Mes chères amies, it's been a while !

Désolé de cette non présence, mais un coup de blues suivi d'une légère démotivation, couplée à un manque d'inspiration, m'empêchent carrément d'écrire sur Dominante depuis plusieurs semaines...

J'espère que celles qui éprouvent encore de l'intérêt pour Chris et mes délires chelou répondrons présentes par review !

Bee : Ne t'inquiètes pas, comme je le prouve encore maintenant, je suis moi-même une experte dans l'art du retard... Un nouveau chapitre tout aussi long, voir plus, où les "tests" à son encontre son toujours présents, sa relation avec Karl, de nouveaux personnages, enfin le retour de Néokless, et...! J'espère que ce chapitre te plaira !

Encore une fois merci aux lectrices, aux followeuses, aux revieweuses, et bonne lecture à toutes !


Chapitre 18

Quand nous nous garâmes en bas de chez moi, mes méninges avaient fini par comprendre le pourquoi du comment. Ce n'était pas ultra compliqué en même temps, et l'odeur qu'il dégageait l'explicitait suffisamment. Je tapai rapidement le code d'entrée, me trompant. Je jurai sous nos deux grognements irrités. « Arf ! Un, huit, huit, six, putain ! ». Nous nous précipitâmes à l'intérieur, pas le temps de prendre l'ascenseur. Nous courûmes dans les escaliers sans même que la hauteur de mes compensés ne me dérange ou me ralentisse. À peine la porte de mon appartement ouverte, nous nous engouffrâmes dedans. Je n'eus même pas le temps de le refermer d'un coup de pied qu'il s'en chargea en me poussant contre le mur en face. Ma chemise était, sans que je ne sache réellement comment déjà au sol et la sienne ne tarda pas à suivre. Suivit mon pantalon. Je bataillai avec les lanières de mes chaussures pour se faire, mais qu'importait. Seule comptait l'urgence du sexe pour alléger mon corps. Je détachai sa ceinture et son jean en vitesse pour prendre en main son membre tendu. Il lâcha un râle de plaisir qui fut suivit d'un gémissement de ma part quand ses doigts passèrent ma barrière corporelle et s'y agitèrent. Puis il me tira en arrière et nous échouâmes sur mon lit. Je grimpai sur lui et d'un mouvement des hanches l'accueillis en moi en tenant ses mains au dessus de sa tête. Aah. Il poussa les reins vers le haut et je me synchronisai à son balancement avant d'imposer le mien. Je commençai à haleter alors que nos températures corporelles augmentaient davantage, nous rendant transpirants. Il se dégagea de ma prise et me retourna, prenant place entre mes jambes. Je lui lançai pour la forme un regard défiant auquel il répondit par un grognement avant de détourner son regard jaune. Comme lors de nos rapports de force quasi quotidiens, nos yeux ne pouvaient se soutenir bien longtemps, mais comme lors de nos précédentes fois, une fois ce rapport rapporté à un rapport sexuel, nous savions que je me refusai à céder, et lui concédait à me céder la dominance de ces affrontements visuels. J'éclatai d'un rire équivoque lorsqu'il emboucha mon téton droit en accélérant le rythme de ses coups de reins. Je me forçai à perdre l'idée du temps, l'idée de l'espace, cherchant à m'abandonner dans la sensation, la pression de son corps sur le mien alors qu'il se contractait pour venir en moi, encore et encore. Les éclairs qui s'élançaient dans mon bassin finirent par avoir raison de lui, et il se libéra dans la moiteur de mon intérieur palpitant, quelques assauts – je le sentais – avant ma jouissance qui ne vint pas, malgré le plaisir intense et libérateur. Il se retira et s'allongea à côté de moi. J'attrapai sa main en un remerciement informulé pendant que nous reprenions nos respirations. Je fixai la plafond familier au dessus de ma tête en rigolant encore intérieurement, trouvant cette situation presque ridicule, mais pourtant si sensée. Je sentais le sommeil - plus dû à la fatigue accumulée qui mangeait ma concentration et à mon repas copieux qu'au coït - me gagner et roulai hors de mon lit jusqu'à ma salle de bain pour me doucher. Sous le jet, je conclus que venir baiser avait été une bonne idée. Je ne sentais presque plus les tiraillements de la colère dans mes membres, malgré la présence de ma louve qui ne faisait pas le moindre doute dans ma tête, ce que confirmait mes yeux de nouveau clairsemés. Il se doucha à son tour tandis qu'enroulée dans une serviette douce je luttais pour ne pas rejoindre Morphée, mon amant de toujours, sous mes draps. L'air était saturé d'excitation et de sexe, aussi, ouvris-je la fenêtre. Quand il sortit à son tour, je finissais de me rhabiller.

- On fait quoi maintenant ? Lui demandais-je. T'as d'autres rendez-vous aujourd'hui?

Il jeta un regard à sa montre et...

- Oh putain de merde ! Dépêches toi ! On va être en retard ! Quel con...

Nous repartîmes donc aussi vite que nous étions arrivés et Karl démarra en trombes. Je serais les poings sur mes cuisses.

- Bon, on va où alors ?

- On va chercher Paul et sa copine à l'aéroport.

Je fronçai les sourcils. Paul était le second de la meute, le premier lieutenant, le Brésilien qui avait rejoint Néokless et Rose lorsqu'ils n'étaient encore qu'une meute de deux.

- Sa copine ? Ils arrivent d'où ?

