Note de la traductrice : Rien ne m'appartient, ni les personnages - qui appartiennent, bien évidemment, à Madame JK Rolwing - ni l'histoire, qui appartient à Anna Fugazzi, qui m'a très gentiment donné l'autorisation de traduire sa sublime histoire.
Avertissement : Cette fic est un SLASH. Si les relations homosexuelles et les scènes explicites ne vous plaisent pas, ne lisez pas ce qui suit. Merci.
Rating : M
Statut de la fic originale : Fic terminée : 21 chapitres et un épilogue.
Rythme de publication de la traduction : un chapitre tous les premiers mercredis du mois.
Note de la traductrice : un énorme merci à Kaorimiiko et Werewolfheart89 pour leur relecture de ce chapitre :)
Chapitre 20
18 Mars - 21 Mars
171ème jour, Jeudi
Harry gardait les yeux fermés tandis qu'il pesait le pour et le contre sur le fait d'aller vomir une nouvelle fois. Il se rendit compte que la liste des pour était douloureusement courte. En général, vomir se révélait écœurant mais amenait un sentiment de soulagement en mettant fin à la nausée qui précédait. Mais pas en ce moment. Rien ne semblait pouvoir le soulager. Même les divers sorts et potions que Pomfresh continuait à lui administrer ne lui offraient que de brefs répits avant que les vomissements ne reviennent avec leur intensité initiale, accompagnés de douleur, de fatigue et d'une conviction que la vie, dans l'ensemble, ça craignait.
Cela faisait trois jours qu'il était à l'infirmerie. Nausées, douleur, fatigue, sur un fond d'ennui…une véritable rengaine. Il se mit sur le côté et commença à faire la liste des personnes qui lui avaient rendu visite, histoire de se remonter le moral et de s'occuper l'esprit. Hermione et Ron, bien sûr. Et puis Neville, Ginny, Seamus, Dean et Tracey Davis, Colin, Dennis, Justin, les professeurs Dumbledore, McGonagall, Lupin et Trelawney (un vrai aimant à souffrance, comme l'avait surnommée Ron), Hannah, Terry, Mandy, Padma, Lisa, Stephen, Luna, Ernie, Susan, Pansy, Blaise…il se demanda s'il devait classer ses visiteurs par Maison, par âge ou bien selon le jour où ils étaient venus le voir. Histoire de se divertir et de ne surtout pas penser à une certaine personne, très remarquée par son absence.
Il n'était pas surpris que Draco ne soit pas venu le voir. Pas après la façon dont Harry avait rompu. Il grimaça en se rappelant les paroles cruelles qu'il avait eues envers lui, l'insensibilité avec laquelle il avait claqué la porte…Il ne pouvait reprocher à Draco de se tenir à l'écart.
Fatigué de rester sur le côté, il se mit sur le dos, déglutissant en sentant monter une vague de nausée. Il se laissa aller un instant à imaginer qu'il n'avait pas quitté Draco, avant de se rappeler des nombreuses raisons qui l'avaient poussé à le faire.
"Je crois qu'il dort," entendit-il Pomfresh dire. Il tourna la tête - sans faire de mouvement brusque - pour voir qui le demandait. Il s'assit alors rapidement et le regretta immédiatement en sentant son estomac menacer de se vider à nouveau.
"Merlin, Harry…tiens." Draco fût à ses côtés en un éclair, une main sur son épaule et l'autre lui tendant un seau qui avait été laissé à côté du lit. "Tu as besoin de…"
"Non, non, ça va…" marmonna Harry en fermant les yeux et en essayant de déterminer qui il allait devoir regarder en premier lorsqu'il se sentirait un peu mieux. C'était un vrai merdier (enfin, "merdier" n'était peut-être pas la bonne chose à laquelle penser en ce moment…) : qui de Draco ou de la personne qui l'accompagnait choisirait-il de regarder ? "Guérisseuse ?" finit-il par dire, incertain.
"Mr. Potter," le salua doucement la Guérisseuse Esposito alors que Harry ouvrait à nouveau les yeux en remarquant que sa nausée semblait provisoirement sous contrôle.
"Que faites-vous ici ?" demanda-t-il. Il fronça les sourcils lorsque Draco et elle s'échangèrent un regard gêné. Il lança un regard curieux à Draco, qui lui tenait encore l'épaule.
Esposito s'éclaircit la gorge. "J'ai reçu un hibou urgent de Miss Granger à propos de votre récente maladie. J'aimerais vous examiner, si ça ne vous dérange pas." Harry acquiesça, totalement déconcerté. "Mr. Malfoy ?"
Le froncement de Harry s'accentua en voyant que Draco ne reculait pas pour laisser à Esposito la place de l'examiner, comme Harry s'y était attendu, mais qu'au contraire il se rapprocha, relâchant son épaule pour lui prendre la main.
"Qu'est-ce que…"
"Fais-moi confiance," se contenta d'expliquer Draco alors qu'Esposito prenait sa baguette et la dirigeait vers leurs mains entrelacées.
"Lux Vinculum," déclara-t-elle d'un ton laconique. Rien ne se produisit. Draco poussa un soupir de soulagement et commença à se reculer mais Esposito secoua la tête en le regardant. Elle ferma les yeux et répéta fermement, "Lux Vinculum."
Un ruban flamboyant composé de nœuds celtiques prit lentement forme autour du poignet de Harry, s'y entortillant puis disparaissant dans l'air.
Draco déglutit difficilement et se recouvrit la bouche de la main en secouant lentement la tête. "Bordel, non."
Esposito acquiesça d'un air grave puis fit un geste de la baguette et le ruban de lumière disparut.
"Qu'est-ce que…" demanda Harry, abasourdi, un nœud se formant dans son estomac.
Esposito se passa la main sur le visage, las. "Eh bien. La voilà, la cause de vos soucis."
"Qu'est-ce que c'est ?"
"Vous souffrez des effets d'un enchaînement incomplet."
"Un quoi ?"
"Un enchaînement sans partenaire."
Harry fronça les sourcils. "On m'a…enchaîné une nouvelle fois ?" Esposito acquiesça. "Mais…le choc du premier m'a assommé. Je l'aurais remarqué si quelqu'un m'avait lancé un autre sort d'enchaînement, non ?"
"Peut-être. Mais je crois que votre premier enchaînement n'a jamais été dissous. Je pense que durant votre supposé désenchaînement, Mr. Malfoy a été libéré de l'enchaînement, mais pas vous. Vous n'avez plus d'époux alors que votre corps, lui, est convaincu du contraire et souffre de son absence." Harry la regarda en clignant des yeux, incapable d'assimiler l'intégralité de ce qu'elle disait. "La nausée, les maux de tête, les différentes gênes ressenties - vous avez vécu tout ça au début de votre enchaînement, à chaque fois que vous étiez trop éloignés l'un de l'autre. Votre enchaînement n'étant plus aussi récent que ça, vous avez pu tenir bien plus longtemps avant que cela ne devienne intolérable, mais votre corps a commencé à réagir à cette distance forcée."
"Ce n'est pas possible," dit-il, catégorique. "Cet enchaînement a été dissous. Je l'ai vu. Je l'ai senti se dissoudre - je ne pouvais plus ressentir ce qu'il ressentait. Et j'en suis toujours incapable."
"Oui, mais ce genre de sensibilité à l'autre exige un enchaînement liant deux personnes, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui," répondit-elle d'un ton grave. "Comment vous sentez-vous en ce moment ?"
"Un peu mal, mais je me…"
"Sens mieux que vous vous ne sentiez il y a quelques minutes de cela," l'interrompit-elle. "Au moins physiquement, n'est-ce pas ? Quand nous sommes entrés, vous aviez l'air d'être sur le point de violemment régurgiter. Mais plus maintenant. Et je crois que le fait que Mr. Malfoy soit en train de vous toucher en ce moment même n'y est pas étranger."
