21 - Bagarre

- Eh André ! T'aurais pu nous am'ner l'colonel au lieu de v'nir avec ta grand-mère.
- Ouais ! On a rien contre ta grand-mère mais on était pas contre jeune femme dans not' dortoir !
- On aurait été trèèès gentils ! Ha ha ha ha ha...
- Bon ça va ! rouspéta André. Vous vous êtes bien amusés, on passe à autre chose ! De toute façon, ajouta-t-il avec un petit sourire, vous n'êtes pas assez beaux pour elle.

Remarque qui provoqua quelques remous et beaucoup de rires. Après la démission d'Oscar, André avait compris qu'elle était plus appréciée qu'il n'y paraissait. Ces hommes pouvaient être des brutes, mais ils respectaient le courage.

- En tout cas, j'ai croisé la d'moiselle, dit un certain Jacques. Ca lui va bien les pantalons moulants. Mmmm... J'peux vous dire qu'elle a un sacré beau p'tit cul. Hé hé hé ! J'm'en occup'rais bien si t'es pas capable de l'faire, continua-t-il en regardant un André blanc de rage. Un beau p'tit brin d'femme pareil, j'y aurais fait son affaire d'puis longtemps.
- Ca suffit ! tonna André en serrant les poings.

Car le dénommé Jacques ne plaisantait pas comme les autres soldats. D'ailleurs, ceux-ci avaient cessé de rire. Et André n'aimait pas -mais alors pas du tout- ce sourire lubrique quand il parlait d'elle.

- Quoi ! T'as eu ta chance et t'l'as laissé passer. Crois-moi si j'en avais l'occasion, j'la f'rais crier de plaisir ta colonelle !

Le poing d'André coupa net les paroles de l'homme. En se relevant, ce dernier se rua sur André. Ce fut le déclenchement d'une bagarre générale.

Après une dizaine de minutes, le lieutenant Daguerre apparut au seuil du dortoir. Le calme revint.

- Que se passe-t-il ?
- Oh rien, répondit Alain avec candeur. On se faisait un petit entrainement maison.
- Eh bien messieurs, veuillez remettre cet "entrainement" à plus tard. Si vous n'arrêtez pas immédiatement, le colonel se propose de supprimer les visites la semaine prochaine...
- Bon les gars, on n'a plus qu'à se tenir à carreaux...pour l'instant. Je veux voir ma p'tite soeur la semaine prochaine.
- Ouais ! Moi aussi j'veux voir ta p'tite soeur !
- Qui a dit ça ? grogna Alain en se retournant, les poings serrés.
- Il suffit ! ordonna le lieutenant.

Dans un coin, Jacques se frottait son menton douloureux en grommelant à son acolyte : "Il paye rien pour attendre, lui et sa garce de noble. Ouais, qu'elle me tombe entre les mains et je saurai bien la faire gémir..."

- Allez, calme-toi, dit Alain à André qui surveillait Jacques d'un oeil noir. Il grogne mais il ne mord pas.
- Non Alain je ne me calmerai pas. Même toi tu ne l'aimes pas... Et tu surveilles même qu'il ne soit pas dans les parages quand Diane arrive et s'en va. Tu crois que je n'ai rien remarqué ?
- C'est vrai, admit Alain en se grattant la tête. On l'aura à l'oeil... Il vaudrait mieux dire à Oscar de faire attention à sa prochaine visite.
- Oh pour ça, ne t'inquiète pas. Son père ne la laissera pas revenir...

Furieux la seconde précédente, André était mélancolique tout-à-coup. Il se leva.

- Où vas-tu ?
- Je vais m'occuper des chevaux. Comme ça je penserai à autre chose.