Rated : M
Part II
Chapitre 21 : You can be king again
Balsa hurla.
Son cœur avait arrêté trois secondes de battre puis, battait si fort dans sa poitrine, qu'elle en avait mal.
Alika termina d'accrocher solidement la corde à l'arbre et regarda son travail, satisfaite. Elle referma le papier parchemin dans lequel elle avait écrit son testament, la veille. La vie n'avait aucun sens pour elle. Elle n'arrêtait pas de s'imaginer à quoi ressemblerait la vie sans elle. Elle allait bientôt rejoindre Amaya, ainsi, elle aurait sans doute des réponses à sa froideur « spirituelle ». Elle monta sur la souche et s'excusa auprès de sa mère qui lui avait donné cette vie. Elle pensa un instant à sa mère qui avait eu mal pour lui donner naissance, puis, à sa vie avec sa famille, sa sœur, ses frères. La vie amoureuse et sexuelle partagée avec Amaya, sa douce dulcinée. Elle repensa à son don qui avait été coupé et son viol, son corps meurtri et son avortement. D'un regard désolé et déterminé, elle passa la corde à son cou, se plaça correctement et offrit un coup de pied sur la souche...
Balsa courut vers sa fille...
Qui à la place d'être suspendue dans les airs...
Elle était totalement retombée au sol. La mère de famille essuya maladroitement ses yeux quand elle vit la corde reposer au sol, dans l'incompréhension totale. Ce fut la chose la plus horrible de sa vie à laquelle elle a pu assister : voir son enfant en train de se suicider, même si ça n'avait pas fonctionné. Sa fille se redressa, la corde au cou. Alika cria de colère et éclata en sanglots en hurlant sa douleur d'avoir manqué sa seule chance de rejoindre les esprits. Elle frappa le sol de ses poings à s'en faire saigner tellement l'impact fut brusque, foudroyant. Balsa fit assez de bruit pour attirer son attention et elle se rua de toutes ses forces sur son aînée et la serra tellement fort qu'Alika en eut le souffle coupé. Si coupé, qu'elle tapota l'épaule de sa mère pour pouvoir reprendre une gorgée d'air.
« Maman... j'é... touffe...
- Aussi bien t'étouffer d'amour que t'étouffer de larmes ! cria-t-elle en pleurant comme jamais Alika ne l'avait vu, qu'elle en devenait gênée. Pourquoi détestes-tu autant ta vie ?! Pourquoi voulais-tu te l'enlever ?! J'aurais été et je serai toujours là pour toi quoiqu'il arrive, tu le sais bien ! pleura-t-elle en hurlant tout en tenant son visage en essayant de retirer la corde de son cou, mais Alika l'évita et lui en empêcha.
- ...
- Tu peux tout me demander, tu peux tout me dire, tu le sais, tu le sais très bien ! Oui... parfois un parent peut être aveugle, il peut être stupide s'il ne fait rien, mais si on ne lui dit rien, il ne retrouvera jamais la vue !... (elle s'arrêta un instant et pleura avant de reprendre parole : ) Il n'y a aucune honte à être mal dans sa peau ! Qu'est-ce qu'il faut faire pour te sentir mieux ? Un combat ? Un voyage à Kanbal peut-être ? Un trip à trois entre femmes pendant une nuit torride ? De l'inceste, d'accord, allons-y je suis partante ! Tu peux me parler autant de fois que tu le désires d'Amaya-Chan, mais, surtout, je ne te laisserai JAMAIS mourir, tu m'entends ?! JAMAIS de la vie ! Rentre-toi ça dans la tête, Alika ! »
Alika ne dit rien. Elle pleurait silencieusement. Puis elle se sentit soulever du sol et remarqua que sa mère la tenait dans ses bras, malgré qu'elle ait presque sa taille.
« Maman... dépose-moi... c'est gênant...
- Non ! dit-elle catégoriquement. Tu restes ma fille, et tant que tu es ma fille, personne ne va m'empêcher de te tenir dans mes bras ! Pas même toi... »
Sa fille aînée se mit à pleurer à chaudes larmes.
« Pourquoi tu fais tout ça... demanda-t-elle.
- Pourquoi ?! Es-tu vraiment si perdue que ça, Alika ?! Je fais tout ça parce que je t'AIME ! Ne t'enlèves plus la vie parce que sinon, c'est ta famille au grand complet qui mourra de tristesse... On va tous mourir parce que... nous t'AIMONS Alika... On T'AIME plus que tout sur cette terre ! Même si tes phrases et tes gestes m'ont blessée... même si Nao semble te détester, il t'aime quand même... Tu n'as mis aucun Dieux en colère... »
Sa fille aînée continua d'hoqueter et avait de la difficulté à trouver sa respiration. Ses yeux brûlaient, son nez était totalement congestionné, son corps tremblait de toute part et son esprit était sur le mode endormit. Balsa la déposa et l'aida à s'asseoir proche de la rivière. Elle approcha ses mains de la corde autour de son cou, mais Alika recula.