"Mais comment…ça fait des mois et je me sentais bien après la fin de l'enchaînement, et…"
"Lors de ce supposé désenchaînement, différents sortilèges vous ont été lancés. Celui que je viens de contourner cachait l'enchaînement. Les autres devaient être là pour dissimuler les symptômes que vous alliez ressentir, pour que personne ne puisse comprendre ce qui vous arrivait avant qu'il ne soit trop tard."
"Alors comment avez-vous trouvé ?"
"Granger m'a dit que tu avais l'impression que des fourmis te couraient sur le corps," dit doucement Draco. "Je me suis rappelé que tu m'avais dit la même chose quand on était enchaînés."
Harry le regarda. Il frissonna légèrement face aux yeux sombres et troublés qu'il rencontra.
"Comment…"
"Nous n'en sommes pas sûrs," expliqua Esposito. "Cela a dû être exécuté soit par McKay, soit par le Guérisseur de votre cérémonie de fin d'enchaînement."
Ou par Lucius Malfoy, se dit Harry, abasourdi. Il remarqua que Draco évitait son regard. "Le…Guérisseur ?"
"Miss Granger m'a demandé la raison pour laquelle je n'étais pas présente pour votre désenchaînement. J'en avais la ferme intention, si jamais la personne qui avait lancé la malédiction venait à être retrouvée, mais il s'est avéré que je suis tombée malade deux semaines, exactement au moment où le père de Mr. Malfoy retrouvait McKay." Elle pinça les lèvres. "J'ai entendu dire qu'il en a fait toute une histoire, qu'il a exigé que je vienne superviser la cérémonie, qu'il ne voulait pas entendre parler de qui que ce soit d'autre," dit-elle d'un ton grave. "Il semblerait qu'ils mirent un certain temps à lui faire accepter la présence d'un autre Guérisseur, mais il finit par céder. Et le Guérisseur désigné se nommait Bernard Colchis."
"Qu'est-ce que Colchis en a pensé ?"
"Il a, comme par hasard, arrêté de travailler à Ste Mangouste environ trois semaines après la fin de votre enchaînement. Il est allé travailler dans un hôpital français, nous a-t-on dit. Mais il n'y travaille plus. On ne parvient pas à le joindre. Les Aurors ont été contactés pour partir à sa recherche."
"Et vous pensez qu'il…que quelqu'un a fait en sorte de vous écarter pour que Colchis puisse venir et…"
"Oui. Le Professeur Dumbledore était lui aussi censé être présent à votre désenchaînement mais il s'est curieusement avéré qu'un représentant des centaures finlandais désirait le rencontrer ce jour-là. Et ce dernier a déclaré avoir eu l'impression que la rencontre avait été initiée par Dumbledore. À ce moment-là, on a pensé à un simple malentendu, mais en y réfléchissant…"
"Ça arrangeait bien les choses, oui," finit Harry, abasourdi.
"Je ne peux que supposer que Madame Pomfresh, le Professeur McGonagall et, peut-être même l'employé du Ministère et vous deux, avaient été soumis à une variante du sortilège de Confusion, vous faisant ainsi entendre les vraies incantations d'une cérémonie de désenchaînement et ne pas remarquer les sorts qui vous étaient jetés en même temps." Harry acquiesça, se rappelant de la vitesse et de l'efficacité avec lesquelles tout avait semblé se dérouler ce jour-là. Il n'avait strictement rien vu qui aurait pu le laisser penser que quelque chose de bizarre se passait en-dehors de la fin d'un sort et de la déclaration d'un divorce. "Ça aurait été un peu plus difficile en présence du Professeur Dumbledore et de moi-même."
"Mais il y avait aussi des Aurors qui étaient là, n'auraient-ils pas…"
"Il est possible qu'ils aient eux aussi été sous le coup du sortilège de Confusion," déclara Esposito. "Même si l'un d'eux est également porté disparu."
"Ça fait beaucoup de sorts à lancer pour seulement une ou deux personnes," dit lentement Harry.
Draco déglutit difficilement. "Vous pouvez le dire, Guérisseuse," dit-il d'une voix tendue. "Vous pensez que mon père est impliqué."
Esposito lui lança un bref regard compatissant avant d'acquiescer. "Je dirais qu'ils ont eu besoin de trois personnes pour lancer les sorts nécessaires : McKay, votre père et le Guérisseur. Ça semble avoir été très bien préparé. Très bien exécuté aussi. Malheureusement."
Harry s'assit, essayant de bien comprendre. "Donc…je suis encore enchaîné."
"Oui."
"À Draco."
"Nous n'en sommes pas sûrs, mais je dirais que c'est très probable, oui."
"Mais lui n'est pas enchaîné à moi."
"Non."
"Et…je suis malade parce que…il me manque ?"
"Sommairement, oui. Vous avez besoin de lui à vos côtés, sinon vous souffrez d'un état de manque. Si vous restez loin de lui trop longtemps, vous finissez par tomber malade."
"Alors quel est le remède ?"
"Mr. Potter…" Elle poussa un profond soupir. "Tout dépend de ce qu'il va se passer, de savoir s'il s'agit du même enchaînement ou d'un nouveau, de la personne qui l'a lancé et de la manière dont elle l'a faite. Meilleur cas de figure : c'est un nouvel enchaînement, lancé par le Guérisseur Colchis. Il nous suffit alors de le retrouver et de le forcer à lever la malédiction. Si jamais on ne parvenait pas à le retrouver, et s'il s'agissait d'un enchaînement incomplet, il vous suffirait de vous enchaîner à quelqu'un, peu importe qui." Elle prit une profonde inspiration. "Pire cas de figure : il s'agit de l'enchaînement originel lancé par McKay, ce que je crois…alors seul Mr. Malfoy pourra compléter l'enchaînement. Et, McKay décédé, si Mr. Malfoy réintègre l'enchaînement, ce dernier sera définitif."
"Mais si je reste près de lui, il se sent mieux," dit Draco. "Est-ce que je ne pourrais pas rester près de lui jusqu'à ce que l'enchaînement vieillisse et ne plus soit aussi intense ?"
"Votre simple proximité ne sera pas d'une aide éternelle. Il finira par avoir besoin de plus. Un enchaînement n'exige pas uniquement la proximité de l'autre personne, mais une réciprocité concrète. Arrivé à un certain stade, toute la proximité du monde ne sera plus d'aucune utilité s'il n'y a pas d'enchaînement derrière."
Ils la fixèrent, consternés.
"Pourquoi ne pas remettre la panique à plus tard, au moment où on en saura plus ?" conseilla gentiment Esposito. "Je vais vous surveiller personnellement, Mr. Potter, et vous faire passer une batterie de tests. Ça va prendre du temps à planifier et à effectuer ; une journée ne suffira pas à analyser tous les résultats."
"Combien…"
"Je ne sais pas. Nous allons faire de notre mieux pour stabiliser votre état. Si Mr. Malfoy pouvait rester avec vous, cela nous laisserait davantage de temps pour comprendre ce qu'il se passe exactement."
Il y eut un silence gêné.
"Aimeriez-vous que je vous laisse seuls… ?"
"Non," répondit Harry au même moment où Draco répondait : "Oui."
"Quelle réponse dois-je écouter ?"
"Oui," répondit fermement Draco. "Il faut qu'on parle," continua Draco en s'asseyant sur le lit tandis qu'Esposito sortait.
Il y eut un long silence avant que Draco ne dise d'une voix douce, "Je suis désolé."
"Pour quoi ?"
"Pour…tout," dit Draco avec un sourire ironique. Il tenait encore la main de Harry et ce dernier commença à la retirer, réprimant une grimace quand Draco la relâcha.
Le Serpentard fronça les sourcils. "Ça ne change rien, d'être en contact physique ?"
"Si, mais…"
"Mais on n'est plus en couple alors tu vas jouer au noble petit Gryffondor que tu es et garder tes mains le long du corps même si ça te fait vomir." Il leva les yeux au ciel. "Merlin, c'est un miracle que tu sois encore en vie. Ça m'est égal, espèce d'idiot." Il reprit la main de Harry.
