Here we go ! :D Aller, c'est parti pour un peu d'action !

Ça y est, j'ai décidé d'arrêter les chapitres à rallonge ( normalement lol ). Cela me permettra j'espère de fournir un chapitre plus régulièrement que des intervalles de plusieurs mois : celui-ci et ceux à venir seront donc plus courts, mais ne vous inquiétez pas, vous aurez le temps de vous ennuyer avec ces 11 000 et quelques mots ! ;)

Un grand merci à crumbleb et accroOvampire ! Une review, un bisou ! ^u^ Un gros poutou également à Bspirit et Gyugeegee pour les follow/fave ! C'est toujours très motivant ! :3

Bonne lecture !

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L'Univers de Transformers ne m'appartient pas, et cette fanfiction a été réalisée par plaisir dans le but de divertir.

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Chapitre XIX : Game Over

La petite silhouette lui faisait face, à seulement quelques dizaines de mètre de lui. Elle le fixait de ses yeux bleus luminescents, tandis que du sang chargé d'énergon continuait de s'échapper de sa blessure à la main.

Galvatron avait du mal à comprendre comment une telle chose était possible, mais il se passait bien d'explications pour le moment. Elle représentait une potentielle source d'énergie, et cela lui suffisait. Il ne s'attendait néanmoins pas à ce que l'objet de sa convoitise ait pour hôte un être aussi fragile qu'une jeune humaine aux cheveux blancs… Bien qu'il n'était pas très sûr de l'exactitude du terme « humaine ».

Cela faisait maintenant de longues secondes qu'ils se dévisageaient, chacun redoutant l'initiative de l'autre qui ferait basculer l'instant… Quand tout à coup, quelque chose changea dans le regard de la jeune fille. Il devint lointain, comme si ses pensées avaient été entrainées ailleurs, et le trouble émotionnel qui peignait son visage fit place à un faciès inexpressif.

La petite silhouette fut alors prise d'une impulsion qui lui fit faire volteface et rompit leur échange visuel. Elle commença à courir loin de lui au beau milieu de l'avenue, fuyant comme la proie qu'elle était, et ce mouvement éveilla chez le Vehicon l'irrépressible envie de la courser. Un cri rageux s'échappa de son vocaliseur, et il s'élança à la suite de celle qui lui permettrait de se reconstruire un Spark.

Les premières foulées furent laborieuses : les humains autour de lui hurlaient et fuyaient, abandonnaient leur véhicule au milieu de la chaussée en créant un embouteillage chaotique qui obstruait toute la route. Freiné par les engins qui lui rentrèrent dans les chevilles, Galvatron grommela et expédia à coups de tibia tout ce qui vint entraver sa progression. Pour la première fois, il n'éprouva aucune satisfaction à les massacrer, et il s'agaça simplement que ces derniers encombrent son chemin dans un tel moment.

Il se reconcentra sur sa cible et réalisa avec ennui que cette dernière avait déjà réussi à le distancer. Elle ne cherchait pas à se mêler à la foule paniquée, mais plutôt à lui échapper : elle était carrément montée sur le toit des voitures à l'arrêt pour sauter de véhicule en véhicule et ainsi éviter le mouvement anarchique de la masse. Ses mouvements étaient remarquablement rapides, précis, bien plus agiles que ceux de ces êtres charnus. Elle enchaînait ses gestes avec une telle dextérité qu'il était difficile de croire qu'elle était organique. Elle ne se retournait pas pour savoir où il en était, faisant preuve d'assurance, et toute panique semblait absente de son corps.

Une telle insensibilité, une telle confiance… On aurait dit un Cybertronien en pleine frénésie. Et cela le faisait s'interroger un peu plus sur la nature de cette créature.

Il mit alors plus d'entrain à dégager les obstacles de son passage, mais l'écart entre eux deux ne cessait plus de grandir. A ce rythme, il risquait de la perdre de vue… Cependant, il était bien décidé à ce que cela ne se produise pas. Il ne voulait pas l'endommager, mais il allait devoir en prendre le risque s'il voulait parvenir à ses fins.

Il décida donc de se montrer plus agressif.

Il changea alors un de ses bras en canon, puis prit pour cible une voiture pas très loin de la jeune fille. Il ignora les hommes dans sa ligne de mire et tira sans hésitation.

Le missile fusa et le véhicule explosa. Un souffle brulant balaya l'espace et vint percuter toutes les formes humaines dans son rayon qui s'affalèrent. Le mouvement de foule cessa immédiatement, et le silence suivit l'explosion. L'adolescente n'y échappa pas et fut violemment projetée sur le sol, mais apparemment plus solide, elle encaissa et se redressa presque aussitôt. Sonnée, ses pas étaient chancelants mais elle retrouva vite son équilibre pour courir sans se soucier des corps étendus à terre qu'elle enjamba. Or, ces quelques secondes de confusion permirent au Vehicon de gagner considérablement du terrain.

Elle réagit immédiatement et elle changea à son tour de tactique, quittant la route pour longer les trottoirs à la recherche d'une petite rue où s'engouffrer. Décelant ses intentions, Galvatron paniqua et lança un nouveau missile qui se ficha dans l'immeuble qu'elle longeait. Une pluie de débris s'abattit sur elle et elle se protégea comme elle put avec ses bras. Cela ne fut pas assez pour la stopper mais suffisamment pour la ralentir, et le Vehicon put réduire un peu plus l'écart qui les séparait. Il y était presque !

L'écart lui parut néanmoins trop grand lorsqu'il vit, entre deux immeubles, une ruelle piétonne à peine plus large qu'un humain. La blanche la remarqua en même temps que lui et y fonça. Si elle l'atteignait, alors il ne pourrait plus la suivre.

Galvatron voulut l'en dissuader en lançant un missile dans l'embouchure du passage, mais il renonça vite : elle était beaucoup trop près de l'entrée, s'il tirait, elle en mourrait à coup sûr. Et morte, elle ne lui serait d'aucune utilité.

Alors à défaut d'avoir d'autre option, il se jeta vers l'avant et s'élança de toute sa longueur pour venir à bout de l'écart entre eux. Il étira un bras vers elle, prêt à l'attraper au moment où elle pénétrait dans la rue trop petite pour lui…

…Mais ses doigts ne se refermèrent que sur du vide. Il sentit seulement l'une de ses griffes érafler la chair de la petite créature avant que cette dernière s'engouffre dans son trou de souris.

Son corps s'affala lourdement sur le sol, soulevant un nuage de poussière, et il se releva immédiatement pour enfoncer son bras dans l'embouchure.

- NON ! Viens un peu par là ! gronda-t-il en tentant vainement de l'attraper.

Il se recula pour chercher un visuel, mais c'était inutile : la poussière opacifiait l'air, et sa cible s'était fondue parmi les ombres. Disparue.

Galvatron se redressa et hurla de rage d'avoir raté son coup. Par Primus, comment avait-il pu laisser un être aussi petit et insignifiant le semer ?!

Sa frustration n'eut pas le temps de traverser ses circuits : une sensation électrisante parcourut tout à coup son bras et il dressa sa main pour en comprendre l'origine. Un liquide perlait le long de la griffe qui avait éraflé l'épiderme de sa proie. Il l'avait blessé, sauf que le fluide n'était plus bleu énergon comme tout à l'heure. Il était devenu en partie rouge, caractéristique aux être organiques, mais il ne prit pas la peine de se demander ce que cela voulait dire.

Son corps de transformium vibrait au contact des quelques gouttes luminescentes, avide de cette énergie. Dire qu'il en était privé… Cela ne fit que plus le mettre en rogne, mais aussi lui rappeler qu'il ne devait pas abandonner s'il voulait en avoir à nouveau droit. Cette fille avait beau être débrouillarde, elle ne pouvait pas être partie bien loin. D'autant plus qu'il l'avait blessée.

Tant pis, il retournerait tout le quartier pendant des heures s'il le fallait. Qu'importe les risques, il la retrouverait.

- Cette ruelle débouche bien quelque part…

Il grogna avec humeur et se mit en tête de faire le tour. Prudent, il explosa d'abord l'entrée du passage pour s'assurer qu'elle n'en ressorte pas. Les pans de murs qui l'encadraient s'écroulèrent et une fois que les optiques rouges constatèrent que l'entrée était désormais scellée, il se désintégra en un nuage de particules pour se réassembler sous sa forme alternative.

Le camion repartit en créant toujours plus d'accidents et de mouvements de panique. Il s'éloigna en faisant fi des rares courageux qui filmaient les désastres de leur téléphone et les partageaient sur le Net.

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Ses paupières menaçant de se fermer, Tessa se calla un peu mieux contre le torse de Shane dans l'idée de dormir et ce dernier bailla en réponse. Il fallait dire que le seul film qu'ils avaient trouvé en zappant était monstrueusement chiant. Bumblebee déprimait à côté d'eux, s'ennuyant lui aussi à mourir. Il n'avait même pas envie de réfléchir à leur « problème », se laissant simplement aller dans ce manque abyssal d'action…

Difficile donc de savoir s'il se réjouit ou non lorsque le film s'interrompit tout à coup pour laisser place à un flash d'informations. Surpris, les trois plus jeunes du groupe sortirent de leur état léthargique pour se concentrer sur le jingle interminable du reportage.

