Hello, lecteurs!

Je sais, je sais, j'suis en retard. Mais! moins en retard que d'habitude! C'est un progrès, non? Non? Oh.

Chapitre très festif que celui-ci, je vous préviens d'avance. Avec un aimable cliff-hanger à la fin... Qui ça qui est sadique? Allons allons. Je posterai la suite très bientôt.

Vous comprendrez que quelques mois se sont écoulés depuis les événements du dernier chapitre.

Il n'y a pas de correction à ce chapitre, mes plus plates excuses. Justification dans la note d'auteur du bas.

Bonne lecture à tous!=)


-Sev ! Viens m'ouvrir cette fichue porte ! Chuis sérieuse, Severus, j'suis pas patiente !

Lara marqua son agacement –et son cri- d'un énième coup de pied dans la porte, les bras serrés contre son ventre trop rond pour contenir un peu de chaleur. En vain : il n'y eut aucun signe de vie à l'intérieur de l'appartement. Un mélange de rage et de dépit commençait à serrer le ventre de la Moldue.

-Pour l'amour d'ton Dieu, Sev !

Elle aurait aussi bien pu s'adresser à la poignée rouillée de la porte. Un juron sifflant passa ses lèvres et elle s'agita un peu sur place, le vent nocturne trop froid pour la saison pénétrant ses vêtements trop légers. Un peu tremblante, elle fixa avec irritation la lumière qu'elle pouvait percevoir sous la porte. Elle voulait rester là, obstinée, à attendre que Sev' daigne ouvrir, mais… l'espoir de revoir son nez tordu commençait sérieusement à se faire rare, et elle se sentait si fatiguée…

-Sev', j't'en prie, viens ouvrir ! J'me gèle !

Elle avait espéré une réaction avec ces mots elle aurait aussi bien pu parler dans le vide. Elle soupira de dépit. En règle générale, quand elle se plaignait du froid, Severus lui trouvait une veste. Il en volait une discrètement, ou il transformait maladroitement ce qu'il avait sous la main sans baguette magique, ou bien il lui donnait simplement la sienne.

Un maigre sourire força son passage sur les lèvres de la jeune femme en revoyant brièvement un Severus de onze ans lui mettre impérativement sa cape de sorcier sur les épaules alors qu'ils discutaient au bas des escaliers de Spinner's End, dissimulés à la vue du Tobias Snape qui dessaoulait quatre étages plus haut… Severus était mort de peur ce jour-là. Il était toujours mort de peur quand il revenait de l'école pour l'été, et lui et Lara avaient pris l'habitude de se voir ce jour-là pour le rassurer –mot qu'il n'aurait jamais utilisé lui-même, tout naturellement. Elle allait le chercher à la gare, directement à Londres, et ils marchaient lentement jusqu'à l'Impasse en discutant aussi légèrement que possible. Puis ils s'asseyaient au bas des marches et elle attendait que Severus trouve le courage de monter pour partir. C'était une « tradition » qu'ils ne nommaient pas, mais à laquelle ils tenaient autant l'un que l'autre. Jusqu'à cette année…

Cette année, où Severus n'était pas dans le train quand elle s'était rendue à la gare.

Elle l'avait cherché, de plus en plus inquiète, et avait fini par interroger un jeune homme aux aspects sorciers –il avait une chouette dans une cage, des yeux d'une couleur mordorée un peu anormale et des cicatrices sur le visage- qui sortait du train. Le type avait regardé autour de lui avec un air inquiet, comme si le nom de Severus était un tabou. Puis il avait baissé le ton pour répondre précipitamment.

-Snape est rentré chez lui par voie Magique, pour ce que j'ai pu comprendre. (Il nota le regard ahuri de Lara et simplifia : ) Il a transplané directement chez lui, beaucoup de septième année le font. Mais un simple conseil, puisque tu as l'air d'être une Moldue –ne cherche pas à l'approcher. Tu te mettrais en danger, et lui auss-

Il s'était vivement interrompu en apercevant quelque chose derrière l'épaule de Lara, et avait grimacé avant de faire un signe de tête d'au revoir à la Moldue et de la dépasser pour rejoindre un autre jeune homme, dont le visage était à demi masqué par ses longs cheveux noirs. Tracy n'eut besoin que de quelques secondes pour reconnaître… Machin.

Le copain de Severus, là. Sinus.

Qui avait davantage l'air d'un zombie déterré que d'un adolescent.

Les mots du premier jeune disparurent aussitôt de son esprit, remplacé par un regain d'inquiètude, et elle le rejoignit à grands pas.

-Bordel, toi ! Il est passé où, Sev ? Tu devrais pas être avec lui ? Il lui est arrivé quoi ?