Harry pinça les lèvres, refusant de laisser sa main se détendre dans celle de Draco. "Et si, à moi, ça ne m'était pas égal ?"
"Écoute, je suis prêt à rester ici si tu as besoin de moi pour…"
"Et tu crois que ton père te laisserait faire sans te déshériter une nouvelle fois s'il l'apprenait ? Surtout s'il est derrière tout ça ?"
"Il n'est pas là pour le voir."
Harry s'assit, détournant le visage de Draco. "Draco…qu'est-ce que tu fais ici, franchement ? Pourquoi est-ce que tu te soucies de tout ça ?"
"Pourquoi je ne m'en soucierais pas ?"
"J'ai rompu, tu te rappelles ?"
"Oui, je m'en rappelle. Je me rappelle aussi que tu as été un vrai salaud ce jour-là et que tu m'as dit beaucoup de choses qui m'ont foutu en rogne pendant des jours."
"Et c'est pour cette raison que maintenant tu m'aides à déjouer le dernier complot de ton père visant à me tuer ?"
"Tu n'avais jamais dit des choses comme ça. Tu n'es pas quelqu'un de rancunier. Tu t'énerves mais tu n'es jamais…blessant comme tu l'as été ce jour-là."
"Tu m'avais énervé. Vraiment."
"Même Pansy a vu clair dans ton jeu, Harry," dit-il d'une voix sombre. "Et moi aussi, après avoir y réfléchi."
Harry soupira, laissant tomber la conversation. Il valait mieux ça que de rentrer dans les détails de qui avait dit et fait quoi et de combien ses motivations avaient été transparentes. Passons à autre chose.
"Tu sais, ça explique beaucoup de choses…" dit-il d'un air pensif. "C'était encore le même sort, c'est pour ça que je ne ressentais pas tant de différences que ça. Je ne pouvais plus ressentir tes sentiments, mais je ressentais toujours le besoin d'être avec toi, et je…je voulais te toucher." Il secoua la tête, la tournant vers Draco. "Et je me suis dit, quand on s'est remis ensemble, que c'était exactement comme avant parce que je n'avais jamais couché avec qui que ce soit d'autre avant, que j'étais tout simplement habitué à ressentir…ce que je ressentais, parce que j'étais avec toi à nouveau."
Draco avait détourné les yeux, le visage rougi, et Harry fronça les sourcils en le regardant. "Qu'est-ce qu'il y a ?" Draco secoua rapidement la tête. "Draco."
"Rien."
"Allez, qu'est-ce qu'il y a ?"
"Rien. Laisse-tomber," marmonna-t-il, visiblement irrité.
Harry fronça les sourcils, perdu. "On dirait que tu es…je ne sais pas…que tu es en colère contre quelque chose que j'ai d…"
"Tu as entendu ce qu'a dit la Guérisseuse, sans un enchaînement réciproque, tu ne peux pas dire ce que je ressens !"
"Mais tu…" Harry retira à nouveau sa main. "Écoute, tu n'es pas obligé de rester ici à cause d'un quelconque sentiment d'obligation envers moi ou…"
"Oh, pas encore," marmonna Draco.
"Draco, tu n'es pas obligé de m'aider. Ce n'est pas toi qui m'as mis dans cet état. Tu n'es pas ton père."
"Non, en effet."
"C'est un compliment, espèce d'idiot !"
"Merci beaucoup," répondit Draco d'une voix tendue.
"Mais qu'est-ce qu'il y a, bon sang ?"
Draco s'assit, les bras croisés, les lèvres pincées.
"Écoute, je ne sais pas ce que j'ai fait de mal cette fois…"
"Non, tu n'as rien fait de mal !" répondit Draco, énervé. "Tu as toutes les excuses du monde pour ce qu'il s'est passé, non ?"
"Quoi ? Quelles excuses ?"
"Tu ressens ce que tu ressens parce que…" Sa respiration se coupa et il s'interrompit brusquement, sa colère s'évanouissant aussi vite qu'elle était montée. Elle fut remplacée par…un sentiment que Harry ne parvint pas à identifier. Il baissa les yeux, le visage à moitié dissimulé par ses cheveux, et se força à parler. "Tu…tu ressens ce que tu ressens à cause d'un sort." Il s'éclaircit la gorge. "Moi, je ressens ce que je ressens parce que…parce que je le ressens."
Harry grimaça en se rendant brusquement compte de son manque de tact. Il allait en faire une liste, se promit-il vivement : Les Choses les Plus Stupides Que J'ai Dites Aux Personnes Qui Me Plaisent. Il allait la lire tous les soirs, sans exception, et peut-être que ça allait l'inciter à réfléchir avant de parler pour qu'ainsi il n'ait plus à y ajouter quoi que ce soit.
Ou peut-être que ça allait l'inciter à ne plus jamais ouvrir la bouche. Les deux solutions étaient très bien, de toute façon.
Sauf que rester silencieux à cet instant précis n'était pas très judicieux. Zut. "Ce…ce n'est pas qu'à cause de l'enchaînement pour moi non plus," lâcha-t-il maladroitement en se donnant mentalement une gifle en voyant les épaules tendues de Draco, qui traduisaient sa gêne, et l'expression défensive de son visage. "Ce n'était pas que pour…que pour le sexe, ça…ça n'a jamais été que ça, même après la fin de l'enchaînement."
Draco haussa les épaules en continuant à éviter son regard.
"Écoute…tu as été dans ma position. Tu sais que l'enchaînement peut me faire avoir envie de coucher avec toi, mais ça…" Il s'interrompit, se tortillant de gêne, mal à l'aise de devoir mettre des mots sur ses sentiments, mais se forçant à continuer. Parce qu'il savait que, peu importe à quel point il allait se sentir mal à l'aise, ce n'était sûrement rien en comparaison de l'embarras que Draco devait ressentir en ce moment. "Ça ne peut pas faire en sorte que tu me manques ou…ou d'avoir envie d'entendre ta voix. Ça ne peut pas me faire sentir…comme ça quand je vois un de tes sourires. Ce n'est pas une potion d'amour. Ça n'existe pas."
Draco déglutit difficilement. "Oui, enfin, même avec la malédiction, tu as quand même rompu."
"Et tu viens de dire que tu avais compris pourquoi," fit remarquer Harry. "Si tout ce que je ressentais était dû au sort, je ne t'aurais pas repoussé, si ? Si tout ce dont j'avais envie, c'était de…de coucher avec toi, ça m'aurait été égal que la malédiction te fasse du mal ou pas."
Et c'était une bonne idée de s'arrêter là avant de dire quoi que ce soit d'autre d'idiot. Il s'éclaircit la gorge en attendant nerveusement la réponse de Draco, la poitrine désagréablement serrée. Il se permit de se détendre légèrement lorsque Draco acquiesça de façon incertaine. Il hésita un instant puis tendit timidement la main pour prendre à nouveau celle de Draco et il le rapprocha de lui, soupirant de soulagement alors que le blond se détendait lentement puis, non sans hésitation, remontait sa main le long du bras de Harry jusqu'à sa joue.
"Tu ressens vraiment la même chose qu'au début de l'enchaînement ?" demanda Draco avec curiosité.
Harry acquiesça, appuyant un peu plus la tête contre la main de Draco.
"Bon sang. C'est affreux."
"Plutôt, oui." Harry remua dans le lit, pleinement conscient du fait que, même si la présence de Draco était immensément utile, il continuait à souffrir. À se consumer pour son partenaire d'enchaînement. C'était ridicule. On aurait dit…"Oh Merlin," gémit-il. Il ferma les yeux et rit doucement.
"Quoi ?"
"On dirait que…je suis en plein dans un roman d'amour Vélane !"
"Quoi ?"