Lorsque les premières images défilèrent, ils écarquillèrent les yeux et se redressèrent à l'unisson.

- Papa ! hurla l'adolescente blonde, sortant l'ingénieur et Hound de leur bricolage au fond du bâtiment.

- Houston, on a un problème ! renchérit Bumblebee à travers sa radio pour alerter les autres Autobots tout en pointant du doigt le téléviseur.

Drift cessa de polir ses épées, dressant la tête, et Crosshairs décroisa ses bras en lançant un illustre « hum ? ». Tout le monde dans l'atelier se réunit ensuite autour du salon, et Shane attrapa la télécommande pour augmenter le volume. Les Cybertroniens entourèrent le canapé de leur taille, se faisant du coude pour voir les images qui se succédaient sur l'écran trop petit, et Cade se faufila entre leurs jambes pour parvenir à distinguer quelque chose.

Des vidéos amateurs étaient diffusées, montrant nombre de destructions qui ne dataient pas du combat contre Lockdown mais bien du jour même. L'armée chinoise, très présente depuis ces derniers jours, était en train de s'organiser mais aucun arsenal adapté n'était sur les lieux, limitant leur intervention.

Il y eut aussitôt une tension dans l'air, chacun redoutant que la prochaine vidéo montre un nouveau vaisseau ou une quelconque armada Decepticon… Ils eurent donc bien du mal à y croire lorsqu'ils virent se dessiner sur les pixels la silhouette d'un seul et unique Transformer qu'ils reconnurent immédiatement.

- C'est… C'est Galvatron ! souffla le pilote de rallye.

Ce qui n'était pas plus rassurant. La tension ne redescendit pas et la même incrédulité se dessina sur le faciès de tous.

Galvatron avait disparu après qu'Optimus ait rallié les Dinobots au combat, ayant probablement comprit qu'il allait perdre cette bataille… Mais visiblement, il était resté dans les environs. Et à présent, il ressurgissait au beau milieu de la ville. Sans renfort, sans arme de destruction. Seul.

- Il s'est perdu ou quoi ? maugréa Crosshairs avec dédain.

- On dirait plutôt qu'il cherche quelque chose… remarqua Drift en plissant les yeux, observant la forme pixélisée s'attarder devant une ruelle avant de se transformer en camion et disparaitre de l'écran.

Le samouraï resserra inconsciemment ses mains sur la garde de ses armes, et la même appréhension s'inscrivit dans les circuits de ses trois camarades. Si la plupart d'entre eux s'était plaint du manque d'action des derniers jours, tous la redoutaient à présent… Ainsi que la question qu'il leur fallait poser : devaient-ils intervenir ?

Les forces militaires du pays étaient en train de se mobiliser, mais les Autobots savaient déjà qu'une intervention humaine serait inefficace face à la réincarnation de Megatron : Joshua leur avait expliqué qu'il était le seul prototype au KSI à avoir été conçu sans autre composant que le transformium. Il n'était donc qu'une forme condensée de métal malléable, sans autre source d'énergie que sa propre conscience qu'il avait transféré de sa tête décapitée à ce corps de marionnette. Il n'avait par conséquent pas de Spark… et pas de point faible. Néanmoins, cela jouait aussi contre lui : il était issu d'une technologie humaine, donc moins performante. Cela l'avait rendu moins fort qu'il ne l'était en tant que chef des Decepticons, et ses coups n'avaient pas autant de puissance que ceux d'un Cybertronien boosté à l'énergon. Bien que l'abattre semblait à première vue compliqué et qu'il était dur de dire s'ils pourraient le blesser, eux seuls étaient au moins en mesure de le repousser loin d'ici…

Sauf que le sort de la ville leur importait peu.

Après ces cinq années à les fuir, ils n'avaient plus la volonté de défendre les hommes. Leur mission était de protéger les Yeager, pas la population chinoise. La présence du Vehicon représentait certes une potentielle menace pour la petite famille, mais cette menace n'était pas directement tournée vers eux.

Alors que faire ?

Pendant leur passage au tribunal chinois, Joyce et Sue avaient assuré que les quatre Cybertroniens que le KSI hébergeait n'étaient pas des ennemis pour l'humanité et avaient même aidé à mettre un terme à l'invasion de Hong Kong. Ils avaient eu gain de cause et le gouvernement du pays avait décidé de leur laissé la paix pour cette fois, préférant concentrer ses forces et ses ressources pour aider la population touchée par la bataille.

En toute logique, aucun humain dans ce pays ne devrait donc les prendre pour cible s'ils choisissaient de se manifester en ville… Mais l'apparition de Galvatron avait déjà engendré plusieurs morts. Et si la situation empirait et qu'on leur mettait tout sur le dos ? Seraient-ils de nouveau pris en chasse ?

Hésitants, un profond mutisme saisit le groupe, tandis que chacun s'attardait sur les images à la télé. Aucun d'entre eux ne lança le sujet, bien que chaque seconde était comptée… Puis Hound se dévoua finalement en brisant le silence.

- Qu'est-ce qu'on fait, Cade ?

Il s'était adressé à lui comme si la décision lui appartenait. Le père de famille fut un instant confus par le poids des optiques bleues qui se posèrent simultanément sur lui, mais il se ressaisit en comprenant ce que cela impliquait. Sans Optimus et en l'absence d'un chef, ils avaient besoin de quelqu'un pour mettre tout le monde d'accord. L'homme avait bien du mal à se sentir à la hauteur d'une telle responsabilité, mais il leur fallait visiblement un dernier avis pour trancher.

Il fit son choix, et avant même de leur répondre, il les contourna pour se rendre dans un recoin de la cuisine. Il dégagea un sac de fourniture et en sortit l'arme cybertronienne qui avait dérobé sur le vaisseau de Lockdown. Une fois armé, il revint vers eux d'un pas assuré et exposa ses pensées.

- Si Galvatron cherche quelque chose et a pris autant de risque pour s'en emparer, alors c'est forcément mauvais signe. Nous ferions mieux de découvrir de quoi il en retourne…

Sa tirade mit d'accord les quatre Mecha, qui approuvèrent d'un signe de tête. Le seul à rechigner fut le sniper qui, bien que respectant Cade pour avoir combattu Lockdown avec Optimus, avait du mal à se savoir sous les ordres d'une aussi petite créature.

- Alors ça y est, les affaires reprennent ? lâcha-t-il d'un ton sarcastique.

Personne ne prit la peine de lui répondre. Pas pour fuir sa langue bien pendue – ou tout équivalent extraterrestre -, mais parce que pour une fois, ses paroles étaient criantes de vérité. Oui, les combats allaient reprendre. Oui, les ennuis allaient suivre. C'était apparemment inévitable lorsqu'on vivait sur Terre.

A ces mots, Tessa et Shane partirent ouvrir les portes de l'atelier et coururent jusqu'aux battants qui coulissèrent en grinçant. Ils révélèrent une petite cour clôturée cernée par un paysage boisé et reculé à la périphérie de Hong Kong.

Bumblebee se transforma en premier, entrainant un bruit de cliquetis significatifs du changement en sa forme alternative. Les pièces métalliques de son corps se réorganisèrent comme un puzzle sous la forme compacte d'une Camaro noire et jaune qui ouvrit une portière à Cade, l'invitant à monter. Crosshairs sourit en coin et l'imita en se jetant sur le sol, faisant rugir avec insolence le moteur de sa Corvette noire et verte. Hound fut plus sérieux et se changea calmement en un imposant camion Oshkosh camo… Transformation qui avait plusieurs fois fait se demander ses confrères où diable il était parvenu à scanner un tel engin. Drift, lui, rangea ses lames en les faisant glisser dans son dos mais ne prit pas sa forme de Bugatti. Au lieu de cela, il s'avança jusqu'à la sortie et s'élança vers le ciel, réorganisant son armure en un hélicoptère bleu au design Cybertronien.

Cade suivit du regard l'engin s'envoler, se demandant une nouvelle fois pourquoi le samouraï était le seul à posséder deux formes alternatives, puis il fut rappelé à l'ordre par le klaxon de la Camaro qui attendait toujours qu'il monte à bord.

- Inutile de te demander d'être prudent, n'est-ce pas ?

L'homme se retourna vers sa fille qui, accrochée solidement au bras de son petit ami, affichait un maigre sourire malgré sa tentative d'humour.

- Ça va bien se passer, lui promit-il posant son arme sur la banquette de Bee, puis il interpella son gendre en s'asseyant du côté passager. Hey l'irlandais, tu veilles sur elle ?

C'était plus une menace qu'une question, mais le pilote commençait à y être habitué.

- T'inquiète ! ricana Shane en claquant la portière derrière lui. Elle est ma caution en attendant ma nouvelle caisse !

Cade grimaça et la Camaro joua avec sa pédale d'accélération, impatiente malgré la situation de sentir le bitume sous ses pneus.

Les trois véhicules sortirent alors du bâtiment, se fiant aux directives de l'hélicoptère qui partait en reconnaissance.