« Calme-toi, ma chérie. Calme-toi. Je vais retirer cette corde... »
Alika recula à nouveau. Les mains de Balsa se refermèrent dans le vide, et elle inspira, baissant les bras. Alika avait un regard de chiot effrayé, terrifié de se faire approcher. Malgré son mutisme ponctué de sanglots parfaitement indifférents, ses yeux, eux, rougis par la colère et la souffrance imploraient par tous les moyens possibles qu'on lui vienne en aide le plus rapidement et efficacement que possible. Elle voulait dire « maman », mais rien ne sortait de sa gorge enflée par les nombreux sanglots qui l'attaquaient. Pourtant, Balsa prit tout le temps nécessaire pour qu'elle retrouve un peu de sincérité d'esprit en lui caressant le dos et l'accota contre elle sans retirer la corde.
« Je ne sais pas quoi faire... ni comment agir... ni même comment reprendre à vivre... avoua-t-elle enfin, la voix presque morte.
- ... Je dois t'avouer que sur ce point, je suis venue à bout de mes ressources pour t'aider et te conseiller... J'ai atteint mes limites de ce côté-là, mais, malgré tout, sache que tu as mon soutien. N'importe quand, n'importe où. Je t'ai toujours protégé... même si tu ne l'as pas vue... si j'avais pu... intervenir ce soir-là, crois-moi, j'aurai tué tous ces hommes et femmes qui ont marché sur le corps que j'ai offert à l'âme de ma fille. Ces bêtes n'avaient pas le droit de te faire subir ça. Et c'est une honte ! Ils ne devraient même pas être fiers d'avoir fait ça à une femme, à un humain ! »
Balsa s'arrêta et pleura un instant. Alika renifla dans son cou.
« ... Ne te gêne pas de te moucher sur moi, surtout... rit-elle, sarcastique.
- ...
- Désolée, l'heure des blagues n'est pas encore venue... hum, je pense avoir une idée.
- Ah bon ? »
Elle se pencha vers sa fille ainée, approcha son visage à deux doigts du sien et planta son regard brun dans les mêmes prunelles qu'elle partageait avec elle. Ses propres yeux remplis d'eau dans ses yeux ruisselants d'abondantes larmes. Sa propre chair dans sa chair. Elle prit sa tête entre ses mains et accota son front contre le sien.
« Toi, tu as besoin d'aller à Kanbal en thérapie chez Tante Yuka, murmura-t-elle, la voix à demi étouffer par les sanglots. Tu dois retourner aux racines qui t'ont liées à la personne qui chérie encore ton cœur. Je sais que là-bas, elle va pouvoir t'aider.
- Elle est encore en vie, Tante Yuka... murmura Alika alors que ses yeux s'embuaient encore de larmes.
- C'est une bonne chose.
- Vas-tu me reconduire là-bas ?
- Oui. Je t'accompagnerai. Est-ce que toi tu veux ?
- Oui... j'aime Kanbal.
- Dans ce cas, c'est déjà un pas de franchit. »
Balsa attira sa fille dans ses bras en la serrant fortement contre son cœur. Elle ferma les yeux, caressa ses cheveux, embrassa le front de son aînée et laissa ses larmes rouler sur ses joues irritées par le chagrin. Elles se redressèrent après quelques minutes de silence et Balsa s'empara du testament rédigé par sa fille avant de le mettre dans son kimono et de regarder la corde au sol et la branche.
« As-tu mal attaché la corde ? demanda-t-elle en voyant l'autre bout – accroché à l'arbre – effrité.
- Non, j'étais sûre de l'avoir bien attaché...
- Peut-être est-ce les esprits qui l'ont décroché.
- Je ne les vois plus ni les entends plus. Je ne le sais pas...
- Tu sais, Kasem m'avait prévenu que tu comptais te suicider... c'est grâce à lui que je suis là.
- Tu vois le futur maintenant ?
- Non, bien que j'aurai aimé. Il m'a seulement prédit que quelque chose d'important et de tragique allait avoir avec toi. Hier soir... tu écrivais ton testament, pas vrai ? »
Le silence de sa fille en dit beaucoup. Balsa se réessaya pour retirer la corde de son cou. Alika recula.
« Pourquoi as-tu si peur ? demanda la maman.
- ... Parce que j'ai échoué... je ne voulais pas que tu me vois faire. Mais tu m'as vue...
- Alika...
- Quand tu rates ta tentative de suicide, tu dois vivre avec cette marque tout le restant de ta vie...
- Est-ce une punition pour te punir d'avoir échoué ? Dois-tu la retirer toi-même ? Ou quelqu'un se doit-il de la retirer pour te purifier ? Et te dire que : oui, c'est correct, ce n'est pas lâche de demander de l'aide ?
- Je n'ai jamais demandé à recevoir de l'aide...