"Hermione, elle a surpris Lavande Brown et Parvati Patil en train de lire des romances Vélanes il y a quelques années de ça. Manifestement, c'est vraiment nul, c'est sur…"
"Je sais ce que sont les romans d'amour Vélane, Harry," ricana Draco. "Quand on avait douze ans, Pansy y était accroc."
"Tu plaisantes. Pansy ?"
"Elle voulait même en écrire un. Elle était convaincue que mon père mentait et que les Malfoy étaient en partie Vélanes, alors elle n'arrêtait pas d'écrire des histoires dans lesquelles je trouvais un compagnon qui ne voulait pas de moi et je finissais par mourir d'un chagrin d'amour." Harry rit. "J'ai fini par lancer un sort sur une de ces histoires pour transformer le nom du héros de 'Draco' en 'Neville'. Elle n'a jamais écrit un mot de plus."
Harry ricana. "Hermione continue à en lire."
"Tu n'es pas sérieux. Granger ?"
"Elle s'en sert pour décompresser entre les cours. Elle dit que certains sont en réalité très bien écrits."
"De toutes les choses que je voudrais voir les nés de Moldus comprendre et apprécier de notre culture, les romans Vélanes sont…" Draco secoua la tête, amusé.
"C'est marrant. Ces livres ont l'air tellement idiot. C'est pareil pour tellement de choses dans le monde sorcier, qui semblent impossible aux personnes qui n'ont pas grandi dedans ; comme par exemple, comment peut-on mourir d'un amour à sens unique ? Pourtant, c'est typique dans ce monde." Harry s'arrêta là, se rendant compte en voyant l'expression soudain sérieuse de Draco que sa voix prenait un ton amer.
"Harry…"
"Non, ne dis rien. On n'est pas sûr que…contentons-nous de faire ce que la Guérisseuse a dit et d'attendre d'en être sûr avant de paniquer."
Draco se mordilla la lèvre inférieure et acquiesça. Ils restèrent alors silencieux.
oooooo
173ème jour, Samedi
"Draco ?"
Draco sourit au visage de sa mère dans la cheminée. "Mère. Père est-il à la maison ?" demanda-t-il.
"Non, il est chez les Goyle," répondit Mère, confuse. Draco poussa un petit soupir de soulagement. "Je croyais que c'était la cheminée de Sever…"
"J'ai obtenu la permission du professeur Snape pour utiliser sa cheminée. Mère, je dois te poser quelques questions."
"Oui ?" Mère avait l'air très clairement inquiète et Draco aurait aimé avoir suffisamment de temps pour lui parler convenablement. Sa mère et lui ne s'étaient pas parlés depuis que Père l'avait déshérité, bien qu'elle l'ait fermement enlacé lorsqu'il avait quitté le manoir après avoir reçu la marque, lui faisant savoir qu'elle au moins n'était plus en colère contre lui.
"Tu sais que Potter est malade."
Le visage de sa mère perdit curieusement toute expression. "J'ai lu ça dans le journal, oui."
"Notre famille a-t-elle quelque chose à voir avec ça ?"
Mère hésita, clairement tiraillée. "Draco, ton père…"
"Père ne m'a rien dit. Mais on me pose des questions et je ne veux pas révéler ce que je ne suis pas censé révéler simplement parce qu'on me laisse dans le noir. Encore une fois."
Mère soupira. "C'est ce que je n'arrête pas de dire à ton père. Il te cache tellement de choses que tu devrais pourtant savoir…"
"Eh bien ?"
"Je ne sais pas tout, chéri."
"Peux-tu me dire ce que tu sais ?"
Mère prit une profonde inspiration. "Oui, ton père est impliqué. Il a…il a préparé tout ça avec beaucoup de précaution. Que savent-ils déjà, de ton côté ?"
"La Guérisseuse qui s'est occupée de notre enchaînement est revenue. Elle a examiné Potter et a découvert qu'il était enchaîné, mais elle ne sait pas s'il s'agit toujours du même enchaînement ou si c'en est un nouveau. Si c'est un enchaînement incomplet sans conjoint ou si c'est un enchaînement dont je suis censé être l'époux." Il marqua une pause. "Elle ne sait pas non plus si Père est impliqué."
"Bien."
"Mais ils le soupçonnent."
"J'imagine. Tant qu'ils n'en sont pas sûrs, tout va bien pour nous."
"Ils vont finir par comprendre. McKay est mort mais ils sont à la recherche du Guérisseur Colchis et de l'un des Aurors qui était présent avec lui."
"Ils ne les retrouveront pas," lui assura Mère.
Draco prit une profonde inspiration. "Pourquoi Père ne m'a rien dit de tout ça ? Ne me fait-il pas confiance ?"
"Non, ce n'est pas – c'est juste qu'il ne voulait pas te mettre dans une position difficile."
Draco réprima son envie de lever les yeux au ciel. "Il aurait pu dire quelque chose."
"Il pensait qu'il serait mieux que tu ne saches rien." Elle se tut un instant. "Ton père a travaillé là-dessus pendant longtemps, Draco. Il a passé des semaines à travailler sur les détails, à répéter…"
"Des semaines ?" répéta Draco. "Quand a-t-il retrouvé McKay ?"
"Quelques jours après la sortie de ton interview dans la Gazette."
Draco s'assit, stupéfait. "C'était avant nos examens de Noël."
"Oui."
"Mais le désenchaînement a eu lieu fin janvier !" Mère acquiesça. "Il m'a laissé dans ce foutu enchaînement plusieurs semaines après avoir retrouvé celui qui l'avait lancé ?"
"Ce n'était pas de son chef. Mais il devait donner au Seigneur des Ténèbres certaines compensations pour avoir pris part au cercle de guérison."
"Et c'est ça sa compensation ? Lancer à Harry un enchaînement incomplet ?"
"C'était la chose la plus facile à faire. Poudlard est doté de protections contre la Magie Noire, il savait qu'il serait difficile d'approcher suffisamment Potter pour lui lancer un sort – et quand bien même il y parviendrait, quelque que soit le sort lancé, il serait détecté sur-le-champ. Se servir d'un enchaînement déjà existant rendait plus difficile de détecter que quelque chose n'allait pas, parce que le sort en lui-même était assez vieux. Et il était caché sous plusieurs nouveaux sorts qui ne seraient pas remarqués s'ils étaient effectués à l'infirmerie, étant donné qu'il s'agissait de sorts médicaux."
Draco acquiesça, pensif. "Et tout ça, c'est censé le…tuer ? D'un enchaînement brisé ?"
Mère acquiesça.
Draco prit une profonde inspiration, essayant de garder un visage impassible. Il sut qu'il avait complètement échoué en voyant sa mère le regarder avec inquiétude.
"Draco…c'est pour le mieux." Il la fixa. "Chéri, je sais que tu…tiens à lui," dit sa mère avec hésitation. "Mais, s'il te plaît, n'oublie pas de qui il s'agit. C'est…Sa mort sera regrettable, mais nécessaire."
"Que veux-tu dire ?"
"Mon ange, tu dois bien savoir ce qu'il se passe en ce moment. Je sais que ton père n'est pas content de toi mais tes amis…"
"Je ne sais rien," l'interrompit Draco. "Plus personne ne me parle."
Mère acquiesça tristement. "Chéri, je suis désolée. Mais tu ne peux pas leur en vouloir. Dès que tout ce…désagrément sera terminé, tu auras l'opportunité de te racheter, dès que Potter sera écarté et que nous aurons retrouvé notre place dans la société. C'est pour le mieux, chéri. Tout est presque en place et ensuite…tout ira bien, tu verras."
Draco acquiesça, les yeux rivés au sol alors qu'ils discutaient de choses sans importance pendant encore un petit instant avant de se dire au revoir, sa mère arborant une expression inquiète alors qu'elle disparaissait de la cheminée.
C'était pour le mieux et tout irait bien. Sauf que non, ce n'était pas pour le mieux et ça n'irait pas bien.