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La transe. Ou comme lui avait dit Ratchet, la frénésie cybertronienne.

Ce moment extrême où Cynder cédait le contrôle même de son existence à son inconscient, à cette partie mécanique de son esprit. Elle ne pensait plus, ne réfléchissait plus. Affranchie de toute émotion, de toute sensation, de toute conscience d'être, elle devenait ainsi ce qu'il se rapprochait le plus du terme machine.

Lorsque cet état se terminait, faute au manque d'énergon dans ses veines, la sensation était à peu près la même que d'émerger d'un profond sommeil ou d'un méchant engourdissement : les sens s'éveillaient un à un, son esprit prenait à nouveau le temps de réfléchir… La mémoire remontait et avec elle, l'impression de se redécouvrir, de se rappeler qui elle était.

Et le réveil fut dur pour la jeune fille.

Elle reprit conscience de la réalité alors qu'elle était en train de courir. Surprise de se réveiller ainsi, elle fut prise au dépourvu et ne parvint pas à temps à coordonner ses jambes. Elle eut la désagréable impression d'avoir raté une marche puis elle trébucha, s'écroulant sur un sol en pavé. Le choc lui remit toutefois efficacement les idées en place, et elle se remémora aussitôt du merdier dans lequel elle s'était retrouvée.

L'adolescente se remit immédiatement sur ses deux jambes. Ses mains se refermèrent par automatisme sur la crosse de ses pistolets et elle les dégaina d'un geste vif, cherchant autour d'elle une silhouette mécanique… Mais la seule chose qu'elle menaça fut le vide.

Ses yeux se posèrent sur les deux murs qui cernaient l'étroite ruelle où elle se tenait, à peine assez large pour qu'elle y étende ses bras. Elle jeta un coup d'œil vers le ciel et constata qu'elle était toujours à Hong Kong, dans un petit passage entre deux immeubles où la lumière du soleil se faufilait à peine.

Elle tint sa position d'alerte pendant un certain temps, à menacer chaque parcelle de son environnement en s'attendant à ce qu'une forme cybertronienne surgisse d'un instant à l'autre.

Quelque chose s'agita derrière elle, suivit d'un bruit métallique et elle se retourna précipitamment pour tenir en joue… Une poubelle. Le couvercle se souleva et révéla un chat de gouttière qui s'en extirpa avant de détaler précipitamment.

Cynder soupira et baissa ses Beretta, relâchant la pression dans ses épaules.

- Bien, j'ai semé l'autre affreux… grommela-t-elle avec humeur.

Il fallait dire que distancer un être aussi grand qu'une maison dans la jungle qu'était la mégapole n'avait pas dû être trop difficile pour elle – ou plutôt, pour son inconscient.

Sans perdre une seconde, elle rangea ses armes dans leur holster et se remit en mouvement, s'enfonçant toujours plus dans la ruelle. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'il s'était passé et d'où elle était, faute à la transe : son cerveau ne fabriquait pratiquement pas de souvenirs dans ces moments-là pour optimiser ses agissements… Et forcément, dans ces conditions, elle n'avait pas énormément d'options. Ne connaissant pas du tout Hong Kong, il fallait qu'elle rejoigne une avenue pour se situer un peu.

Elle marcha d'un pas pressé, réalisant seulement maintenant qu'elle haletait et qu'elle avait dû sacrément courir pour en être là, elle qui était si endurante. Son corps lui fourmillait.

« Non, j'étais déjà affaiblie… » songea-t-elle en se revoyant abuser de ses montées d'énergon pour contacter Ratchet.

Chose qui lui paraissait à présent totalement stupide. Elle s'était volontairement épuisée pour communiquer avec cet d'Autobot – qui n'en avait plus que le nom dans son état – et au regard de la situation actuelle, elle le regrettait amèrement. Pourquoi donc lui avait-elle accordé autant d'importance ? Certes, il n'était pas humain et ce simple fait lui donnait de l'estime à ses yeux… Mais comment avait-elle pu puiser dans ses ressources pour retourner lui parler, même après qu'il lui ait donné toutes les informations qu'elle voulait ? Ça ne lui ressemblait pas, elle qui n'avait toujours qu'investit chaque seconde de son existence à cultiver sa vendetta. D'où avait bien pu lui venir l'idée qu'il avait d'autre choses à faire que de vivre dans la haine ?

Etait-ce parce qu'elle... appréciait sa compagnie ?

Elle nia. Elle avait déjà fait une exception et accordé son amitié à Argos, ce qui n'entravait en rien ses projets. Elle avait néanmoins conscience que l'attachement qu'elle lui portait pouvait lui causer du tort, par exemple s'il arrivait du mal au dogue... Mais c'était une raison de plus pour qu'elle ne s'attache à personne d'autre. Aimer quelqu'un, c'était se mettre en danger, se rendre vulnérable... Et c'était encourir le risque de souffrir. Alors elle nia le sentiment de bien-être qu'elle avait éprouvé en sa présence, n'y voyant aucune mauvaise foi. Après tout, elle avait juste pris ce qu'il avait promis de lui donner, et vice versa. C'était bien le deal qu'ils avaient convenu durant leur conversation !

Elle se gifla mentalement en voyant ses pensées dériver autant, les remettant à leur place. Pour le moment, elle avait des problèmes plus importants à gérer que de ressasser de telles choses.

Il fallait dire que sa petite virée en ville avait pris un tournant plutôt sec. Entre la récente attaque extraterrestre, ses découvertes en piratant l'aéroport et sa rencontre inattendue devant le cybercafé, la jeune fille avait les nerfs à vif.

Ce qui était un euphémisme.

Elle avait été prise en chasse par un Cybertronien, mais malgré cette situation démente, ce n'était pas ce qui la préoccupait le plus. Après tout, cela faisait plusieurs jours qu'elle parlait avec un Spark d'extraterrestre. Pour elle, l'ambiance « rencontre du 3ème type » était déjà suffisamment posée.

Non, ce qui la travaillait le plus, c'était le moment qu'avait choisi cet abruti pour lui cavaler après.

Elle venait à peine d'apprendre qu'Attinger était dans les parages. Pour la première fois depuis des années, elle effleurait du doigt la possibilité de se venger de lui… Et cette saleté de Mecha avait choisi de se manifester maintenant. A cause de ça, ses priorités venaient inévitablement de changer : ele allait devoir passer les prochains jours à se faire discrète si elle voulait être sûre de l'avoir semé. Or, ces quelques jours offraient le risque qu'entre-temps le grisonnant reparte aux USA. Et personne, non personne, n'avait le droit de la priver de sa vengeance.

Bon sang, si elle manquait cette occasion à cause de cette boite de conserve, elle allait le tuer…

« C'est bien là le problème… » songea-t-elle avec un sarcasme mauvais.

Un rictus désabusé se creusa dans le recoin de ses lèvres en brisant son masque stoïque, et une veine sur son front se fit saillante. Oh oui, elle avait un gros problème.

Car pour la première fois, elle était complètement impotente face à son ennemi.

Depuis qu'elle connaissait leur existence, les Transformers ne lui avaient toujours laissé qu'un sentiment d'indifférence, étant trop concentrée sur ses propres problèmes pour penser à ceux d'extraterrestres en guerre. Néanmoins, comme n'importe quel être censé, elle avait tout naturellement assimilé le fait que le rapport de force était à sens unique face à ce genre d'adversaire...

Sauf que Cynder n'avait jamais soupçonné qu'un jour, elle en aurait un pour ennemi. Elle n'avait donc jamais ressenti en eux une réelle menace : elle n'avait pas vécu les périodes de guerre et d'invasion. Elle avait trimbalé le Spark d'Ironhide pendant plusieurs années sans que rien ne se passe. Communiquer avec Ratchet n'avait rien eu de bien périlleux, et elle n'avait fait qu'entendre la voix de Sentinel, ce jour où elle avait infiltré le NEST. Le seul moment où elle avait sentit un potentiel danger s'était lorsqu'elle s'était retrouvé devant les trophées de chasse de Lockdown.

Là, c'était un autre niveau. Cette fois ci, c'était plus que des voix ou qu'un vaisseau. C'était une réelle confrontation. Et son opinion sur leur potentiel de dangerosité était en train de se radicaliser.

Elle se souvenait de cet instant où leur regard s'était croisé, juste avant qu'elle ne se mette en transe. Cet instant où elle avait vu dans ses optiques rouges qu'il était tout sauf inoffensif. Cet instant où elle avait compris qu'aussi forte qu'elle était devenue ces dernières années, ça n'avait plus la moindre valeur face à lui. Ce monstre d'acier l'avait replacé à une condition de petite créature pathétique, faible…

…Terriblement humaine.

Et cela la mettait hors d'elle, elle, qui se voulait bien plus forte que les hommes. Ça lui faisait un mal de chien d'admettre que dans sa situation, elle était aussi vulnérable que n'importe lequel d'entre eux.

Bon sang, elle le haïssait pour ça… et aussi pour tout le reste ! Elle avait l'impression d'en vouloir au monde entier pour ce qui lui arrivait !

