CHAPITRE 21 : Le saule cogneur

GOUJON Dave

David Goujon, surnommé Dave par ses amis, se vantait de n'avoir peur de rien et d'être l'élève le plus courageux de tout Poudlard. Beaucoup de ses camarades lui rétorquaient sans cesse que si ça avait réellement été le cas alors le Choixpeau aurait dû l'envoyer à Gryffondor et non pas à Poufsouffle.

Mais Dave ne se laissait pas désarmer. Il disait que tout le monde pouvait se tromper, y compris le fameux Choixpeau, et qu'il était possible que sa loyauté et son sens du travail soient mille fois importants que son courage, ce qui devait faire de lui quelqu'un de franchement exceptionnel.

Et Dave s'en était convaincu lui-même.

Tous les jours, lorsqu'il arrivait dans la Grande Salle, il saluait ses amis, le cœur gonflé de fierté et leur expliquait comment à la place de tel ou tel élève, il aurait brillamment réagi. Dave était convaincu également que s'il avait été auror ou ministre de la magie, le Seigneur des Ténèbres qui commençait de plus en plus à faire parler de lui n'aurait jamais eu la moindre chance de parvenir à ses fins.

Un matin, ses amis en eurent assez. Alors que Dave s'employait à tartiner son toast de marmelade et qu'il paradait au sujet d'un élève de cinquième année chez les Gryffondor, un dénommé Black, qui avait été mis en retenue pour une blague de mauvais goût, l'un d'entre eux le mis au défi.

« Si tu es si courageux que ça, prouve-le. »

Dave s'immobilisa, sa cuiller pleine de marmelade à mi-chemin entre sa tartine et le toast. L'espace d'un instant, il se demanda s'il n'était pas allé trop loin et s'il allait être capable de relever le défi.

Mais il ne se remit en question que durant quelques secondes. Il plongea la cuiller dans le pot de marmelade et sourit de toutes ses dents. Sûr qu'il allait en être capable. Après tout, n'était-il pas l'élève le plus courageux de toute l'école ? Si ça se trouvait, il était même le descendant de Godric Gryffondor lui-même !

« Ok, répondit-il, comment est-ce que je peux le prouver ? »

Ses deux meilleurs amis se consultèrent du regard. Ah ! Dave aurait dû le parier, ils lui avaient lancé un défi mais ils n'avaient aucune idée de la manière dont il pourrait prouver son courage.

« Eh bien, tu pourrais aller toucher le tronc du Saule Cogneur. »

Pour la deuxième fois en moins de dix minutes, Dave se figea, cette fois la bouche grande ouverte, prêt à mordre dans son toast. L'espace d'une seconde, il dévisagea les deux garçons qui lui faisaient face. Est-ce qu'ils étaient sérieux ? Même le plus imbécile des première année savait qu'il ne fallait pas s'approcher du Saule Cogneur. Cet arbre était un véritable danger. Cette fois, il n'était plus question de montrer son courage, il était question de suicide. Et si Dave voulait faire reconnaître ses qualités auprès de ses amis, il n'était cependant pas assez idiot pour vouloir mourir.

Cependant, les yeux de ses amis brillaient avec une certaine excitation. Dave était prêt à parier que tous deux trouvaient l'idée de plus en plus séduisante. Il hésita à leur demander s'ils étaient vraiment sérieux mais il craignit qu'ils ne le prennent pour une preuve de lâcheté.

Il se força à rester calme, mordit dans son toast et prit son temps pour mâcher. Après tout, le Saule Cogneur n'était qu'un arbre. Quel mal un arbre pouvait-il bien lui faire ? Il agitait ses branches, certes, mais du bois et des feuilles, ce n'était non plus aussi puissant qu'une baguette.

« Alors ? demanda celui qui se trouvait légèrement sur sa droite. Est-ce que tu acceptes ou est-ce que ce que tu nous dit depuis trois ans, ce n'est que de la blague ? »

Dave avala sa bouchée de toast.

« Evidemment que j'accepte. On n'a cours que dans deux heures, je vais même vous le prouver dès qu'on aura fini de déjeuner. »

Son ami de gauche se leva.

« Nous on a fini. Tu n'as qu'à terminer ton toast sur le chemin. »

Et Dave n'eut pas d'autre choix que d'obtempérer. Il mangea rapidement. L'idée d'aller toucher le tronc de ce psychopathe de Saule Cogneur lui avait coupé l'appétit mais il ne voulait certainement pas le montrer à ses amis. Il s'employa à garder l'attitude de quelqu'un de détendu, marcha les mains dans les poches, sifflota même à un moment donné.

Et finalement, il se retrouva face à l'arbre. Dans la brise, matinale, il n'avait pas l'air bien terrifiant. C'était un arbre. Juste un arbre.

Dave grimaça un sourire à ses deux amis, laissa son sac de cours tomber à leurs pieds et il s'avança. D'ici quelques minutes, ils allaient être obligés de reconnaître l'étendue de son courage. C'était juste un court instant à passer. Un court mauvais instant.

Il s'approcha d'un pas vif, pressé d'en finir. L'arbre ne bougeait pas et Dave se traita mentalement d'idiot. Il tendit la main, la posa sur le tronc. L'écorce était rugueuse, suintante de sève. Plus loin, ses deux amis laissèrent échapper un hurlement de joie.

Alors Dave sentit le courant d'air dans son dos en même temps qu'il entendit le bruissement et ce craquement, ce craquement sinistre qui sembla secouer l'arbre des racines à la cime. Il leva les yeux, poussa un cri en voyant les branches se précipiter sur lui. Il fit brusquement demi-tour, s'emmêla les pieds dans l'un de ses lacets qui était défait et s'effondra de tout son long.

Une branche le frappa au milieu du dos, lui arrachant un cri de douleur. Des larmes emplirent ses yeux. Convaincu qu'il ferait mieux de déguerpire au plus vite, Dave se redressa, ignorant de son mieux la douleur qui lui fendait la colonne vertébrale.

Mais l'arbre ne le laissa pas prendre la fuite aussi facilement. L'une de ses branches lui faucha les jambes, lui brisant net un tibia. Dave s'effondra en hurlant et reçut un coup en pleine figure. Un voile de sang s'abattit sur lui. L'obscurité l'enveloppa.

Avant de basculer tout à fait dans l'inconscience, il entendit hurler ses amis et reconnut, derrière leurs cris, la voix du professeur McGonagall. Il allait avoir une retenue et probablement des points en moins aussi.

A son réveil, quelques heures plus tard, il était allongé sur un lit à l'infirmerie. Un épais bandage recouvrait sa tête et son œil droit et un autre enserrait sa jambe gauche.

Près de lui, ses amis le regardaient avec inquiétude.

« Tu es très courageux, dit l'un d'eux. Je ne crois pas qu'on te demandera encore de le prouver. »

Dave parvint, tant bien que mal, à sourire.

« Promis ? Parce que je crois que je n'approcherai plus jamais cet arbre à moins de cent pieds. »


Indice pour le personnage du chapitre 22 : Harry le déteste et il le lui rend bien et pourtant tous deux finiront la saga en paix l'un avec l'autre.