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CHAPITRE 12 – Réparer


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Après avoir laissé Edward à l'aéroport je fis un bref arrêt avant de retourner chez moi. J'avais des choses importantes à faire et ça ne ferait pas de mal d'être bien armée pour mon offre de paix.

Au lieu d'aller chez moi je pris une profonde inspiration pour me préparer et tapai chez Alice et Rose. Je ne savais pas si elles étaient chez elles ou même si elles répondraient. Je réalisai avec une certaine honte que je ne savais même pas ce qu'elles avaient fait ces derniers temps. J'avais dû les voir deux fois la semaine dernière et même quand nous trainions ensemble j'étais tellement perdue dans mes pensées que je n'avais réellement pas participé. OUI. M'excuser était vraiment nécessaire.

J'entendis le cliquetis du verrou avant que la porte ne s'ouvre sur Rosalie. Elle s'appuya contre l'embrasure de la porte, les bras croisés avec une expression de mécontentement sur le visage.

"Euh, bonjour, Rosalie," balbutiai-je, en toussant un peu mal à l'aise et ne sachant pas trop par quoi commencer. "Euh? Pourrai-je entrer une seconde, peut-être? Je viens avec des cadeaux…" dis-je en tendant un sac plastique contenant la glace Ben&Jerry que j'avais pris au magasin. Cela m'avait paru approprié sur le moment.

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire amical alors qu'elle me prenait par la main, me tirant par la porte. "Ramène ton petit cul par ici," ordonna-t-elle, donnant un coup sec sur mes fesses alors que je franchissais le seuil.

"Alice!" appela-t-elle, après avoir claqué la porte derrière nous. Alice sortit de sa chambre et s'arrêta brusquement en me voyant à la porte. Je vis cette même expression d'inquiétude que j'avais remarquée dans ma brume les deux dernière fois et je sentis les larmes remonter dans ma gorge, rendant toute parole impossible. Je me sentais horrible de les avoir ignorées, de les éviter, de douter ne serait-ce que brièvement de leur amitié et de leur authenticité.

"Alice," grognai-je, "Je… je suis désolée. Tellement dé…" je n'eus même pas le temps de lâcher les tous premiers mots qu'elle s'élança sur moi et m'étreignit, je laissai tomber mon sac sur le sol et m'accrochai à elle, des larmes de honte coulaient de mes yeux alors qu'elle me murmurait des mots apaisants à l'oreille.

"Je suis désolée," répétai-je encore quand j'arrivais à mieux me contrôler. "Je m'excuse les filles, " dis-je, en levant la tête de l'épaule d'Alice pour regarder Rosalie qui était à côté de nous.

"Oh," roucoula Rose "C'est un moment tellement émouvant."

"Bouge tes fesses, Hale," ordonna Alice, en reniflant un peu et en faisant un geste du bras. Un moment plus tard je sentis les bras de Rose passer autour de nous, sa tête se posa sur mon épaule.

"Quelle bandes d'émotives nous sommes," soupira Rose. "Tu sais, j'ai une réputation à tenir. Les larmes doivent s'arrêter. Il n'y a que quand on regarde N'oublie jamais qu'elles sont acceptables."

"Ne t'inquiète pas Rose…" la rassura Alice, "… nous n'allons pas raconter tout ça aux gars du garage. Tu es une dure à cuire à cent pour cent."

"Bon sang," acquiesça-t-elle, se reculant et balayant furtivement l'humidité de ses yeux.

"Je pense que cela nécessite une nuit d'urgence les filles. Hale va chercher les provisions."

"Oui chef, bien chef," répondit Rose avec un salut impertinent, attrapant le sac de crème glacée tombé sur le sol et l'emportant avec elle dans la cuisine où je l'entendis s'activer pendant quelques minutes.

Quarante-cinq minutes plus tard nous étions plongées dans nos pots de glace et boites de mouchoirs pendant que je leur racontais les événements de ces deux dernières semaines, du moment où Renée était arrivée à ma porte jusqu'à l'après-midi précédent son départ. Elles étaient attentives et réagissaient parfois mais elles écoutaient surtout.

"Je n'arrive pas à croire que vous soyez si compréhensives avec tout ça," avouai-je à la fin, jetant la boite vide de Chubby Hubby sur la table basse. Je serrai un coussin contre ma poitrine, ma tête sur l'épaule de Rose pendant que je me lamentais. "J'ai été tellement bête."