- Tu n'as certes jamais demandé de l'aide... tu as toujours attendu. Tu pensais qu'être forte signifiait ne pas demander de l'aide et surmonter les obstacles seule. Mais ton âme, elle, elle la désir. Elle désir recevoir de l'aide extérieure. Et Kasem aussi le voyait bien que tu avais besoin de soutiens. Moi aussi, je n'ai jamais demandé de l'aide pour mes combats, et pourtant ton père m'a soigné maintes fois sans mon accord... pourquoi ? Car il tenait à moi tout comme je tiens à toi. L'aide que tu obtiens lors d'épreuve comme celles que tu vis en ce moment n'est pas signe de faiblesse : c'est comme une béquille lorsque tu te casses la jambe. C'est un soutien... as-tu vraiment si peur de faire confiance à quelqu'un à nouveau ?
- ...
- Je vais essayer de retirer la corde.
- Tu devrais me haïr...
- Pourquoi ?
- Parce que...
- Je ne te déteste pas, une mère ne peut détester ses enfants. Malgré tout ce qu'ils ont fait, malgré tout ce qu'ils ont dit, malgré tout le mal qu'ils ont dit, ou ont fait... »
Elle rapprocha ses mains et elle arriva à prendre la corde et la retirer du cou de sa fille. Alika regardait ses pieds.
« Je t'ai tellement fait souffrir... dit Alika.
- Crois-tu que je m'en sortirai plus forte après tout cela ? Mais ce n'est pas assez pour te haïr... je ne t'haïrai jamais, Alika. Car tu es ma fille avant tout.
- ... »
Elles se promenèrent à travers la forêt et attendirent la matinée avant de retourner à la maison. À la maison, Tanda s'était levé et était encore en kimono blanc qui lui servait de pyjama et regardait les enfants jouer avec Chagum en tenant une bonne tasse de thé fumante. Il leva les yeux vers les nouvelles arrivantes : Balsa avait un regard indéchiffrable mélangé à un regard avertisseur, coléreux et infiniment triste. Tout le monde tourna la tête vers elles. Alika regardait ailleurs. Elle voulait lâcher la main de sa mère, mais celle-ci la tenait fermement.
« Où étiez-vous ? demanda le mari de famille. »
Pour toutes réponses, Balsa jeta la corde à ses pieds avec le nœud coulissant à ses pieds. Tanda cru que son cœur allait s'arrêter, puis observa sa fille aînée qui ne regardait personne dans les yeux. Chagum non plus ne comprenait pas.
« Alika... murmura-t-il. »
Elle n'émit aucunes paroles. Balsa tira sur le bras de sa fille et partit dans le refuge avec son mari et Chagum. Ils s'assirent à la table pour discuter de l'avenir d'Alika. Les enfants voulurent y participer, mais Tanda les pria d'aller dehors. Une fois seuls, ils commencèrent leur discussion.
« Je pensais aller à Kanbal, déclara Balsa.
- Pourquoi ? demanda Tanda.
- ... Pour une thérapie chez ma Tante Yuka. Elle seule pourra aider Alika, à présent.
- Est-ce que je peux venir ? questionna Chagum. J'ai toujours voulu aller à Kanbal... enfin, j'y suis déjà allé, en tant que prince, mais je n'ai pas pu visiter. Donc maintenant que j'ai la liberté...
- Bien sûr. Nous allons attendre le retour de Torogai-Shi et de Nao avant de partir.
- Pourquoi attendre Nao ? s'enquit Alika en croisant les bras, d'une voix rauque.
- Parce que ton frère doit te voir partir, fit Tanda.
- Je m'en fous.
- Alika...
- Il n'a pas besoin de moi dans cette vie-ci. Vous allez le couvrir, comme d'habitude. »
Les parents ne dirent rien.
« J'ai manqué ma seule chance de rejoindre le monde des esprits, le monde auquel j'appartiens ! grogna Alika en commençant à trembler de colère.
- Tu as dit que tu ne croyais pas aux coïncidences, Alika, lui rappela Chagum. Peut-être que justement, le destin te dit que ce n'est pas une coïncidence que ta tentative de suicide ait échoué (il frissonna en pensant à ce que son suicide aurait fait comme impact).
- Mais j'en ai marre de vivre ! »
Balsa regarda Tanda, tristement et ils regardèrent Alika fondre en larmes.
« J'en peux plus de ma vie, de mon corps souillé et marqué à jamais... et de l'absence d'Amaya...
- ... C'est pour ça qu'on va aller voir Tante Yuka... elle seule peut t'aider dorénavant, Alika. »
Ils la laissèrent se calmer et commencèrent à se préparer tranquillement pour leur voyage à Kanbal. Tanda alla louer deux chevaux de Kokku en compagnie de Chagum.
Nao devait bientôt repartir avec sa Grand-Mère chez lui et demanda à Maho si elle voulait l'accompagner pour qu'elle puisse rencontrer sa famille.
« Je ne sais pas, j'ai un peu peur, à dire vrai, avoua-t-elle.
- Je sais que tu ne veux pas quitter ta famille, Maho. Mais je te reconduirai chez toi par après.
- Je vais en parler à ma Maman avant...
- D'accord. »
Torogai offrit un clin d'œil à Nao, qui évita de trop la regarder dans les yeux. Nimka sourit et accepta que sa fille parte à l'étranger.
« Mais j'ai peur... avoua Maho.
