Là d'où vient la haine
« La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance. »
George Lucas.
Au fil des années et des entraînements, la haine du petit Tiu envers son père ne cessait de croitre.
Maison de Tiu il y a vingt-cinq ans.
Le jour se levait lorsque le père de Tiu arriva dans la maison. Son fils et Mime l'attendaient déjà à table. Il tapota la nuque rousse de Mime et passa devant Tiu sans même un regard. Il s'assit et prit son petit-déjeuner en silence. Une fois rassasié il se releva, embrassa Mime et arrivant sur le pas de la porte s'arrêta.
« Dépêches-toi Tiu. »
Il claqua la porte. Aussitôt Tiu dévisagea Mime d'un terrible regard. Tiu détestait ce dernier, envers qui son propre père n'avait que des gestes attentionnés. Il se leva à son tour, rejoignit son père et s'en fut avec lui. Depuis un ou deux ans les privations et les coups se faisaient plus rares, mais restaient malgré tout toujours présents. Son entraînement avait évolué, beaucoup de courses en forêt, de combats, le corps lesté de roches afin de durcir ses coups et les rendre plus rapides. Il y avait également des séjours sous la banquise, des traques de grands fauves à mains nues…
Il assistait son père lors des entraînements des futurs grands guerriers comme Siegfried de Duhbe ou Hagen de Merak. Et il était choqué par la différence entre ses entraînements et les leurs. Avec eux son père prenait le temps d'expliquer, de montrer, d'être à l'écoute, de détailler chaque attaque, chaque coup.
Tiu servait plus de mannequin de combat que d'assistant. Mime aussi avait droit a ces entraînements. En cas d'erreur ou d'échec lors de ces exercices, c'est Tiu qui en subissait les conséquences.
A côté de cela et peut-être même à cause de cela, la puissance et la haine de Tiu augmentaient terriblement donnant à sa cosmo-énergie une signature que tous reconnaissaient aisément. Une aura néfaste, noire, sans humanité.
Province éloignée d'Asgard, il y a vingt-deux ans.
Tiu accompagnait son père de temps à autre pour des missions confiées par la grande prêtresse d'Asgard. C'était le cas aujourd'hui. Son père avait reçu ordre de mettre un terme aux agissements de rebelles dans une contrée reculée d'Asgard. Arrivés à leur repère, ils furent surpris de se retrouver encerclés par des dizaines et des dizaines d'homme, là où il était censé n'y en avoir qu'une demi-douzaine. S'ensuivit une bataille acharnée où Tiu et son père prirent rapidement et facilement le dessus sur leurs ennemis. Cependant le père de Tiu fut surpris par l'arrivée d'un homme sortant d'une maison derrière lui, épée en main. Il saisit alors son fils et le projeta sur la lame acérée. L'homme fut horrifié par cet acte effroyable et arrêta sa course, subissant de ce fait les coups du plus grand guerrier d'Asgard. Une fois leur chef tombé, les quelques hommes encore debout prirent la fuite.
« Père ? »
« Tu auras finalement servi à quelque chose Tiu. »
« Mais… »
« Je ne cesse de te le répéter. Cesse d'agir, de penser à travers tes sentiments ! Tu n'es rien pour moi ! Si ta mort peut m'assurer la victoire alors je n'hésiterai pas à te sacrifier ! L'amour n'existe pas ! Souviens t-en, en pensant à ta mère qui n'a pas hésité à s'en aller, à t'abandonner. Tout sentiment est inutile dans ce monde hormis la haine ! »
Son père s'en alla ne prenant même pas la peine de retirer l'épée du corps de son fils.
Ce jour-là Tiu réalisa plus que jamais qu'il était vraiment seul au monde. Ne comprenant pas le dégout de son père vis-à-vis de lui face à l'amour qu'il portait à Mime. Il se remit assez vite de sa blessure et commença de lui-même un entraînement parallèle à celui de son père, accentuant un cosmos qui devenait toujours plus puissant et noir.
Domaine familial, il y a plus ou moins dix-neuf ou vingt ans.
Mime et son père se tenaient face à face, cheveux aux vents. Mime venait d'apprendre que l'homme qui se tenait devant lui et qu'il considérait comme son père était responsable de la mort de ses vrais parents. Son sang ne fit qu'un tour et sous l'effet de la colère il foudroya ce dernier d'une attaque fulgurante et imparable. Les larmes aux yeux, l'homme s'écroula dans la neige. Le père de Tiu agonisait alors même que Mime était déjà parti.
« T… Tiu tu es là... Je… je le sais… J'ai senti… ton cosmos noir avant… avant que tu ne me frappes… lors de l'attaque de Mime. »
Un jeune homme à la barbe naissante sortie de l'ombre de la forêt.
« Oui père. »
« Tu... tu as enfin compris mon fils ? »
« Oui j'ai compris père. Rien ne compte en ce monde ! Pas même votre vie. »
Tiu acheva son père en lui écrasant la tête avec son pied.
Bataille d'Asgard, il y a dix-huit ans.
Mime et Ikki étaient dos à dos, venant de lancer leurs ultimes attaques, sans le moindre morceau d'armure pour les protéger, devant les yeux d'un Shun paniqué.