"Bella tu n'es pas bête," dit Rose. "Oui tu t'es éloignée et non ce n'était pas la bonne chose à faire et en entendant toute l'histoire on peut comprendre pourquoi tu l'as fait."

"Il ne s'agit pas d'être compréhensives," continua Alice posant sa tête sur ma cuisse et me regardant. "Nous sommes tes amies. Les vrais amis n'ont pas de rancune surtout quand leur amie est visiblement en difficulté. Je me sens vraiment mal à cause de tout ça. J'aurai dû essayer de te parler davantage et comprendre ce qu'il se passait."

"Seigneur tu ressembles tellement à ton frère parfois, Alice," rigolai-je, en me souvenant qu'Edward avait dit quelque chose de tout à fait semblable. "Personne n'a nullement besoin de se sentir coupable à part moi. Je ne voulais parler à personne. Je ne voulais pas que quelqu'un sache ce qu'il se passait. Je me suis contentée de la fermer. C'était plus facile à ce moment-là."

"Peut-être que c'est ce qui semblait le plus facile mais j'espère que tu commences à réaliser que cela rend les choses encore plus difficiles à long terme," déclara Rose.

"Oui je suis en train de le comprendre," reconnus-je.

"Les meilleurs amis ne se contentent pas de rire et de regarder des films, de boire, de bavarder, on doit parler avec eux quand on ne sait pas vers qui d'autre se tourner, on peut aller vers eux quand on a l'impression que tout s'écroule et ils peuvent t'aider quand tu sens que tu ne peux pas y arriver seule."

En entendant ces mots je savais que je devais avouer ma faiblesse et purger complètement le doute qui me trottait dans la tête depuis que ces mots avaient été mis là par Renée.

"Tu te souviens de la semaine dernière, la soirée que nous avons passée ensemble? Avant le dernier match de la saison?"

"Oui quand tu te comportais si bizarrement?" dit Rose voulant en savoir plus.

"Oui, je suppose. Renée m'a dit des choses, ce jour-là à la patinoire," dis-je, en faisant glisser la casquette d'Edward de ma tête ainsi mes doigts pouvaient être occupés avec la sensation réconfortante du tissu usé alors que je me rappelais de son expression lorsqu'il me l'avait mise. "Je n'arrivais tout simplement pas à me sortir ça de la tête. Même si je savais que ça ne pouvait pas être vrai, je les entendais encore et encore."

"Quel genre de choses?" demanda Alice, les sourcils froncés, son regard passant au-dessus de ma tête alors qu'elle échangeait un regard confus avec Rose.

J'hésitai, ne voulant pas vraiment admettre ce que Renée m'avait fait croire même si ça n'avait été que brièvement.

"Nous ne serons pas en colère, Bella. Tu peux nous le dire," m'encouragea Alice avec une pression sur mon avant-bras.

"C'est juste que je sais qu'elle se trompait complètement," expliquai-je. "Je le savais avant aussi mais vous ne la connaissez pas et vous ne savez pas qui je suis quand je suis près d'elle. Elle sait exactement où appuyer pour me faire mal, là où je suis la plus vulnérable." Je soufflai et sus que c'était une bonne chose de leur dire. Les meilleurs amis parlent.

"Elle a dit que nous ne vouliez être avec moi que parce que j'étais célèbre, que vous vous intéressiez à moi maintenant mais que bientôt je vous ennuierai… je serais juste 'un sujet de conversation', je crois que c'est ce qu'elle a dit. Que je n'appartenais pas à votre monde et que j'étais stupide de croire que je pouvais être avec vous."

"Oh Bella," soupira Alice en serrant ses bras autour de moi. "Tu vas si bien avec nous. Tu es parfaite. N'en doute plus jamais."

"Mais quelle garce!" marmonna Rose, sa main me caressant le bras pour me réconforter, ce qui contredisait l'amertume de sa voix. "Putain qui dit pareille merde?"

"Ma mère."

"Je pense vraiment que tu es très courageuse d'avoir fait ce que tu as fait, Bella," murmura Alice. "La laisser partir était la bonne chose à faire même si ça a été difficile."