- Du Brésil. Paul est parti il y a deux semaines pour la rejoindre et elle est censée rentrer avec lui. Je crois qu'elle a à peu près ton âge, mais je n'en sais pas vraiment plus. Paul n'est pas quelqu'un dont on veut se mêler de la vie privée. Mais ne t'inquiètes pas ! Il est pas méchant, il est même étonnamment gentil mais il est juste...intimidant.

o°O°o

Wouah. Je compris ce qu'il voulait dire quand nous le vîmes arriver.

L'après midi avançait doucement vers sa fin, l'air chargé de pollution, d'humidité et de relents marins était encore chaud. Mais sans le soleil nous tombant directement dessus, c'était bien plus supportable. Karl se gara dans le parking bondé de l'aéroport, près de la barrière de sortie. Il était presque 17heures et l'avion en provenance d'Amsterdam était arrivé depuis une bonne demie heure. Je commençai à m'avancer et m'arrêtai en constatant que Karl ne me suivait pas.

- On ne va pas l'attendre devant les portiques ?

Il rigola sans joie.

- Tu ne sens pas d'ici tout le monde qui pullule ? Regardes comme ça s'agite. Hors de question qu'on s'approche plus.

Je déglutis. Vu comme ça, effectivement...

Les minutes passèrent et je voyais Karl témoigner de plus en plus de signes de tension. Quand il se mit à taper du pied, ce qui me tapa simultanément sur le système, je me tournai vers lui.

- Qu'est ce qu'il y a ? lui demandais-je.

- J'ai été con. Très très con. Trop con.

- Mais expliques toi !

- J'aurais pas du t'amener aujourd'hui.

Je me décomposai.

- Super, merci.

- Nan, le prends pas comme ça !

Je lui lançai un regard mauvais. Genre, je n'aurais pas dû être là. Normal en même temps. Ma putain de place était à chauffer les putains bancs de ma putain d'école et glander avec mes copines. Pas à accompagner les putains de monstres dont je fais maintenant partie pour modifier en toute illégalité mes putains de papiers d'identité à échelle internationale, me faire trimbaler toute la journée puis baiser, bordel. Je l'avais dis à voix haute.

- Tu as raison. Mais c'est pas ce que je voulais dire ! Chris, je suis content que tu sois venu avec moi aujourd'hui, et je suis certain que ça t'a fait du bien ! Et je ne parle pas que de...tu sais. Mais j'ai été con, par ce que Paul sort de plus de 20heures de vols commerciaux, dans des avions puis aéroports bondés de gens avec leurs gosses braillards, et que la première chose que je vais lui présenter est une jeune louve pas tout à fait stable et dominante en plus. Il va pas être tendre avec toi.

- Ah.

C'était logique. J'étais montée trop vite en besogne.

- Je comprends. Pardon hein...

- C'est bon, t'inquiètes. Juste que...Ah, il arrive, s'il te plaie Chris, soumets toi sans trop de problèmes...

Mon cœur s'emballa légèrement et je balayai la foule des yeux. Il ne fut pas difficile à repérer. Les gens s'écartaient de lui sans traîner. Il était de taille moyenne, mais sa corpulence était...putain, un vrai bodybuildeur. Intimidant, c'était le bon mot. Sa musculature sur-développée était mise en avant par sa peau ébène et son crâne rasé. Je déglutis de nouveau. Bordel, quel mec. Ses yeux était cachés par une paire de fines lunettes opaques et malgré son absence d'expression tout son corps hurlait la tension. Quand il fut à une quinzaine de mètre, je reculai. Doucement, juste un pas ou deux ; je ne prenais pas la fuite ! C'était surtout pour me laisser plus d'espace vital par anticipation. Je sentais mes yeux plissés derrière mes propres lunettes et l'envie de grogner monta en moi. Je me contractai, le voyant comme une masse de muscle menaçante. Il s'arrêta à son tour, en garde. Bon, j'exagérais un peu. Maintenant immobile, il me paraissait toujours aussi dangereux mais peut être pas aussi sur-humain que ça. Il n'était pas comme un boxeur poids lourd professionnel ou les monstres que l'on voyait dans les compétitions de musculature. Il était juste impressionnant, plus formé que les autres loups que j'avais vu jusqu'à maintenant. Et pourtant, ils étaient déjà plus qu'en forme. C'était sa dominance suintante et mal contenue par l'irritation qui renforçait et même décuplait l'impression qu'il était immense. Il eut un mouvement protecteur envers – je la remarquai alors – la femme qui l'accompagnait. Sûrement à peine plus petite que moi, la peau bien plus bronzée que la mienne sans être noire, une silhouette fine et forte à la fois, elle me regardait avec de grands yeux intrigués avant de remonter le visage vers le lieutenant. En la détaillant, la femme en moi se demanda un instant comment elle pouvait être avec un type pareil. Puis je le regardai à nouveau, et retirai cette pensée. Il n'était pas laid, mais son côté effrayant m'avait empêché de le remarqué au premier coup d'œil. Il la protégeait, de moi, et sa posture à elle témoignait de toute la confiance qu'elle lui accordait. J'eus un élan de jalousie totalement inattendu et incompréhensible. Mais qu'importait, il fallait que je parte, je ne pouvais pas le laisser s'approcher davantage de moi. Je savais que je ne pourrais pas le supporter, pas alors que la tension qui m'avait habité toute la journée revenait au triple galop. Mais j'étais dans une impasse, je ne voulais pas non plus fuir devant lui. Cela m'était m'était inconcevable. Que faire ? Immobile à quelques mètres de moi, le premier lieutenant semblait comprendre ce que je ressentais et Karl à côté de moi également. Il y eut quelques secondes de flottement de plus, puis le téléphone de Karl sonna, nous surprenant tous.

- Boss.

Ah, c'était certainement Néokless.