Ce fut donc dans cette humeur massacrante que l'adolescente parcourut la ruelle, cherchant pendant un bon moment à en sortir... Et lorsqu'elle atteignit finalement le bout du couloir et déboucha dans une grande avenue, elle fut bien surprise.

Tout était silencieux. Elle ignorait combien de temps elle était restée en transe, mais elle doutait y être restée longtemps étant donné qu'elle était affaiblie et qu'elle avait déjà consommé la majeure partie de l'énergon durant son piratage. Pourtant, les passants avaient eu le temps de déserter les lieux, et seuls les moteurs allumés des voitures laissées à l'abandon tarissaient ce mutisme. Le calme régnait.

Cette vision lui donna des frissons. Il y avait quelque chose d'effrayant, de post-apocalyptique de voir la ville de Hong Kong, habituellement agitée et bruyante, devenir si muette : ce quartier était ainsi officiellement devenu un terrain de chasse pour extraterrestre… Et si cette avenue était aussi vide, cela voulait dire que Galvatron était dans les parages.

La blanche voulait retrouver les murs rassurants du bunker où elle pouvait échapper à toute menace… L'ennui, c'est qu'elle ne savait pas du tout où elle était actuellement. Elle avait trop peu de fois arpenté l'agglomération pour bien la connaitre, et la carte mentale qu'elle avait dressé de son réseau informatique ne valait plus rien maintenant qu'elle était incapable de se situer. L'architecture était en plus très contrasté, ce qui ne l'aidait pas à deviner si elle était plus proche de la périphérie ou du centre-ville. Il fallait qu'elle trouve un point de repère, un panneau, même un morceau de colline entre deux immeubles… Tout simplement quelque chose de familier pour qu'elle puisse savoir où elle était parmi cet immense dédale de bâtiments, puis finalement s'orienter et quitter Hong Kong.

Bon sang, si elle avait su que cette journée partirait autant en sucette à cause de simples courses, elle se serait enfermée dans le bunker et aurait jeuné pendant des jours.

Toujours furieuse de sa situation mais forcée de s'en sortir, elle serra les dents et se résolue à avancer sur le trottoir, frôlant les murs des allées fantômes. Elle avait l'insupportable impression d'être épiée, pourtant rien ne se manifesta lorsqu'elle se mit en mouvement. Les semelles de ses chaussures lui parurent étrangement bruyantes maintenant que celles des passants s'étaient tues. Les grands immeubles se dressaient au-dessus d'elle, silencieux eux aussi, un peu plus menaçants et oppressants. Elle éprouva l'envie de les dominer en sautant de toits en toits pour traverser la ville, sûre d'échapper à son poursuivant de cette manière… Mais la hauteur trop inégale des bâtiments ne le lui permettait pas.

Contrainte de progresser depuis le sol, Cynder avança prudemment, marquant des arrêts à chaque fois qu'elle croisait une petite impasse pour s'y réfugier et s'assurer que rien ne comptait lui sauter dessus. Après de longues minutes à suivre ce rythme, elle arriva à un carrefour. Les panneaux pointaient des directions qui lui étaient complètement étrangères, et comme son environnement ne lui évoquait rien non plus, elle tourna dans une autre avenue en scrutant les alentours d'un œil alerte.

Elle avançait, marquait un arrêt dans une petite ruelle, puis reprenait sa route.

Cette rengaine devint machinale au bout d'une bonne heure, évoluant sans plus avoir à réfléchir à ses gestes… Et en l'absence de menace, ses pensées irritées se détendirent et en profitèrent pour faire un point.

Le Mecha ne s'était pas retrouvé là par hasard. Il était venu pour elle. Et elle pouvait parier sans mal que c'était pour l'énergon qu'il avait vu couler de sa main blessée. Au bout du compte, tous ses ennuis ne venaient que de là.

Elle avait omis que l'énergie que produisait son corps était, avant d'être convoitée par les hommes, une ressource alien. Ratchet lui-même l'avait dit : elle avait de la valeur. Etait-ce alors un Autobot où un Decepticon qu'elle avait à ses trousses ? Dire qu'il s'agissait d'un Decepticon serait trop facile… Après tout, la trahison de Sentinel Prime affirmait que les Autobots n'étaient pas des anges pour autant, et l'énergon était une ressource pour un camp comme pour l'autre.

Mais ce n'était pas cette question qui l'oppressait le plus : après tout, elle avait déjà une liste d'ennemis et il lui suffisait de la rallonger un peu…

Oh non, il y avait une question bien plus alarmante et sérieusement inquiétante.

« Comment peut-il être au courant de mes capacités ? »

Pour débarquer ainsi au cybercafé, ce Transformer avait dû la prendre en filature ou lui tendre une embuscade. Pour s'élancer à sa poursuite, il avait forcément entendu parler d'elle, de son pouvoir à générer de l'énergon. Or, ce n'était pas à la portée de tout le monde : tout d'abord parce qu'elle était officiellement morte depuis des années dans un accident de voiture avec sa mère, ensuite parce que le secret de son don appartenait aux scientifiques de White-Block et un certain membre de la CIA… Alors comment un extraterrestre pouvait être au courant ?

Elle frissonna lorsque ses pensées s'attardèrent sur un détail et apportèrent un début de réponse : son poursuivant ressemblait beaucoup trop à l'un des Vehicons qu'elle avait découvert en piratant le KSI.

- Galvatron, je crois… se remémora-t-elle tandis que son cerveau revisionnait les profils des prototypes qu'elle avait hackés.

Les Vehicons étaient des sortes de drones pilotés à distance. Et dans ce cas là, qui disait drones disait humains aux commandes.

« Alors ça veut dire que ce n'est pas un Cybertronien qui m'a attaqué, mais un Vehicon ? » se questionna-t-elle. « Mon ennemi serait en fait… Le KSI ? »

C'était déjà beaucoup plus probable quand on connaissait les relations entre cette société et la CIA, et entre la CIA et elle-même… D'autant plus que Galvatron était un prototype militaire destiné au gouvernement américain.

Un schéma logique se traça dans son esprit, et la blanche fronça les ailes du nez sans s'en rendre compte, n'aimant pas ce qu'elle en déduisit : si ce qu'elle pensait était vrai, alors la personne derrière cette attaque était nulle autre que… Harold Attinger, au vu de son statut à la CIA, de ses relations avec Joshua et son partenariat avec KSI, ainsi que son implication à White-Block.

- Saleté de vieil homme… laissa-t-elle échapper en un grognement.

La haine et la colère revinrent à leur tour comme une lame de fond, furieuses, véhémentes, et ce sentiment familier la rassura à sa manière. Elle sentit une force hurler en elle, l'appel du meurtre, plus que jamais maintenant que son objectif était si proche. Elle se perdit un bref instant dans sa fureur, la laissant volontiers la submerger pour lui rappeler une énième fois qu'elle était le centre de son univers… Mais elle prit sur elle et fit l'effort de la repousser. Il ne fallait qu'elle se laisse aveugler par ses émotions si elle voulait réfléchir efficacement.

La fièvre retomba alors doucement et céda place à une anxiété désagréable. Cynder se mordilla les lèvres nerveusement.

« Alors ça voudrait dire qu'il m'a retrouvé avant que moi, je le retrouve ? »

Cette simple idée, en plus d'être terriblement frustrante, lui faisait froid dans le dos. Une forte paranoïa s'insinua en elle, et avec elle l'impression de ne plus être en sécurité. Elle s'interrogea : était-ce des jours, des mois, des années que ces faits et gestes étaient surveillés en attendant une fenêtre d'attaque ? Pire, qu'après tout ce temps à préparer sa vendetta, Attinger avait en fait été le chasseur et non l'inverse ?

Des sueurs froides perlèrent le long de son échine, jusqu'à ce qu'un éclair de lucidité la frappe soudainement et la rappelle à la raison.

« Non… Quelque chose sonne faux là-dedans... »

L'adolescente ne voyait pas comment il aurait pu la garder à l'œil pendant des années. L'idée d'une puce, d'un traceur ou d'un quelconque implant était dérisoire, de même que l'utilisation de détecteurs d'énergon puisque ces derniers ne réagissaient pas à sa présence trop ténue. Elle avait parcouru la moitié du globe en clandestin, sans aucun passeport, sans aucune identité, sans la moindre trace à laisser derrière elle… Et son invisibilité valait aujourd'hui plus que n'importe quand puisqu'elle se fondait parmi le milliard d'habitants qui peuplaient ce pays et vivait dans un bunker au réseau sécurisé. De plus, s'il l'avait vraiment gardé sous surveillance, il n'aurait pas attendu d'avoir un Vehicon en sa possession pour la descendre. Non seulement parce qu'il y avait plus discret, mais surtout parce qu'il aurait directement pu l'attaquer au Wulong Karst.

Et puis dans ce cas justement, si Harold avait été le pilote aux commandes de Galvatron, pourquoi ne l'avait-il pas reconnu immédiatement ? Pourquoi avait-il attendu de voir l'énergon couler le long de sa main pour la prendre en chasse ?

