Hello tout le monde! Comment allez-vous? La fin du semestre pour ma part, donc stress constant et moral et confiance en moi mis à rude épreuve. Mais je vaincrais! Bref, passons. J'ai beaucoup aimé écrire des passages de ce chapitre, et j'espère que les risques pris pour légiférer la saga ne vous chiffonnent pas, et si besoin d'améliorer quelque chose, vous pouvez me le signaler parce que je prends soin à créer tout cela (j'ai un classeur dédié à cela, donc je bosse vraiment ma fic ^⁾ et souhaite progresser encore et toujours! Bonne lecture!
o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Chapitre vingt: La loi demeure la loi
Charlie descendit les cinq étages avec quelque uns des autres Aiglons pour prendre son petit-déjeuner dans la Grande Salle. La fillette s'assit et commença à se servir en lait et en jus de citrouille et lorsqu'elle leva la main et la tête pour attraper le paquet de muesli sur sa gauche, elle remarqua la présence d'Umbridge à la table des enseignants. La main toujours suspendue en cours de route, le visage figée et les yeux écarquillés, Charlie ne pouvait ravaler son léger choc. Depuis combien de jours cette bonne femme se trouvait entre ces quatre murs sans interruption? De l'avis des élèves: une éternité – de trop. Un camarade la héla pour lui demander quand elle se déciderait à en finir avec le paquet de muesli parce qu'il avait les crocs. La petite Aigle secoua la tête, recouvra ses esprits, marmonna une excuse le rouge aux joues, se servit et passa les céréales à son voisin avant de se faire toute petite et de manger son petit-déjeuner en silence. Beaucoup de personnes exécraient Umbridge, mais elle suscitait la peur chez Charlie. Cette dernière avait la sensation que la Ministérielle avait un radar calibré sur «forfaits commis par les gosses» et «pureté du sang». C'était absurde, cependant la gamine avait cette sale impression qu'Umbridge pouvait tout cela et qu'elle détestait, sinon la majorité, une bonne partie de la population de Hogwarts.
La fillette termina son bol et but son jus aussi vite qu'elle le put et retourna à la Tour des Ravenclaw pour boucler son sac de cours et se laver les dents – ses parents lui avaient toujours seriné de ne jamais zapper ce genre de détails au risque de souffrir chez le dentiste à cause de caries. Charlie avait peur des dentistes.
Les Décrets ne lui plaisaient pas. Certes, qu'une envie quelconque de discipline un peu plus stricte en des périodes troublées ou pour maintenir la réputation d'un établissement scolaire était justifiable. Dans ce cas, c'était l'administration dudit établissement qui devait soumettre de telles idées et les faire appliquer. Une Chaire existait. Pourquoi ne pas l'appeler pour faire le travail dont elle était assignée? Comment se faisait-il qu'elle n'ait jamais protesté ou tenté de faire barrage à ce que le Ministère imposait de force depuis plusieurs mois? Charlie se dit que plusieurs éléments devaient lui manquer alors qu'elle prit place dans la salle de classe du professeur Flitwick. Elle décida de reporter ses interrogations à plus tard, ce cours demandant une concentration entière.
En fin de journée, la fillette se dirigea vers le second étage, les autres étudiants en train de travailler en salles d'étude ou à la bibliothèque ou encore dans leurs salles communes. Un livre pressé contre sa poitrine inexistante, Charlie marchait d'un bon pas et était absorbée dans ses pensées lorsqu'un «hum! Hum!» l'arrêta soudain et faillit lui faire lâcher prise sur son bouquin, tant elle avait eu peur. Umbridge lui sourit à pleines dents et lui demanda ce qu'elle faisait à errer dans les couloirs à cette heure. Charlie rougit violemment, pressa plus fort le livre contre elle comme s'il la protégerait de la bonne femme et bégaya un discours sans queue ni tête. Tout à coup, la porte la plus proche s'ouvrit et Melbourne les rejoignit, les sourcils froncés, la baguette au point.
- Oh, j'ai eu peur que quelque chose vous soit arrivé en cours de route, Miss Gladstone, dit-il d'un ton neutre. Je suis soulagé qu'il n'en est rien, poursuivit-il en jetant un œil du côté de la Sous-Secrétaire. Madame, fit-il à son encontre en inclinant légèrement la tête.