- Découvrir de nouveaux horizons ne te fera pas de mal. Ça va enrichir ta culture, ma belle. Et puis, tu n'es pas totalement seule. Tu vas être avec ton ami Nao et Torogai-Shi.
- Toi, ça ne te dérange pas que je parte ?
- C'est sûr que ça me fait de quoi de voir ma grande fille partir découvrir les horizons, c'est comme ça une maman. Mais je suis heureuse si tu es contente de faire ça. En as-tu envie ?
- Oui.
- C'est ce qui compte. Alors, quand est-ce que vous partez ? demanda-t-elle à Nao.
- Environs dans quatre jours.
- Ça te laisse assez de temps pour te préparer.
- Quand va-t-on revenir ? demanda Maho à son ami.
- Quand tu en sentiras le besoin.
- J'espère que ce ne sera pas un an, rit-elle.
- Peut-être, rétorqua Nao en regardant la maman de Maho avant de sourire. Ma mère a commencé à voyagée à six ans.
- Tout va dépendre de sa soif d'aventure. Elle pourra toujours revenir à notre village et vice-versa ? proposa la Maman de Maho.
- Bonne idée.
- Moi, j'attendrai toujours ton retour, Maho-Chan, termina Nimka en l'embrassant sur le front.
- Je vais veiller sur elle et la protéger, promit-il. »
Les quatre jours passèrent trop vite pour Maho, mais trop lentement pour Nao. Ils quittèrent le village lentement et les deux amis se prirent la main lors du retour. Le voyage n'était pas si facile à pied pour Maho qui n'avait jamais voyagé aussi longtemps sur de longue distance. Elle avait, de taille, une tête de moins que Nao et pour faire son gentleman, il la porta sur son dos avec ses choses. En arrivant au refuge, ils furent surprirent de voir les chevaux et la corde qu'Alika avait prévu pour son suicide, maintenu sur l'une des branches du cerisier de Kasem.
« C'est votre maison ? questionna Maho en ne lâchant pas la main de son ami.
- Oui. Elle est un peu endommagée avec la guerre, mais ça devrait s'arranger.
- Pourquoi y a-t'il une corde sur cet arbre ?
- Cet arbre est l'arbre de Kasem, mon petit frère décédé.
- Oh, mes condoléances.
- Ne t'en fait pas. Mais je n'ai aucune idée de pourquoi une corde y est suspendue. »
Deux copies conformes sortirent la tête hors de la maison. Maho en fut un peu ébranlée.
« Je te présente Karuna et Jiguro, ce sont des jumeaux identiques. Ils vont avoir quatre ans cet été.
- Oniisan est revenu ! dirent-ils à l'unisson. Avec une fille !... Papa !
- Ils sont complètement synchronisés.
- C'est drôle, commenta-t-elle.
- Viens, on va s'approcher. »
Il sentait qu'elle avait encore un peu de retenue. Mais il la rassura. Maho n'avait jamais été à l'aise de rencontrer les parents de ses amis. Un grand homme sortit de la maison et accueillit Torogai qui en fit à sa tête, puis il vit son fils arrivé. Mais soudain, la jeune fille s'en souvint : c'était le père de Nao, elle l'avait brièvement vu lors des débuts la guerre.
« Bonjour Nao, tu nous ramènes une amie ? sourit Tanda.
- Papa, je te présente Maho.
- Je pense qu'on s'est déjà vu elle et moi, pas vrai ?
- Oui, mais pas longtemps. Donc maintenant... enchantée, dit-elle en s'inclinant. »
Une autre personne sortit en compagnie d'une fillette qui devait avoir un an ou deux ans de moins qu'elle.
« Ah, voici ma Maman, Balsa et Motoko, ma petite sœur.
- Oh, Nao a emmené une copine ? répondit Balsa.
- Une amie, rectifia-t-il. C'est Maho. Elle vient passer un temps indéterminé chez nous.
- Enchantée. Motoko, dit bonjour.
- Salut, salua-t-elle encore un peu timide et en s'accrochant au pant de kimono de sa mère.
- Coucou.
- Pourquoi y a-t'il une corde d'attachée à l'arbre ? demanda Nao.
- Je te dirais pourquoi tout à l'heure. »
Nao entra dans le refuge et déposa ses choses ainsi que ceux de Maho proche de son futon. Ils entendirent parler en haut et en silence, il fit signe à son amie de le suivre pour voir qui parlait. Ils montèrent en essayant de ne pas faire grincer les marches et ils virent Alika et Chagum qui parlaient tout bas. Alika pleurait encore.
« Alika, je te promets que tout ira bien à Kanbal.
- Je ne veux plus vivre, Chagum...
- Je sais, mais tu ne peux pas partir comme tu l'as fait il y a trois jours.
- J'ai tellement envie de mourir...
- Je sais, ma belle. »
Soudain, ils tournèrent les yeux vers Nao.
« Qui c'est ? demanda Chagum en regardant Maho.
- Une amie, répondit Nao.
- Je viens de perdre ma petite-amie et tu rapportes la tienne, maugréa Alika, les yeux encore remplis d'eau.