Quelque chose clochait vraiment mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Elle avait le pressentiment que ça ne pouvait pas être le grisonnant qui était derrière tout ça, ni même le KSI. Après les efforts qu'il avait mis en oeuvre pour la faire disparaitre, elle qui était l'incarnation même de ses magouilles officieuses, ce foutu vieillard n'aurait jamais pris le risque d'évoquer son existence à la Compagnie au risque que cela s'ébruite. Et pourtant un Vehicon ne pouvait pas se piloter tout seul… Alors dans ce cas, qui était vraiment à ses trousses ? Qui était son ennemi ?

Ses questionnements furent stoppés par une soudaine et vive douleur qui lui fit mettre un genou à terre. Elle gémit et se plia en deux, plus surprise par cette faiblesse que par la douleur en elle-même, et sa main se posa instinctivement sur son flanc gauche. Un liquide chaud lui saisit aussitôt les doigts, et elle baissa son regard.

Une énorme entaille labourait la peau de sa hanche, si énorme qu'elle se demanda pourquoi diable elle ne s'en était pas rendue compte plus tôt. Le sang perlait sur sa jambe jusqu'à ses pieds en imbibant ses vêtements, et elle tourna la tête pour réaliser qu'elle laissait derrière elle depuis tout à l'heure une très nette empreinte de chaussure rouge. La transe avait anesthésié ses perceptions douloureuses, et ses dernières semblaient s'éveiller seulement maintenant.

- Mais comment je me suis fait ça ? maugréa-t-elle en se redressant pour mieux inspecter ce qui ressemblait à une griffure.

C'était sérieux : elle ne savait pas depuis combien de temps elle avait ça, mais le sang affluait comme si la plaie était fraiche. Ce n'était pas bon signe. La balafre était certes profonde, mais ses capacités de régénération auraient normalement dû commencer à reconstruire les tissus.

« C'est à cause de la fatigue » comprit-elle. « Mes capacités sont au ralenti… »

Ce constat lui fit tirer la sonnette d'alarme. Elle était déjà très affaiblie après ces derniers jours à avoir abuser de son pouvoir pour Ratchet, et cette hémorragie allait empirer les choses.

Etant donné qu'elle s'ouvrait souvent les veines pour pirater des réseaux, elle avait toujours des bandages sur elle… Sauf qu'ils étaient trop fins pour contenir une blessure aussi grave. Elle n'avait pas non plus de quoi se recoudre, ce qui ne lui laissait qu'une solution : relancer une montée d'énergon dans son corps pour transformer son sang et stopper l'hémorragie.

Mais dans son état, ça serait prendre un très gros risque.

Elle avait quémandé trois fois son don aujourd'hui, ce qui était déjà un abus de sa part. Une quatrième fois pourrait être de trop pour son cerveau qui, en plus d'échouer à sa demande, lui donnerait un violent mal de crâne et l'affaiblirait davantage.

Elle était déjà suffisamment mal en point. Il fallait qu'elle quitte cette ville au plus vite, et elle ne voulut pas miser sur sa chance. De toute évidence, cette dernière n'était pas avec elle pour l'instant, alors le moment n'était pas opportun pour jouer à la roulette russe…

Le risque de faire empirer les choses étant trop grand, elle renonça à cette idée et se contraint à supporter le sang qui affluait. Elle descendit néanmoins les manches de son sweet accrochées à sa taille et les resserra au niveau de la plaie pour comprimer les tissus sectionnés entre eux. Cela les aiderait peut-être à se régénérer.

Elle se remit à marcher, mais elle se retrouva à tituber légèrement maintenant qu'elle était consciente de la griffure qui lui tirait d'ailleurs méchamment.

« Ça ira, j'ai connu pire… » se convainquit-elle pour outrepasser la douleur.

La jeune fille se retourna néanmoins pour revoir les empreintes qu'elle laissait derrière elle et elle grimaça : un vrai chemin de petit Poucet. Si Galvatron passait par là, il lui suffirait de remonter la piste pour tomber sur elle. Peut-être la suivait-elle déjà…

Elle avisa alors la chaussée et les voitures que les riverains avaient abandonnés pour se cacher dans les bâtiments. Conduire lui permettrait de ménager sa blessure et de ne pas laisser de sang derrière elle… Mais ce n'était pas une si bonne idée que ça : les routes étaient beaucoup encombrées à cause des autres véhicules à l'arrêt, ce qui l'amènerait à rouler doucement et faire des détours, peut-être même rallonger son temps en ville. En plus elle serait la seule à circuler, autant dire qu'elle serait une cible évidente.

Elle était à cran, et elle était fatiguée physiquement comme moralement. Elle n'était pas sûre de durer longtemps à pieds, et certainement pas face à une créature capable de se transformer en camion. Puis justement, un camion, c'était bien moins rapide qu'une voiture lorsqu'il s'agissait d'une course poursuite.

- Et puis merdre ! jura-t-elle une énième fois en se dirigeant vers l'automobile la plus proche.

C'était bien la première fois qu'en voler une lui était aussi facile. Elle se faufila sur le siège conducteur et claqua la portière le plus doucement possible. Passer à la position assise titilla sa blessure et arracha un sursaut à ses zygomatiques. Cherchant à limiter le mouvement de son bassin, elle attacha sa ceinture et se cala au fond du fauteuil. Elle enserra ensuite le volant de ses mains et embraya, quittant les files de voitures en s'aventurant lentement sur le trottoir pour leur échapper. Ce n'était pas très discret, mais elle n'avait pas d'autre choix à cause des voies obstruées.

La conduite vint naturellement malgré l'étrangeté du contexte. Elle passa sous d'impressionnantes illuminations publicitaires en pictogramme, devant des tramways qui attendaient au milieu des routes, longea des petits commerces et des restaurants… Tous vides, les habitants retranchés à l'abri dans les buildings. Elle s'en serait réjouie dans un autre contexte, mais là, elle ne pouvait que frémir. Surtout en connaissant une ville d'ordinaire mouvementée.

Elle roulait lentement pour ne pas faire chanter le moteur trop fort et se tenait en alerte à chaque virage, chaque intersection en cherchant désespérément un élément familier. Son regard faisait des allers-retours entre le paysage face à elle et ses rétroviseurs, dans le cas où un camion déboulerait soudainement.

« Bon sang, où est-il passé ? »

Dans le fond elle ne tenait pas à le savoir, mais elle ne supportait pas non plus de devoir attendre qu'une catastrophe lui tombe dessus.

Ce qu'elle ignorait, c'est que la catastrophe l'avait déjà prise en filature.

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Une fois qu'il eut fait le tour du quartier et trouvé la sortie de la fameuse ruelle par laquelle sa proie lui avait échappée, Galvatron décida de faire quelque chose de plus malin que d'attendre devant qu'elle en sorte.

Il partit se garer au détour d'une rue un tout petit peu plus loin, caché dans l'ombre d'un immeuble de telle sorte que seul l'un de ses rétroviseurs en dépassait pour pouvoir guetter le moindre mouvement sur l'avenue. Il fut satisfait de constater que ces saletés de charnus avaient déserté, libérant la chaussée… Et bien que les véhicules à l'arrêt entravaient toujours ses déplacements, la visibilité était bien meilleure sans fourmis pour s'agiter devant lui.

Il savait que sa cible finirait par sortir. Il avait d'abord craint qu'elle décide d'imiter les humains et de se retrancher dans un quelconque bâtiment… Mais il s'était rappelé que sa planque sécurisée était au Wulong Karst. Dans sa situation, elle chercherait certainement à quitter la ville pour rejoindre un endroit aussi sécurisé.

Il attendit donc, et il n'eut pas besoin de beaucoup patienter : une silhouette aux cheveux blancs se détacha des ombres de la ruelle qu'il guettait, et il dut réprimer la furieuse envie de lui foncer dessus. La jeune fille semblait différente de toute à l'heure, moins farouche, plus vulnérable, plus humaine

Elle était sur ses gardes, prête à retourner dans son trou au moindre mouvement suspect. Comme rien ne l'attaqua, elle finit par en sortir pour longer les trottoirs, mais elle retourna s'abriter dans une autre ruelle. Ayant trouvé une manière de progresser prudemment, elle réitéra et commença à faire son chemin sur l'avenue.

Voilà qui était embêtant.

Dans ces conditions, Galvatron ne pouvait pas l'approcher. Il n'aurait même pas lancé son moteur qu'elle aurait déjà disparue dans une impasse. Il lui fallait attendre qu'elle s'éloigne de ces maudites ruelles où elle aurait toujours une occasion de se faufiler, qu'il trouve le bon moment où lui tomber dessus sans qu'elle ne puisse lui glisser entre les doigts.

Il devait encore attendre… Il commençait à s'impatienter mais il ne pouvait plus prendre le risque de foncer dans le tas et de la perdre une nouvelle fois.

Alors il attendit, et une fois seulement qu'elle eut atteint le bout de l'avenue et tourné au carrefour, il sortit de sa cachette pour rattraper l'avance qu'il lui avait laissé. La furtivité n'avait jamais été son point fort et il se fit violence pour réprimer son puissant moteur, roulant lentement en limitant toute sonorité susceptible de la trahir. Il prit le temps de contourner les obstacles sur la route et de ne rien percuter, ce qui n'était pas si facile lorsqu'on manœuvrait un corps de plusieurs tonnes.