« Paul est arrivé ? »

- Oui, mais je suis avec Chris.

« C'est malin, double bouffon, grommela-t-il. Très bien, part avec lui, je vais venir la chercher, je ne suis pas loin ».

Il coupa la conversation et Karl me regarda, presque embarrassé. Il était sérieux que j'allais l'attendre ici ?! Mais je n'en doutais pas un instant, les ordres étaient les ordres. Mais fait chier quand même.

- Peux tu me passer mon sac s'il te plaie ? Lui demandais-je le plus doucement et calmement possible.

Le mannequin plissa les yeux, mais le fit quand même ; même si la demande aurait pu se rapprocher de l'ordre, il était le plus proche de ma portière et comprenais que je ne voulais pas le vexer. Mon bien récupéré, je commençai à m'éloigner en m'assurant de rester de profil vis à vis d'eux, histoire de toujours les avoir à l'œil.

- Eh Chris ?!

Je me retournai légèrement. Paul et sa compagne n'avaient toujours pas bougés.

- Tu as encore réussis, me souri-t-il.

Je soulevai rapidement les coins de mes lèvres et reprit mon chemin, lançant un hochement de tête au premier lieutenant en guise de salut. Il me répondit et maintenant suffisamment loin, je leur tournai le dos.

o°O°o

Debout sur le trottoir bordant la voix « arrêt minute », je portai ma cigarette à mes lèvres. Les gens ne m'approchaient pas. Tant mieux, je supportais déjà très difficilement de sentir la populace s'agiter derrière moi. Les bruits de pas, des valises qu'on tirait, des chariots qu'on poussait, les conversations assourdissantes, les braillements des enfants, les annonces criés par les hauts parleurs ; les odeurs entêtantes de sueur, désinfectants, et vingt-milles autres que je ne pouvais identifier. C'était pour cela que je leur tournais le dos contre mon instinct qui me criait de tous les surveiller, dans une vaine tentative de m'isoler du bruit. Cela me permettait au moins de profiter des courants d'air qui venaient apaiser mon nez. Les yeux fermés sous mes lunettes, je finis par m'asseoir, pour tenter de me détendre. Mais c'était peine perdue. Même maintenant que j'étais seule – fait relatif – bouillonnait en moi un sentiment d'urgence, une colère presque panique qui m'avait déjà fait pousser des gueulantes dans la journée. Foutue état lycanthrope qui me bouffait le peu de patience que j'avais possédé en tant que femme normale. Même si d'après les encouragements de Karl, les « ce n'est pas grand chose » de Rose et les deux, trois hypothétiques échos de Néokless, je m'en sortais pas trop mal ; moi, je détestais déjà cet orage d'émotions fortes qui me déstabilisait. J'écrasai ma cigarette pour en rallumer une quelques minutes plus tard. Il fallait que j'en rachète. La fumée s'éleva autour de moi et je la regardai quelques instants avant que le vent n'ait raison de ses arabesques et la dissipe. Je tirai sur le bâton puis inspirai profondément avant de recracher la fumée nocive. Je crachai à côté puis regardai le bitume sous mes pieds. Je commençai un peu à appréhender. Rien que de m'imaginer dans l'habitacle fermé d'une voiture, pendant une bonne heure, avec à côté de moi l'alpha tyrannique, me rendait nerveuse. Putain, comment allait se terminer cette journée ? Le soleil était quasiment couché et la brise que je sentais était d'autant plus humide qu'annonciatrice de pluie. Cela faisait un moment qu'il n'avait pas plut, ce qui était inhabituel. Je supposais alors que les cieux se déchaîneraient toute la nuit durant.

Cette journée avait été une sorte de condensé de mon nouveau manque de tolérance par rapport à ce qui m'agaçait, surtout lorsque je regardais mes réactions. Même si j'avais souvent fuis, comme lorsque nous étions au studio, j'avais explosé à plusieurs reprises ; nous étions même allé chez moi dans le seul but de niquer...Je me rassurais en me disant qu'au moins, je n'avais encore agressé personne. Pour l'instant. À cette pensée, j'entendis des pas se détachant du brouhaha et se diriger dans ma direction. Je me levai d'un bond pour faire face à l'imbécile qui venait me déranger. C'était un ado avec trois poils duellistes sur le menton et un acné persistant bien jaunâtre, dont les yeux s'écarquillèrent devant mon mouvement rapide. Il resta paralysé de surprise une seconde de trop et je lui fis un sourire que j'espérais doux pour le rassurer.

- Euh... 'scusez-moi, je pourrais avoir du feu ? Marmonna-t-il.

Je ravalai l'idée de lui refuser à cause de son âge en me disant que j'avais été pareil, l'acné jaune en moins peut être. Je lui tendis mon briquet bic et il sortit une cigarette à moitié écrasée de la poche de son jean en l'attrapant. Je le vis se retenir de tousser pour garder la face et il me le rendit avec une expression gênée.

- Merci, bonne soirée !

En me retournant, je vis le 4x4 de l'alpha qui s'arrêtait à ma hauteur. Mon cœur s'emballa. Après une dernière taff pour me donner du courage, je m'armai de gestes insupportablement lents et ouvris la portière du Range Rover gris aux vitres teintées. J'évitai son regard en lançant un rapide bonsoir et m'assis sur la banquette de cuir. Je mis ma ceinture alors qu'il redémarrait en trombe et fixai mes mains posées sur mes genoux. Heureusement pour mon calme que l'aéroport était suffisamment en périphérie de la ville pour que la circulation ne soit pas trop enclavée. Au bout de trois longues minutes où je sentais à chaque ralentissement le regard du loup me brûler la nuque, je me détachai de la contemplation d'un taxi surpeuplé pour me tourner vers lui. Il semblait amusé et...curieux ? Je hochai un sourcil.

