Voilà enfin un chapitre entier avec des mots et tout et tout.

J'espère que ça vous plaira, et je suis désolé d'avance...


Chapitre 21.

Dean rentre par le premier train. Enfin. À chaque kilomètre vers Paris, il souffre un peu moins. Le manque est toujours présent, bien sur, il lui colle à la peau. S'accroche à chaque parcelle de lui. Mais au moins, Dean est sortie d'une léthargie pesante. Humiliante. Pathétique oui. Il en est sorti. Et ces premiers jours de Janvier ont apporté leur vent de bonnes résolutions. Et celle de Dean est de ranger son foutu égo de côté.

Castiel lui manque. Trop.

Et c'est ce trop qui fait toute la différence.

Dean met à charger son iPhone dans le train. Il est éteint depuis des jours. Et enfin il se décide à composer un message à son trésor.

« Je reviens... »

Sauf que Castiel, son portable c'est son frère qui l'a gardé. Il a laissé son frère rentrer chez lui, parce que Castiel a accepté de manger, peut-être aussi d'aller se faire soigner. Mais quand il lit le message d'un certain « Chat », il panique. Castiel ne doit pas le voir. Il ne faut surtout pas. Sauf qu'il est au boulot. Et que là il lui est impossible de partir. Putain.

Il est trop tard pour Dean. Il fonce déjà tête baissée vers chez Castiel. Sans même passer par chez lui. Même si Castiel ne lui a pas répondu, il veut le voir. Pour la première fois il VEUT. Tout autant qu'il en a besoin.

Il descend du taxi en bas de l'appartement de Castiel. Il renifle. La coke lui manque Castiel va lui en vouloir mais il espère que sa venue effacera ça...

Le cœur battant la chamade, Dean frappe à la porte. Fébrile.

Castiel est dans la cuisine, juste à côté de la porte, il prépare comme il peut pour ce soir à manger, à couper des tomates et des courgettes pour se faire un semblant de repas.

Sur le coup il pense à son frère, qu'il aurait pu lui rendre son portable. Ses livres aussi.

Alors innocemment il avance et déverrouille la porte. Ouvre.

Là.

Sur le pas de la porte.

Non.

C'est de la terreur qui s'empare de Castiel. De la panique pure. Est-ce encore une hallucination ? Comme il en a eu des dizaines ? Une blague ? Rêve-t-il ?

Dean est sous ses yeux, Dean. Dean.

Il recule, tremble comme un fou.

Mais Dean se rapproche. N'hésite pas. Il n'a plus peur. Il est aveuglé par Castiel. Son homme. Le manque quitte enfin sa peau. Parce que c'est Castiel qui est contre elle. Castiel, oui. Il le sent, le touche, le respire. Putain, pourquoi a-t-il fui son bonheur ? Son bonheur de serrer son homme... Oui c'est son homme. Il n'en doute plus.

« Trésor... » souffle-t-il, à bout.

Paralysé, Castiel ne dit rien. Ne fait rien. Juste quelques respirations saccadées, avant de le repousser. De reculer. Heurter le meuble de la cuisine, faire tomber les tomates rouges sur le planché. Il ne peut pas. Horrible, il a mal et en geint de douleur.

Dean le regarde sans comprendre. Pourquoi réagit-il ainsi ? C'est bon, il est revenu ! Il n partira plus, c'est fini. Maintenant qu'il sait l'horrible et terrassante douleur. Pire qu'avant.

« Castiel, j'suis là..., murmure-t-il.

- T'es… T'es là ?! Non ! Dégage ! » hurle Castiel.

Il est fou de rage, fou de douleur, fou de lui, fou de peur. Il n'a pas le droit de revenir comme ça, après tout ça. Après…

Dean tente d'attraper ses poignets qui batifolent dans l'air mais c'est mission impossible, Castiel le repousse d'emblée. Dean prend sur lui. Il ne peut pas s'énerver à peine rentré. Et fuir encore. Il ne veut plus. Il veut Castiel et essaye de lui faire comprendre à nouveau.