Le regard que lui renvoya l'autre quand il leva les yeux vers elle était… vide. Vide. Désespérément vide, hébété, même. Ses prunelles trop claires étaient anormalement… inexpressives.

Et au nom de « Sev », un désespoir profond les envahit.

-…Viens, Sirius, on y va, avait promptement lancé un troisième jeune homme, avec des cheveux noirs en bataille et des lunettes, en jetant un regard assassin à Lara, avant d'entraîner avec lui Sinus hors de la gare sans lui laisser le temps de répondre. Le jeune aux yeux mordorés avait accordé une moue d'excuse à la Moldue avant de suivre ses amis en la plantant là, déconcertée, au milieu de la gare.

Et à présent, comme une idiote, elle se tenait sur le pas de la porte de Spinner's End pour la neuvième soirée consécutive. Inquiète. De plus en plus inquiète.

-Severus, come on ! C'est qu'moi, Tracy ! Viens m'ouvrir, amour !

Bon sang, pourquoi n'ouvrait-il pas… ? Parce qu'il était là, elle le savait. Si elle ignorait le sens du mot transplaner, elle savait que ça voulait certainement dire qu'il était rentré chez lui à l'heure actuelle. Ni Eileen ni Tobias n'avaient été vus dans le quartier depuis qu'elle avait été témoigné… et la lumière s'allumait et s'éteignait régulièrement aux fenêtres. Et un squatteur aurait réagit à ses appels répétés… Severus était dans ce fichu appartement, elle le savait… pourquoi l'ignorait-il, bon sang ? Avait-elle pu faire quelque chose pour le vexer ? Mais il avait paru si content la dernière fois qu'ils s'étaient vus…

Bordel, elle voulait juste serrer ce gamin freluquet contre elle… et l'entendre protester, mais le sentir rendre l'étreinte maladroitement. Comme avant.

Elle poussa un soupir et appuya son front à la porte de l'appartement, fermant les paupières. Lasse.

-…J'm'inquiète pour toi, pauvre idiot… J'espère qu't'en as conscience.


-…J'm'inquiète pour toi, pauvre idiot… J'espère qu't'en as conscience.

Severus se mordit les lèvres de frustration en entendant Lara de l'autre coté de la porte, et hocha la tête avec un désespoir croissant. Oui, il en avait conscience. Douloureusement conscience. Fous moi l'camp d'ici, Lara… s'il te plait…

Les sortilèges de Repousse-Moldu qu'il avait lancé sur sa porte finirent par exaucer son souhait ; Tracy abandonna la lutte après quelques minutes supplémentaires, et il entendit les talons hauts faire demi-tour et descendre les escaliers d'un pas lent et hésitant. Il voulait sauter sur ses pieds, filer à la porte, rappeler son amie… tout lui expliquer et attendre son soutien…

Mais le soutien que Lara lui porterait la condamnerait, dans les circonstances actuelles… Que pouvait-il faire d'autre que d'attendre qu'elle se lasse… ?

Il étouffa un gémissement dans le creux de son coude, croisant ses bras sur la table. Ses lèvres étaient juste à hauteur de sa Marque, il pouvait sentir son propre souffle au travers de sa manche. Et sa peau se rappelait des lèvres de Sirius sur l'immonde dessin, l'embrassant doucement pour en calmer la douleur alors qu'elle cicatrisait.

Sa peau avait une mémoire haïssable. Douloureuse.

D'une certaine façon, quand il avait quitté Sirius, il avait cru qu'il se retrouverait… vide. Vide comme Eileen, quand il l'avait visitée à Sainte-Mangouste, pour la trouver complètement catatonique. Sa mère avait à peine semblé le reconnaître. Moins que d'habitude. Elle ne réagissait même pas quand on lui parler. Elle s'était contenté de demander, pour la énième fois d'après sa Guérisseuse, quand elle pourrait voir Tobias, avant de s'enfermer dans un mutisme obstiné. Parce qu'elle était encore amoureuse malgré tout. Ou convaincue d'être amoureuse. Parce qu'elle s'accrochait avec désespoir à l'homme qu'elle avait aimé. Et séparée de celui-ci, elle était complètement absente.

Severus était certain de se retrouver dans le même état après sa rupture. Mais non.

C'eut été trop simple.

Il aurait voulu se dire que cette réaction si différente de celle de sa mère témoignait simplement de caractères très distincts entre deux individus. Mais non. La vraie raison était trop… inévitable.

Il ne pouvait pas se sentir juste triste. Pas quand il était la cause de la… rupture. Il ne pouvait pas se contenter de se plaindre de son sort quand il aurait pu changer les choses, s'il avait su réagir correctement…

Il n'avait pas le droit d'être simplement malheureux. Il devait souffrir.

