Chapitre 17 : Promesse de vengeance

Durant la semaine qui suivit, tout le monde fut surpris par la nouvelle couleur de Remus et il lui fallut la menace d'une retenue pour que ses amis daignent à lui expliquer comment la faire partir – il lui suffisait de se laver les cheveux tous les jours pendant une semaine.
Mais vers le milieu du mois, il commença à s'éloigner sans un mot et Sirius était inquiet : un matin, Remus n'était pas descendu au petit déjeuner et il avait fallu toute la force de James et Peter pour que le jeune garçon les suive à la Grande Salle. Trépignant sur son banc, il avait à peine touché à ses œufs brouillés et leur donnait des coups de fourchette.

« Tu comptes continuer à les massacrer comme ça encore longtemps ? » demanda Peter en souriant. Sirius lui jeta un regard mauvais avant de continuer son découpage méthodique, poussant un soupir énervé.

« Bon sang, il nous fait la gueule, j'en suis sûr ! » grommela-t-il avant de pousser un second soupir, plus long que le premier.

Repoussant son assiette, James se leva et, entraînant Peter et Sirius avec lui, remonta au dortoir.

« Eh, j'avais pas fini ! » s'exclama Peter, son cupcake à moitié entamé dans la main.

« Peut-être mais Sirius allait finir par commettre un meurtre. » répondit James en passant devant McGonagall. Celle-ci les arrêta et demanda, surprise de ne voir que trois membres de leur petit groupe :

« Où est Mr Lupin ? »

Les trois Maraudeurs échangèrent un regard et ce fut Sirius qui répondit :

« Il doit être au dortoir, pourquoi ? »

Leur directrice se pinça le nez et les fixa d'un regard pénétrant.

« Parce qu'il n'y est pas. »

« Quoi ?! »

L'exclamation avait fusé des trois garçons et la femme redressa son chapeau – pour la forme, jamais son chapeau n'aurait osé se décaler d'un seul millimètre.

« J'ai demandé à un préfet d'aller le chercher mais il est revenu en me disant que le dortoir était vide. »

« Il est peut-être dans le parc ? » proposa Peter et Sirius hocha la tête.

« On pourrait se séparer pour essayer de le retrouver ! » dit-il et McGonagall acquiesça.

Les trois garçons partirent alors, James vers la salle sur demande, Peter dans le parc et Sirius en haut de la tour d'Astronomie.
Ce fut lui qui eut le plus de chance : il retrouva son ami assis contre les créneaux, une lettre chiffonnée à la main et de larmes sur les joues.
Le jeune garçon fronça les sourcils et s'approcha avec lenteur.

« Moony ? » appela-t-il doucement en s'accroupissant à ses côtés. Le loup-garou renifla légèrement et le regarda en essuyant ses joues.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Sirius d'une voix douce, inquiet.
Remus ne répondit pas, se contentant de lui tendre la lettre. Le garçon prit le papier et, au fur et à mesure qu'il lisait, il sentit son visage perdre toutes ses couleurs.
Les grands-parents de Remus avaient été tués par Fenrir Greyback, le loup-garou, sur les ordres de Voldemort. Celui-ci n'avait jamais vraiment inquiété les Maraudeurs, qui plaisantaient à son sujet, considérant que sa menace était égale à celle d'un tueur fou.
Mais Sirius devenait peu à peu lucide du réel danger que constituaient le sorcier et ses disciples, qui s'amusaient à terrifier voire tuer des Moldus. Et le garçon prenait désormais conscience de la gravité de la situation.
Les sanglots de Remus le tirèrent de ses pensées et il reporta son attention sur lui, le regard inquiet. Il se rendit compte qu'il s'était roulé en boule sur lui-même et posa sa main sur son épaule avec douceur.

« Moony… »

Il prit son ami dans les bras et le sentit sangloter contre lui.

« I-ils sont m-morts… » balbutia-t-il. « C'est… C'est lui qui les a tués… »

Sirius sentit son cœur se serrer en entendant les sanglots étouffés de son ami et resserra sa prise sur lui. Le jeune loup-garou releva la tête et le fixa, le regard déterminé malgré ses joues trempées de larmes.