Pourquoi n'attendons-nous pas d'en savoir plus avant de paniquer, avait déclaré Esposito. Eh bien, maintenant, il en savait plus et il savait que la pire des éventualités envisagées était ce à quoi ils allaient devoir faire face. Le moment de paniquer était venu.
Sauf qu'il ne ressentait aucune panique, juste de la terreur et une colère désemparée contre son père. D'avoir fait traverser ça à Harry, de lui avoir fait traverser ça à lui aussi. De l'avoir laissé retourner avec Harry en ignorant totalement qu'il détruirait les mois de travail acharné que son père avait passé à planifier son projet. De l'avoir réintégré à la famille avec une foutue marque sur lui pour lui rappeler de ne plus désobéir. Même si obéir voulait dire regarder mourir à petit feu quelqu'un à qui il tenait, alors qu'il avait entre ses mains le salut de cette personne.
Il se frotta le front tandis qu'il retournait à l'infirmerie, cherchant à réprimer sa peur et son ressentiment. Tout ce qu'il pouvait faire était de taire ce qu'il savait, d'essayer de faire gagner du temps à Harry, et d'espérer le plus fort possible que quelqu'un soit capable de réaliser un autre miracle pour le sauver – encore une fois.
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174ème jour, Samedi
Pansy regardait les deux jeunes hommes à quelques lits de là dans l'infirmerie, en se demandant si Granger était aussi répugnée qu'elle par la façon dont 'Weasley' tenait la main de Potter et dont il repoussait les cheveux de son front en les caressant, lui parlant doucement et essayant de repousser les nausées. Même après trois jours de ce manège, il était difficile de s'y habituer.
"C'est juste que c'est tellement…bizarre," commenta-t-elle, grimaçant en entendant le ton inhabituel de sa voix. "Je me demande comment Blaise fait avec les Weasley."
"Je suis sûre que ça va. Même si je dois avouer être encore surprise qu'il ait accepté de le faire," commenta Granger. "Je croyais qu'il ne parlait plus à Malfoy en public."
"Non, il a progressé, il lui parle en monosyllabes maintenant. Passer de ça à travailler de nouveau ensemble à la bibliothèque ne sera pas un si grand écart que ça, surtout si je suis là aussi. Et personne à Serpentard ne s'assiéra avec Draco de toute façon, donc à moins que Weasley n'oublie quelle fourchette utiliser ou n'essaie de choisir ses vêtements tout seul, ça devrait aller."
"J'espère." Granger tourna le regard de l'autre côté de l'infirmerie, où Potter s'était endormi. 'Weasley' avait arrêté de parler et se contentait maintenant de lui tenir la main et de le regarder avec une expression pensive qui semblait totalement déplacée sur le visage normalement sot de Ron Weasley. "C'est…bizarre."
Pansy ne put qu'acquiescer, alors qu'elle entortillait une mèche de longs cheveux roux autour des doigts d'une main qui arborait plus de taches de rousseur que toute la famille de Pansy réunie. "Au fait, où est-ce que tu as trouvé le Polynectar ?" demanda-t-elle à Granger. "Tu n'as pas pu le faire toi-même."
"Non, ça met un mois à infuser. Les frères de Ron connaissent une personne à Pré-au-Lard qui fait du commerce de…potions douteuses."
"Vous, les Gryffondor. On sous-estime toujours votre côté sournois. Très bonne idée, par ailleurs."
"J'ai cru qu'ils allaient tous les deux tomber malade quand ils l'ont prise la première fois," sourit légèrement Granger.
Pansy ricana. Il avait été difficile de dire qui avait été le plus horrifié par sa transformation au départ : Weasley ou Draco. Malgré le sérieux de la situation, Pansy devait admettre qu'il avait été très amusant pour les autres de voir le désarroi avec lequel ils s'étaient fixés : d'une part, l'élégante expression de dégoût de Draco déformant la physionomie grossière de Weasley, et de l'autre, le malaise de Weasley et ses yeux ternes épousant les traits fins de Draco. Et, plus tard, l'échange entre le Serpentard et les trois autres Gryffondor de septième année – qui s'étaient bien évidemment surnommés la Brigade Polynectarisée de Gryffondor – avait à chaque fois offert son lot d'hilarité.
Bien moins amusant pour Pansy avait été l'échange de corps ce matin entre elle-même et Weasley Fille. Au moins, elle était belle, même si c'était une beauté plutôt commune et "rousseuse". Et elles faisaient à peu près la même taille, ce qui voulait dire qu'elles n'avaient eu qu'à échanger leurs robes et leurs cravates, contrairement à Ron Weasley et Draco qui avaient dû échanger l'entièreté de leur garde robe. Ça avait été un véritable affront à l'élégance, de voir Weasley enfiler l'uniforme taillé sur mesure de Draco, tandis que ce dernier essayait difficilement de ne pas tressaillir face à la texture grossière de la robe rapiécée de Weasley.
"Merci, au fait," déclara Granger avec hésitation. "Je sais que ce n'est pas facile pour toi. Et je sais…je sais que tu ne veux pas que Malfoy soit impliqué là-dedans."
"C'est exact." Mais il n'y avait plus moyen de dissuader Draco, alors Pansy avait décidé d'économiser sa salive et de se contenter de l'aider à ne pas se faire prendre en train de faire les stupidités qu'il projetait de mettre en application. "Mais tu sais que Draco ne peut pas faire ça éternellement. Quelqu'un finira par se trahir : Weasley devra répondre à une question en cours, ou bien Londubat va faire fondre un chaudron, ou encore Finnigan va…va être Finnigan…"
"Ou bien l'un de vous deux se moquera de la mauvaise personne."
"Ça m'étonnerait. Les seules personnes que Draco et moi fréquentons sont celles qui savent ce qu'il se passe."
Granger acquiesça. "Parkinson…" commença-t-elle d'un ton hésitant. "À ton avis, qu'est-ce qu'il va se passer ?"
"Je pensais que tu le saurais. N'as-tu pas passé toutes tes journées et tes nuits à étudier les enchaînements ?"
Granger acquiesça, jetant un coup d'œil à son exemplaire de Sorts de Mariage et d'Enchaînement : Le Guide Complet. "C'est un sujet fascinant. Je ne pensais pas que les mariages sorciers et Moldus étaient aussi différents. J'ai assisté à celui de Bill Weasley et de Fleur Delacour, et il ressemblait à un mariage Moldu. Même les mots qu'ils avaient utilisés étaient très similaires."
"C'est vrai ?"
"Eh bien, ils ont utilisé cette phrase-là, par exemple…" Elle ouvrit le livre au chapitre des incantations classiques et en désigna une.
Je m'enchaîne à toi. Je te donne tout ce que je suis, pour le reste de ma vie…
Pansy leva les yeux au ciel. Quel choc, un Weasley et une demi-Vélane qui choisissent les phrases les plus mielleuses…
"C'était magnifique," déclara Granger en souriant d'un air nostalgique. "Je savais qu'il y avait de la magie, mais je ne connaissais pas les détails. Et je ne savais pas qu'il existait tellement de variantes différentes du sort."
Pansy émit un "tsk" impatient. "Bien sûr qu'il y a des variantes. On n'utiliserait quand même pas les mêmes mots pour enchaîner deux personnes qui sont déjà amoureuses et deux personnes qui viennent tout juste de se rencontrer, non ?"
"J'imagine que non." Granger s'interrompit un instant. "Est-ce que tu crois…je sais que la Guérisseuse n'en est pas sûre, mais elle pense vraiment que la seule façon de guérir Harry est que…"
"Draco s'enchaîne à titre définitif à Potter."
Granger acquiesça. "Crois-tu qu'il puisse le faire ?"
"Je ne sais pas. Je ne pense pas, non."
"S'il ne le fait pas, Harry va sûrement mourir."
"Je sais."
"Et Malfoy se contenterait de le laisser mourir ?"
"Draco ne lui doit rien. Ce n'est pas lui qui a lancé cette malédiction sur Potter."