Et Merlin, il souffrait…

Il avait quitté Sirius quatre mois et vingt-quatre jours plus tôt.

Depuis, il n'avait pas passé une journée sans avoir envie de fondre en larmes. Ou sans fondre en larmes, tout simplement.

Ils étaient à peine sortis ensembles pendant deux mois… Déjà plus du double de ce délai s'était écoulé, et pourtant, Severus savait d'avance que six, huit, dix mois, un an ne lui permettraient pas de calmer les sentiments insupportables qui le torturaient depuis leur rupture.

Chaque chose qu'il faisait, qu'il voyait, qu'il pensait, à toute heure du jour, lui évoquait d'une manière ou d'une autre la présence –et désormais, l'absence- auprès de lui de Sirius Black. Il croisait son propre regard dans le miroir, et il se disait que ses cheveux avaient l'air horrible et alors il repensait au sourire idiot qu'avait eut le Gryffondor en tressant quelques-unes de ses mèches, tandis qu'il protestait pour la forme. Et puis il réalisait que plus jamais les doigts de Sirius ne se glisseraient dans ses cheveux, et il avait envie de vomir.

Ou bien il se coupait accidentellement en tranchant un ingrédient de potion, et il repensait avec un début de sourire aux manières d'infirmières affolées de son petit ami, pire que Pomfresh à ses heures, quand il s'était identiquement blessé devant lui. Avant de se rappeler que ça n'était plus son petit ami, par sa propre faute, et d'avoir envie de s'empoisonner avec ses propres Filtres.

Il avait effleuré le bonheur du bout des doigts, pendant deux mois. Il avait eut la stupidité de s'y complaire. De rêver. D'apprécier. De baisser sa garde. D'aimer. Il avait eut l'idiotie de croire qu'il pourrait avoir une fin heureuse. Lui. Severus Snape.

Et à présent…

À présent, il tombait de haut. Il avait été eut comme un Poufsouffle de première année, en s'attachant à Sirius Black… et il n'avait même plus le courage d'en avoir honte. Il était tombé dans le piège stupide du sentimentalisme, dont il s'était lui-même moqué si souvent au cours de sa vie. Tant pis. Au Diable sa fierté : Sirius était parti. Eut-il perdu ses deux mains, il se serait senti moins démuni.

La bague argentée et son rubis couleur de sang étaient toujours à son doigt. Mais ils ne voulaient plus rien dire, à présent. Comme le reste.

À présent, il était tout seul. Il repoussait Lara, Lily et Sirius pour les protéger. Regulus ne lui parlait presque plus. Eileen était à Sainte-Mangouste, Tobias en prison. Il était seul, pour de bon, dans cet appartement sombre à l'odeur de renfermé. Seul dans les… « Missions » de potions que lui confiaient les Mangemorts. Seul, sans garde-fou pour l'empêcher de sauter.

Sauter…

L'idée était tellement tentante… Pourquoi pas ? Qu'attendait-il ? Il n'avait plus rien à espérer. Rien. Les personnes qui comptaient à ses yeux ne le verraient plus jamais. Il n'était plus utile qu'aux sombres desseins de celui qui se faisait appeler le Seigneur des Ténèbres. Il n'avait rien à attendre de cette vie, si ce n'était davantage de souffrances.

Il ne voulait pas mourir, certes non… Mais il ne voulait plus vivre. Pas cette vie de raté, de gamin abusé et désabusé dont le rôle lui pesait depuis trop longtemps déjà. Un sourire tremblant tordit ses lèvres. Raté, c'était bien le mot. Il était malin, il n'avait obtenu que des O à ses ASPICs. Il aurait pu être utile. Mais il avait tout gâché, en étant trop faible, pas assez courageux, pas assez lâche… Trop Serpentard, trop peu Serpentard… Il avait tout gâché, pour lui comme pour les autres. Et il n'avait même plus le droit d'espérer ce bonheur coupable –Sirius.

Et puis, il avait fait ce qu'il pouvait faire. Il lui avait sauvé la vie. Il lui avait donné l'opportunité d'en trouver un autre qui vaudrait mieux pour lui. Un autre qui serait moins compliqué, moins sinistre, moins sarcastique. Qui irait mieux avec lui. Un Gryffondor, peut-être. Lupin, par exemple –il avait vu le loup-garou à proximité de Sirius trop souvent depuis leur rupture. Ou alors ce Serdaigle qui faisait de l'œil au brun depuis leur cinquième année. N'importe qui. Sirius avait tout le loisir d'en trouver un autre.