- Bonsoir, Mr Melbourne, lui retourna Umbridge. Je me demandais ce que faisait cette jeune fille dans les couloirs à cette heure. Apparemment, vous l'attendiez, demanda-t-elle en feignant la surprise.
- En effet, confirma le professeur de Défense. Le professeur Flitwick m'a eu proposé d'accueillir les Ravenclaw dans le cas où il serait occupé par ailleurs. J'ai naturellement accepté.
Subséquemment, les deux adultes se toisèrent longuement. Ne trouvant rien à en redire, la Sous-Secrétaire leur souhaita une bonne fin de soirée et s'en alla, un air contrit au visage. Melbourne attendit qu'elle soit hors de vue pour inviter Charlie à rentrer dans son bureau. La fillette obtempéra en silence, encore secouée par cette visite impromptue. Elle s'assit lourdement et fixait les rainures de la table en bois face à elle, le livre posé sur ses genoux. Elle ouït la porte se refermer, les pas sur les dalles qui se rapprochaient pour ensuite la détourner, une chaise tirée puis un grincement de quelqu'un qui s'assoit dessus, quelques mouvements de parchemins et de livres qui se font ranger.
- Un thé, Miss Gladstone?
Charlie leva la tête d'un coup, surprise et regarda son enseignant quelques secondes avant de baisser à nouveau la tête pour calmer son émoi et d'acquiescer en silence. Bientôt, ses narines humèrent les vapeurs de la boisson qui s'échappait de la tasse en volutes. Après ce qui lui parut une éternité, la petite Aiglon se redressa, ayant récupéré assez de courage pour ne pas se réfugier dans sa bulle. Elle se rendit compte qu'elle avait devant elle Melbourne, qui n'était pas dans sa posture d'enseignant. C'était étrange d'être soudain saisi par l'humanité de la personne.
Le jeune homme avait les yeux légèrement baissés, un peu troubles par la fatigue, cette dernière présente au travers des cernes creusées et noires qui n'avaient pas dégonflé avec la pause des congés d'hiver. Ce soir, il avait tenu sa longue chevelure noire par un bandana, ce qui dégageait son visage de manière brutale – du moins, du point de vue de la fillette qui l'avait toujours vu les cheveux libres comme l'air. Sa propre tasse de thé était posée à côté de sa main droite, elle-même sur un livre ouvert – le seul qu'il n'avait pas rangé. Sa main gauche supportait le poids de sa tête, légèrement inclinée sur le côté, exprimant la lassitude qui l'animait actuellement.
- Euh... Monsieur, demanda Charlie d'une toute petite voix, et il lui répondit par un «mh?». Je me demandais... Comment en est-on arrivés là? Je veux dire... Il y a bien la Chaire de l'Education qui a une certaine retenue et un certain pouvoir face à ce que le Ministère propose.
- En théorie, je vous dis oui, lui répondit le professeur. La Chaire existe dans le but de pondérer les mesures politiques en offrant leur vision des choses fondée sur le concret. Cela permet de proposer des textes de lois pertinents et applicables en réel.
- Alors... Je ne comprends pas... Je suis désolée, monsieur mais...
- Le Crisis and Exceptional and Emergency Measures Act bâillonne également la Chaire dans son influence, l'éclaira Melbourne.
L'air buté de la gamine amusa le jeune homme. Il en sourit et pouffa même dans son élan. En retour, la Ravenclaw lui lança un regard douloureux et peiné. Il concevait sans peine ce qui la traversait en cet instant. A cet âge, le sentiment d'injustice pouvait être violent à ressentir et accepter.
- Dans la vraie vie, la roue ne tourne pas toujours, ou de manière si étrange qu'on ne sera pas satisfait, poursuivit le professeur. Les hommes ne sont pas tous bons et cherchent pour la plupart le meilleur intérêt au-delà de toute justice, égalité, altruisme...
Charlie était encore trop impulsive et innocente pour tolérer ces mots, mais elle admit leur véracité, par une tête baissée et ce besoin de faire bouger les choses sur-le-champ.