"Je le sais bien. Mais il se soucie de Harry. On peut tous le ressentir."
Pansy soupira. "Il se soucie également de sa famille et de notre cause, Granger."
"C'est vraiment aussi important que ça pour vous ? D'être des Sangs Purs, d'adhérer aux idées de Voldemort ?" Pansy lança un regard surpris à Granger. C'était si étrange, de voir qu'une née Moldue – qui avait le plus à craindre du Seigneur des Ténèbres – était capable de prononcer son nom sans aucune peur. "Est-ce que c'est vraiment si important que vous laisseriez quelqu'un que vous aimez mourir pour cette cause ?"
"Oui," répondit simplement Pansy.
"Je ne pourrais pas," dit Granger après un instant, d'une voix légèrement tremblante. "Simplement laisser tomber la vie de quelqu'un pour une quelconque…"
"Excuse-moi ?" l'interrompit Pansy, incrédule. "Tu n'as rien fait ces sept dernières années qui nécessite un sacrifice ? Tu n'as jamais fait passer ta cause avant une vie ? Je dois dire que je suis surprise, parce que, de mémoire, je trouve au moins trois occasions où ça a été le cas, si les histoires qui circulent à propos de votre petit Trio d'Or sont correctes. Ça remonte même à la première année, la première fois où tu l'as fait. Ou bien est-ce que cette histoire à propos de Potter et toi laissant presque Weasley se faire tuer par une pièce d'échiquier meurtrière était exagérée ?"
Granger se mordit la lèvre. "C'était différent. Il avait choisi de…"
"On est en guerre, Granger. On doit faire des choix difficiles en temps de guerre. Ne t'avise pas de prendre Draco de haut simplement parce que ses choix sont différents des tiens."
"Ce n'est pas une question de prendre de haut qui que ce soit – c'est juste que, je ne vous comprends pas du tout…"
"Et c'est pourquoi tu n'appartiens pas à notre monde."
Granger se mordit la lèvre. "Mais je ne…écoute, je n'ai pas demandé à devenir sorcière, une sorcière née de parents Moldus qui plus est. Aucun sorcier né de parents Moldus non plus. Qu'est-ce qu'on est censé faire ? On ne peut pas ne pas utiliser notre magie…"
"Vous entrez dans notre monde en amenant avec vous votre sang et vos coutumes, et c'est ça qui nous détruit."
"Ne crois-tu pas que cette consanguinité excessive aurait fini par vous détruire également ?"
"Granger, je sais que les Weasley sont de vraies publicités rousses montées sur pattes démontrant que la consanguinité mène à l'imbécillité, mais la communauté sorcière de Sang Pur n'est en réalité pas si petite que ça. Et on organise des mariages avec les communautés sorcières étrangères assez souvent. Nous n'avons pas besoin de votre 'nouveau sang', ni ne désirons ou n'avons besoin de vos idées et coutumes étrangères. Pas plus que nous n'avons besoin de l'autre danger que vous amenez avec vous, le danger d'exposer notre monde aux Moldus."
"Et en quoi laisser les nés de Moldus dans le monde Moldu, sans personne pour nous apprendre comment contrôler ou utiliser nos pouvoirs ou encore les cacher des Moldus, aide la communauté sorcière ?"
"Je n'ai pas envie de commencer une discussion politique avec toi, Granger. Tu ne nous comprends pas."
"Alors aide-moi à comprendre," dit Granger, désespérée.
"Vous êtes trop nombreux pour qu'on puisse tous vous aider…"
"Mais si on veut apprendre…"
"…et, de toute façon, vous ne voulez pas nous écouter. Vous ne pensez pas que ce qu'on a à vous apprendre vaut le coup. Vous ne nous faites pas confiance."
"Moi si."
Pansy haussa un sourcil cynique et Granger eût la grâce de prendre un air embarrassé.
"C'est sincère. J'ai retenu la leçon. Tu m'as dit le jour d'Halloween que…que certains d'entre vous pouvaient aussi se montrer humains. Et je ne t'ai pas écoutée, parce que je pensais comprendre ce que tu cherchais à dire. Mais j'avais tort et je m'en excuse."
Pansy la regarda les sourcils froncés, suspicieuse, et Granger croisa les bras de manière défensive, mais continua, déterminée. "Peut-être que si je m'étais montrée moins suspicieuse, on aurait pu mieux s'entendre. Et quand le père de Malfoy a capturé McKay, on aurait alors été capable de voir que Harry et Malfoy étaient en réalité heureux d'être ensemble. Et Malfoy aurait peut-être été capable de dire à son père où il pouvait se mettre MacKay et aurait pu rester enchaîné à Harry."
"Permets-moi d'en douter fortement."
"Penses-tu que Malfoy et Harry vont bien ensemble ? S'il n'était pas question de politique, penses-tu qu'ils voudraient être ensemble ?"
Pansy soupira, se souvenant de sa conversation avec Draco, précisément sur ce sujet. Elle finit par acquiescer avec réticence.
"Donc si on avait trouvé plus tôt une solution à la situation politique, peut-être…"
"C'est tiré par les cheveux, Granger. Même s'ils étaient heureux ensemble, ils ont été enchaînés contre leur volonté, et ils étaient tout de même trop jeunes pour se fixer avec quelqu'un pour le restant de leur vie, et encore plus pour l'être l'un avec l'autre. Je ne pense pas qu'ils seraient restés enchaînés, peu importe ce qu'on aurait pu faire différemment."
"Mais ça resterait une possibilité," insista Granger avec entêtement, et Pansy haussa les épaules. Ça ne faisait pas une grande différence dans la situation présente. "Et je suis désolée qu'on…qu'on n'ait pas rendu les choses plus aisées pour eux. Parce que je ne te faisais pas confiance et que je t'ai repoussée." Elle prit une profonde inspiration. "Et je veux me rattraper d'une façon ou d'une autre – et pas seulement parce que je veux que tu convainques Malfoy de…enfin. Je – quoi qu'il arrive à Harry, je suis prête à faire les choses différemment. À écouter des gens tels que toi. Et même à te faire confiance."
Pansy la fixa d'un air pensif.
"Ce monde est le mien maintenant. C'est ici que se trouve ma loyauté. Je ne veux pas plus le détruire que toi."
"Je ne te comprends pas."
"Je ne suis pas très différente de toi, tu sais."
Pansy haussa les sourcils. "Je ne m'attendais pas à ce que tu vois cette ressemblance comme quelque chose de positif."
"Pourquoi ?"
"Peut-être parce que votre espèce semble toujours croire qu'elle est au-dessus de nous."
"Et vous, vous ne croyez pas être au-dessus de nous ?"
Pansy pencha légèrement la tête, lui concédant ceci.
"On n'est vraiment pas aussi différentes que ça l'une de l'autre," répéta Granger avec entêtement.
Pansy réfléchit quelques instants puis haussa légèrement les épaules, acceptant non sans hésitation la main qui lui était tendue. "Peut-être. Même si, franchement, ça ne se voit pas chez toi." Elle marqua une pause. "Maintenant, Potter…lui, je peux le comprendre, parfois. Rompre avec Draco et le mettre en rogne pour qu'il ne veuille pas revenir." Elle sourit légèrement. "Il aurait pu faire un bon Serpentard, finalement."
"Ne l'insulte pas," rétorqua Granger avec un petit sourire.
Pansy rit doucement. "Je ne l'insulte pas."
Granger leva les yeux alors que Draco approchait, les traits ordinaires de Ron Weasley prenaient une expression d'inquiétude et de tension d'une manière très Draco-nienne.
"Comment va-t-il ?"
"Son état empire," répondit-il d'un ton morne. "Je ne suis pas sûr de lui être encore d'une quelconque utilité."
"Qu'est-ce que tu comptes faire ?" demanda Granger.
Draco détourna les yeux.
"Malfoy…tu sais ce dont il a besoin…"
Draco secoua la tête. "Je ne peux pas."