« Je te jure que je vais les venger, Sirius, dit-il, sa voix ayant perdu toute trace de sanglots. Je te jure que quand on sera sorti d'ici, je les vengerai, peu importe le prix. »

Le brun hocha la tête et l'aida à se relever en lui attrapant la main.

« Je te promets que je t'aiderai, Moony. »

L'autre eut un sombre sourire et pressa sa main.

« Merci Sirius… »

Son ami lui rendit son sourire et lui demanda d'une voix douce :

« Tu veux qu'on redescende ? Ou alors tu préfères rester seul ? »

« Je… Je préfère rester un peu seul… Si ça ne te dérange pas… »

Le jeune garçon acquiesça et lui pressa l'épaule.

« Si tu as besoin, tu n'hésites pas, d'accord ? » lui dit-il avec un regard inquiet.

Il reçut un vague hochement de tête de la part de Remus et finit par partir en silence, l'esprit en ébullition.


Deux jours plus tard, un élève de sixième année vint chercher Remus dans la Grande Salle durant le petit déjeuner pour l'amener au bureau de Dumbledore. Le loup-garou jeta un regard suppliant à ses amis, leur demandant silencieusement de venir avec lui.
Les trois autres se levèrent d'un même mouvement, surprenant le préfet qui ne dit cependant rien et se contenta de les conduire chez le directeur.
Bien évidemment, James – et donc Peter – avait été mis au courant par Sirius de la mort des grands-parents de leur ami et celui-ci leur avait demandé de venir avec lui s'il y avait un enterrement.

Rasséréné par leur présence, le loup-garou glissa sa petite main dans celle de Sirius pour puiser un peu de sa chaleur et sa force. Le brun serra ses doigts dans les siens sans un mot, ne se préoccupant pas des regards surpris et attendris de Peter et James.

Le petit groupe arriva finalement face à la porte en bois du bureau de Dumbledore et, une fois que celui-ci leur ait signalé qu'ils pouvaient entrer, le sixième année partit, laissant les Maraudeurs rentrer dans la pièce circulaire.
Ce n'était pas la première fois qu'ils y venaient, ni certainement la dernière, mais c'était en revanche la première fois qu'ils n'étaient pas accompagnés par une McGonagall furieuse ou un Picott enragé. Aucun d'eux ne parla et Dumbledore eut un petit sourire en songeant qu'ils étaient pour une fois bien calmes.
Mais les circonstances de leur venue n'étaient pas sujettes à l'amusement et ce fut d'une voix douce qu'il parla :

« Mr Lupin, votre mère m'a fait parvenir une lettre me demandant si je vous permettais de vous laisser la rejoindre pour la journée. J'ai bien évidement accepté mais je dois vous demander deux choses. »

Sirius sentit la main de Remus serrer la sienne un peu plus fort au fur et à mesure que le vieux sorcier parlait mais ne bougea pas, écoutant Remus répondre d'une voix presque atone :

« Je vous écoute professeur. »

« Voulez-vous emmener vos amis avec vous ? Je sais que parfois, cela peut-être bon de les avoir à vos côtés… » dit Dumbledore, une lueur de sollicitude dans les yeux.

La prise de Remus sur la main de Sirius se relâcha un peu et il hocha la tête sans un mot, la gorge nouée.

« Bien, soupira le vieil homme. Voulez-vous partir maintenant ? Ou vous avez besoin de temps ? »

La question s'adressait cette fois-ci aux quatre garçons et James, qui jusque-là n'avait pas bougé, répondit :

« Je pense que le plutôt est le mieux, professeur. »

Il jeta un coup d'œil à Remus, qui lui rendit un regard reconnaissant. Dumbledore acquiesça et se dirigea vers la cheminée. Il attrapa un petit pot contenant de la poudre et regarda ses élèves.

« Je vais vous faire passer chacun votre tour. Mr Lupin, allez-y je vous prie. »

Remus hocha la tête et, entrant dans la cheminée éteinte, il prit une poignée de poudre.