Par la suite, l'entretien fut axé sur les études de l'enfant et sur son suivi avec Madam Pomfrey. Employer les rendez-vous élève-professeur pour continuer à discuter librement était un peu risqué et évident; néanmoins, il n'y avait pas mieux pour la communication à l'heure actuelle. Tout le monde n'avait pas les compétences nécessaires pour invoquer un Patronus sur lequel on apposait un message et, soyons honnêtes, il aurait été davantage suspect de croiser des dizaines d'animaux bleutés et argentés dans les couloirs que de tomber sur une étudiante qui allait à son entrevue avec l'un de ses enseignants.
Charlie avait terminé avec Melbourne à une heure décente, or pour être sûr qu'elle n'aurait aucun souci, il préféra la raccompagner jusqu'à l'entrée de sa salle commune.
- You can see me in water, but I never get wet. What am I*, énonça la voix claire de la tête d'aigle qui gardait la Tour.
Sans aucune préméditation, Charlie s'écarta et proposa à son enseignant d'y répondre. Ce dernier lui sourit. Beaucoup de vieux souvenirs jaillirent dans son esprit, mais il put contenir l'effet nocif de ces derniers. Ces devinettes avaient été un délice intellectuel qu'il avait apprécié. C'était gentil de la part de l'enfant de lui proposer de répondre à celle-ci. Comme au bon vieux temps...
- A reflection*, finit-il par répondre.
La fillette sourit elle aussi, avec cette moue réservée, et il lui souhaita un bon soir avant de faire demi-tour. Il fallait l'admettre: de dos, avec ses longues boucles qui descendaient entre ses omoplates et les pans de son manteau de laine noire qui virevoltaient derrière lui au gré de ses pas, le professeur de Défense n'avait rien à envier à Snape, se dit la Ravenclaw avant que l'entrée de la salle commune ne se ferme.
o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Melbourne reçut sa convocation par la Commission Interne le lundi vingt par le courrier du matin. Au moment où il avait reconnu le logo du Ministère sur le rouleau de parchemin, il fut bien ravi de n'être pas allé à la Grande Salle ce matin-là. Il n'était pas pressé de se prendre quelques remarques de la part d'Umbridge. Malgré cet aspect positif, son thé considéra qu'il était intéressant de tenter de faire demi-tour. Le jeune homme inspira longuement et expira pareil avant de lire le parchemin. Il devra se rendre au Department of Mysteries en salle d'audience le lendemain à dix heures. Il fronça les sourcils. Cette procédure était inhabituelle. Souhaitaient-ils lyncher les robes bleu-cyan? Il soupira, se laissa glisser sur sa chaise et se passa une main lasse sur le visage.
Un thé et un café plus tard, Melbourne courut presque jusqu'au bureau de Dumbledore et trouva statue immobile qui le toisait de toute sa hauteur. Il n'eut pas le loisir de tourner en rond d'exaspération, la Sous-Directrice passant par là à cet instant précis. Elle nota l'agitation chez son collègue et lui demanda ce qu'il se passait. Le jeune homme regarda d'abord à droite et à gauche pour être sûr que personne n'était dans les parages. McGonagall invoqua un Silencing Charm pour assurer leurs arrières à la vue de son comportement et devina que ce qui le travaillait ne devait atterrir dans les oreilles de n'importe qui. Le professeur de Défense lui expliqua en menus détails la convocation et le besoin de trouver la meilleure solution possible pour assurer ses cours. Il craignait qu'Umbridge profite de son absence pour prendre sa place et il n'avait pas envie de lui faire goûter les joies de ce poste une seule seconde. La Lionne lui donna rendez-vous dans son propre bureau lors de la pause déjeuner, en lui promettant d'y réfléchir dans la matinée.