Un autre dans les bras duquel il dormait peut-être à cette heure-ci…

Il ferma les yeux avec une montée violente de bile qu'il ravala de son mieux. Ces réflexions, il se les était déjà faites, trop souvent depuis ces quatre mois et vingt-quatre journées. Il n'avait pas encore sauté.

Mais chaque jour, quand il passait à la fenêtre, entre deux chaudrons, et voyait les vieux entrepôts, si hauts, si accessibles, qui feraient si bien l'affaire…

Chaque jour, il pouvait sentir qu'il était plus prêt de s'y décider. Quand il aurait abandonné les dernières bribes de souvenirs de Sirius au nouvel amant de celui-ci. Il avait le sentiment que ça ne serait plus trop long.


Les conversations dans la pièce s'étaient toutes brutalement tues, d'un seul coup. Les yeux se baissèrent précipitamment, les échines se courbèrent légèrement. Severus resta immobile –il était déjà assis dans un coin, les yeux sur ses genoux- mais nota pour lui-même le spectacle que représentait une soixantaine de Sang-Pur Snobs baissant respectueusement le regard et la voix. Lord Voldemort venait d'entrer dans la pièce.

Le père de Walden Macnair, juste devant lui, recula d'un pas, laissant le passage libre pour le Seigneur des Ténèbres avec une petite révérence stupide. Severus, lui, n'avait même plus la volonté d'être effrayé. Il releva juste un peu les yeux, en ignorant les règles de convenance –se lever, s'incliner- que Lucius lui avait répété une dizaine de fois. Ils le méprisaient tous déjà, il n'avait rien à perdre.

Le visage de son… maître… avaient encore une fois changé. Ses traits s'étaient affinés, quasiment invisibles à présent sur sa peau lisse et blanche. Son visage était plus… reptilien encore que la dernière fois, et pourtant… pourtant, tout le charisme de l'homme était toujours là. Une beauté effrayante. Insolente. Ses traits fins avaient quelque chose de trop malsain pour que Severus puisse y voir le moindre attrait, néanmoins. Ce rictus au coin des lèvres désormais blanches de Voldemort, il le connaissait trop bien. Il lui rappelait celui que Jonas arborait dès qu'il le voyait…

Quant à ses yeux, qui avaient pris un éclat aussi sanglant que la bague que lui, Severus, portait au doigt, ils brillaient d'un éclat de supériorité détestable alors qu'il voyait les courbettes se multiplier autour de lui. Et malgré son calme apparent, Severus ne put s'empêcher de baisser précipitamment le regard sur ladite bague une nouvelle fois quand le regard de braise se tourna vers lui.

Le silence lui siffla aux oreilles, et il devina sans les voir les regards des autres Sang-Pur dans la pièce qui se tournaient également vers lui. Il mordit sa lèvre et attendit les réprimandes. Peu importe quoi, il ne craignait pas ce que le Seigneur des Ténèbres pourrait lui faire à ce stade. Une part de lui lui signala qu'il aurait du s'alarmer de ce manque d'instinct de survie, mais il n'eut guère le temps d'y réfléchir avant que la voix glaciale et pourtant veloutée de Voldemort ne retentisse dans la pièce.

-…Tu me sembles en bien mauvais état, Severus...

Il releva les yeux sans même y penser, trop incrédule pour se soucier de planter son regard ahuri dans celui du sorcier le plus craint du pays. Il avait attendu un ordre de se lever au mieux, un sortilège au pire. Pas… ça. Bien sur qu'il était en mauvais état. Il se laissait à demi dépérir. Mais Voldemort n'en avait rien à faire, si ?

-Eh bien ? Poursuivit Voldemort de la même voix doucereuse, et Severus put voir les autres échanger quelques regards derrière lui. Que t'arrive-t-il ? N'es-tu pas heureux de ta nouvelle vie ?

Non, songea-t-il naturellement, sans être assez fou pour ouvrir la bouche. Il était trop las pour réfléchir convenablement. Que devait-il répondre pour satisfaire le Seigneur des Ténèbres ? Il savait toujours quand on lui mentait, évidemment. Il avait toujours les lèvres closes quand Voldemort rouvrit la bouche une troisième fois, avec une note d'amusement dans la voix.

-Je ne saurais te reprocher d'être bouleversé par les évènements de cette année, tout naturellement… Mais je serais déçu d'avoir à te blâmer de tes mauvais services, tu peux le comprendre. Où se trouve le Filtre de Charybde que je t'ai commandé ?

Une nouvelle fois, il resta muet, fermant les paupières en crainte du ton qui ne manquerait pas de se lever. La potion en question, il ne l'avait jamais mené à terme. Comment aurait-il pu faire dissoudre le cœur encore battant d'une « Sang-de-Bourbe encore fraîche » ? Il n'était pas un monstre. Il n'appartenait pas à cet univers de Magie Noire et de meurtriers de sang-froid.