« Trésor calme-toi ! Je... C'est moi...

- Non ! C'est pas possible ! Casse-toi ! Dégage de chez moi ! hurle Castiel, fondant en larmes.

Les mains de Castiel s'accrochent au plan de travail de la cuisine, pour éviter de tomber.

- Mais... Non ! Non ! J'suis revenu ! Je suis revenu Castiel ! Pour toi ! crie Dean à son tour.

- Tu sais pas ! Je veux pas ! Tu m'as tué putain ! Tu m'as arraché le cœur, tu m'as tué !

- Mais tu crois que j'ai pas cru mourir moi ? Quand tu m'as abandonné ? Et quand tu as baisé avec ce mec et que tu m'as appelé ? Comment j'étais à ton avis hein ?!

- Je l'ai pas fait ! C'était la vidéo sur internet ! Je voulais te faire revenir ! Et toi t'es parti !

- Parce que dès que je reviens, tu me fais partir ! hurle Dean, sans raison.

- C'est toi qui pars ! Qui t'énerves ! »

Derrière sa main il sent le manche du couteau, et comme un réflexe, l'attrape. Dean ne voit rien, concentré sur les yeux de Castiel.

« Mais moi en plus, comment je suis censé savoir que c'était la vidéo ? Je m'énerve parce que je ne sais rien ! »

Castiel n'arrive plus à répondre. Dean ne peut pas être là, ne peut pas être revenu pour ça, comme ça. Pour reprendre une dispute qui s'était arrêtée. Pas après sa faiblesse. Pourtant si. Et dans son regard, Dean essaye de lui faire comprendre que tout cela est vrai. Il est revenu pour lui. Il l'aime. Mais Castiel ne semble pas vouloir le comprendre, au contraire. Toute sa crainte se lit sur son visage, crispé. Dean en est blessé. Il s'attendait à retrouver Castiel comme ils s'étaient toujours retrouvés. Dans le beau de la passion. Le beau. Mais là, maintenant, il ne sait plus où est ce côté beau. Et tout ce qu'il trouve à dire au bout de quelques minutes c'est :

« J'aurais mieux fait de ne pas revenir et te laisser crever. C'est ça hein ?

Castiel sent l'intérieur de sa poitrine se déchirer. Non. Il ne peut pas repartir. Le laisser. Mourir. Il ne peut pas. Pas encore. Pas partir. Pas encore. Une nouvelle fois.

- Non… »

Il ne se rend pas compte de la violence de son geste, de la force qu'il met quand il se redresse sur ses jambes, qu'il reprend son équilibre instable et que le pas qu'il fait vers Dean lui permet d'élancer son bras. Et de planter le couteau. L'enfoncer. Dans son torse. Il ne partira plus comme ça ! Il va rester !

La scène n'a duré qu'une seconde, peut-être moins. Pourtant Dean a eu le temps de voir chaque détail. D'être spectateur. De voir la pointe du couteau luire à la lumière artificielle de la cuisine. Le visage plein de colère de Castiel. Sa hargne. La violence. Ça il l'a bien vue. Et Dean n'a rien pu faire face à elle.

Le couteau, il le sent. Il transperce son corps, sa chair. Le fait hurler de douleur. Non, ce n'est même plus de la douleur. C'est encore bien pire. Il est en train de mourir ! Mourir d'aimer ! De la passion, de ce qu'il est venu chercher !

Mais l'acteur ne pense pas à tout ça. Ce n'est pas une scène de cinéma qu'il joue. Il ne se meurt pas pour de faux. Non. Tout est réel. Tout. Son sang. Sa vie. Sa fin. C'est la fin.

Mais Castiel voit. Réagit. Quand il ressort le couteau, quand il voit Dean s'écrouler au même moment devant lui. Que ses jambes ne le retiennent pas. Dean heurte le sol dans un bruit sourd, et Castiel lâche le couteau. Il a du sang sur la main. Les yeux écarquillés.