"Je sais que ton père t'a réintégré dans votre famille, mais il ne te pardonnera jamais vraiment," dit Granger, quelque peu désespérée. "Et de toute façon, tu n'as plus aucun avenir à Serpentard…"
"Je ne peux pas retourner avec lui, Granger. Même si j'en avais envie."
"Pourquoi ?"
"Je…Harry ne t'a pas raconté ce que mon père m'a fait quand je suis rentré, n'est-ce pas ?" Hermione secoua la tête. Draco hésita un instant puis prit une profonde inspiration et dit, "Je suis…marqué." Il leva impatiemment une main lorsqu'elle eut un hoquet de surprise, tirant tout de suite des conclusions hâtives. "Pas la Marque des Ténèbres." Il prit à nouveau une profonde inspiration. "Je ne sais pas si Weasley ou quelqu'un d'autre t'en a déjà parlé, mais j'ai les armoiries des Malfoy gravées sur moi. Ça ressemble à un tatouage." Granger acquiesça avec hésitation et Pansy se dit qu'elle aurait aimé savoir ce que les Gryffondor en avaient pensé. Sûrement que ce n'était qu'un truc débile typique de la fierté des familles Sang-Pur issues de Serpentard. "C'est la même chose que la Marque des Ténèbres, sauf qu'elle ne répond qu'à l'appel de Père. Si mon père veut que je rentre à la maison, elle deviendra noire et brûlera. L'ignorer serait un vrai calvaire. Si je retourne avec Harry, grosso modo, ma vie est finie ; mon père activera la marque et je deviendrai fou avant d'atteindre mes dix-huit ans. Ce qui n'est franchement pas une perspective très attirante." Il prit une inspiration. "Et si je ne retourne pas avec lui…"
Granger prit un teint légèrement vert. "Mais… peut-être…peut-être qu'on peut essayer de se débarrasser de l'enchaînement, on travaille toujours là-dessus…"
Draco lui lança un regard méprisant. "Ne te fatigue pas – je sais ce qui va lui arriver, Granger, n'essaie pas d'édulcorer la vérité. On ne peut pas s'en débarrasser. C'est un enchaînement, et on a perdu celui qui l'a lancé. Il n'y a rien à faire."
"On a réussi à se débarrasser du sort de déséquilibre."
"Ce n'est pas la même chose ! Tu ne comprends pas – bon sang, c'est pour ça que ceux issus de parents Moldus n'ont rien à faire dans le monde sorcier ! Oui, un sort de déséquilibre, tu es tombée dans le mille, quelle jeune fille intelligente. Là, c'est un enchaînement, Granger. Ça fait des siècles que des gens essaient de se débarrasser d'enchaînements non désirés. Personne ne peut le faire. Personne."
"Personne n'est censé survivre à un Avada Kedavra non plus."
"Combien veux-tu parier que le merveilleux Harry Potter est imperméable à un Impardonnable et à un enchaînement brisé ? Tu l'as vu. Il n'y survit pas. Il décline progressivement."
"Alors que comptes-tu faire ?"
"Je ne sais pas !"
Silence.
"Il n'y a qu'une façon de l'aider. Pour le faire, je dois me mettre en danger, risquer…une douleur insurmontable, et être enchaîné à lui quand…Et je devrais tourner le dos à mon père, à ma famille…à tout ce en quoi je crois."
Il alla à la fenêtre, fixant le paysage sans le voir. Pansy se leva et le suivit, lui posant une main réconfortante dans le dos.
"Il n'y aucun moyen de se sortir de cette situation," dit-il, la voix de Weasley chargée d'émotions.
"La…la Marque des Ténèbres…" commença Granger avec hésitation. "Certains y survivent…"
"Mais dans quel état…"
"Je sais." Granger déglutit, et Pansy se demanda si la gentillesse dans sa voix envers lui n'était pas due en ce moment à sa ressemblance avec Weasley.
Pansy soupira. "Tu accordes bien plus de loyauté à ton père qu'il ne le mérite. La famille, c'est une chose, Draco, mais ton père…Blaise a raison. Il est…"
"C'est mon père, Pansy," interrompit Draco d'un air las.
"Je sais…"
"Et il y a aussi ma mère. Et toi, et toute ma vie, et…et tout…" Il s'interrompit. "Mais…mais je ne peux pas…" Sa voix se brisa et il appuya son front contre la vitre, se couvrant la bouche d'une main alors que ses yeux bleus se remplissaient de larmes et qu'un sanglot lui échappait. Pansy passa ses bras autour de lui et l'attira contre elle. Il enfouit sa tête dans ses cheveux, les épaules tremblantes.
"Shh…" dit-elle pour le calmer en essayant de faire passer la boule qu'elle avait dans la gorge et qui la faisait souffrir alors qu'il finissait par se laisser aller. Parce qu'il avait raison, il n'y avait aucun moyen de se sortir de cette situation. Peu importe ce qui allait se passer, ça allait faire du mal. Ça faisait déjà du mal.
Ce salopard de Lucius Malfoy, se dit-elle avec amertume alors que Draco s'accrochait à elle et qu'elle lui caressait doucement ses cheveux inhabituellement roux. Ses sanglots les secouaient tous les deux. Elle aurait aimé avoir Lucius en face d'elle à cet instant, elle aurait pu ainsi lui apprendre quelques petites choses sur ce qu'on ressentait quand on recevait un Impardonnable ou deux.
Elle leva les yeux sur Granger qui se tenait debout, les regardant sans pouvoir faire quoi que ce soit. Elle lui fit signe d'aller au chevet de Potter tandis qu'elle s'occupait de Draco. Ça ne rimait à rien de la laisser là à ne rien faire. Surtout que Draco serait on ne peut plus embarrassé, lorsqu'il se reprendrait, de se rendre compte que Granger était restée là à le regarder craquer.
Granger acquiesça, puis leva les yeux lorsque la porte de l'infirmerie s'ouvrit et que deux élèves entrèrent. Draco prit une respiration vacillante et tenta de se ressaisir. Granger se retrouva brusquement juste à côté d'eux.
"Désolée, des visiteurs," murmura Granger en passant un bras autour de Draco. Pansy était sur le point de l'éloigner d'un coup de coude quand elle se rendit compte que, bien sûr, les gens trouveraient ça un peu bizarre de voir Ron Weasley se faire réconforter par sa petite sœur tandis que sa petite amie se tenait, stoïque, à côté d'eux.
"Ron…ça va ?" demanda Stephen Cornfoot après avoir vu que Potter dormait et avoir déposé plusieurs feuilles de cours sur sa table de nuit.
Draco s'éclaircit la gorge, s'essuyant le visage à la hâte et s'éloignant de Pansy et de Granger. "Oui, ça va."
"Comment va Harry ?"
Granger secoua la tête, et Justin Finch-Fletchley pressa les lèvres d'un air grave.
"Écoute…il va s'en tirer," dit-il maladroitement. "C'est le Garçon Qui A Survécu, tu sais ? Peu importe quelle merde lui tombe dessus, il s'en tire toujours."
Granger lui fit un petit sourire.
"Ou bien vous trouverez quelque chose pour l'aider," dit-il. "C'est sûr. Toi et Granger, vous le sortez toujours d'affaires. Vous l'avez bien fait en Novembre, quand ils étaient enchaînés, vous le ferez encore cette fois." Il tapota maladroitement Draco dans le dos.
"En parlant de Novembre dernier, Malfoy est venu le voir ?" demanda Cornfoot. Pansy inspira avec un sifflement et sentit Draco se raidir à côté d'elle, mais l'expression de Granger ne vacilla pas alors qu'elle secouait la tête.