"J'aurais juste aimé que ça n'aille pas si loin avant que je comprenne que l'avoir comme manager n'était pas une bonne chose. Ça fait longtemps que ça dure," dis-je, en soupirant longuement et retrouvant ce sentiment de liberté d'avoir réussi à m'occuper de cette situation.

"Eh bien maintenant tu peux tout recommencer, avancer sans elle. Vas-tu appeler ton ancien entraîneur? Marcus, tu as dit, n'est-ce pas?" demanda Rose.

"Oui Marcus. Honnêtement? Je ne sais pas. Je ne suis même pas sûre de vouloir continuer à patiner," avouai-je.

"Bella," haleta Alice sous le choc. "Tu es sérieuse? Mais tu as tellement travaillé. Pourquoi voudrais-tu arrêter maintenant?"

"Je ne sais pas. Je n'ai pas pris la décision. Je ne sais plus vraiment ce que je veux. Travailler avec Phil et Renée? C'était horrible. Je n'arrivais à rien faire correctement, je me sentais maladroite, usée, épuisée. Peut-être que ça ne vaut pas la peine de reprendre tout ça. Je devrais passer à autre chose. Je serais bientôt obligée de prendre ma retraite alors ce n'est pas comme si je renonçais a beaucoup de choses," expliquai-je, partageant les idées qui me hantaient ces derniers jours.

"Bells, on te soutiendra quoi qu'il arrive," m'apaisa Rose. "On veut juste s'assurer que tu prennes ton temps. Il très possible que tu aies ressenti ça parce que Phil n'est qu'un entraîneur nul qui n'a aucune idée de ce qu'il fait."

"Ou peut-être que j'ai déjà atteint mon plein potentiel et qu'il vaut mieux que je m'incline élégamment," répondis-je, en adossant la tête contre le canapé.

"Tu ne sauras jamais si tu n'essaies pas," souligna Alice.

"Ouais. Peut-être," dis-je. "Pour l'instant, je vais prendre quelques jours de congé. J'ai l'impression d'avoir perdu la joie que j'ai toujours associée au fait d'être sur la glace. J'ai commencé à le sentir comme une corvée, comme quelque chose que je redoutais à chaque fois que je devais aller à la patinoire. Je déteste qu'ils m'aient pris ça."

"Tu le retrouveras, Bells," dit Rose d'un ton rassurant.

"Je l'espère", dis-je avec beaucoup moins de confiance qu'elles.

L'après-midi suivant, j'eus la compagnie d'Esmée, qui accepta finalement mon offre de déjeuner ensemble.

"Salut, merci d'avoir accepté de me rencontrer ici," la saluai-je à la porte, en la serrant dans mes bras.

"Tout le plaisir est pour moi, chérie. C'est beaucoup mieux qu'un café bondé," dit-elle, en rentrant et en se débarrassant de sa veste alors qu'elle reniflait l'air. "Quelque chose sent merveilleusement bon."

"Oh, c'est vrai? J'espère que les pâtes sont bonnes," dis-je, me sentant un peu timide à propos de la simple nourriture après avoir goûté sa cuisine. "C'était la chose la plus facile à laquelle je pouvais penser."

"Tu as cuisiné?" demanda-t-elle, un sourire ravi illumina son visage. "Oh, chérie, tu n'avais pas besoin de faire autant pour moi."

"Non, je le voulais," protestai-je. "Tu as tant fait pour moi, je voulais juste faire quelque chose de bien pour toi."

"Eh bien, ça sent certainement délicieusement bon. J'apprécie ce geste, aussi inutile soit-il," dit-elle, venant dans la cuisine avec moi pour m'aider à préparer les assiettes.

Nous nous assîmes sur le canapé, mangeant et discutant de tout et de rien. Nous parlâmes de la performance de l'équipe et de ses chances plus tard dans la soirée, comme ce serait bien pour eux s'ils gagnaient et se reposaient quelques jours de plus avant la prochaine série.

Esmée me mit au courant de certains des projets qu'elle avait en cours. Elle ne travaillait pas formellement mais elle était impliquée dans un certain nombre d'organisations caritatives et semblait avoir toujours quelque chose à faire.

"Alors, comment vas-tu vraiment?" demanda Esmée, après avoir nettoyé nos assiettes et être retournées au canapé.