Quelques murmures retentirent cette fois dans la salle, les Sang-Pur outrés devant son silence obstiné. Ne pas répondre quand Voldemort lui adressait la parole… S'ils avaient pu savoir comme il était détaché de toute leur mascarade…

Il sursauta néanmoins brusquement quand il rouvrit les paupières pour voir la véritable cause des chuchotements stupéfiés : le Seigneur des Ténèbres était à présent juste devant lui, penché pour lui parler comme on l'aurait fait pour un enfant. Severus ne put retenir un frisson en croisant le regard couleur de sang juste devant ses propres yeux.

-Sais-tu comment fonctionnent les Impardonnables, Severus ? Siffla Voldemort avec un rictus malsain, si bas qu'il faillit ne pas l'entendre.

-…Il…Il faut vraiment vouloir leurs effets pour qu'ils soient efficaces, répondit-il machinalement, avec l'impression d'avoir hurlé tant le contraste avec le silence était violent.

Pourquoi cette question ? Allait-il lui jeter un Doloris ? Il voulait détourner les yeux, mais il était prisonnier du regard brûlant de son Maître.

-Bonne réponse, confirma le Seigneur des Ténèbres avec une satisfaction presque paternelle. Et une fois que l'on a lancé ses premiers Impardonnables, les autres viennent tout naturellement, tu le sais probablement. Il faut juste que tu te décides réellement la première fois…

Severus ne savait pas quoi répondre, alors il ne répondit rien. Il avait envie de vomir. Cette discussion ne le concernait pas. Il ne tuerait et ne torturerait personne. Jamais. Mais la proximité entre lui et Voldemort, le sourire cruel de son « Maître » le mettaient si mal à l'aise… Il hocha brièvement la tête pour montrer qu'il avait compris, espérant que ça suffirait. Le Seigneur des Ténèbres semblait néanmoins avoir parfaitement suivit le cours de ses pensées, comme s'il pouvait les lire dans ses yeux, et il se redressa d'un geste souple, en faisant un signe de la main. Severus, encore tremblant, mit un instant à comprendre, avant que le CRAC ! sonore d'un transplanage ne les fasse tous sursauter. Avery Senior venait d'apparaître au milieu de la pièce en tenant un homme agenouillé par l'épaule.

Et il recula brusquement en croisant le regard perdu de Tobias Snape, écarquillant les yeux avec sa première véritable montée d'émotions violentes depuis qu'il avait quitté Sirius.

Des exclamations incrédules se firent entendre autour d'eux. Les mots « son père » et « Moldu » lui sifflèrent aux oreilles, et il se tendit comme pour s'en protéger. Qu'est-ce que… Qu'est-ce que… Tobias était à Azkaban ! Plaida son esprit logique, effaré. Comment aurait-il atterrit ici ?

Voldemort répondit à sa question muette avec un large sourire.

-Le père de Severus, ici présent, s'est rendu ces dernières années coupable de crimes anti-Sorciers particulièrement inacceptables, lança-t-il sur un ton dégagé, en se tournant vers ses Mangemorts. Le ministère de la Magie ne les a pas punis à leur juste valeur. J'ai pensé qu'il était de notre devoir de rétablir cette injustice commise envers… l'un des nôtres.

Il avait terminé sa phrase avec un regard vers Severus, qui sentit la nausée l'envahir. Non. Ça ne pouvait pas réellement arriver. C'était impossible. Il gardait les yeux rivés sur Tobias qui, pour le coup, ne lui accordait pas un coup d'œil, toute son attention –et sa terreur- sur le Seigneur des Ténèbres. Il s'était amaigri, et ses cheveux avaient été coupés. Ses vêtements étaient déchirés par endroit, et ses mains étaient couvertes d'éraflures. Il faisait pitié. Tout ce qui avait terrifié Severus quand il était enfant –envolé. Plus aucune puissance ne se dégageait de cet homme. Plus aucune trace du pouvoir terrifiant qu'il avait pu faire peser sur son fils auparavant.

Pour sa part, Azkaban avait été une peine très juste.

Mais Voldemort ne l'entendait pas ainsi. Il pointa tranquillement sa baguette sur Tobias. Le sortilège ne fut jamais prononcé à haute voix, mais tous purent reconnaître dans les hurlements les effets du Doloris.

Des murmures d'approbations, cette fois, se firent entendre dans la pièce. Bellatrix Lestrange, quelques mètres plus loin, lança quelque chose qui fit éclater ses voisins de rire. Le sort cessa après quelques instants qui parurent être des heures, et Voldemort sourit légèrement en voyant le Moldu rester prostré par terre en gémissant.