- Quelque chose d'amusant ? Murmurais-je.

Il passa la première puis la seconde avant de finalement me regarder de nouveau.

- Bonne journée ? Changea-t-il de sujet.

Je cachai un sourire et replongeai dans l'étude des voitures que l'on dépassait avec vitesse, à la recherche d'une réponse évasive appropriée.

- Qui sait.

Je me rendis alors compte que la tension que j'avais tant crains avant de monter n'était pas insurmontable. Pour la première fois de la journée même, j'avais l'impression que mon agacement perpétuel se calmait enfin. J'en fus presque heureuse que ce fut lui qui vienne me chercher.

o°O°o

Néokless fonçait, faisant ronronner le moteur de sa voiture. Concentré sur sa conduite, j'en profitai pour le détailler le plus discrètement possible. Il portait une chemise blanche et un pantalon de costume, un peu de gel tenait ses cheveux en arrière et une montre simple, mais de marque cliquetait à son poignet droit à chaque fois qu'il passait une vitesse. Était-il gaucher ? Je n'y avais pas fait attention jusque là, cela me paraissait possible. Un coup d'œil derrière me révéla la veste de costume assortie à son bas. Je me reportai sur son profil. Nez droit, mâchoire assez carré, lèvres pleines. Il était beau, c'était indéniable. Et le mode homme d'affaire lui donnait en plus un certain charme... Je me pinçai la cuisse. Putain, il fallait que j'arrête de me dire qu'il était beau.

Décidant de m'éloigner de lui, ou du moins de l'éloigner de mes pensées, je sortis mon téléphone et parcouru ma messagerie, saturée de messages non lus ou sans réponse. J'abandonnai. Je ne me sentais vraiment pas le cœur à devoir répondre aux mots inquiets, parfois paniqués, ou encore des encouragements sorti de nul-part pour soit disant m'aider à « traverser cette phase ». Je comprenais par là que certaines personnes voyaient mon éloignement subite comme une phase d'asociabilité sûrement dû à une déprime. Ainsi soit-il, la perche était tendu sous mon nez. Ils finiraient par se lasser des appels sans réponse et peut être, à terme, se dire que je les avais oublié. J'eus un pincement au cœur, mais essayai de me persuader que c'était la solution adéquate : je ne pouvais tout simplement pas révéler la vérité. Et de toute façon, dans l'état actuel des choses, je ne pouvais me tenir en face d'eux pour maintenir une comédie suffisamment crédible. En regardant le « alors, tu as remis ça avec mister beau gosse ? » de Maeve, je souris intérieurement en me disant que je serais prête à enfreindre les règles du silence pour elle. De plus, elle avait un secret. Et j'avais comme l'intuition que c'était de près ou de loin relié avec le monde réel auquel je venais d'être initiée. Quoique, la réalité de ma condition était toute relative. J'avais beau être tombée dans une meute au comble de l'aisance, comme le prouvait tout le luxe qui les entouraient – de la villa aux voitures, de leur train de vie à leurs styles – elle était bien loin des clichés d'hommes n'ayant presque plus rien d'humains, rongés par leur mal, se terrant dans l'insalubrité d'un égout, d'un entrepôt dévasté, d'une forêt, ou que savais-je encore... Oui, ce n'était pas vraiment la réalité. J'étais nourris, logée, retenue sans pour autant être prisonnière, les regardant dans leur quotidien banalement anormal, ou bien était-il anormalement banal ? J'eus une prise de conscience. Depuis bientôt deux semaines, je restai là, à seulement ruminer et me plaindre, m'ennuyer et chercher à devenir « plus forte ». Cette journée avait été active, pleine, et je me rendis compte que j'avais besoin d'une distraction, quelque chose de vrai, d'utile. Je remarquai alors que mentalement, j'avais commencé à penser à ma vie « d'avant », comme si elle était terminée. C'était quelque part le cas. Mais je me refusai à me laisser aller et continuer à ne rien faire de la sorte. Je n'étais pas une travailleuse régulière, aussi, rattraper deux semaines de cours ne m'effrayait en rien, si ce n'était la flemme que je sentais déjà pointer dans les bases de ma détermination. Même si je ne pouvais plus aller en cours, je continuerais mes études. Après tout, ils – la meute - avaient tous un emploi non ? Ils contribuaient forcément à quelque chose. Être une profiteuse c'était bien, facile, mais ça ne durait pas éternellement, et la facilité ne m'avait jamais réussi bien longtemps.

Fière de cette introspection sur moi-même m'ayant conduit à une pseudo résolution qui, sans doute, vacillerait au premier obstacle, je décidai de m'en tourner vers moi-même pour lui faire face. La bête tapis dans mes entrailles. Il me semblait que je commençais un peu à la comprendre, sans pour autant l'appréhender. C'était une boule d'instinct et d'animalité qui ne me quitterait jamais. Nouvel élan de lassitude-tristesse. Pourquoi avais-je été si énervée aujourd'hui ? Pourquoi était-elle presque apaisée maintenant ? La méfiance. Toute la journée, j'avais été assailli par le besoin de surveiller, me protéger, prête à riposter. Mais à présent proche de cet homme que je n'aimais pas, mais dont je respectais la force, une part de ces pulsions hargneuses se taisait. Je compris alors que malgré mes efforts d'apathie face à lui, nous lui reconnaissions la dominance. J'en fus un peu agacée. Même avec Karl, ma tension ne me quittait pas autant, ce qui affirmait qu'entre nous, une certaine concurrence ne se résolvait à disparaître. Avec le temps, cela s'estomperait, conclus-je.