"Mieux," répondis-je sincèrement. "Beaucoup mieux en fait. Edward ou Alice ont-ils dit quoi que ce soit à propos de ce qu'il s'est passé?"

"Edward m'a dit que tu lui avais parlé et que ta mère partait. Je suis contente que les choses se soient arrangées…" dit-elle en me tapotant la main, "… entre toi et Edward."

"Moi aussi," dis-je avec un sourire triste, me souvenant de ce qu'il avait fallu pour y arriver, de la douleur que je lui avais causée. "Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans lui. Je ne pouvais pas supporter l'idée de le repousser plus que je ne l'avais déjà fait. Quand il a dit qu'il ne pouvait plus le faire? J'ai eu l'impression que mon cœur s'arrêtait de battre. Je ne pouvais pas le laisser partir, pas si je pouvais faire quoi que ce soit pour l'arrêter. Est-ce que ça me rend faible?" lui demandai-je, incapable de rencontrer ses yeux. "Le fait que j'ai tellement besoin de quelqu'un que j'aie l'impression que je ne pourrais pas y survivre s'il n'était pas là?"

"Non," affirma-t-elle d'une voix claire et sans hésitation. Elle m'attrapa la main et me fit m'allonger, la tête sur ses genoux, ses doigts me grattaient la tête. "Ça ne fait pas de toi quelqu'un de faible, du tout. Ce que vous avez, Edward et toi, ça vous rend tous les deux plus forts. Ce n'est pas quelque chose à craindre, bien que cela puisse être effrayant et écrasant la plupart du temps. C'est quelque chose à embrasser et à chérir."

"Il lui a parlé, tu sais… à Renée. Eh bien, je ne sais pas si c'est le bon mot, " dis-je, "J'étais hors de la pièce et je n'entendais rien de ce qu'ils disaient mais quand je suis revenue il avait l'air de vouloir l'étrangler. Il n'a pas voulu me dire ce qu'elle lui a dit, ou ce qu'il lui a dit, lui."

"Je ne pense pas qu'il essaie de te cacher des choses, Bella. Je pense qu'il ne veut pas te voir encore plus blessée que tu ne l'es déjà."

"C'est justement ça, je sais qu'il souffre aussi, ou du moins qu'il souffrait. Je sais que ce n'est pas pareil pour lui, il est plus intelligent que ça et n'écouterait rien de ce qu'elle dit mais je ne pourrais pas le supporter si elle avait dit quelque chose qui l'avait blessé d'une façon ou d'une autre. Surtout si c'est quelque chose que je peux réparer."

"Edward sait qui il est et il sait qui tu es, Bella," me réconforta Esmée. "Rien de ce qu'elle a pu lui dire ne le fera douter de toi."

"J'espère que non. Elle est tellement..." je fis une pause, tordant mes mains et cherchant la bonne description.

"Elle est comme cette maladie invisible. On ne la sent pas vous infecter tant que vous n'êtes pas déjà malade et que vous ne pouvez plus rien y faire."

"Mais tu as fait quelque chose," me rappela-t-elle.

"Ouais. Mieux vaut tard que jamais, je suppose."

Je lui racontai tout. En remontant beaucoup plus loin que je ne l'avais fait avec Alice et Rose, plus loin qu'avec n'importe qui. Revenant à ce qui s'était vraiment passé entre ma mère et moi. Tant de souvenirs de moments et d'événements qui avaient semblé être des comportements normaux à l'époque mais maintenant, ils paraissaient si manifestement erronés. J'ouvris le torrent de tant d'années de répression, d'émotions, de pensées, de souvenirs. Pour la première fois, je n'avais pas envie de pleurnicher en parlant de tout ça, j'avais envie de guérir, de me purger. J'avais l'impression de partager avec quelqu'un qui se souciait vraiment de moi et qui voulait écouter.

Les larmes d'Esmée me firent sentir moins honteuse des miennes et j'avais moins peur de partager mes faiblesses avec elle.

"Bella, ma chérie, tu dois savoir à quel point elle a tort," dit Esmée, ses bras m'enlaçant fermement.

"Les choses qu'elle a faites mais surtout les choses qu'elle a dites. Tu le sais, n'est-ce pas?" Je haussai les épaules, parce que même si je voulais croire que c'était vrai, c'était difficile d'oublier du jour au lendemain vingt-quatre années de souvenirs.