"Non, c'est bien ce que je pensais. Bordel de merde," dit Finch-Fletchley en secouant la tête avec dégoût. Pansy serra les poings alors qu'elle vit les lèvres de Draco ne devenir plus qu'une fine ligne. Il se préparait pour l'inévitable critique de l'abruti de Sang-de-Bourbe de Poufsouffle. "Jamais je n'aurais pensé que je ressentirais de la compassion pour ce satané Draco Malfoy," dit-il, plus à lui-même qu'aux autres en regardant Harry. "Pauvre salaud. Mais vous le tenez au courant de ce qui se passe, non ?"
Granger émit un son évasif.
"Écoutez, si Harry veut lui envoyer une note ou quoi que ce soit, je peux…en fait, non, je ne pourrais sûrement pas…"
"Moi je pourrais," dit Cornfoot. "C'est mon partenaire en Sortilèges de toute façon, ça donnerait juste l'impression que je lui donne des cours. Il est…Il est inquiet comme pas possible. Il m'a à peine dit deux mots hier pendant le cours."
Pansy rencontra le regard de Draco. Bien ; Weasley et les autres s'en tenaient à ce qui avait été prévu.
"Il n'a pas dit grand-chose depuis toute cette affaire de déshéritage, en fait," commenta Finch-Fletchley. "Mon Dieu, c'était atroce," dit-il en frissonnant. "Il faut être un vrai connard pour faire ça à son fils."
"Ne me dis pas que les Moldus ne déshéritent jamais leurs enfants," rétorqua Pansy en parvenant au dernier moment à ne pas donner une voix méprisante à Ginny Weasley. Finch-Fletchley ne sembla rien remarquer.
"Non, ça arrive, mais…le faire en public, comme ça, c'est écœurant." Il s'interrompit puis haussa les épaules. "Mais beaucoup de Moldus auraient déshérité leur fils tout simplement parce qu'ils avaient découvert qu'il sortait avec un autre homme. C'est l'hôpital qui se fout de la charité, j'imagine. Même si j'avoue qu'on aurait pu me pousser avec une plume que j'en serais tombé par terre quand cette Gazette-là est sortie."
"Laquelle ? Celle où elle annonçait que Malfoy et Harry étaient à nouveau ensemble ?" Cornfoot rit doucement. "Ça ne m'a pas surpris."
"Ah bon ? Moi je ne l'aurais jamais imaginé. Avec sa famille et tout ça."
"Ce n'est pas son père, merci mon Dieu," dit Cornfoot. "Bien que je doute que son père le sache. Je ne suis même pas sûr que lui-même s'en rende compte."
"Ça, c'est bien vrai. En parlant de ça, vous pensez que c'est vrai, ce qui est paru dans le Chicaneur hier ? Que ce salaud est impliqué là-dedans ?"
"La malédiction de Harry lancée par Lucius Malfoy ?" Granger haussa les épaules. "Qui sait. Je suis sûre que les Aurors sont sur le coup."
"Oh, ben, il peut se reposer tranquille, alors. Ils n'arriveraient même pas à trouver leurs sexes à l'aide de leurs deux mains et d'un sort de Localisation, ces idiots," déclara Cornfoot avec dérision.
"Bon, on a cours maintenant, mais dites à Harry qu'on est venu le voir et qu'on lui a apporté ses cours de Métamorphose," dit Finch-Fletchley. "Et faites-nous savoir s'il y a quoi que ce soit qu'on puisse faire, d'accord ?" Il donna à nouveau une tape dans le dos de Draco. "Il va s'en tirer, Weasley. C'est sûr. Granger est sur le coup."
Pansy poussa un soupir de soulagement en les voyant partir, et elle se retourna alors que Potter bougeait dans le lit derrière eux. Draco s'essuya impatiemment les yeux et s'éclaircit la gorge, retournant auprès de Potter.
"Encore toi ?" demanda Potter, qui le regarda de plus près alors qu'il acquiesçait. "Qu'est-ce qui ne va pas ?"
Draco secoua la tête, prenant la main de Potter, et leva les yeux lorsque la porte s'ouvrit à nouveau pour laisser entrer Blaise et Ginny Weasley, ainsi que la forme Polynectarisée de Ron Weasley qui émergea de la cape d'Invisibilité de Potter, dès qu'ils furent certains que la voie était libre. Blaise lança un sort de protection, s'assurant ainsi que personne ne verrait Draco à l'infirmerie.
Pansy ressentit un désagréable sentiment – celui que quelque chose n'était pas à sa place – en se voyant dans le miroir de l'autre côté de la pièce, avec ses cheveux lisses et noirs et son nez retroussé. Elle ne portait plus une robe de bonne qualité, lisse, mais la robe usée et rabibochée qu'elle et Draco arboraient actuellement. C'était on ne peut plus désorientant. Elle se demanda si Draco s'y était habitué.
Les Weasley s'approchèrent, et il était plus qu'étrange de voir le visage de Draco arborer les expressions de Weasley. Les yeux du Gryffondor s'écarquillèrent légèrement avant de s'adoucir de compassion en voyant les yeux rougis de Draco et son visage empourpré.
"C'est bientôt l'heure, Malfoy," dit Weasley. "Il ne va pas tarder à arriver. Est-ce que…tout va bien ?"
Draco acquiesça rapidement.
"Vous allez encore vous transformer ?" demanda Potter en souriant légèrement. "De qui vas-tu prendre l'apparence, cette fois ?"
"Londubat."
Potter rit doucement. "Bien. Lui, ça va encore. Te voir en tant que Seamus, c'est juste trop bizarre. Je m'attends à tout moment à ce qu'il débarque et fasse une crise cardiaque en te voyant me tenir la main."
Draco rit. "Ne me donne pas d'idées, je pourrais décider de t'embrasser à pleine bouche devant lui alors que j'ai encore son apparence."
"S'il te plaît, Draco, attends au moins que je ne sois plus dans la pièce avant de dire des trucs comme ça," dit Pansy avec un frisson en enfilant la cravate de Gryffondor appartenant à Ginny. Elle fit un signe de tête à Londubat alors qu'il contournait les sorts de protection et entrait dans le bureau principal de l'infirmerie. "Je vais en faire des cauchemars pendant des semaines."
"Moi aussi," dit Weasley. Ils se mirent tous à grimacer lorsque la transformation commença.
Ugh. C'était à chaque fois un processus très déroutant. Et dire que Draco l'avait fait plusieurs fois par jour ces trois derniers jours…Elle attendit qu'il finisse sa transformation en Londubat avant de l'enlacer et de lui tapoter le bras. "Je reviens après les cours, chéri. Tu veux que je te rapporte quelque chose ?"
"Non, merci, ça va." Il lui sourit d'un air fatigué et elle le fixa un moment, inquiète, avant de partir avec Blaise et un Londubat Polynectarisé, dissimulé sous la cape d'Invisibilité.
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Note de la traductrice : Un énorme merci à tous pour vos adorables reviews et vos encouragements, et en particulier à Shannon (Je culpabilise beaucoup de vous laisser attendre comme ça - je ne suis pas aussi insensible que ça, quand même ! ^^ Mais, promis, c'était le dernier vrai cliffhanger à subir. Merci beaucoup pour ces compliments !), Manu (C'est en effet un bon petit cliffhanger ! Mais c'est l'un des derniers, si ça peut rassurer ^^ J'espère que tu ne seras pas déçue par ce nouveau chapitre !), Bruna (Je suis ravie qu'il t'ait plu tout autant ! Merci à toi pour ta review et tes adorables compliments, qui me font toujours chaud au cœur et me motivent encore plus à continuer de partager avec vous tous cette histoire !), typhi (C'est aussi le fait que Harry et Draco restent tels qu'on les connaît dans les livres qui m'a fait adoré cette histoire. Ta théorie se rapprochait de la vérité, comme tu as pu le voir ^^) et à Mmali (Félicitations pour ton bout de chou ! :) Je suis contente de te savoir toujours fidèle à cette histoire. Merci beaucoup pour tes compliments !), à qui je n'ai pas pu répondre personnellement.
À dans un mois, pour le dernier chapitre avant l'épilogue ! ^^