Putain. Qu'est-ce qu'il a fait ?

Le sang sur le parquet, sur les fringues, partout. Et la pâleur cadavérique de son Autre. Non.

« Mon Dieu. Dean… Dean ! »

Castiel tombe à genoux et le force à le regarder. Le tient. Mais comment Dean peut tenir ? Il a horriblement, terriblement, dramatiquement mal. C'est inhumain. Un instant, il se rappelle de l'incident près de la mer. Comment il a vacillé si proche de la mort. Ça lui apprendra à vouloir la défier. Cette pétasse. Elle se venge toujours il faut croire.

Dean puise dans ses dernières réserves. Il le sent. Mais il y a trois mots qu'il doit dire à Castiel.

« Je t'aime... »

Et c'est bien là toute l'horreur de leur situation. De s'aimer. De s'aimer au milieu du sang et des larmes. Après la fin de la bataille, pire encore, la fin de la guerre. Ils s'aiment. Ils s'aiment putain !

Castiel tremble, mais de peur. Il lâche Dean et dans un éclair de lucidité retrouvée il se jette sur le téléphone fixe, le 15.

Vite.

Le SAMU, parler vite, clairement, donner son adresse, expliquer. Les yeux sur Dean, qu'il le regarde, ne quitte pas ses yeux. Quand on lui dit que l'ambulance arrive. Il raccroche. Et retourne de se mettre à genoux. On lui a dit de compresser la blessure, quitte à faire mal. Qu'il ne perde pas de sang.

Les torchons sur le plan de travail qu'il écrase contre son torse, près de l'épaule. Il sent la douleur de Dean. Ses yeux. Tout au fond.

« Ne me laisse pas. Dean. Ne me laisse pas. », ordonne-t-il en se penchant pour embrasser son front. Brûlant.

Dean n'entend que de vagues murmures au loin. La voix grave de Castiel. Oui peut-être... Mais la douleur a cette puissance inégalable que de dominer tous ses sens. La vue et l'ouïe en sont les premières victimes. Le toucher ne suivra pas. Ce toucher là est ami avec la douleur. C'est grâce à lui que Dean la sent.

Castiel ne bouge plus. Comme ça, il peut entendre Dean respirer. Appuyer fort. Attendre.

Les longues minutes. Des instants d'une longueur insupportable. Dans le doute, dans l'incertitude de l'état, de peur qu'il se dégrade. Il doit le garder éveillé, quoi qu'il arrive.

S'en vouloir plus que tout, pleurer, embrasser son front, ses joues… Sa bouche. Froide. Non il ne faut pas.

C'est juste ce qu'il se dit au moment ou dans les escaliers ont court, vite, la porte est toujours ouverte. Les médecins arrivent. On le pousse doucement, on s'occupe de Dean. Lui il reste là. Une infirmière vient le voir et lui dit de venir, que si c'est son compagnon il doit venir. Oui. Il l'est. Il demande si ça va aller.

On ne sait pas. Personne ne sait.

Il faut partir. Dean est soigné très sommairement, garroté, sous oxygène. Sur le brancard, on le descend.

Il faut partir. Dean est soigné très sommairement, garroté, sous oxygène. Sur le brancard, on le descend. Les médecins disent qu'on commence à le perdre, qu'il faut l'amener au bloc et en vitesse. Des internes vont réserver ledit bloc, les infirmières se préparent, on emporte Dean. Castiel n'a plus qu'à attendre.

Dean est entre la vie est la mort. Voilà ce qu'on lui dit. Et sa conscience pourrait lui dire que c'est par sa faute, oh oui, et elle le fait. Lais lui s'en fout. Il veut Dean vivant. Vivant.

Alors Dean doit se battre. À force d'électrochocs, il revient à lui, du moins son cœur revient. Mais lui… Lui est toujours inconscient. Profondément inconscient. Il attend qu'on le sauve de là, de cet état.

Le temps passe, si lentement…

A suivre...