- Ne parles pas sur ce ton à mon amie !
- Je dis ce que je veux !
- Viens Maho, on va dehors. Ma grande sœur ne va pas bien dans sa tête !
- Alika, calme-toi, essaya Chagum en la prenant dans ses bras et d'enfouir sa tête dans le creux de son cou et de la forcer à rester là, le temps qu'elle se calme. »
Maho ne prit pas de temps pour partir la première. Nao la suivit de près.
« Elle me déteste ? s'enquit-elle.
- Non... elle me déteste moi.
- Pourquoi ?
- C'est trop compliqué pour que je t'explique. Mais ne t'en fait pas, je ne la laisserai pas te faire du mal.
- Elle fait peur...
- Elle fait toujours peur depuis un moment. Viens, je vais te montrer ma forêt.
- D'accord. »
Ils sortirent en se tenant par la main et coururent jusqu'au sentier menant dans la forêt avant de s'y engouffrer.
« La corde..., sortit Torogai. »
Les deux parents se regardèrent et hochèrent la tête à l'unisson.
« Alors elle a essayé...
- Oui, et ça a échoué, termina Balsa. Je n'arrête pas d'en faire des cauchemars.
- Des cauchemars ? répéta Torogai.
- Balsa a vu Alika en plein action, parla Tanda à sa place. Elle l'a vu se pendre. Depuis, elle se réveille en sursaut et va vérifier si Alika dort bel et bien à nos côtés... à chaque fois. »
Le silence du chamane voulait tout dire. Elle se sentait à la fois désolée pour Balsa et se sentit mal de ne pas avoir été là quand Alika avait mis sa menace à exécution.
« Les suicides sont très rares... analysa Torogai. En général, les soldats de suicident après une guerre qu'ils ont perdu.
- Mais... qu'est-ce que ça fait quand ton enfant connait le monde des esprits et sait exactement ce qui l'attend après la mort ? questionna Balsa.
- En effet... ça c'est une autre paire de manche. Ce qui corse les choses davantage... Que font les chevaux là ?
- Nous partons pour une thérapie chez Tante Yuka, annonça-t-elle. Elle seule peut aider Alika maintenant... Je pars en compagnie Chagum et elle.
- Combien de temps ?
- Malheureusement, ça peut aller de six mois à une année complète. Je ne peux prédire... mais minimum une demi année.
- L'avez-vous annoncé aux enfants ?
- Nous allons le faire bientôt. Je voulais partir le plus tôt possible, car plus les jours se comptent après sa tentative de suicide, plus Alika commence vraiment à perdre la tête.
- D'accord. Alors faisons l'annonce lors du souper, termina le chamane. La priorité est d'aider Alika avant tout.
- Oui. »
Chagum aida Tanda à faire le repas en compagnie de Motoko. Alika ne bougea pas de l'étage du haut. Maho était encore toute discrète avec Nao, toujours gênée. Les jumeaux jouaient avec un jeu de ficelle et Torogai parlait avec Balsa. Le repas fut prêt, tout le monde se mit à la table.
« Je vais avertir Alika, sortit Balsa. »
Elle monta les escaliers.
« Ma chérie, c'est prêt.
- Je n'ai pas faim... bouda-t-elle. »
Balsa monta les escaliers et s'assit sur le lit en caressant son dos alors que sa fille aînée était couchée.
« Tout vas bien aller ma belle. On va partir très bientôt.
- Maman...
- Oui ?
- Je veux mourir...
- ... C'est pour ça qu'on va aller chercher de l'aide hors de la famille.
- Maman ?
- Oui ?
- ... Je ne me reconnais plus. Je ne sais pas ce que j'ai... je suis tellement mal... que je veux juste mourir... aller retrouver mes amis esprits...
- Nous l'ignorons autant que toi, ma chérie. Mais, je ne te laisserai pas mourir, tu m'entends ? On va trouver une solution à cela. Tu ne peux pas mourir, pas maintenant. Je veux que ce soit toi qui enterre nos corps à ton père et moi, que ce soit nous qui vous accueillons de l'autre côté de ce monde et non l'inverse.
- ... Où vas-tu chercher tous ces mots et phrases ?
- À force de vous élever, j'ai su développer ma communication qui jadis, était, hélas, impossible.
- ... Est-ce que je suis obligée de manger avec vous ? »
La mère de famille réfléchit longuement, puis, se contenta de dire :
« Non... tu n'es pas obligée. Mais après souper, descend me voir.
- D'accord... »
Tanda leva la tête en voyant sa femme revenir, seule.
« Alika ne mange pas ?
- Elle n'a pas faim.
- Elle n'a jamais faim, sortit Chagum. J'ai peur pour sa santé.
- On ne peut pas la forcer à avaler de la nourriture. Vous m'avez attendu pendant tout ce temps-là sans même vous servir ?!
- On voulait attendre Maman, confirmèrent les jumeaux.