« Votre mère vous attends au Little Mermaid's Pub, à Cork, dit Dumbledore en rajustant ses lunettes. Vu les circonstances, il faudrait que vous soyez revenus demain soir au plus tard. »

Le loup-garou acquiesça et jeta la poudre en articulant l'adresse du pub. Il disparut dans une grande flamme verte et Sirius s'avança pour entrer dans la cheminée.


Lorsqu'il réapparut, il fit face à une femme aux mêmes cheveux châtains et yeux couleur miel que Remus mais dont le visage était bien plus triste et fatigué. Il comprit immédiatement qu'il se trouvait face à la mère de son ami et lui présenta ses condoléances.

Espérance lui sourit et, l'aidant à sortir de la cheminée, lui dit d'une voix douce :

« Je suis contente que tu ais été là pour Remus pendant la semaine. » Elle regarda la cheminée, dans laquelle Peter apparaissait, et rajouta :

« Vous comptez beaucoup pour lui, tous les trois… »

Sirius voulut parler mais il fut interrompu par Peter, qui trébuchait en sortant de la cheminée.
Il secoua la tête et rejoignit Remus, qui regardait la mer battue par la pluie par la fenêtre.

« Comment tu te sens ? » demanda-t-il et le loup-garou haussa les épaules.

« Ça va. Je suis triste mais… En même temps, ça va. Je veux dire, on ne les voyait pas souvent, la dernière fois que je les ai vus, j'avais sept ans, alors je me souviens pas vraiment bien d'eux. » Il poussa un léger soupir et reprit :

« Maman n'aimait pas aller les voir, parce qu'ils n'ont jamais aimé papa. Ils savaient qu'il était un sorcier et ils avaient peur de lui, je crois… Et puis on ne pouvait jamais rester très souvent, parce qu'il y a beaucoup d'argent chez eux. »

« Ils ne savaient pas ? »

Remus tourna les yeux vers lui pendant une seconde et un sourire sombre prit place sur son visage.

« Si, bien sûr. Mais ils disaient que tant qu'ils n'en verraient pas un… Ils ne le croiraient pas… » Ses yeux s'emplirent brusquement de larmes et Sirius grimaça intérieurement avant de la prendre dans ses bras.

« Calme-toi Moony… »

« Sirius, et s'il revenait e-et qu'il attaquait maman ?... » demanda le châtain, ses yeux dorés inquiets levés vers lui.

« Il ne m'arrivera rien, mon chéri. »

Remus tourna le regard vers sa mère et les autres Maraudeurs, qui étaient arrivés silencieusement, et essuya ses joues, se détachant de son ami.

« Tu me le promets ? » demanda-t-il d'une petite voix et sourit légèrement quand Espérance hocha la tête.

« Remus, quand ton père est parti, il a placé un sortilège de protection sur la maison. Tant qu'il n'est pas brisé, rien ne peut m'arriver. » assura-t-elle en caressant sa joue avec douceur.


Le soir, après l'enterrement, les Maraudeurs se retrouvèrent dans la chambre de Remus. Elle n'était pas très spacieuse, ses murs étaient couverts d'affiches de films moldus et de posters que ses amis lui avaient donnés, et dans les petits espaces laissés libres, il avait collé des photos d'eux quatre prises l'année précédente.
Le mur face à la fenêtre était entièrement caché par des bibliothèques et James poussa un sifflement admiratif en constatant qu'il possédait certains livres de Poudlard.
Remus rosit doucement et dit :

« C'est Mme Pince… Elle m'a dit que je pouvais les ramener cet été, parce que je suis le seul à les lire. »

« Ben mon vieux ! s'exclama Peter en souriant. C'est impressionnant ! »

« Eh ! Ce n'est pas une carte de chocogrenouille ? » demanda Sirius en pointant quelque chose qui dépassait du tiroir du bureau en bois.

« Si, j'en fais la collection, vous voulez les voir ? »

Remus sourit en voyant les airs ravis de ses amis et sortit une grosse boîte, qu'il renversa sur son lit.

Les trois autres s'assirent sur le matelas installé par la mère de Remus et ils passèrent la soirée à commenter la collection impressionnante de leur ami.