"Je suis sérieuse, Bella," dit-elle, se dégageant pour me regarder dans les yeux pendant qu'elle parlait. "Cette femme est émotionnellement abusive. Elle avait besoin d'un exutoire pour son amertume et son désespoir et tu étais là. Elle aurait dû subvenir à tes besoins en tant qu'enfant et au lieu de cela, elle a fait pression sur toi et t'a rabaissé. Elle ne faisait pas son travail. Tu n'as rien à te reprocher.

"Et peut-être que maintenant qu'elle n'est plus professionnellement attachée à toi, elle va réaliser ses erreurs et les choses vont changer. Mais si ça ne change pas, tu dois savoir que ce n'est pas de ta faute. C'est elle qui a failli, Bella. Comprends-tu cela?" demanda-t-elle, me tenant le visage dans ses mains, ses yeux me cherchant jusqu'à ce que j'aie finalement hoché la tête.

"Quoi qu'il arrive, tu n'es pas seule," m'encouragea-t-elle, en me prenant dans ses bras. "Tu es l'une de nous maintenant, Bella, et nous serons toujours là."

Plus tard dans la soirée, les filles et moi avons applaudi les Wild sur mon canapé pendant qu'ils triomphaient à Calgary, terminant ainsi leur première série éliminatoire en cinq matchs.

Le lendemain matin nous allâmes toutes les trois les accueillir à l'aéroport, ils étaient tous de bonne humeur et prêts à profiter de quelques jours de repos.

Ce soir-là, nous étions tous les six chez Alice et Rose, à célébrer leur succès avec un repas gastronomique de pizza et de bière. C'était si bon de se détendre et de rire à nouveau avec eux, sans avoir à me soucier du nuage qui planait au-dessus de moi avant.

Au milieu de la soirée, Alice nous réunit tous dans leur salon pour une " surprise ". Tout le monde campait à sa place habituelle, Rose et Emmett prenant tout le canapé, Edward et moi sur le sol, appuyés contre les oreillers de fortune pendant que je m'asseyais entre ses genoux fléchis. Jasper s'assit dans le fauteuil, attendant qu'Alice commence et le rejoigne.

"Tu sais de quoi il s'agit?" chuchotai-je à Edward quand Alice demanda l'attention de tout le monde.

"Aucune idée," répondit-il en secouant la tête.

"Je sais ce que c'est!" annonça Emmett d'un battement de mains victorieux. "La morveuse est en cloque. J'ai raison, n'est-ce pas?"

"Quoi?" s'exclama Alice, d'un rire déconcerté.

"J'espère que ce n'est pas ça!" grogna Jasper, en plaisantant de son siège.

"Personne n'est enceinte. Pas que je sache, en tout cas," dit Alice en regardant Rose d'un air inquisiteur.

"Hé, ne me regardez pas!" affirma Rose, d'un signe négatif de la main, tournant les yeux vers moi.

"Oh, allez!" gémis-je sarcastiquement. "Comme si vous deviez vous inquiéter de ce genre de chose à mon sujet…"

"Bon. Maintenant qu'il est établi qu'aucune d'entre nous n'est enceinte, puis-je poursuivre?" demanda Alice, hochant la tête de satisfaction quand elle eut l'attention de tout le monde.

"Donc cette surprise est pour Bella en fait mais tout le monde va devoir la fermer et faire avec."

"Oh Seigneur," grogna Emmett, couvrant dramatiquement ses yeux avec son bras. "C'est des histoires de filles, pas vrai?"

"Non, non pas histoires de nana. Bon… si en quelque sorte. Quoi qu'il en soit, Bella il faut que tu attrapes un truc sous le canapé, c'est ta première surprise."

"Alice, sérieusement?! Je pensais que nous étions censé célébrer les gars ici présents," me plaignis-je ne prenant aucun plaisir à être sous le feu des projecteurs inopinément.

"Oh s'il te plait, ils attirent beaucoup l'attention, ils peuvent se mettre un peu en retrait sur la banquette arrière," insista Alice avec un geste désinvolte de ses doigts.

"Hé je n'ai rien contre les sièges arrière!" déclara Emmett, agitant ses sourcils vers Rose qui répondit par un reniflement et un roulement d'yeux. "En fait… je suis très amical envers les sièges arrière."