- Comme c'est gentil. »
Ils attaquèrent leur plat. Puis, Balsa arrêta de manger en regardant Chagum. Ce dernier suspendit ses baguettes proches de sa bouche. Il comprit qu'ils devaient leur annoncer qu'ils partaient à Kanbal. Alors le prince se racla la gorge.
« Balsa et moi aimerions vous annoncer quelque chose.
- Vas-y, lui indiqua Tanda.
- C'est surtout à vous, les plus jeunes (les cinq enfants le regardèrent, figés). Votre Maman et moi irons à Kanbal pour votre grande sœur, Alika.
- Pourquoi ? demandèrent les jumeaux.
- Car votre sœur doit guérir.
- Elle est malade ? demanda Motoko.
- Hum... on peut dire. Pas physiquement, mais ici (il pointa sa tête). Ce sera un très long remède qui prendra beaucoup de temps.
- Combien de temps allez-vous partir ?
- Minimum... six mois.
- SIX MOIS ?! s'exclama-t-elle.
- Malheureusement... un an s'il le faut. »
À ce moment, Motoko se leva rapidement et sauta sur sa mère.
« Moi aussi je veux venir ! pleura-t-elle. Je veux te voir Maman !
- Je suis désolée, Motoko... mais cette fois-ci, je dois vraiment le faire.
- Tu vas partir pour toujours ?!
- Non. Juste six mois ou un an.
- Mais c'est long une année sans voir ma Maman, je vais avoir neuf ans ! Je veux ma Maman moi ! pleura-t-elle.
- Motoko...
- Je veux pas que tu me laisses ! cria-t-elle en hoquetant. C'est toujours Alika avant tout le monde ! T'as toujours été avec Alika et seulement elle depuis son retour à la grotte et jamais avec moi ! Jamais avec nous— »
Balsa se leva brusquement avant de prendre sa fille dans ses bras au passage et sortit dehors avant de claquer la porte. D'une quelconque façon, elle s'attendait à cette réaction de la part de sa seconde fille. Le printemps avait ramené un temps plus doux et elle s'assit sur le banc de bois qui n'avait, curieusement, pas été détruit lors de la guerre, en face de l'arbre de Kasem. Elle laissa Motoko se calmer dans ses bras, laquelle serrait son kimono de ses petits poings avec colère et peine.
« Je veux pas que tu partes, Maman... gémit-elle. Pourquoi dois-tu partir si c'est pour me laisser seule ?
- Car... il y a une vie en jeu.
- Une vie en jeu ? pleura-t-elle alors que Balsa essuyait une de ses joues.
- ... Oui. Sais-tu ce qui s'est passé il y a trois jours ? Quand tu me voyais pleurer et crier comme jamais auparavant quand je parlais à ton père ?
- Oui...
- Alors, vois-tu la corde, juste là ?
- Oui...
- Ta sœur a essayé de se tuer avec ça.
- Comment ? »
Elle déposa sa fille sur le banc et prit la corde avant de la mettre autour de son cou.
« Comme ça, montra-t-elle en la retirant. Elle a monté sur une souche d'arbre et elle l'a fait balancer pour que son corps soit suspendu uniquement à son cou. On appelle ça un suicide.
- Suicide ?
- Oui. Si quelqu'un nous tue, on appelle ça un meurtre ou un assassinat. Mais quand on s'enlève nous-même notre propre vie, ça s'appelle un suicide.
- Alika a fait ça... ?
- Oui, mais ça a échoué. Ce pourquoi elle est toujours avec nous, vivante. Mais elle manqué son coup. Alors maintenant, elle ne sait plus quoi faire. (Elle se rapprocha de Motoko et s'agenouilla devant elle) Elle pourrait risquer de le refaire... et qui dit que cette fois-ci, les esprits lui laisseront la chance de passer dans leur monde ? Est-ce que tu comprends pourquoi je pars dorénavant ?
- Oui...
- Si Alika se tue, tu n'auras plus de grande sœur.
- Je comprends... mais tu dois me promettre de revenir...
- Je vais toujours revenir pour toi, mon trésor. Toujours, toujours.
- Promis ?
- Promis. »
Elle l'embrassa sur le front avant de caresser sa joue en gardant son front collé contre le sien. Baiser sur le front, protection. Caresse sur la joue, promesse.
« Maman... ?
- Hum ?
- Quand tu m'as emmené dehors... tu t'es levée brusquement et tu as claqué la porte... tu étais fâchée contre moi ?
- Non. Parfois je fais des gestes brusques sans m'en rendre compte. Ça arrive quand j'éprouve beaucoup de stress et de tension. Tu n'es pas responsable.
- D'accord... »
Elles revinrent au refuge alors que tout le monde avait fini de manger. Balsa prit une assiette à moitié remplit et monta à l'étage du haut. Alika s'empressa de refermer son livre dans lequel elle était en train d'écrire.
« Tiens ma Chérie, tu peux manger ici.
- ... Ils sont au courant ?
- Oui. Nous allons partir d'ici un jour ou deux.
- D'accord. »
Elle lui donna son assiette. Alika prit une bouchée avant de se mettre à pleurer. Balsa ne l'empêcha pas de pleurer et caressa son dos. Puis, elle reprit une seconde bouchée.