Quand nous arrivâmes aux abords de la villa, je remarquai immédiatement les véhicules étrangers garés aux côtés de ceux de Rose, Karl et Ameline. Néokless se rangea près du Hummer noir et coupa le contact. Il me regarda tout sourire en ouvrant sa portière, ses yeux sombres plissés en signe de calcul et les dents largement découvertes. Le fait que c'était peut être une des premières fois qu'il me souriait de la sorte ne s'attarda pas dans ma tête – de toutes façons, son sourire ne présageait rien d'autre que ses moqueries à mon insu – trop préoccupé par ce qui était censé arriver après. Deux voitures inconnues : il y avait au moins deux personnes en plus, ce qui annonçait de nouvelles difficultés. J'assumai qu'ils étaient des loups également et présumai que Paul, le premier lieutenant, et sa copine étaient également présents. Sans compter l'alpha, la fille et moi-même, il devait y avoir six loups dans la baraque. Je déglutis en attendant la vague d'appréhension qui était censé agiter mes tréfonds bestiaux. Mais elle ne vint pas. Je risquai un coup d'œil à ma gauche pour découvrir un Néokless cachant son amusement derrière une expression ennuyée. Je me congratulai intérieurement, certaine de ce que j'avançais, pour avoir percée une minuscule part de son masque d'indifférence arrogante.

- Allons Christane, tu as si bien commencé, passons maintenant à la dernière épreuve du jour.

Sa voix grave était ferme, presque dure comme souvent, mais j'étais certaine qu'il y avait une part d'humour dans sa phrase. Peut être n'est-il pas si mauvais dans ses paroles. Je barrai cette pensée en me souvenant de ses menaces de mort absolument et totalement sérieuses à mon encontre si je lui désobéissait trop, d'autant plus que le mot « épreuve » signifiait qu'encore une fois, il me testait. Je me résignai à faire face et sortis à mon tour de la voiture. C'est quand, en approchant du porche, je sentis trop d'effluves corporelles, assurément lupines, et saisis des éclats de voix enjouées, qu'une légère vague d'adrénaline mua en moi cet instinct primaire qui me poussa à m'écarter. Je m'orientai de manière à montrer à Néokless qu'il devait rentrer d'abord et non plus lui montrer mon dos. Il s'arrêta et, les bras croisés sur la poitrine, m'intima d'une signe de tête à rentrer d'abord. Je voulu le foudroyer du regard, mais le levai plutôt au ciel. J'ouvris la porte et rentrai rapidement, faisant face à l'assemblée dans le salon. Je ne craignais pas réellement une bagarre, et ce fut peut être ce qui me permis de faire cette entrée un poil théâtrale. Assis dans les canapés se trouvaient Rose, Karl, Ameline, Edward, la brésilienne, Paul et un homme que je connaissais pas. Tous se tendirent et les deux derniers se levèrent immédiatement, ne supportant sûrement pas de se retrouver plus bas que moi. J'ignorais les autres qui observaient la confrontation.

- Salut, je suis Chris, balançai-je.

- Paul.

- Tom.

J'accrochai mon regard dans celui jaunissant du premier lieutenant, ne le soutenant que quelques instants pour attacher celui, bleu, du dénommé Tom. Autant, la dominance de Paul n'avait fait aucun doute pour moi, autant, le regard que me lançait l'autre était un combat délicat. Je n'étais pas réellement sûre de savoir lequel de nous deux dominait l'autre, mais ce qui était explicite dans ses yeux dont les tons s'éclaircirent, c'était qu'il me considérait à la base - comme un principe indéfectible - inférieure à lui. Sa détermination était une certitude et cela, ne me plaisait pas du tout. Je sentis même les affres de la colère monter en moi quand je me rappelai que les louves seules étaient par défaut censées se placer en bas de la hiérarchie. Je baissai le regard un instant, apercevant de ce fait celui d'Edward qui me fixait, comme en attente de mes réactions. Je relevai les yeux avec brutalité. Je ne faisais pas encore partie de leur meute, et même si je n'avais pas l'âme d'une féministe, il était hors de question que je m'abaisse par ce qu'il était un connard de misogyne. Campée sur mes talons, un grognement léger remontant mon torse accompagné d'un frisson de fureur dans mon dos, je croisai mes bras sous ma poitrine et me penchai d'un centimètre en avant. Il n'y avait pas plus butée comme expression corporelle. L'homme en face de moi plissa des yeux et je tachai de l'analyser comme je le pouvais. De ce que je pouvais en dire, il n'éprouvait pas ce besoin agressif de se sentir supérieur, il en était convaincu et attendait juste que je l'accepte. Ce n'était pas tant qu'il ne me reconnaissait pas de valeur, pensais-je, c'était juste son opinion. En fait, cet échange n'était pas violent, il fut plutôt comme un débat. Je compris qu'il m'analysait au même titre que je le faisais et apposai mon argument suivant. Je haussai un sourcil, l'air de dire « vraiment ? » et il me toisa de la tête au pied « vraiment. » Je m'efforçai de ne pas trop serrer les poings alors qu'une nouvelle rafale de fureur résonna dans ma chaire. Je pourrai tout aussi venir lui expliciter ma manière de penser avec un coup de coude dans la gueule. Je le toisai en retour et il eut un léger hochement de tête. Je grognai, grognai de plus en plus fort en montrant autre chose avec mon corps. Car comme dans tous débats il y avait un moment où les parties perdent leurs calmes, il me fallait être celle qui le pousserait à la faute. Contre une personne assurée, il y a plusieurs solutions. Avisant de l'agacement qui commençait à faire trembler ses doigts, je relevai doucement les coins de mes lèvres en plissant mes yeux ; j'avais choisis la provocation. Sa réaction dépendrait de sa volonté et conclurait l'échange. S'il me répondait avec un sourire, une quelconque marque d'amusement ou de détente, je perdais, et reconnaîtrai – sûrement avec difficulté, à contre cœur et après avoir cédé à l'attaque impulsive, violente et chaude qui grésillait dans mes muscles - qu'il pouvait éventuellement m'être supérieur. Mais s'il réagissait à mon « prouve-le » informulé par l'entreprise du moindre mouvement...Ses yeux lancèrent des éclairs, son grognement fit écho aux miens et il se pencha, s'apprêtant à enjamber la table basse pour m'atteindre. Je relâchai avec joie les chaînes de ma louve que je tenais à m'en arracher les mains, pour qu'elle puisse l'accueillir avec toute notre animosité refoulée. Mais il se stoppa avant même d'avoir fini de lever sa première jambe.