« Chevalier Phénix, toi et tes amis atteindrez peut-être votre but et parviendrez alors à réaliser vos rêves de paix et de justice. Si jamais je dois renaître un jour en ce monde et que la paix règne alors sur la Terre, j'espère sincèrement avoir la chance de te revoir, mais en tant qu'ami cette fois. »
Mime s'écroula, étendu dans la neige, pleurant pour la dernière fois de sa vie, alors que Shun s'approchait de lui.
« Papa, bientôt nous serons réunis. Pardonne-moi. Je n'ai pas pu réaliser ton rêve et devenir le guerrier divin que tu espérais mais ne désespère pas. Je suis sûr que le chevalier Phénix et ses amis sauront protéger le royaume d'Asgard et sauver le monde du mal qui le menace.
Je vous confie ma patrie à tous les deux, protégez la comme si c'était la votre. »
Anéanti, Shun récupéra le saphir d'Odin et sous les ordres de son frère quitta les lieux. Ikki tomba à son tour et la neige se leva.
Tiu s'approcha alors du corps de Mime.
« Quand je pense que tu es allé jusqu'à oublier l'amour que père te portais. »
« Pou… pourquoi m'avoir frappé en même temps que le chevalier… le chevalier Phénix ? Tu… tu mets en péril le royaume pour te venger ? »
« Rien ne compte en ce monde, hormis la haine. C'est la seule chose que père m'ait apprise, à moi. »
« Ta… ta haine envers moi est-elle aussi grande ? Mon frère ? »
« Tu n'en as même pas idée Mime ! »
Comme quelques années auparavant avec son père, Tiu acheva froidement Mime.
« Tu n'en as même pas idée ! »
Retour au présent.
Tiu ne jeta même pas un regard aux corps de ces deux compatriotes et se lança sur Zohak avant que celui-ci ne se remette de ses émotions et ne puisse utiliser son attaque défensive. Il frappa le spectre encore et encore. Plus il frappait et plus son cosmos s'enflammait. Un cosmos noir, sombre, qui fit frémir Zohak. Le diadème du spectre se brisa sous les coups de Tiu. Mais ce dernier continuait de frapper.
« Les Chaînes de l'Enfer ! »
Zohak encaissa l'attaque de plein fouet, il s'écroula, le haut de son armure en miettes, torse nu.
« Je… je t'assure que tu devrais combattre… combattre de notre côté guerrier divin. »
Cette réflexion agaça Tiu encore davantage, il se tourna vers le spectre mais celui-ci l'attendait et une vague d'énergie le traversa. Tiu se prit alors la tête entre les mains.
« Les Milles Sens d'Aki ! »
« Aaaaaaaaah ! Aaaaaaaaah ! Que m'as-tu fait spectre ? »
« J'éveille tes sens. »
Tiu hurla davantage, il avait l'impression que sa tête allait imploser. Tous les sons lui parvenaient de façon amplifiée. Il entendait les pleurs de la princesse Flamme sur le corps de Svartr pourtant à plusieurs kilomètres de là, les cris de rage d'Arnwulf, les discussions des familles dans leurs chaumières. Les pulsations de cœur de Zohak résonnaient dans ses oreilles, même les battements d'ailes des insectes autour d'eux le torturaient. A genoux, il hurlait de douleur, intensifiant ainsi encore davantage son supplice. Son corps convulsait sous la douleur. N'y tenant plus il regarda le spectre avec défi et se perça les tympans.
« Quel courage guerrier divin. »
Zohak se tenait juste à côté de Tiu. Le visage et les épaules en sang, il tremblait encore sur ses jambes suite à la dernière attaque. Tiu semblait ailleurs, le sang coulant de ses oreilles.
« Mais un courage totalement inutile. Des êtres tels que toi ne méritent pas de vivre. »
Tiu leva lentement le visage vers le spectre alors qu'une nouvelle vague de lumière jaune le traversait.
« Que les Milles Sens d'Aki viennent à bout de ton âme ! »
Tiu se releva une nouvelle fois en hurlant. Les mains devant les yeux, il ne vit pas Zohak s'approcher de lui pour le frapper jusqu'au moment où il sentit le premier coup dans le bas du ventre. Se pliant sous l'impact, il en reçu un autre dans le menton, qui l'envoya au sol. Il ouvrit les yeux et hurla comme un possédé, la lumière du soleil lui brulait les yeux. Il avait l'impression que ceux-ci s'enflammaient.
« Cela ne te sers à rien de résister guerrier divin. Mon attaque va te rendre fou en déréglant totalement tes cinq sens, en les accroissant. A tel point qu'il ne te restera qu'une seule option : la mort ! Lorsque tu reconnaitras tes crimes, lorsque tu les accepteras tu te donneras la mort guerrier divin. »
« Ja… jamais. Peu importent les conséquences, si la cause est bonne à nos yeux. »
Les hurlements reprirent de nouveau quand Zohak recommença à s'acharner sur lui.