Severus recula à nouveau sur sa chaise, tremblant et horrifié. Ça n'était pas censé arriver. Ça n'était pas censé arriver…

Le Seigneur des Ténèbres revint vers lui et, sans qu'il ne comprenne trop ce qui se passait, sa baguette sauta de sa poche jusque dans sa main. Voldemort la pointa sur Tobias pour lui et lui adressa un sourire presque aimable.

-À toi.

Il mit un instant à comprendre l'ordre, et surtout, ce qu'il impliquait. L'un des nôtres… Il secoua la tête, incapable pour le coup de contenir ses tremblements. Voldemort le pointa alors à son tour de sa baguette, et, loin du Doloris qu'il avait presque senti venir, siffla un sort qu'il ne reconnut pas. La seconde suivante, il se trouvait dans la chambre noire de Spinner's End avec un Tobias saoul et hilare. Des coups de ceinture pleuvaient sur son dos, des injures sur les sorciers retentissaient plus fort que ses propres suppliques erratiques, coupées de cris de douleur. Un courant d'humiliation, de haine le traversa et le sort glissa dans son bras trop naturellement.

Il se retrouva à nouveau dans le Manoir Nott, ses gémissements de douleur se taisant à ses oreilles pour être remplacées par ceux de Tobias. Il stoppa aussitôt son sortilège, échappant sa baguette avec horreur.

Voldemort semblait néanmoins satisfait. Il adressa un sourire tranquille à Severus, et tout à coup, celui-ci comprit : ça n'était pas pour faire de lui un « vrai » Mangemort qu'il avait organisé le tout. C'était pour lui démontrer que sa volonté ne vaudrait rien face à celle de son Maître. Une démonstration de la puissance de Voldemort –ou de sa faiblesse, à lui. Il venait de jeter un Impardonnable. Il avait voulu la souffrance d'un autre. Il avait obéit. Qu'il le veuille ou pas. Ce dont il s'était efforcé de ne pas se rendre coupable était arrivé. Le Seigneur des Ténèbres avait parfaitement trouvé comment l'atteindre à ce stade : le dégoûter de lui-même.

Un nouveau sortilège, indifférent, retentit de la bouche du Seigneur des Ténèbres et, avant qu'il ne comprenne quoi, le corps de Tobias s'enflamma sur le tapis, faisant reculer d'un pas rapide les Mangemorts à proximité. Severus poussa un cri et se leva vivement, mais il ne fut entendu de personne dans le hurlement à peine humain qui retentit des flammes.

Il faillit se mettre à pleurer. Faillit. À la place, il ravala une brusque montée de bile, les yeux grands ouverts et fixés sur les flammes qui disparaissaient en laissant une zone de tapis noircie. Non…

-Justice est faite, commenta simplement Voldemort avec indifférence. J'attends mon Filtre de Charybde d'ici mardi prochain, Severus.

Et il tourna les talons pour aller s'adresser à d'autres Mangemorts. Ceux-ci se détournèrent petit à petit de Severus, en continuant de lui jeter des coups d'œil méprisant ou moqueur. Le Serpentard ne les remarqua même pas, tremblant comme une feuille. Tout ce qu'il parvint à penser, c'était au quel des vieux entrepôts il choisirait une fois qu'il serait rentré à l'Impasse.


-Sirius ! Quelqu'un pour toi !

Le nommé sursauta brusquement à l'entente de son nom, et leva précipitamment les yeux de l'anneau qu'il fixait jusqu'alors, la faisant disparaître dans une poche de sa robe, comme pris la main dans le sac. Remus ne manqua pas le geste, mais il eut le tact de faire semblant de rien pendant que son ami rangeait rapidement les parchemins sur lesquels il travaillait.

-C'est qui ?

-Regulus. Il fait dire que c'est urgent.

La légère grimace dans la voix du lycanthrope indiquait bien tout son enthousiasme à recevoir Regulus Black chez lui. Sirius était un peu perplexe –Remus et Regulus, à défaut de bien s'entendre, avaient tenus des rapports à peu près cordiaux depuis la réconciliation secrète des deux frères. Il aurait cru que la politesse aurait poussé Remus à maintenir l'amabilité jusque dans sa maison, même s'il était surpris de la visite- mais l'explication du comportement de son ami se présenta à lui dès qu'il fut dans le hall d'entrée : Regulus tenait un masque de Mangemort à la main.

Il se glaça sur place en le voyant, horrifié. Non… Regulus n'était pas assez stupide pour…

-Ce n'est pas le mien, lança son frère avec agacement, ayant manifestement suivi le cours de ses pensées. Ne me crois pas plus stupide que je le suis. C'est celui de Severus.