- Suffit, clama la voix dure et sans appel de Néokless.

Je me tournai vers lui et lui adressait un regard empli de ma frustration haineuse. Je grognai contre lui et eus un mouvement de recul quand il s'avança vers moi. Il combla la distance et toucha ma joue du bout des doigts en lâchant un « du calme » si bas et avec les lèvres si serrées que je sus que seule moi l'avait entendu. Instantanément, ma rage retomba, ne me laissant que l'amer goût d'un déchaînement avorté dans la bouche. Nous n'avions même pas pu conclure de qui dominait l'autre. Je soufflai lourdement quand tout mon corps se détendit et sentit ma tête partir dans ce hochement instinctif, clairement lupin que je commençai à appréhender. Je quittai les yeux d'un gris si sombre de l'alpha et il se tourna pour avancer vers les fauteuils. Je ramassai mon sac que je ne souvenais pas avoir laissé tomber et me débarrassai de mes chaussures. Je fis un vague signe de main à l'assistance et m'empressai d'aller m'asseoir sur les marches devant la porte pour fumer ma dernière cigarette. En l'allumant, j'espérai que cet éclat serrait avec le dernier de cette longue journée.

o°O°o

Finalement, la soirée se déroulait dans une bonne humeur un peu fragile qui ne faisait que prendre ses aises, pour notre soulagement à tous. Tom, malgré notre désaccord évident quant à la place des femmes – je ne savais pas à quelle époque il était né ou comment il avait été élevé, mais il était clair qu'à son sens, nous étions avant tout de futur épouse et mère à protéger et choyer entre les quatre murs d'un foyer – était un type intelligent avec qui il était intéressant d'avoir des conversations enrichissantes. Même si nous évitions de trop nous confronter pour éviter de réveiller l'animosité de l'incertitude de nos positions ; heureusement que l'alpha était présent. Il travaillait pour une entreprise de travaux publique et était actuellement en phase de divorce – quelle surprise. Il y eut tout de même quelques éclats de voix, ou grognements de ma part, aussitôt désamorcés par l'un des autres protagonistes. Karl avait encore une fois été d'une prévenance dont je le remercierai tant que ça durerait, en m'achetant un paquet de cigarettes que je lui remboursai.

D'un autre côté, je n'avais été qu'à moitié étonnée de constater que la haine que je m'étais promis de vouer à Edward avait fait la malle, remplacée par un certain respect teinté d'indifférence. Lui était plombier, entre autres, et semblait en effet préoccupé, voir affligé. Peut être ressentais-je aussi de la pitié pour lui en connaissant les traits de son histoire ? Cela lui faisait apparemment du bien de côtoyer du monde et je ne pouvais que compatir. Nous avions mangé, ou plutôt dévoré sans leur laisser la moindre chance de survis les quinze pizza qu'il avait ramené. Quant à Paul, la complicité tacite qu'il entretenait avec l'alpha avait des allures de fraternité et il était, comme me l'avait annoncé Karl, beaucoup plus doux qu'il n'en avait l'air, malgré ses attentions et son attitude protectrice ostentatoires envers Jorgina. Celle-ci était belle, dotée d'une grâce peu commune et d'un charme à la douceur évidant. J'échangeai un sourire avec elle. Bien que curieuse à nous tous, elle parlait peu, son français ne lui permettant même pas totalement de suivre les conversations. Heureusement que les trois anciens ci-présents maniaient parfaitement sa langue maternelle pour lui permettre de se sentir à l'aise. Je les écoutai débiter les mots sans marquer la moindre pause entre eux, parvenant à peine à saisir parfois une idée du sens d'un de ceux-ci. Personnellement, je ne connaissais qu'un seul mot de portugais.

- Laisse moi deviner, ria Karl, fils de pute ?

Nous pouffâmes tous, effectivement. Je leur demandai un peu plus tard, si elle ne savait pas parler espagnol, à tout hasard. Elle me répondit elle même que l'espagnol était assez courant pour elle et je me remuai le crâne pour retrouver les quelques bases que je possédais.

- Bueno, de esa manera, podemos hablar y aprender a conocernos, lui dis-je en constatant que je n'avais pas non plus perdu ma prononciation assez correcte.

Elle sembla enchanté, et nous pûmes discuter, parfois aidées par Rose ou Paul lorsqu'il nous manquait certaines expressions. Je m'entendais bien avec elle, nous n'avions en plus que quelques mois d'écart.