Chance inouïe, pour les élèves, Umbridge était absente lorsque les enseignants passèrent par la Grande Salle. Elle assistait à toutes les audiences. McGonagall demanda à toute l'équipe pédagogique qui était disponible et sur quel créneau horaire pour remplacer Melbourne, qui leur donnera un exemplaire de ses prévisions de cours. L'emploi du temps fut fixé. Snape assurera la classe de NEWT, Flitwick les premières années en début de journée, McGonagall les troisièmes années et Sinistra les sixièmes années. Vector avait une journée chargée et avait donné plusieurs examens pour cette semaine pour donner un aperçu de ce qui attendait les classes à la fin de l'année scolaire. Elle ne pouvait donc pas rendre ce petit service à son jeune collègue. Enfin, tous – ou presque – souhaitèrent bonne chance au professeur de Défense de vive voix.
La journée fut un cauchemar éveillé pour Melbourne. Les élèves n'étaient pas au courant de la véritable raison de son absence à venir, ni de son air lugubre, cependant ils firent tout leur possible pour ne pas trop l'ennuyer – à l'exception des cinquièmes années Gryffindor et Slytherin en fin de journée. Le jeune homme, qui n'était pas dans son état normal, fut aussi brutal qu'un certain Corbeau en retirant des points et en assignant en retenue dix personnes: un véritable record. Le seul aspect positif qu'il trouva dans ces gestes fut qu'il venait de marquer son autorité sur ces adolescents. Lors du dîner, ses collègues commentèrent longuement ce qu'il s'était passé: Gryffindor et Slytherin avaient été amputés de dizaines de points chacun et cela ne passait pas inaperçu lorsqu'on passait devant les sabliers.
- Comment vous les appelez, déjà, les élèves, marmonna Melbourne son menton calé contre la paume de sa main et fixant d'un regard morne le contenu de son assiette.
- Alors..., fit Snape d'un ton méditatif et comptant sur ses doigts à mesure qu'il énumérait ses surnoms préférés: crétins, idiots, puérils, immatures, brats, dunderheads...
- J'aime bien... Dunderhead, commenta le jeune homme.
- … Vous n'aimez pas le commun, donc je ne suis guère surpris par cette préférence, murmura le Maître de Potions du bout des lèvres.
Un sourire au coin des lèvres, Melbourne essuya malgré tout une réprimande de la part de son aîné quant aux points soutirés et les élèves qui étaient collés – en tout cas, lorsque cela concernait ses charges. Par la suite, il demanda s'il avait collé Potter. La légère tension que Melbourne ressentit dans le nom du Survivant lui permit de saisir qu'il devait y avoir un problème d'ordre personnel entre eux deux. Après le père, le fils? Non, c'était absurde. Potter pouvait être impulsif et manquer d'attention par moments, il avait l'air de souffrir de mauvaises nuits lui aussi, en même temps normal avec ce qu'il avait vécu, cependant il avait l'air d'un étudiant studieux et avide d'en apprendre plus en Défense. Soit, il était le premier à répliquer au moindre sous-entendu ou à la moindre remarque lancée par un des Slytherin, et c'était pénible que de devoir éviter un massacre entre ces deux Maisons rivales. C'était d'autant plus agaçant qu'en agissant sous le coup de la colère, tous ces jeunes, Potter inclus, alimentaient les divisions et les inimitiés entre personnes. Et cela servait la cause des Pure-Blood et de Voldemort. Diviser pour mieux régner. Il ne fallait pas avoir fait Oxford pour comprendre cela... Le jeune homme lui répondit par l'affirmative et ajouta que ce n'était simplement parce que l'adolescent avait pointé sa baguette sur des camarades sur la défensive. D'ailleurs, nul doute que la poignée d'élèves qui avait été punie devait le fusiller du regard; mais l'enseignant ne daignait pas leur donner ce loisir. Il n'y avait pas seulement une question de respect de règlement intérieur, mais aussi de maturité et de savoir-vivre – même si le professeur de Défense avait hurlé un «Article 5 du Civil Tenants and People Measures Act: tout acte de menace, orale ou implicite, sur la vie d'un tiers ou d'un proche est passible d'un procès devant la Cour des Délits de Moeurs, et devant le Wizengamot si celles-là sont mises à exécution! Alors, Potter... Baissez votre baguette! Thomas et Finnigan aussi! Et vous, Malfoy, Crabbe et Goyle, retirez-moi ces sourires ou je vous colle aussi!»