Ces mots n'étaient pas les bons pour le détendre. La simple mention du prénom du Serpentard lui serra brusquement le cœur. Ce masque de Mangemort… Il ferma les paupières, sentant son estomac tressauter –d'un sentiment qu'il n'arrivait même pas à identifier. Snape était un Mangemort fidèle, il le lui avait dit… Bon sang, son frère avait-il besoin de retourner le fer dans la plaie… ? Ils s'étaient à peine parlé depuis que Severus avait pris cette fichue Marque, mais jamais Sirius n'aurait imaginé que Regulus approuverait l'asservissement de son ami…

-…Reg, si t'es là pour… pour empirer la situation…

-Tu t'imagines réellement que ça serait mon genre de plaisanterie ? Le coupa Regulus, l'air tendu, avec un coup d'œil à la porte comme s'il s'attendait à la voir s'ouvrir sur Voldemort lui-même. Donne moi dix minutes et une pièce insonorisée, Sirius. J'ai beaucoup à te raconter.

Il cligna des yeux, surpris. Reg avait l'air nerveux, mais sincère… Bon sang, qu'est-ce que c'était que cette histoire ? Songea-t-il, bouleversé, avant d'indiquer à son frère le chemin des escaliers pour le faire monter à sa chambre –soigneusement insonorisée par plusieurs sortilèges pour rendre ses cauchemars inaudibles à la famille Lupin, chez qu'il avait temporairement élu domicile. Il referma la porte derrière eux, les sourcils froncés d'inquiétude.

-…Bordel, Regulus, c'est quoi, cette histoire… ?

-Severus t'aime encore, le coupa presque son frère, sur un ton sec.

Encore une fois, s'il avait espéré inciter Sirius au calme avec ces mots, il s'était complètement fait avoir : le Gryffondor tressaillit et ferma les yeux comme pour ravaler une trop brusque montée d'émotions. Severus, l'aimer… ? Il se laissa tomber sur son bureau et se frotta le visage d'une main. Il ne demandait qu'à le croire… Mais…

-Il m'a quitté en me traitant de tous les noms, Regulus… il m'a dit expressément qu'il m'avait utilisé pour filer de l'Impasse et qu'il voulait devenir un putain de Mangemort… Tu vas pas me faire croire-

-Tu vas pas me faire croire que tu l'as cru ? L'interrompit à nouveau le plus jeune, l'air agacé. Fallait bien un Gryffondor sentimentaliste comme toi pour avaler ça… Sirius, cet imbécile a fait ça pour te protéger –ne m'interromps pas ! Tu sais bien que ce type ne pense pas de façon tout à fait normale. Lucius et les autres se sont servis de toi comme moyen de pression pour lui mettre la Marque, et ça a marché. Tu t'imagines peut-être qu'ils allaient abandonner une technique aussi efficace par la suite ? Ils ont menacé Severus de t'étriper de toutes les façons possibles jusqu'à ce qu'il te quitte –après que les autres t'aient jeté un sort.

Sirius ne put même pas contenir la lueur d'espoir dans ses yeux alors qu'il fixait Regulus en attendant la suite, hébété. Il n'était pas stupide, il avait envisagé cette option. Il avait voulu y croire, que Sev l'avait quitté pour quelque chose d'aussi idiot, qu'il l'aimait encore… Mais dès qu'il levait le nez vers la table des Serpentards, il le voyait en train de discuter avec Avery ou Malefoy, sans un coup d'œil pour lui… Il se faisait bousculer dans les couloirs par un Mulciber à l'air satisfait, ou un Nott moqueur, qui se moquaient bien de lui pour avoir cru à l'amour de Snape… Comment aurait-il pu espérer ?

Mais Regulus était le meilleur ami de Severus… Et il était son frère… Pourquoi lui aurait-il menti… ?

-Severus s'est comporté comme un Gryffondor stupide, reprit Regulus, après lui avoir laissé un instant pour digérer la nouvelle. Il espérait que tu trouverais quelqu'un d'autre.

Le ton avait quelque chose d'interrogateur sur la fin et Sirius mit un instant à comprendre la question, avant de secouer la tête.