"Oui Emmett, nous sommes tous conscients que tu es un peu exhibitionniste quand il s'agit d'activités dans les véhicules," dit Alice aux facéties de son frère. "Bella, pourrais-tu, s'il te plait, regarder sous le canapé pour que nous n'ayons plus à écouter d'autres fantasmes d'Emmett."

Je me baissai et passai ma main dans le petit espace entre le canapé et le plancher et elle heurta quelque chose de petit, rond et en plastique, je le sortis pour l'inspecter.

"Qu'est-ce que c'est?" demandai-je, en tournant ce qui semblait être un grand bouton coloré.

"Appuie dessus!" ordonna Alice, en tapant des mains, toute excitée avec un sourire étourdi sur le visage.

Je haussai les sourcils, amusée, me tournant vers Edward pour obtenir une explication mais je ne reçus qu'un haussement d'épaule déconcerté en réponse. Ma curiosité triompha finalement et j'appuyai sur le bouton, le laissant tomber quand ça se mit à chanter. J'étais de plus en plus perdue jusqu'à ce que je reconnaisse la chanson et éclate de rire avec tous les autres.

"Ding dong la sorcière est morte. Laquelle? La vilaine sorcière! Ding dong, la sorcière est morte!" ça chantait.

"Alice où diable as-tu trouvé ce truc?" demandai-je, quand la musique s'arrêta, essayant toujours de contrôler mon rire.

"Un magasin dans le centre commercial," dit-elle avec un petit sourire satisfait. "N'est-ce pas génial? C'est comme un petit bouton 'Bella Power.' Chaque fois que tu as besoin de te rassurer, tu appuies sur le bouton et tu te souviendras comment tu as dis à la sorcière de déguerpir sur son balai."

"C'est vraiment bizarre mais j'aime beaucoup. Merci," dis-je, en essuyant les larmes d'amusement et posant l'objet devant moi.

"D'accord alors pour continuer sur ça j'ai toute une introduction élaborée. Reste juste avec moi," dit Alice se préparant clairement à nous honorer de la présentation qu'elle avait préparée. "Bella, tu es comme Dorothy et le Minnesota est ton Oz. Evidemment Renée est la Méchante Sorcière de l'ouest et nous tous sommes les habitants de ce nouveau monde coloré qui allons t'aider sur ton chemin en brique jaune."

"Oh oui? Qui est qui?" demanda Edward sceptique.

"Oui Alice," répétai-je. "Qui est qui?" répétai-je, intéressée d'entendre ce qu'elle avait trouvé.

"Facile, Edward est ton épouvantail," dit-elle ne montrant son frère. "Je veux dire que ça devrait être évident. Il lui manque un cerveau et il a les cheveux fous."

"Hé! Je ne suis pas d'accord!" affirma-t-il.

"Tu as bien les cheveux fous, Eddie," soutint Emmett, en tendant la main pour ébouriffer les cheveux d'Edward, récoltant un doigt d'honneur en retour.

"Continuons," dit Alice, interrompant ses frères alors que je faisais un sourire sympathique à Edward et remettais ses cheveux en place, les emmêlant un peu plus en fait parce que c'était ainsi que je les préférais. "Rose est le Lion parce qu'elle a un très grand cœur caché sous son aspect de bête féroce."

"Tu as beaucoup trop de temps pour toi," gémit Rose.

"Alors est-ce que ça fait de toi l'homme en étain parce que tu es brillante," demanda Emmett, faisant rire tout le monde.

"Pas parce que je suis brillante, idiot mais oui, ça marche pour moi. Maman pourrait être Glina et Papa son sage Magicien d'Oz."

"Tu sais que le sorcier n'était pas vraiment sage?" argumentai-je. "Il ne pouvait même pas faire fonctionner correctement une montgolfière."

"Et bien ça marche encore mieux parce que papa peut faire des choses vraiment stupides pour un gars aussi intelligent."

"Et alors qu'est-ce qu'il reste pour Jazz et moi?" s'enquit Emmett.

"Facile. Vous êtes les Microsiens," annonça-t-elle avec un rire.

"Quoi?" cracha Emmett. "Pas moyen que je sois ça!"

"Tu pourrais être le maire de la cité des Microsiens, qu'en penses-tu Emmett?" essaya de l'apaiser Alice.