Melbourne languissait que son audition soit passée. La nervosité n'avait rien de bon sur lui.
o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
La loi était de son côté. Il ne devrait pas être viré de son poste de fonctionnaire au Department; néanmoins, son statut de sang et le fait qu'il était un véritable frein aux ambitions d'Umbridge pourraient changer la donne.
Melbourne attendait que le préposé qui contrôlait les entrées et sorties des personnes dans la salle d'audience neuf lui fasse signe pour qu'il y pénètre. Le jeune homme avait revêtu ses sur-robes bleu cyan – plus par symbolisme de solidarité entre collègues d'une même institution qu'autre chose. Il redoutait de croiser le regard de batracien de la Sous-Secrétaire, qui n'avait pas son pareil pour déstabiliser ses cibles en un battement de cils. Pour s'en prémunir, il avait établi des barrières solides et impénétrables par l'Occlumencie. Au diable si à la fin de son audience, il souffrirait d'un mal de tête carabiné. Il n'avait pas envie de perdre ses moyens face à la dame en tweed rose, encore moins dans une telle situation. Les mains jointes devant lui, la mâchoire serrée, il s'avança jusqu'à la porte au moment où le préposé inclina la tête légèrement.
Comme pour toutes les autres salles qui se trouvaient dans cette zone du Department of Mysteries, les murs de pierres sombres montaient haut, et de chaque côté du professeur de Défense se tenaient les bancs sur lesquels étaient installés les membres de la Commission Interne. En sus de leurs sur-robes, ils étaient coiffés de hauts de forme semblables aux Bacheliers ou lauréats de licence ou de thèse Muggles, hormis qu'à la place du rouge bordeaux assigné au staff du Wizengamot, eux étaient aussi sinistres que des corbeaux avec ce noir qui aurait plu à Snape. Leurs visages étaient graves et fermés, et tous suivirent du regard le jeune homme qui se dirigea vers la chaise au centre de la pièce, pourvue de chaînes à ses accoudoirs. A sa gauche se tenait l'avocat assigné au Department of Magical Education, qui lui adressa un signe de tête poli. Celui que Melbourne lui rendit fut un peu raide, mais aucune autre émotion ne venait trahir l'angoisse qui aurait pu l'immerger s'il n'avait pas cet art de l'esprit en maîtrise.
- Audience d'enquête interne quant aux événements qui se sont produits au Department of Magical Education le treize décembre mil-neuf cent quatre-vingt quinze, débita le juge d'une voix atone, dont le col de ses sur-robes était finement brodé de fils d'argent. Interrogatoire du fonctionnaire William Albert Melbourne, employé dudit Department depuis mil-neuf cent quatre-vingt huit et résidant actuellement à Hogwarts, School of Witchcraft and Wizardry en Ecosse en qualité de professeur de Défense contre les Forces du Mal depuis le début de l'année scolaire.
Etes-vous bien monsieur William Albert Melbourne, questionna le juge avant de poursuivre une fois que le concerné ait hoché la tête par l'affirmative. Etiez-vous bel et bien présent en cette journée du treize décembre mil-neuf cent quatre-vingt quinze pour, je cite, «obligation de présence dans le cadre d'une enquête interne commanditée par le Head of Department»? Bien, nous tenons cette séance dans le but de comprendre ce qu'il s'est passé ce jour-là, dans le cas où la Commission Interne a eu reçu par la suite un nombre inhabituel de demandes de suspensions et de blâmes parmi les employés du Department of Magical Education et pour, dans le cas où nous jugerions cela nécessaire, appliquer la mise en tutelle dudit Department selon le Civil Tenants of the Ministry of Magic Act paragraphe D. Pouvez-vous, monsieur Melbourne, nous narrer cette journée, en ne disant que la stricte vérité comme vous l'avez promis sous serment?
