur.
- Alors ? Vous avez un signe de ralliement ?
- Euh… En quelque sorte…
Trunks ne comprenait pas le malaise subit de Goten. Il l'invita à prendre sa place devant l'ordinateur pour accéder à sa boîte. Goten soupira et commença à pianoter sous l'œil intéressé de son ami.
Salut le geek, il faut que je te voie très vite. Je sais que ce que t'as perdu dans cet incendie. Ton prix sera le mien. Son.
Trunks cligna des yeux avec incompréhension.
- Il y a une espèce de code, là-dedans ? interrogea-t-il
- Il faut que je mette une pièce jointe, bredouilla Goten.
Cette fois-ci, Trunks devint méfiant.
- Ce type collectionne les photos de Marron, marmonna Goten entre ses dents, sans oser regarder son ami.
- Quoi ? Les photos ? Quelles photos ? s'exclama Trunks.
- Celles que je lui file essentiellement, souffla piteusement Goten.
Trunks saisit brusquement Goten par le col.
- Tu veux dire que tu approvisionne ce taré de photos de ma copine ?
- Depuis qu'il sait que je la connais, je peux plus rien négocier sans ça... Même le fric, il s'en fout, gémit Goten, c'est des photos… banales, tu peux me croire.
Trunks le fixa avec colère, un peu tremblant. Goten se dégagea lentement.
- Il n'est pas dangereux, y a aucun risque, Trunks, argumenta-t-il doucement, tu peux me croire, j'aurai jamais tenté le diable, c'est Marron, quand même.
Trunks lui mit un coup sur le front. Goten serra les dents pour contenir la douleur et se contenta de se tenir la tête sans protester.
- De toute façon, on aura rien, si je lui en mets pas une dans le mail, finit-il par grincer.
Trunks se leva avec humeur.
- Fais ce que tu veux, je ne veux pas le savoir. Mais on aura une petite explication, siffla-t-il en s'éloignant.
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