"Euh non. Pas moyen. Vois-tu la moindre trace d'un Microsien dans ce corps?" fit-il, en faisant un geste autour de lui.

"Je ne sais pas Em," sourit Alice, ses mains toujours sur ses hanches. "Je me souviens clairement d'avoir aperçu un truc miniature. En fait cette image est restée gravée de façon permanente dans mes rétines."

"Alice, tu as vu mon engin une fois, j'avais huit ans et j'ai presque tout perdu dans ce lac. En mai. Tu sais combien l'eau était froide?" se défendit férocement Emmett.

"Excuse, excuse-moi," rétorqua-t-elle, en soupirant.

"Oh tu veux une preuve?" dit-il, en lançant son bras autour des épaules de Rose et attrapant sa ceinture.

"Waouh! Arrêtez-vous là! Aucune preuve n'est nécessaire!" déclara Edward, s'éloignant d'où son frère était assis et essayant de se couvrir les yeux.

"Rose dis-leur! Tu es censée défendre mon honneur, femme!" l'implora Emmett, avec un coup espiègle sur la cuisse.

"Tu veux vraiment que je donne une description détaillée de ton anatomie Emmett? Quoi, tu as besoin que je mesure ce soir afin de te rassurer?" ricana Rose.

"Quoi qu'il en soit je ne suis toujours pas d'accord pour être un Microsien," maintint Emmett, croisant ses bras sur son torse, irrité.

"Ne sois pas un tel rabat-joie, Em," réprimanda Alice. "Qui pourrais-tu être d'autre? Toto?"

"Enfer non!" fit-il passionné.

"Chérie je suis avec le maire des microsiens, il y a des trous importants dans ta métaphore," l'informa Jasper, levant rapidement les mains dans un geste apaisant alors qu'Alice se tournait vers lui pour le fixer. "Ne sois pas offensée, chérie!"

"D'accord j'admets que ce n'est pas parfait," concéda Alice avec une expiration dégoutée. "Pourquoi ne pouvez-vous pas apprécier une bonne métaphore sans la sur-analyser? Le fait est que Bella est ici dans un voyage pour se retrouver et que nous sommes tous là pour l'aider. Avec cette pensée en tête, arrêtez de critiquer," continua-t-elle avec un regard ennuyé vers chaque personne dans la pièce, "J'ai préparé un petit quelque chose."

"Qu'est-ce que tu as fait?" grognai-je d'horreur, un sentiment d'effroi me parcourut.

"Et bien l'autre soir, tu as dit avoir besoin d'un petit rappel des raisons pour lesquelles tu voudrais peut-être reprendre la compétition. Cela ne doit en aucun cas faire pression sur toi… mais j'ai préparé un peu… une rétrospective, si tu veux… dans l'espoir de te rafraichir la mémoire," dit-elle, avec un sourire malicieux, en tenant la télécommande du dvd.

"Oh seigneur," murmurai-je, sentant déjà mon visage rougir d'embarras alors que je me tournais pour enfouir ma tête contre l'épaule d'Edward.

Elle ignora ma mortification et prit un siège après avoir mis le lecteur de dvd en marche.

"Où as-tu trouvé quelque chose d'ailleurs?" demandai-je, en me dévissant la tête pour la voir.

"Internet. Je peux être très débrouillarde quand je veux. Maintenant… regardez ma petite princesse des glaces," dit-elle.

"Je te déteste vraiment en ce moment," marmonnai-je, en suivant ses ordres et en me tournant vers la télé juste au moment de l'introduction.

Emmett siffla d'admiration. "Babybel tu es vraiment très jolie dans cette petite jupe courte."

"Hé!" protesta Edward. "C'est les fessiers de ma petite-amie que tu mates, crétin."

"Eh bien pour ton information, je parlais des jambes, pervers toi-même… et strictement par goût sportif," se défendit Emmett, tirant la langue au regard sceptique de son frère. "Mais les fessiers sont très jolis aussi," ajouta-t-il après une longue pause, récoltant un coup d'Edward puis de Rose.

"Euh, petite-amie? Assise juste là?" lui rappela-t- elle, se désignant comme s'il n'était pas évident qu'elle parlait d'elle-même.

"Oh allez Rosie, tu sais que c'est ton cul que je préfère!" la réconforta Emmett, s'enfonçant un peu plus dans le canapé, en la tenant dans ses bras.