Il grimpa à moitié sur le trottoir pour esquiver une moto couchée sur la route, et il remarqua soudain qu'une trainée de sang parcourait l'accotement. Il se rappela qu'il l'avait blessé un peu plus tôt, et il se réjouit de savoir qu'au moins, il ne risquait pas de la perdre en la filant à l'aveuglette.

Ce qui n'empêcha que rejoindre le carrefour à cette allure lui parut interminable. Une fois qu'il arriva enfin à l'intersection, il coupa son moteur et laissa son élan le porter jusqu'à cette dernière. Il freina juste avant de s'engager dans la rue que sa cible avait suivit et il ne laissa dépasser qu'un rétroviseur. La jeune fille avait continué son chemin, avançant hasardeusement, et il ne sut dire pendant combien de temps ce manège dura.

Elle avançait, il la suivait, ils changeaient tour à tour de boulevard…

Il commença à trouver le temps long, lorsqu'elle s'arrêta sans crier gare pour mettre un genou à terre. Elle semblait tout juste se rendre compte qu'elle était blessée, et elle se retourna pour considérer la traîné de sang qu'elle laissait derrière elle. Il pria pour qu'aucun rayon de soleil ne se reflète sur son rétroviseur et trahisse sa présence, mais sa proie ne chercha pas à voir autre chose que ses empreintes sanglantes.

« Sa vigilance faiblie… » se réjouit-il.

Elle reporta son attention sur l'une des voitures abandonnées au milieu de la chaussée, et Galvatron se réjouit alors beaucoup moins lorsqu'elle s'en approcha pour se mettre derrière le volant.

Elle reprit sa route et le Vehicon réalisa que la décision de l'adolescente pouvait en fait lui être favorable. Au moins elle allait progresser plus vite, ce qui lui permettrait de trouver plus rapidement un endroit où fondre sans risque sur elle. Il y avait pour le moment encore trop de petites ruelles inaccessibles pour lui dans lesquelles elle pourrait se jeter depuis sa voiture si elle le voyait débarquer…

Profitant du fait que le bruit de son moteur serait masqué par celui de l'autre véhicule, il se permit d'accélérer tout en suivant son rythme, continuant de marquer un arrêt à chaque coin de rue pour lui laisser une marge d'avance.

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Le rôle d'éclaireur avait toujours été attribué à Bumblebee, mais au vu de la situation, il avait dû accepter de céder sa place à Drift pour gagner plus de temps.

Ce dernier survolait Hong Kong, à la recherche de leur ennemi. La tâche n'était pas si simple, et il fut un bref instant admiratif face à l'œuvre immense qu'était la mégapole. Les hommes pouvaient réaliser des choses remarquables lorsqu'ils s'unissaient, mais d'un autre côté ils étaient constamment divisés par des guerres en tout genre…

« Un peu comme les Autobots et les Decepticons… » remarqua-t-il pensivement entre deux tours d'hélices.

- Tu l'as repéré ? l'interpella tout à coup Crosshairs par radio, visiblement lassé d'attendre.

A défaut de savoir où aller, ses camarades sur roues progressaient sans trop rentrer dans le cœur de la ville, peu désireux d'attirer l'attention sur eux.

- Pas encore... Il a beau être très identifiable, la zone à quadriller n'en demeure pas moins vaste et il y a plein de camions en circulation...

Son interlocuteur s'agaça et diffusa ses grommellements sur les fréquences de tout le monde, jusqu'à ce que la voix de Cade vienne l'interrompre en s'imposant depuis le transmetteur de Bumblebee.

- Essaie de repérer les mouvements de foules ! Dans une ville pareille, c'est très révélateur !

Suivant son conseil, l'Ex-Con cessa de guetter la silhouette des camions et s'éleva un peu plus pour avoir une vue d'ensemble. Il survola ainsi l'ile de Hong Kong et guetta son centre-ville. Ce dernier grouillait de vie malgré les destructions causées par Lockdown, et le mouvement de la masse était peu alarmant. Comprenant qu'il perdait son temps ici, il dévia pour traverser le morceau de mer qui séparait l'île de la côte. Il analysa au passage les ponts qui reliaient entre eux les deux morceaux de terre, mais eux non plus ne présentaient rien d'anormaux.

L'hélicoptère commença alors à longer les quais de l'autre rive et cette fois, il remarqua que les grandes avenues étaient vides de présence tandis que les véhicules semblaient abandonnés au milieu de la chaussée… Voilà qui était suspect.

- Il y a un ensemble de quartiers près des quais, on dirait que les humains ont fuis…

- Alors il doit être par là… Reste sur place, on te rejoint ! lui intima Hound.

Le samouraï acquiesça et se mit à faire des boucles au-dessus de la zone, à l'affût d'un quelconque mouvement parmi les nombreuses allées fantômes.

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Elle sentait sa combativité et sa colère s'estomper peu à peu

L'une des mains de Cynder quitta le volant pour se poser sur sa blessure. Maintenant qu'elle était assise et ne bougeait plus le bassin, la douleur s'était adoucie mais le sang continuait à se déverser de l'entaille. Elle avait dénoué son sweet pour y jeter un œil et elle était heureuse de constater que les tissus avaient enfin commencé à se reconstruire, bien que cela prenait beaucoup plus de temps que d'ordinaire…

La Techno-organique jura néanmoins et replaça sa main désormais rouge sur le volant. L'anémie progressait. Elle se sentait de plus en plus fatiguée, et sa lucidité lui échappait parfois en brouillant sa vision. Elle avait des fourmillements dans les jambes et certains muscles tressautaient parfois légèrement… Ce qui l'inquiéta sérieusement : elle n'était toujours pas sortie de la ville, encore moins arrivée au bunker où elle pourrait trouver de quoi s'occuper de la plaie. Or, du temps, elle n'en avait pas. A ce rythme, elle allait se vider de son sang et s'évanouir avant d'avoir pu sauver sa peau…

Cette hypothèse était dangereusement probable, et cela n'aida pas ses nerfs.

Sa voiture arriva à un nouveau carrefour qu'elle se maudit de ne toujours pas reconnaitre, mais elle quand elle tourna à l'intersection, elle vit l'espoir au bout de l'avenue sur laquelle elle venait de s'engager : la mer.

Elle allait arriver sur l'un des quais qui bordaient une partie de la ville. Une fois qu'elle y serait, elle pourrait enfin avoir un visuel capable de l'éclairer sur sa position exacte !

Elle enfonça son pied sur l'accélérateur sans même s'en rendre compte, et quitta avec satisfaction l'infernal dédale d'immeubles pour enfin avoir une vue naturelle et dégagée. Le mur de bâtiment disparu de sa vision périphérique et une odeur iodée lui saisit les narines. Elle la laissa volontiers envahir ses poumons pour chasser celle de carbone omniprésente dans cette fichue fourmilière.

Le large trottoir qui délimitait le bord de la rive était tout aussi désert, et les voitures abandonnées tapissaient toujours la chaussée du quai. Voulant leur échapper pour avoir une vue plus dégagée, elle força doucement un passage entre deux véhicules et sortit à nouveau de la route pour rouler sur l'espace piéton, s'arrêtant presque au niveau des barrières de sécurité donnant sur les vagues calmes de la mer de Chine. Elle était si pressée qu'elle ne passa pas sa vitesse en ralentissant et le moteur cala, mais elle ne s'en alarma pas. Elle scrutait surtout l'étendue bleue par-delà le pare-brise, ainsi que les immenses ponts qui permettaient d'accéder à l'ile d'Hong Kong un peu plus loin… Mais elle s'en désintéressa. Ce n'était pas vers là qu'elle voulait aller. Elle tourna donc la tête sur sa droite et longea du regard les quais et les grattes-ciels qui le bordaient. Elle suivit leur perspective décroissante et ses yeux finirent par se poser sur ce qu'elle cherchait : derrière la skyline des bâtiments se dessinaient la silhouette familière des collines verdoyantes menant au Wulong Karst.

Leur simple vue la fit soupirer et lui retira une pression des épaules qui étrangement, lui draina aussi une partie de sa force.

- Eh bah, c'est pas trop tôt…

Elle n'aurait plus à avancer hasardeusement : elle savait enfin quelle direction prendre pour quitter la ville.

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Galvatron se félicita de s'être montré aussi patient. Il vit de loin sa cible quitter enfin les avenues pour un espace dégagé. Elle était sur le trottoir du quai, prise à revers entre la mer et les files de voitures sur la chaussée. Elle ne pourrait pas lui échapper.

Ne pouvant attendre une seconde de plus, il enfonça sa pédale d'accélération et fonça vers les quais sans plus se soucier d'être discret.

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Alors que Cynder pensait que son calvaire prenait fin, une vibration lointaine vint effleurer ses tympans et contredire sa courte victoire.

Au début à peine perceptible, le son monta très vite en crescendo et ses yeux bleus s'écarquillèrent quand elle identifia un vrombissement significatif, ceux des pistons d'un moteur en pleine accélération.