La soirée se poursuivit tranquillement, et j'attendis en sentant mes paupières s'alourdirent que les gens s'en aillent sur les coups de 23heures, minuit alors que le ciel commençait à menacer de céder. En partant, Ameline m'avait glissé à l'oreille que mon « débat » avec Tom lui avait drôlement fait plaisir. Elle même, soumise, ne pouvait même pas espérer lui faire avaler le moindre argument, malgré les preuves même de son indépendance qui avait commencé bien avait qu'elle ne soit majeure. Elle ne lui en tenait pourtant pas rigueur, acceptant sans les partager le moins du monde les idéaux du loup.

- Si tu es en bas de la meute, ce n'est pas par ce que tu es une femme, lui soufflai-je. Regarde Rose. C'est juste que tu es de nature soumise, ce qui aurait pu être le cas pour un homme, et ce qui ne veut pas dire inférieure pour moi. J'ai juste l'impression que je dois faire attention à toi..Mais après tout, chacun est libre de ses pensées, pas vrai ?

Nous discutâmes encore quelques instants avant qu'elle ne parte. En allumant une clop, je captai du coin du regard Néokless accoudé contre la vitre ouverte côté conducteur du Hummer de Paul. Tout compte fait, je m'étais trompé dans mes déductions premières pour la simple et bonne raison qu'Ameline et Rose, en prévoyance de ce moment, étaient allée cherché la voiture de Paul, en partant toutes deux avec celle de la blonde. D'autre part, Tom et Edward étaient venus ensemble. Le résultat que je prévoyais était le bon, mais la démarche fourvoyée. Après tout, je ne pouvais pas deviner non plus. Je tendis l'oreille en essayant de me faire une idée générale sur le sens de leur conversation, par les mots quasi transparents à la plupart des langues latines tel que le « surpreendente » que j'identifiai. Sans le moindre doute, j'entendis le noir commencer à prononcer mon prénom avant de se raviser. Ils parlaient de moi et savaient que je pouvais les entendre. Je ne changeai rien dans mon attitude, et renonçai intérieurement à saisir quelque chose d'important. Ils ne se compromettraient pas sachant cela, mais bordel, qu'est ce que j'aurais donné pour savoir leurs termes exactes.

Après un cirritante » de la part du cher brun dominateur, dont je ne doutais pas du destinataire, je décidai qu'il était temps d'aller me coucher.

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Une fois dans mes draps, je me blotti contre moi-même et fermai les yeux. Je les fermai le plus fort possible en serrant les poings, soudain assailli par une impression étrange. Une impression de menace imminente. Une pression dans mon bas ventre annonciatrice de malheur. C'en était douloureux. Je m'assis dans mon lit et restai alerte. J'attendis. J'attendis. Baillant largement, j'attendais en sentant le temps passer et ma douleur s'affirmer. J'entendis bientôt Rose aller se coucher, puis Néokless monter à son tour. Mon malaise s'accentuait, étrangement familier, sans que je ne puisse comprendre réellement. Mais rien ne venait, et je finis par commencer à somnoler, laissant à cette urgence oppressante en moi le soin de me prévenir quand le danger apparaîtrait.

...

Un craquement, mon œil s'ouvre et mes oreilles se concentrent sur le son de la porte de la chambre du boss s'ouvrir, se fermer, et celui-ci se diriger dans notre direction. L'autre s'ouvre, alerte, pour finalement se fermer tout deux en l'entendant pénétrer son bureau voisin. Ma tête se repose sur l'oreiller.

Une odeur. Une odeur qui appel. Une odeur entêtante, agaçante, alléchante, forte, douce, sucrée, salée, métallique, chaude, coulante... Et la douleur l'accompagnant. Mes doigts s'y portent d'eux seuls avant de venir chatouiller mon nez, ma bouche. Ma langue se glisse hors de mes lèvres pour nous en faire apprécier le goût riche. Mes mains s'y promènent, remontent le long de mon corps, caressent ma peau de la tiédeur humide. Ce besoin anime nos gestes, avides. Sous nos papilles l'impression de puissance et de délice. Des grognements s'échappent de notre gorge. Les frissons remontent nos chaires. Nos membres se mouvent, tremblent, mon corps se retourne. Elle nous dirige, affamée. Et le manège continu, nous nourrissant du rejet poisseux et âpre. Le sang. Puis le pouvoir en lui qui monte.

Fracas, la porte s'ouvre. Je bondis. La vibration menaçante résonne dans ma cage thoracique.

«...»

Des bruits y répondent. Non ! Je refuse que l'on m'arrache à ce qui est notre.

«...toi ! »

Des paroles. Des ordres. Non ! Je refuse que l'on nous force.

«...ane! »

L'on m'appelle. Non ! Je veux seulement...

« Réveille toi ! »

Il s'approche. Je m'élance, me débat, le griffe, le mord, le frappe, il me maîtrise.

« Christane réveille-toi ! »

Des yeux bestiaux. Ils brillent. Ils brillent bien trop durement, ils sont trop fort, il est trop fort.

« Christane ! A... »

Les pupilles fauves se dilatent autour de leur cercle de cristal.

« Artémis ! »

Je ne peux plus lutter.

...