-Personne, Reg'. C'est… c'est lui, tu sais…

-…Tu parles comme lui, remarqua Regulus avec un reniflement, et il ne savait discerner si c'était un reproche ou de l'admiration. Bref, toujours est-il qu'il m'a interdit de te dire tout ça, naturellement… histoire de te laisser une chance de l'oublier. «C'est plus sécuritaire », « Il mérite mieux que moi », « Il en aimera un autre »… Tu vois le genre de conneries…

-…Quel imbécile…

Mais le cœur n'était pas à l'insulte. Sirius peinait à croire à ce que Reg lui racontait, mais ses mains tremblaient à présent. Sev ne le haïssait pas… Bon sang, il avait été assez stupide pour croire qu'il le quittait… Une vague d'espoir lui réchauffa la gorge. S'il ne le haïssait pas, il pourrait aller le voir à Spinner's End, s'expliquer, faire des compromis… Ils pourraient redevenir le couple qu'ils avaient brièvement étés-

-Sirius, appela sèchement Regulus, l'air sombre, comme il voyait un début de sourire tendre les lèvres de son frère. Ça n'est pas si simple que ça. Il va mal. Très mal. Ça se voit. Il ne réagit même plus aux insultes, ni à rien. Le Seigneur des Ténèbres… Sirius, ce qu'il a fait ce soir… J'ai peur que ça soit la goutte qui fait déborder le chaudron…

-Quoi ? Qu'est-ce qu'il a fait ? S'alarma le plus vieux, sautant sur ses pieds. Sev est blessé ?

-…Non. Tobias est mort.

-…Quoi ? S'insurgea le Gryffondor, incrédule.

Tobias… ? Tobias Snape ? Le père de Sev ? Mais… il était en prison ! Regulus lui expliqua ce qui s'était passé, l'air grave. Sirius avait la nausée. Voldemort était un monstre. De tout ce qu'il avait entendu des actes du « Seigneur des Ténèbres », il n'avait jamais pleinement réalisé à quel point il était habile en matière de cruauté. Il haïssait Tobias, il ne lui souhaitait pas mieux. Mais… Severus n'était pas comme ça… Le meurtre de son père, sous son nez? Cet imbécile était capable de culpabiliser...

-Je suis parti en avance pour pouvoir te prévenir, lança Regulus, en se levant et en lui mettant le Masque dans la main. J'ai piqué ça à Severus pour qu'il le cherche, pour que ça le retarde si possible… J'ai vraiment peur qu'il fasse une connerie, Sirius. Je me refusais de trahir sa confiance, mais je n'arriverai pas à le raisonner. Toi…

Il lui adressa un pauvre sourire, et le Gryffondor remarqua seulement alors le désespoir dans le regard de son petit frère. Il était honnête. Il n'était là que parce qu'il n'avait pas d'autres choix. Plus encore que ses mots, ce regard misérable de la part d'un garçon fier et débrouillard comme Regulus avait quelque chose de bouleversant. Il tenait à Severus, lui aussi.

-…Reg, où est-ce qu'il est… ?

-À Spinner's End, je pense. Un sort de pistage en arrivant là-bas devrait suffire, il est négligeant sur ses protections ces temps-ci…

-…Merci d'm'avoir prévenu, Reg, souffla le plus vieux avec une tentative de sourire. J'donnerai ton nom à mon premier fils.

-Sauve la peau de cet imbécile, ça me suffira, répliqua le Serpentard en répondant à demi au sourire.


Eh oui, un autre chapitre qui respire la joie de vivre... Que voulez-vous, je suis un Bisounours dans l'âme. =)

À vrai dire, je me dois de vous présenter mes plates excuses pour la qualité de ce texte. Je ne suis pas certaine qu'il soit à la hauteur de vos attentes ^^; Mais j'ai eut quelques soucis d'ordre personnel, et me voici désormais écrivaine clandestine... De fait, je suis privée de ma correctrice et de ses avis constructifs. De plus, je dois m'excuser (à la correctrice et à l'ensemble des lecteurs): ce chapitre était censé contenir un post supplémentaire, de la plume de la talentueuse Tirelipimpon sur le Chihuahua. Néanmoins, certaines circonstances nous ont empêchés d'inclure ce post. Je ne peux que m'en excuser platement.

En théorie, il reste un chapitre à cette fic, en plus de l'épilogue. La fin est proche... (qui a dit "enfin"?)

Je me permets ici une note personnelle à l'aimable dictature qui ne manquera pas de lire ceci (ou de se le faire rapporter par ses "gentils" espions) : S'il y a une chose, outre la langue de vipère, que je tiens de toi, c'est certainement ma rancune. Tu as peut-être tes raisons de faire ce que tu fais, mais prends bien note de ce que je dis: tu es en train de faire la plus belle connerie de ta vie. Mon respect, je ne le donne qu'une fois, et tes dernières chances de le rattraper sont en train de disparaître.

Quant à mes lecteurs légitimes: navrée de l'apparté ^^ J'essaierai de taper la suite rapidement, promis. J'espère sincèrement que ce chapitre vous aura plu, j'y ai travaillé très dur. Une review pour l'auteure?