Elle se rappela immédiatement que le sien avait calé un peu plus tôt, et ce fut comme un retour brutal à la réalité. La douce odeur iodée disparue, tout comme le ressac apaisant des vagues et le doux soulagement de bientôt rentrer chez elle. Au lieu de cela s'imposèrent un élan de colère et d'anxiété solidement orienté, ainsi que l'évidence que quelque chose approchait. Craignant d'en connaitre déjà la nature, ses yeux se levèrent vers son rétroviseur central avec appréhension.

Elle vit ainsi dans le miroir une masse grise sortir de l'avenue d'où elle était sortie un peu plus tôt et foncer dans sa direction. Elle sentit clairement un signal nerveux traverser sa colonne vertébrale et foudroyer chaque parcelle de son corps d'une insidieuse panique.

Galvatron l'avait retrouvé.

Incapable de le quitter du regard, sa main chercha nerveusement la clé et elle fit tourner cette dernière pour relancer le moteur. Le démarrage lui parut interminable et dès qu'il rugit à la vie, elle braqua le volant et fila à vive allure sur le trottoir du quai.

Elle était coincé du côté de la rive et voulant s'assurer qu'elle le resterait, Galvatron s'élança à sa poursuite depuis l'autre trottoir, la décourageant ainsi à retourner du côté des avenues où elle serait plus susceptible de lui échapper. Comprenant sa démarche, la jeune fille serra les dents et répondit à sa manœuvre en accélérant un peu plus.

Elle zieuta son compteur, puis regarda sur sa droite pour considérer son poursuivant. Elle roulait à plus de 150km/h et il restait pourtant à sa hauteur malgré sa masse… Elle eut vite fait de se rappeler qu'il ne s'agissait pas vraiment d'un camion ordinaire, et elle se maudit d'avoir naïvement pensé que lui échapper par la vitesse serait simple. Ses yeux se posèrent sur les formes floues des véhicules à l'arrêt qui défilaient follement entre eux deux. A cette vitesse, elle ne pouvait pas espérer y faufiler le sien, elle les percuterait à coup sûr.

Elle était condamnée à rouler sur la rive aussi longtemps que le Vehicon bloquerait le côté des avenues. Or, le quai se terminerait bien à un moment, et elle se serait alors inévitablement prise au piège.

Une goutte de sueur perla sur son front, et incapable de repousser ses émotions dans son état, la panique s'insinua plus assurément dans son esprit pour y mettre le désordre. Face à cette soudaine confusion, ses pensées mécaniques se dissocièrent et ne lui trouvèrent aucun plan de secours. Un sentiment fataliste la submergea aussitôt. Comme pour approuver, sa tête se mit à lui tourner, la douleur dans sa hanche s'intensifia et sa faiblesse devint un peu plus évidente.

Pourtant la jeune fille n'abandonna pas : elle n'était pas encore à sa merci.

Le visage impassible malgré cette profusion émotionnelle, elle ouvrit la fenêtre de sa voiture donnant sur le Mecha et elle dégaina d'une main sûre un de ses Beretta. Elle le braqua sur lui, laissant son bras dépasser de la voiture… Et dès que le canon fut orienté dans sa direction, elle enfonça son doigt sur la détente sans vraiment chercher d'endroit où viser.

Le son des détonations lui fit un bien fou, la rassurant étrangement. Peut-être parce que les armes étaient fondamentalement conçues pour atteindre un ennemi, ou bien parce qu'elle avait la furieuse envie de se défouler sur celui qui avait pourri sa journée… Mais qu'importe, car les balles glissèrent sur la carrosserie blindée comme de l'eau sur un imperméable.

Ne se laissant pas décourager, elle ajusta sa ligne de mire. Elle lutta quelques instants contre sa vision de plus en plus trouble et elle prit finalement pour cible un de ses pneus.

Le bruit d'un éclatement suivit de l'air dépressurisé la fit sourire intérieurement et elle fut soulagée de voir le camion perdre légèrement son allure… Mais elle se rembrunit lorsqu'elle vit les lambeaux de gomme déchirés par l'impact se réassembler à une vitesse folle pour reprendre leur forme d'origine. Les pneus n'étaient pas en caoutchouc, mais aussi en transformium.

« C'est quoi ce délire ?! »

Galvatron n'était visiblement constitué que de métal qu'il pouvait réorganiser à sa guise… Ce qui était fort problématique.

Elle continua à chercher un point faible sur sa carrosserie mais un clic lui fit comprendre que son chargeur était vide. Elle rangea son pistolet, le recharger étant vain vu son efficacité, et elle enserra sur le volant deux mains désormais tremblantes qui contredirent le flegme de son faciès. L'inutilité de ses armes, qui d'ordinaire étaient infaillibles, sema le doute dans son esprit.

Elle avait toujours réussi à se dépêtrer des affaires les plus tendues… Mais cette fois, ce n'était pas comme les poursuites avec les agents d'Attinger, où elle avait carrément pu se jouer d'eux. Là, les circonstances ne lui offraient pas beaucoup d'options et ces dernières s'effondraient devant elle comme une file de domino. Elle ne pouvait pas lutter contre son adversaire, mais elle n'arrivait pas non plus à le fuir !

Elle était épuisée par ces derniers jours. Elle ne pouvait pas se mettre en transe ou même simplement bénéficier de l'énergon dans son sang pour optimiser ses réflexes comme de l'adrénaline. Elle avait à ses trousses plusieurs tonnes de Vehicon déterminé et impossible à blesser, et elle n'était même pas sûre de rester éveillée pendant encore très longtemps vu le voile opaque qui embuait sa vision. L'anémie la guettait, et l'inconscience aussi.

Après tout ce qu'elle avait vécu, en être réduite à cet état la faisait rager. Elle était tellement furieuse, furieuse de cette rencontre et de tous les problèmes qu'elle lui apportait… Mais mêlée à sa fureur, une émotion qu'elle avait bannie lui remuait ses entrailles : la peur.

Elle ne lui était pas vraiment familière. La méfiance et l'appréhension, oui. Peut-être un peu l'inquiétude… Mais pas la peur. Avoir peur signifiait douter de soi, de sa capacité à se débarrasser du problème qui nous faisait face. Or, elle avait complètement cédé à la terreur.

Pas pour sa vie. Mais pour sa précieuse vendetta.

S'il lui arrivait quelque chose, elle ne pourrait jamais l'accomplir. Et cette idée l'effrayait bien plus que les probables intentions de celui qui la poursuivait en ce moment même. La dernière fois qu'elle avait autant éprouvé ce sentiment, c'était à White-Block, le jour où elle s'était évadée : exténuée, terrifiée par ce qu'on comptait faire d'elle, tandis qu'elle fuyait dans les bois, loin du bâtiment…

Mais cette fois ci, que fuyait-elle vraiment ?

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- Ça y est, j'ai Galvatron en visuel !

Le message de Drift était inespéré. Le petit groupe d'Autobots roulait difficilement parmi les boulevards fantômes, et savoir enfin où leur ennemi se tenait était un réel soulagement… Du moins, autant qu'ils pouvaient être soulagés d'être bientôt face à la réincarnation de Megatron. Disons simplement que cela les avançait bien.

- On a failli attendre ! râla un Autobot qui fut facilement identifié. Bon, tu nous dis où il est ?

- Il est en mouvement sur les quais, si vous poursuivez cette route, vous devriez pouvoir rejoindre ces derniers et l'intercepter… Hum… Attendez, une seconde !

- Un problème ? demanda Hound face au ton alerte du samouraï.

- On dirait qu'il poursuit un véhicule…

Cade fronça aussitôt les sourcils et se pencha vers la radio de Bumblebee.

- Un humain ? s'enquit-il.

- Il semblerait…

Voilà qui était étrange… Et toujours autant de mauvais augure. Les Decepticons ne s'étaient jamais intéressés aux humains, excepté lorsque ces derniers avaient en leur possession quelque chose susceptible de leur être utile.

Le même éclair de lucidité traversa leur esprit et le convoi accéléra, désormais très inquiet quant aux enjeux de la présence du Vehicon.

.

Cynder n'arrivait plus à penser. Elle n'était plus en colère, elle n'avait même plus peur. Elle s'était simplement décidée à se laisser porter par les évènements dont son libre arbitre ne semblait plus dépendre.

Tout devenait abstrait autour d'elle. Le paysage défilait par les fenêtres en un ensemble de trainés colorées, lui rappelant fugacement l'intérieur des réseaux où elle projetait sa conscience. Sa lucidité faisait des va et vient selon les pulsations de son cœur qu'elle ressentait dans sa blessure à la hanche. Ses paupières étaient lourdes, et pourtant ses pensées étaient si légères. Le monde était brumeux, les sons du moteur ténus, et elle n'éprouvait plus aucune douleur. Tout semblait irréel, comme dans un rêve.

Elle ne prêtait plus attention à son poursuivant à sa droite, qui n'avait pas encore rattrapé la légère avance qu'elle avait gagné en tirant sur ses pneus. Elle se contentait simplement de maintenir son pied enfoncé sur l'accélérateur et de voir jusqu'à quand ce moment durerait.