J'ouvris les yeux brusquement pour trouver en face de moi les prunelles féroces d'un Néokless me dominant de tout son poids. Son corps sur le mien m'immobilisait au sol et ses mains tenaient fermement mes poignets. Son visage furieusement déterminé, marqué d'une griffure et de tâches de sang n'était qu'à quelques centimètres du mien. Putain...Et toute l'horreur de la situation m'assaillit subitement. L'odeur de la folie et du sang, mon sang. Partout. Partout sur mon corps quasiment nu et le sien me surplombant. Partout dans l'air que je respirai jusque dans ma bouche. Partout, polluant mes pensées par un désir de carnage carmin. Je chassai l'envie de pleurer qui germa dans la conscience de ma pitoyable personne rationnellement choquée par ce nouvel éclat d'insanité. Je me concentrai sur mes mains tremblantes de rage et repoussai l'homme qui se laissa faire en se mettant debout. Je me relevai et contemplai les draps et mon corps tâchés du sang coulant entre mes jambes. Des éclats sombres dans la nuit qui contrastaient avec les tons clairs grisonnants des tissus. J'étais au-delà du traumatisme, laissant juste la résignation balayer les idées d'humanité qui résidaient dans ma tête. Je regardai mes mains humides, rougeoyantes du sang vif qui ternissait à vu d'œil vers un grenat noircissant. Je portai l'un de mes doigts déjà marqué des traces de ma langue à ma bouche. Le goût agita ma tempête intérieure et je remarquai cette amertume remontant de mes entrailles pulser dans mes veines. Je plissai des yeux en les relevant vers Néokless. Je jaugeai son air neutre et pincé. Il guettait la moindre de mes réactions. Mais j'étais au fond trop hébétée et désabusée pour céder au désespoir ou à la rage qui s'agitaient quelque part dans ma tête. Par ce que mon instinct lui, ne pensait qu'à relâcher quelque chose d'encore plus sauvage. Il y avait un ouragan entre mes émotions horrifiées de dégoût – peut être était-ce le moi « d'avant », humain - ; ce côté qui me poussait à me lécher les lèvres et chercher de quoi défouler mes envies – la bête - et enfin, le constat impitoyable du pathétique dégueulasse de la situation – le « nouveau » moi naissant, issues des deux. Pourtant, il ne m'avait jamais semblé être aussi calme.

- C'est donc ça être un monstre, prononça ma voix aux accents si bas et graves que je ne la reconnu pas.

Un grognement courrait toujours le long de ma gorge et je craquai ma nuque d'une manière inhumaine. Je ne le quittai toujours pas du regard. Il plissa le sien et ses narines frémirent. Je répondis à la question muette.

- Oui, je la sens.

« La noirceur qui flotte dans l'air », ajoutai-je mentalement.

Me détaillant toujours avec une sorte d'appréhension, l'alpha était en proie à une sorte de tension, contracté pour ne pas hurler les bruits lupins qui s'échappèrent silencieusement de sa gorge. Ces sons avaient beau être presque doux, leur violence me fit courber l'échine d'un centimètre et je planquai mon regard au sol en penchant la tête. Je lui reportai mon attention. Il semblait lutter, ses yeux luisant presque dans l'obscurité.

- Pouvoir comme Loup se nourrissent de la chaire. Ils ont faim. C'est pour ça que j'aime mon propre sang. Ils m'y poussent dès que je baisse ma garde, murmurais-je.

Je souris de démence dans le noir, faisant un pas en avant.

- Mais tu le sais, non ? Toi aussi. Ta tension parle pour toi.

Il grogna et je me tassai de nouveau. Ne pouvait-il pas parler, agir ? Comptait-il sérieusement me pousser à le provoquer davantage ? J'avançai ma main rougis vers lui.

- Tu ne veux pas y goûter, à mon pouvoir ? Le défiai-je.

Cela sembla suffisant. Il souffla soudain et vint à moi. Il me tira contre son torse et je serrais mes doigts sur son t-shirt. Je fermai les yeux pour inspirer son odeur rassurante. Son grondement me rassura jusque dans les soubresauts contenus de mon abdomen, me permettant de retenir les pleurs qui se bousculaient à la limite de mes barrières mentales. Je me perdis contre lui, inspirant toujours plus profondément, me laissant aller contre sa chaleur, contre cette sensation apaisante ; celle d'être protégée, à l'abri, près de...C'était donc ça l'Alpha.

- Ne me provoque pas Loupiote, je te dévorerais sans y prêter attention, souffla-t-il d'une voix rocailleuse en baissant la tête vers mon oreille.

Il claqua sa langue contre son palais et un frisson me traversa si violemment en réponse que je me dégageai vivement de lui, arrachée au calme qui m'avait attrapé. Je claquai des dents à son encontre avant de claquer la porte de la salle de bain en m'y enfermant. J'actionnai les robinets. L'eau froide me fit glapir de surprise avant qu'elle ne se réchauffe. Je baissai les yeux sur mes orteils vernis pataugeant dans l'eau orangée qui coulait de ma peau. Enfin, seulement enfin, j'autorisai les sanglots à secouer mon corps. Mais putain de bordel de merde, qu'est qu'il venait encore de se passer au juste ?!


Oui, je n'ai pas résisté à encore sortir un pétage de câble, mais peut être remarquerez vous ça nouvelle manière de...d'appréhender la chose diront nous ! Je vous fais également remarquer, si ça n'a pas déjà été le cas, que j'emplois le présent quand c'est plutôt la louve aux commandes, une manière pour moi de montrer que celle-ci vit, pense, et ressent vraiment dans l'instant.

Donc, un long chapitre pleiiin de choses que je vous laisse me commenter : Karl ? L'aéroport ? Néo ? Les réflexions de Chris ? Ses réactions ? L'instant de "convivialité" ? Les nouveaux personnages, vos avis sur eux ? Le nouveau pétage de câble un peu glauque, j'avoue ? Et encore Néokless ? La qualité de mon écriture ? Il y a pas mal de choses, de contenu, dans ce chapitre qui - j'espère - méritent de solliciter vos avis et votre attention...

Mais dans tous les cas, j'espère que ça vous a intéressé, c'est l'essentiel !

Encore merci d'avoir lu ce chapitre !

Bonne soirée, Aiko - qui est en stage !