« Ça va bientôt terminer, Alika, je te le promets. Un cheval de Kokku peut travers trois pays en une seule nuit au galop. On va réussir à t'aider.
- Maman ?
- Oui ?
- Est-ce que je peux dormir avec toi et Papa cette nuit ? questionna-t-elle.
- Oui, tu peux.
- Merci. »
Elle ne termina pas son assiette, mais ce fut satisfaisant pour Balsa. Une fois les enfants au lit, Alika et sa mère prirent un bain ensemble... le premier, ensemble, entre mère et fille, depuis l'arrivée d'Alika dans la grotte. Balsa regarda le corps de sa fille : elle avait encore maigri, mais pas assez pour n'avoir que de la peau sur les os. Alika avait quand même retenu de son physique carrée et robuste. Elle semblait juste plus mince. Se nourrit-elle la nuit en cachette ? pensa-t-elle.
« Comment va ton ventre ? Est-ce que tu as encore mal ?
- Non. J'ai perdu tout le ventre que j'avais avant mon avortement.
- Tes mois sont-ils revenus ?
- Sans doute pour bientôt... je suis en retard, mais rien ne m'a pénétré, donc je ne suis pas enceinte.
- Je suis heureuse de le savoir. »
Alika se coucha au milieu de ses parents, ses protecteurs et ferma les yeux. Pour la première fois depuis son viol, elle dormit paisiblement, se sachant en sécurité. Tanda n'osait pas la toucher, ayant peur qu'elle ne déteste à jamais la proximité d'un homme.
La souche de bois se renversa.
La corde se tendit.
Balsa s'agita et ouvrit les yeux en sursauts. Alarmée, elle posa par instinct sa main sur le dessus de poitrine de sa fille et soupira d'aise en constatant que son cœur battait toujours. Des larmes se mirent à couler sur ses joues et elle colla Alika, endormie, contre elle en pleurant silencieusement.
« Maman... chuchota Alika.
- Pardon mon cœur, je t'ai réveillée.
- Non, sourit-elle. C'est moi, Kasem... »
Balsa ouvrit un peu plus les yeux et vit le regard doux de sa fille, mais différent. Alika semblait briller d'une faible lueur dans la nuit.
« Kasem...
- Ferme les yeux, Maman.
- Pourquoi ?
- Tu vas voir... ne pense à rien et referme les yeux.
- D'accord... »
Elle s'exécuta et sentit la main de sa fille se poser sur son front, avant de se poser sur le dessus de sa poitrine. Elle ne comprit pas, mais une chaleur, bienfaisante, ressortait de sa main et elle se sentit étrangement bien et paisible, libéré d'un poids. Soudain, elle se sentit devenir lourde, et comme assommée, elle se rendormit aussitôt.
Balsa se réveilla légère, sans cauchemar et fut surprise de voir Alika serrer son kimono comme quand elle était petite. Elle posa sa main dans ses cheveux et la regarda dormir. C'était les seuls moments où sa fille semblait apaisée et calmée. Elle leva les yeux vers Tanda qui était aussi attendrit qu'elle à voir leur fille dormir. Il la regardait exactement comme le premier soir où elle était née et avait trouvé sommeil sur la poitrine de sa mère. Ils se sourirent mutuellement et se donnèrent un bisou sur la bouche. Alika bougea dans son sommeil et s'assit avant même d'avoir ouvert les yeux.
« Bon matin, ma chérie.
- Bon... matin... somnola-t-elle. »
Chagum vint les rejoindre et ils commencèrent leurs bagages. Motoko ne voulait plus décoller sa sœur aînée.
« Onee-ny-sama !
- ... Je suis désolée d'avoir monopolisé l'attention entière de Maman sur moi tout ce temps-là... et de l'avoir poussé à vous ignorer presque... je m'excuse.
- Non... j'ai compris par Maman que ta vie est sa première priorité... Je ne veux juste pas que tu nous quittes !
- Désolée, Motoko-Chan... malheureusement j'en ai besoin afin de mettre mon esprit en ordre.
- Promets que tu vas venir nous voir durant les vacances d'été !
- Promis.
- Mais tu vas rester là combien de temps ?
- Aussi longtemps que Onee-ny-sama en aura besoin.
- Comme Maman ?
- Non... des années.
- Tu peux pas !
- Ça se pourrait. Je vais probablement habiter à Kanbal pour le reste de ma vie.
- Non !
- Motoko... »
La grande sœur fit une moue et ouvrit ses bras. Motoko s'y réfugia et y pleura un instant.
« Hey, ma grande, chuchota-t-elle. Si je pars, alors ce sera toi la grande fille de la maison. N'est-ce pas excitant ?
- Oui... je suppose, renifla-t-elle en essuyant ses yeux. Mais tu resteras toujours la grande sœur malgré tout.
- Et alors ? Tu es déjà une bonne grande sœur. Tu ne devrais pas douter ma belle. Quand Maman va revenir, elle aura 100% de son temps pour t'entrainer, rire et jouer avec toi ! Ney, fait ça pour moi, d'accord ? Il faut que tu sois fière en me revoyant les prochains étés. Peux-tu faire ça pour moi ?