Tout n'était plus qu'une question d'usure. Le quai se terminerait bien à un moment donné et à moins qu'elle ne se soit évanouie entre temps, elle n'aurait d'autre choix que de piler net. Et elle serait alors définitivement acculée…

Sans même qu'il ne soit sous une forme humanoïde, elle pouvait sentir le poids du regard de Galvatron, comme si elle happait toute son attention. Il guettait chez elle le moindre signe de faiblesse, le fameux moment où elle flancherait et où il pourrait enfin fondre sur elle.

Ce fut probablement pourquoi l'adolescente fut la seule à voir au loin les quatre engins qui fonçaient dans leur direction.

Elle n'eut pas le temps de les décrire. Ce qu'il lui restait de réflexion souligna simplement le fait qu'ils avançaient en formation. Ce moment d'incompréhension lui fit relâcher un peu son pied sur la pédale, ralentissant son allure… Et interprétant cela comme le signal qu'il attendait, Galvatron put rattraper son retard et il passa à l'action lorsqu'il dépassa sa hauteur.

L'imposant camion quitta alors sa position pour traverser la chaussée et vint percer les files de véhicules abandonnés. Comme un train lancé à pleine vitesse, il n'eut aucun mal à se frayer un chemin parmi leur carcasse qu'il expulsa de part et d'autre. L'impact menaça néanmoins de le freiner et pour y pallier, il poussa son moteur à son maximum.

Ce qui fut une grave erreur.

Car il arriva si brusquement sur le quai qu'il n'eut pas le temps de rétrograder. Toute sa masse fut projetée vers la voiture qu'il voulait intercepter, mais il la percuta beaucoup trop violemment.

Son intention étant portée sur le groupe qui s'approchait d'eux, Cynder n'eut qu'à peine le temps de voir une forme grise débouler sur sa droite. Un choc d'une violence inouï lui arracha le volant des mains et la projeta contre sa portière. Les vitres se brisèrent et les éclats de verre traversèrent l'habitacle. Elle sentit sa voiture se soulever et faire un écart pour se déporter, puis heurter la barrière de sécurité du quai. Sa tête se cogna à quelque chose et assommée par le coup, elle ne perçut pas la gravité disparaître et encore moins le bleu de la mer se rapprocher.

L'eau fut aussi accueillante qu'une surface bétonnée, et le nez de sa voiture la percuta sans ménagement. Elle ne sentit qu'à peine ce second choc, ni même la fraîcheur du flux qui s'introduit aussitôt dans l'engin pour le couler. Le seul moment où elle parvint à percer la brume opaque de l'inconscience fut quand un liquide pénétra ses poumons et les obstrua. Elle s'agita par instinct, se débattant contre sa ceinture de sécurité qui s'était bloquée et la clouait sur son siège. Ses mains cherchèrent instinctivement à atteindre son couteau de chasse dans ses poches, mais ses forces l'abandonnèrent bien avant. Ses muscles fourmillèrent et s'engourdirent jusqu'à ne plus les sentir, et son corps se mit à convulser sous le manque d'oxygène.

L'obscurité eut raison d'elle sans même qu'elle ne s'en rende compte et elle perdit connaissance, noyée.

Sa voiture sombra dans les flots sous le regard plus que pantois du Vehicon face à sa connerie, ainsi que ceux hébétés des Autobots qui avaient assisté à la scène de loin.

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Eh oui je m'arrête là, mais j'avais bien parlé de chapitres plus petits XD Je vous laisse maintenant spéculer sur la direction que va prendre le scénario :P

Bon, la rédaction a été un vrai scandale ! J'avais une idée très claire, mener l'histoire d'un point A à un point B, mais il me fallait trouver tout le reste qui allait au milieu… Autant dire que je suis passée par toutes les lettres de l'alphabet… -.-'

Ce chapitre a beaucoup évolué au fil de l'écriture. A vrai dire, j'ai dû l'écrire 3 fois. Dans la première version, Cynder paraissait beaucoup trop fragile, trop dépassée par les évènements... Et même si elle ne peut lutter contre Galvatron, je voulais qu'elle ne soit pas non plus totalement une petite chose perdue. La seconde version était un bordel sans nom : la poursuite s'éternisait à un point où Cynder était coursée par Cade, eux-mêmes coursés par Galvatron, lui-même coursé par les Autobots… Et au milieu de tout ça, l'armée chinoise qui mettait en place des barrages routiers un peu partout pour endiguer leurs va et viens. Ouaip. Même que Cynder traversait la fenêtre du dernier étage d'un immeuble pour faire un plat dans une piscine ( mention spécial à toi Jasmine, que j'ai spoilé sur ce gloubi-boulga XD ). Puis jugeant que toutes ces cabrioles n'apporteraient rien à l'histoire, j'ai finalement donné naissance à ce chapitre dont je suis ma foi contente de la simplicité ( vous n'imaginez pas l'état de mon cerveau après ces réécritures ).

Alors du coup c'est vrai, je n'ai pas pu faire beaucoup de place pour les Autobots. Le dialogue entre eux et Cynder sera donc ouvert la prochaine fois ! On peut officiellement dire qu'à partir de maintenant, vous aller en manger, du Transformers ! :D

Vous avez dû le remarquer, mais je suis sentie obligée de justifier le fait que Galvatron soit invulnérable par rapport aux autres Vehicons. En même temps, c'est juste du grand n'importe quoi leur transformation : ils sont supposés être composés uniquement de transformium, ce qui leur permet de se dématérialiser à proprement parler, et pourtant ils perdent des liquides verdâtres quand les Autobots les tuent… Bizarre, chelou, wtf… C'est pour ça que j'ai précisé que Galvatron était uniquement fait d'acier, même ses pneus, histoire qu'il n'y ai pas d'ambiguïté au niveau de son « immortalité » ( il ne saigne d'ailleurs pas à un seul instant durant son combat contre Optimus ).

Hum… une petite question : les gros mots vous dérangent ? Cynder en sort quelques uns des fois ( en même temps, je vois mal quelqu'un en danger de mort sortir un "crotte" ou un "mince" très poli ), malgré tout j'ai l'impression de me censurer à mort quand je lis d'autres fanfics. Et suite au caractère de certains personnages, quelques vulgarités risquent de devenir récurrentes.

Ah oui et juste une dernière remarque qui a une certaine importance : j'ai pour habitude de relire un chapitre juste après l'avoir publié ( car j'ai déjà eu des beugs alors je vérifie chaque post pour être sûre que tout va bien ). Cependant, j'ai aussi la fâcheuse tendance pendant cette relecture à corriger certaines choses, rajouter des détails ( d'ailleurs, ce paragraphe en est l'exemple car il n'était pas là il y a quelques heures ). Donc je vous conseille une petite astuce : quand vous voyez qu'un nouveau chapitre est sorti, attendez deux ou trois heures car je refais une mise à jour dans la foulé X)

Et comme mon cerveau réclame ses RTT et que je n'ai pas la moindre idée de comment conclure, voilà un recueil aléatoire de Post-Scriptum ! Des bisous et à la prochaine fois ! :)

PS : J'ai vu les nouveaux trailers de The Last Knight… Et je ne vous cache pas que même si j'ai bien aimé le trip médiéval dans lequel fonce le film, certaines choses m'ont déplu car elles ne vont pas dans le sens du scénario de Vendetta. Quand le 5ème film sortira, je ferais néanmoins de mon mieux pour que cette fanfiction continue de s'inscrire dans l'Univers de la nouvelle trilogie. N'empêche, Isabella a l'air vraiment badass et en plus il y a… des bébés Dinobots ! :D ( ainsi parla la proie facile du merchandising de masse )

PS : J'ai aussi vu les nouvelles infos sur le Spin-Off de Bumblebee, ça serait chouette un film sur sa séparation avec Sam, son vécu lors de la fin du NEST, ses années à cavaler sur Terre et sa rencontre avec les Autobots du 4ème film… y a largement matière à faire quelque chose sans sortir du champ de compréhension de ceux qui ne sont pas fans de l'Univers Transformers où qui ne connaissaient pas les autres films. Et puis, ça permettrait surtout d'en savoir plus sur le vide entre la première trilogie et la deuxième. Mais bon, je pense qu'ils vont plutôt nous faire une sorte de prequel…

PS : Il me semble que quelqu'un dans les reviews avait évoqué le fait que je n'employais pas le terme « robot » pour désigner les Transformers, et c'est vrai. Du point de vue de Cynder ( et du miens, ceci dit ) ce sont des organismes capables d'émotions et de libre arbitre ( je me demande par contre si Galvatron peut être considéré comme un "robot" ). Il n'y a que des humains pour leur faire l'offense de les appeler « machines » :P Qui parmi vous aura oser le faire ? o_o

PS : Je me faisais la réflexion, et je pense que par rapport à mes ambitions/idées pour cette fanfic, si l'histoire totale de Vendetta se tenait en 4 ( voire 5 ) parties, nous serions à la fin de la 1ère. Ouaip, vu la vitesse à laquelle je publie, je serais toujours là dans 10 ans XD

PS : Il a été prouvé que le chocolat noir est bon pour la santé, alors n'hésitez pas à en consommer en quantité maximale.

PS : je n'ai plus d'idée de PS, alors allez sur google et tapez zerg rush.