En toute honnêteté, le jeune homme s'était attendu à ce que la Commission Interne ait une telle requête. Le besoin de tout garder pour eux venait de sonner son glas. Il inspira et expira longuement alors qu'il rassemblait ses esprits. Il avait le droit de ne pas raconter tous les détails qui avaient motivé la convocation de la Purge – pas tant qu'on le lui demandait de manière explicite. De ce fait, il répondit en révélant la convocation officielle qu'il avait reçue le matin même et s'était hâté pour être en temps et en heure sur place. Puis, il expliqua que cet interrogatoire interne était on ne peut plus légal et usuel: huis-clos avec le Head of Department, quelques avocats et un juge dépêché sur les lieux avec multiples questions sur les états de service, les dossiers traités, les rôles qu'ils avaient pris sur ces derniers lors de ces dix-huit derniers mois.
- Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette posture qui a justifié un blâme dans vos états de service qui, je vous cite, «sont impeccables», questionna le juge.
- Bien que cela soit une procédure classique, il y régnait une certaine agitation entre employés, répondit Melbourne après que son avocat ait donné l'aval d'un signe de tête. Ces derniers mois ont été éprouvants pour nous tous et m'est avis que la plupart n'ont pas supporté d'être interrogés.
- Pourquoi avez-vous Désarmé puis Stupefixé deux employés de la branche que le Department nomme le Think Tank alors?
- J'ai fait preuve de légitime défense, Monsieur le Juge, offrit le jeune homme.
- Pour le Disarming Spell, je peux concevoir, souffla une voix haut perchée de petite fille; mais pour le Stunning Spell... Veuillez m'excuser, mais je demeure circonspecte par celui-ci.
- Dolores Jane Umbridge, Senior Undersecretary to the Minister, énonça le juge à l'assemblée.
- Objection, tenta l'avocat.
- Objection rejetée, balaya le juge. Répondez à la question de la Sous-Secrétaire, monsieur Melbourne.
- Eh bien... je n'ai pas bien exécuté le premier sort et... Pour ne pas en recevoir en retour, j'ai eu quelques frayeurs entre les deux, je n'ai pas trouvé mieux à faire, dit Melbourne, les sourcils froncés et fixant Umbridge qu'il se voyait bien faire rôtir lentement pour canaliser le sursaut de colère qui avait jailli en lui. C'était on ne peut plus radical, je le reconnais; cependant, j'ai fait au plus rapide tout en restant dans la légalité en ce qui concerne les sorts et charmes qu'on peut formuler au sein du Ministère. Soit je les clouais sur place, soit je finissais à Saint Mungo.
- Il faut savoir que la nature du blâme consiste avant tout à un signalement auprès de monsieur Melbourne pour lui rappeler que le Departement of Magical Education se doit d'être uni et solidaire malgré les différences et les avis contraires, énonça l'avocat. J'ai eu discuté avec le Head of Departement et c'est exactement ce qu'il m'a dit.
- Avez-vous une trace de cette entrevue, Monsieur Pitt, interrogea le juge.
- En effet, Monsieur le Juge. J'ai même mieux: mes souvenirs, révéla-t-il en sortant d'une des poches de ses sur-robes un flacon de verre dans lequel un contenu ni liquide ni gazeux se prélassait.
- La séance est suspendue. Nous reprendrons dans une demi-heure après avoir vu le contenu de ce souvenir, ordonna le juge.
Turner rejoignit son jeune collègue au moment où ce dernier sortit de la salle d'audience, la tête entre les épaules, les mains dans les poches et le pas preste. D'un commun accord silencieux, ils se ruèrent vers les ascenseurs et montèrent d'un étage, le temps de boire un thé ou un café, de se griller une clope pour le benjamin et d'affronter à nouveau la séance.
Melbourne songeait que le souvenir de l'avocat pouvait contenir des détails compromettants. La Purge demeurait légale dans tous ses aspects, sinon ils ne l'auraient plus jamais employée, mais la nature de la plus récente posait problème: c'était révéler publiquement qu'une bonne partie du huitième étage s'opposait à la ligne politique officielle et tentait sciemment de freiner tout ce que le reste du Ministère mettait en œuvre. Les deux hommes s'échangèrent quelques banalités. Ils n'avaient pas le droit de discuter de l'affaire actuelle. Pour donner le change, le professeur raconta à son aîné que, même si Snape ne l'avait toujours pas transformé en ingrédient pour potions, il lui donnait du «idiot» ou «inconscient», lui reconnaissant sa verve qui n'avait pas terni avec le temps. En retour, Turner lui avoua qu'il manquait ici, car nul ne connaissait par cœur autant de textes de lois que lui et qui essayaient au maximum de les appliquer en jouant avec leurs subtilités pour le bien de l'Education. Il conclut son petit discours par un conseil: ne pas prendre la grosse tête. Difficile dans le cas où il avait un Snape et une Umbridge sur le dos, contre-argumenta Melbourne, hilare. Puis, il était déjà temps de retourner dans le sinistre des salles d'audience. Turner tapota l'épaule de son benjamin en guise d'encouragement.