« Admets les atrocité que tu as commises et rejoins sa majesté Hadès ! »
« Jamais ! »
Tiu repoussa vivement le spectre puis, sans même un instant d'hésitation, il se creva les deux yeux.
« Quelle abnégation guerrier divin. »
Tiu se releva difficilement face à Zohak, sourd, aveugle, sa cosmo-énergie semblait pourtant encore s'intensifier, à la surprise du spectre.
« Tu arrives encore à te relever guerrier divin ? »
« Et je me relèverais à chacun de tes coups.
Vagues Infernales ! »
Zohak évita simplement et facilement l'attaque de Tiu. La cécité de ce dernier l'empêchant de trouver son adversaire. Cela donna un surplus d'assurance à Zohak, trop d'assurance peut-être.
« Les Chaînes de l'Enfer ! »
Le spectre fut frappé en plein ventre et projeté sur plusieurs mètres. Quelle surprise pour Zohak. Tiu attaquait encore et encore mais ses attaques étaient toutes stoppées par la main d'Akriman.
« Je suis impressionné guerrier divin. Tu seras le premier qui m'aura poussé à déclencher mon attaque une troisième fois dans le même combat. Je tâcherai de ne pas oublier ton nom.
Les Milles Sens d'Aki ! »
Cette fois-ci la douleur cloua Tiu au sol. Son corps s'arquant de douleur, de convulsions. L'entendre crier de cette façon était effroyable et pourtant le spectre le regardait avec délectation.
Tiu commença à retirer son armure pièce par pièce. Arrachant ensuite ses vêtements, allant jusqu'à se déchirer la peau comme pour en faire sortir quelque chose.
« Il te sera difficile cette-ci de te remettre de ce coup. Tous les pores de ta peau vont s'embraser au moindre contact, même avec l'air. »
En effet Tiu avait beau se rouler dans la neige comme un possédé cela ne changeait rien, n'arrangeait rien. Il essaya à plusieurs reprises de se relever mais la douleur était trop difficile à supporter et il retombait à chaque fois. Il se griffait le visage, le torse, les bras, les jambes. La douleur était terrible.
Zohak s'approcha de lui et sentit alors la cosmo-énergie monstrueuse qui émanait de Tiu. Celui-ci se mit à marmonner.
« Qu'est ce que la mort ?
C'est l'obscurité en plein jour.
C'est le corps d'un homme qui s'endort en plein été.
C'est une flamme qui court à travers champs
et se perd sur le parterre enneigé. »
Zohak n'arrivait pas à croire ce qui se passait. A genoux devant lui Tiu intensifiait à l'infini son aura noire. L'enveloppant peu à peu, faisant naître en lui une peur sans nom.
« Mais à chaque mort sa peine.
Mais à chaque mort le droit à la parole
pour faire entendre sa haine
et crier sa vengeance dans les âmes des impies !
Le Hurlement des Morts ! »
La nuit se leva d'un coup, du moins ce fut l'impression qu'eut Zohak. Le corps de Tiu disparut peu à peu dans les ténèbres mais sa cosmo-énergie ne cessait de s'embraser tel un feu ardent. Des centaines d'âmes errantes entourèrent le spectre, chaînes en mains, hurlant de façon stridente jusqu'à ce que les oreilles de Zohak se mettent à saigner abondamment.
« Mais enfin c'est impossible ! »
« Ressens la haine de ces hommes et de ces femmes qui n'ont pas eu la possibilité de l'exprimer de leur vivant ! »
« Non ! »
Le Juge Kaundinya n'entendait que les cris, il ne voyait pas ce qui se passait. Zohak et Tiu étant enveloppés dans une énorme sphère noire de qu'il ne pouvait approcher.
Soudain les cris s'arrêtèrent. La sphère noire se dissipa, plus aucune trace du guerrier divin, ni de son armure. Mais devant le Juge se tenait une âme damnée, à l'armure rouge sang, tenant Zohak d'une main, inconscient, le visage déformé par la peur.
Kaundinya inclina la tête respectueusement.
« Seigneur Moujin' ! Merci de l'aide apportée à mon soldat. »
« Cet homme ne mérite pas son surplis. J'ai été amené ici par la curiosité en sentant une cosmo-énergie aussi noire. Je m'attendais à trouver un spectre qui en serait la source. »
« Oui cet homme semblait habité d'une énergie aussi néfaste que le enfers. Il est dommage de ne pas pu en avoir tiré profit. »
« Il n'est peut-être pas trop tard. »
Le Juge parut surpris.
« Que voulez-vous dire seigneur ? »
« Rien. »
Il lança Zohak au pied de Kaundinya.
« Retournes aux Enfers avec cet incapable. »
« Mais… »
« Ceci n'est pas sujet à discussion. »
« Bien seigneur Moujin'. »
Kaundinya agrippa Zohak par la cheville et se retira des lieux. Il fut surpris en se rendant compte que plus il s'éloignait plus il se sentait léger. Il fut saisit d'effroi en se rendant compte que la haine qui se dégageait de se guerrier divin avait réussi à peser sur son corps et qu'encore à présent, malgré la mort de Tiu, elle continuait de l'oppresser.
« Quelle peut-être la cause d'une haine aussi effroyable ? »
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