- ... Oui. Juste pour Onee-ny-sama. »
Alika sourit, son premier vrai sourire depuis sa dépression et leva les yeux vers Nao qui avait un regard spécial. Indescriptible presque. Elle se redressa et le questionna du regard. Maho évitait son regard et se recula un peu.
« Tu pars par ma faute ? osa-t-il demander en détournant le regard en resserrant la main de Maho. À cause que je t'ai jeté des conneries, la dernière fois ?
- Non, dit-elle incertaine. Enfin… oui, beaucoup.
- Mais c'est en partie par ma faute...
- Ouais... mais je dois travailler sur mon esprit. »
Elle regarda Maho, et sourit tendrement avant de s'approcher, chose que Nao ne lui permit pas de faire aussi facilement en se plantant entre elles.
« Je ne vais pas la frapper, dit-elle. Je voulais seulement m'excuser d'avoir crié quand elle était là. M'enfin... »
Les jumeaux se jetèrent sur elle en surprise et l'inondèrent de bisous bien baveux. Nao en profita pour se retirer en douce avec son amie.
« On va être aussi forts à la lance que toi ! firent-ils à l'unisson.
- Je n'en doute pas. Soyez de forts lanciers à mon retour.
- Oui ! »
Tanda arriva avec des provisions.
« Tout ira bien ? demanda-t-il.
- Oui.
- Tu vas revenir nous voir de toute façon.
- Oui.
- Ma fille. Ces événements ont beaucoup changé la personne que tu étais avant cette nuit-là, mais qui sait ? Si cette personne qui a été détruite n'est pas plutôt en train de se reconstruire, encore plus forte, plus solide qu'avant ?
- ... Je suppose... Je te demande pardon Papa. »
Il sourit et la prit dans ses bras.
« Je ne t'en veux pas. Mets tes fautes au lit. Tu nous as appris la persévérance, l'endurance et à vouloir dépasser nos limites pour les repousser encore plus loin. Tu nous as plaqués au sol, et d'aplomb, ta mère et moi, et pourtant, tu nous donnais le courage de continuer à avancer et à toujours continuer malgré les obstacles... et puis, je ne vois pas pourquoi tu t'excuses ?
- Maman et toi, j'ai entendu dire qu'à cause de moi, vous vous êtes beaucoup chicanés, au point de presque vous séparer...
- Certes, mais tu nous as rapproché aussi. Sans Maman, et elle sans moi, nous n'aurions pas pu accomplir tout le chemin qu'on a fait pour en arriver-là. Pars l'esprit tranquille, tu vas en ressortir plus forte.
- Merci, Papa, le remercia-t-elle en lui donnant un câlin. Je t'aime, Papa...
- Je t'aime aussi, ma fille. »
Tanda ne voulut pas le montrer, mais le simple « je t'aime » d'Alika lui avait fait de l'émoi au point qu'il avait des larmes dans ses yeux. Le premier « je t'aime » depuis cette nuit-là.
Balsa monta au second étage pour vérifier qu'elle n'avait rien oublié avec Chagum. Des pas se firent entendre derrière elle et elle se retourna : Nao et Maho se tenaient-là. Il semblait un peu gêné, les mains croisées dans son dos.
« Qu'est-ce qu'il y a, Nao-Kun ?
- Est-ce que tu peux donner ça à Alika, de ma part ? (il tendit une lettre pliée en trois) S'il te plait ?
- Oh, mon cœur. »
Elle s'approcha et lui offrit une douce étreinte.
« Bien sûr.
- Donne-lui quand tu penses que le moment sera venu… tu peux la lire si tu veux aussi.
- Non, ça ira. Cette lettre est personnelle et je ne peux pas la lire car elle ne m'est pas destinée. »
Ils descendirent en bas et virent Alika déjà sur le cheval, avec sa cape rose foncée et sa lance. Elle semblait avoir fait tous ses adieux. Balsa rassura une dernière fois ses enfants et leur avait offert un petit cadeau en pensée à elle. Tanda vint l'entourer par la taille et l'embrassa longuement.
« Soyez prudents...
- Nous le serons.
- Et revenez-nous en meilleure forme.
- Je le promets. »
Chagum monta sur sa propre monture en soulevant et replaça sa cape bleu royal alors que Balsa se plaça derrière sa fille aînée, sa cape rouge volant dans le vent. Elle prit soin de la replacer pour éviter qu'elle ne dérange leur monture et, les bagages bien scellés, ils partirent au trot pour terminer au galop vers le col de l'Aoigiri.
Je suis particulièrement fière de ce chapitre ! Un peu beaucoup long, mais je ne cache pas que je l'adore. ^^ Après ce chapitre-ci, il reste l'épilogue qui arrivera sans doute dans peu de temps suivant cette publication.
Le titre du chapitre est une référence à une chanson que j'affectionne particulièrement ces temps-ci (King – Lauren Aquilina), pour les curieux. ^^