La seconde partie de la séance consistait grandement à tenter de soutirer des informations sur les motifs qui avaient enclenché cette enquête interne, ce que le jeune homme contra par une dérogation, paragraphe E du Civil Tenants of Ministry of Magic Act et l'application du Control and Limitations of Employees and Services of the Department of Magical Education toujours actuelle selon laquelle il devait garder bouche close. Là-dessus, le juge dut céder, le dernier n'étant pas affecté par le Crisis and Exceptional Emergency Measures Act, cependant il passa à autre chose et Melbourne saisit que tout était mis en œuvre pour lui trouver une faute: il lui demanda purement et simplement quelles avaient été ses raisons pour se proposer comme enseignant en lieu et place de la Sous-Secrétaire d'Etat. Son avocat s'interposa, ce n'était pas la question du jour et cela ne justifiait pas l'enquête interne qui les intéressait, or son objection fut étouffée en un battement de cils, appuyé par des extraits de loi.
C'était la guerre de la législation dans tous les sens, au point qu'un profane n'aurait pu saisir que les noms des personnes présentes dans la salle. Cela en aurait donné le tournis à pas mal de gens...
Melbourne ne se laissa pas déstabiliser et répéta simplement ce qu'il avait justifié auprès du Ministre Fudge: souci d'alléger les responsabilités d'Umbridge et son emploi du temps, souci de vouloir participer à l'effort collectif, souci de faire au mieux les choses car il était diplômé et la Défense avait été une de ses matières majeures dans son cursus. Ce n'était ni une totale franchise, ni un mensonge, en faisant foi d'un peu de considération. Néanmoins, Umbridge avait dû discuter en amont avec le juge et les jurés parce que ces derniers le toisaient, de toute leur hauteur mais aussi de toute leur suffisance, comme s'ils n'étaient pas dupes et sentaient que le jeune homme leur dissimulait quelque menu détail. Cette posture qu'il avait, au milieu de l'arène aux lions, n'avait rien d'enviable et il souhaitait en finir le plus rapidement possible. Une gêne de plus en plus douloureuse aux tempes le vrillait et il ne tiendrait pas longtemps à ce rythme, alors qu'il avait progressivement baissé ses barrières mentales pour continuer à avoir la mainmise sur ses émotions.
Une fois de plus, il sortit de la salle d'audience, le temps que les jurés délibèrent, son avocat resté avec eux pour terminer sa défense proprement – même s'il s'était vu assez inutile. En face, ils souhaitaient démanteler le Department, ni plus ni moins; et à part David qui avait réussi à terrasser Goliath, il était impossible de stopper cette machine infernale quand on n'était qu'une poignée ridicule d'opposants. Melbourne avait eu le temps de voir défiler sa vie, et cela avait très remuant au point qu'il dut rehausser ses barrières d'Occlumencie et déclarer son mal de tête par la même occasion, et enfin il put entendre la décision prise par la Commission Interne sur son cas.
- Les jurés de la Commission Interne, après délibération et réflexion sur ce que monsieur William Albert Melbourne nous a dit sous serment, ont décidé que, loin d'avoir eu une coopération pleine et entière de la part du fonctionnaire sus-nommé mais que ses états de service corrects et la mission qu'il a délibérément endossée en postulant comme enseignant à Hogwarts nous permettent de mesurer notre décision quant à ce dossier. Il a été voté à la majorité que monsieur William Albert Melbourne était suspendu de ses fonctions au Ministère et qu'il sera à nouveau convoqué pour réviser ce jugement en Juin de l'année mil-neuf cent quatre-vingt seize. Cela ne lui ôtera pas la possibilité d'exercer son poste de professeur à Hogwarts, néanmoins la rente qu'il touche par son emploi au Department of Magical Education sera gelée jusqu'à nouvel ordre. Mesdames, Messieurs, merci de votre attention et de votre disponibilité. L'affaire est close.
o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
En passant devant les toilettes où Moaning Myrtle avait élu ses quartiers, Sertan poursuivit sa route tout en gardant ce pas prudent pour garder ce silence relatif. De par la nature de ses actions, il avait la nette sensation que le moindre mouvement de ses robes était amplifié et audible à des kilomètres. Le jeune homme ne se permit de se détendre que lorsqu'il arriva à destination, la main sur le cœur qui battait la chamade, adossé contre le mur, le regard posé sur la bonne vieille trappe qui avait été jadis l'entrée qui menait à la pierre philosophale. Il prit le temps de calmer son palpitant et de s'estimer en sécurité désormais. Et dire que s'ils votaient pour cette pièce et y fassent leurs ateliers de pratique, il aurait cette appréhension au quotidien, et ce, jusqu'à la fin de l'année. Le Slytherin esquissa une moue, se disant que cela en valait la peine. Tout le monde ne pouvait pas faire face aux menaces à venir de manière égale et il fallait s'engager sur cette voie. Il n'y avait pas de meilleure solution, ou sinon ils compromettraient tous leurs enseignants.
- Alors, qu'en penses-tu, demanda Dhalim qui, à l'expression de son visage, arrêtait son choix sur cette salle.
- Hum... Nous pourrions lui assigner un Charme d'Extension, suivant le nombre que nous serions, parce que j'ai bien peur que ce soit quand même un peu étroit par rapport aux normes de sécurité, non?
- Et tu sais le faire, toi, ce charme, grommela pour la forme Dhalim.
- Oh, il suffit de connaître la formule et de l'exécuter, balaya Sertan.
Ceci fit rire Haris et Maïa. La fille hoqueta une réplique telle que «si les Charmes étaient aussi faciles, le professeur Flitwick ne serait utile à personne...». D'abord contrit, Sertan admit qu'il s'était avancé trop vite et qu'il avait mal formulé sa pensée. Le sort était à leur portée. Le problème sera résolu rapidement.
- Bien, on peut communiquer aux huit autres que nous préférons cette salle aux autres. Je crois qu'elle a un certain succès parmi eux. Du coup, on fait comment pour gérer les allées et venues des gens?
- Déjà, je pense que nous pouvons emprunter l'idée des Ravenclaw qui dédient leurs ateliers par niveau, offrit Maïa à la question de Haris.
- Oui, mais si ce sont toujours les mêmes qui s'absentent un jour en particulier, je trouverais cela suspect, contra Dhalim. Et nous ne voulons pas que nos pseudo vérités soient éventées par Snape en un temps record...
- On les cale en fonction des emplois du temps des uns et des autres. Si le dernier cours de la journée se trouve non loin, ils y vont. Si nous Etendons la salle, ce n'est pas grave s'il y a des groupes plus importants que d'autres, murmura Sertan qui étudiait les mesures de la salle en l'état actuel. On en érigera le mot de passe ensemble.
- OK, vendredi soir, entre les douze ici, proposa Maïa.
- Vendu, répondirent les trois autres.
Enfin, ils sortirent à tour de rôle à quelques minutes d'intervalle et chacun prit des directions différentes et justifièrent de leur présence soit à la bibliothèque, soit dans une salle d'études, soit dans leur salle commune.
Sertan était descendu au second étage pour travailler avec sa sœur pour la Défense et pour lui communiquer l'avancée de leur projet. Lorsqu'il entra, il fut saisi par un Melbourne migraineux qui marchait l'esprit ailleurs, un mug en main. L'adolescent se rendit soudain compte de sa fatigue et fit profil bas tout au long de sa soirée studieuse.
o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
* L'énigme de la tête d'aigle, traduite en français:
L'on me voit au travers de l'eau, mais je ne suis jamais humide/mouillé. Que suis-je?
Un reflet.