"D'accord, ce n'est pas le but ici," grommela Alice. "Pouvons-nous en revenir au sujet?

Une série de clips couvrant une multitude d'années sur la glace défila à l'écran. Des flashs de moi en compétition, m'échauffant, montant sur le podium du vainqueur, saluant la foule, assise dans le coin 'kiss and cry' en attendant mes notes. Je pouvais me rappeler chaque moment avec une clarté parfaite. Après quelques minutes, une chanson idiote commença et une sorte de bande-annonce de mes plus grandes gaffes débuta.

"Oh ouais, Alice, c'est vraiment inspirant!..." dis-je, en riant sarcastiquement, en grimaçant en me souvenant d'une chute particulièrement douloureuse lorsque le clip passa à l'écran. "… me regarder tomber sans cesse sur le cul."

"Ooooh !" Tout le monde gémit en chœur de sympathie après une autre chute épique.

"Eh bien, j'aurais pu ignorer tout ça," gloussa Alice, en s'expliquant, "mais une partie de ce qui fait de toi une super patineuse c'est ta capacité à te relever, à te secouer et à continuer. C'est important de se rappeler cela."

"Ta sœur peut-être très intelligente parfois," chuchotai-je à Edward, en soupirant enfin dans la défaite et me blottissant contre son épaule pour profiter du reste du spectacle.

C'était vraiment amusant de me regarder sans avoir à étudier chaque minuscule détail de chaque programme. Bien sûr, je voyais toujours des choses ici et là et je pouvais toujours dire quand j'avais foiré quelque chose, même un peu. Je remarquais pour la première fois qu'à chaque fois que ça arrivait, je me mordais la lèvre, brisant cette image froide et confiante pendant une fraction de seconde jusqu'à ce que je me ressaisisse.

Au début, je me sentais un peu vaniteuse en me regardant et je me concentrais davantage sur le commentaire et les plaisanteries de mes amis qui me donnaient un tout nouvel angle pour voir des choses. Aucun d'entre eux ne connaissait un seul terme technique ou n'avait aucune idée de ce qui jouait pour les points ou la stratégie de chaque mouvement. C'était rafraîchissant de voir les choses à travers leurs yeux.

Finalement, j'arrivais à ne plus écouter leurs commentaires lorsque mon programme long sur Clair de Lune arriva. J'aimais tout de ce programme, la musique, les mouvements, le costume et le fait que j'avais enfin pu participer à la chorégraphie.

Au lieu de vraiment le regarder à la télé devant moi, je sentis mon esprit me ramener à ces minutes de patinage aux Nationales l'hiver précédent et je commençai à me rappeler pourquoi j'avais fait ça, pourquoi j'aimais la compétition, pourquoi j'aimais partager cette partie de moi avec des millions d'étrangers autour du monde. Parce qu'il n'y avait absolument rien de pareil. C'était exaltant et effrayant et merveilleux et je voulais retrouver ce sentiment.

"Celui-ci est mon préféré," chuchota Edward à mon oreille et je lui souris, en me demandant encore une fois s'il pouvait lire dans mes pensées parfois. Mais il était clair au vu de son regard fixe sur l'écran qu'il le pensait vraiment.

" Tu as regardé assez de mes programmes pour avoir un préféré?" demandai-je.

"J'ai probablement vu à peu près tout ce que tu as fait," dit-il en riant.

" Tu ne l'as pas fait!?" insistai-je sceptique.

"YouTube. Les vols en avion passent beaucoup plus vite," dit-il, en m'embrassant la joue quand je restai bouche bée et qu'il ne pouvait pas capturer mes lèvres.

"Tu dois être le meilleur copain du monde," ris-je, en passant mentalement, en revue combien de vidéos il aurait pu visionner.

"Oui, je sais…" soupira-t-il, en souriant d'un air arrogant, baissant la tête vers l'avant pour m'embrasser doucement et ensuite me serrer plus fort dans ses bras alors que nous nous retournions pour regarder la suite de la vidéo.

Quand ce fut fini, Alice me jeta un regard plein d'espoir.

"Et alors?"

"Quoi, tu veux que je prenne une décision maintenant?"

"Tu me connais, je suis impatiente," dit-elle.

"Je crois avoir quelques appels à passer demain…" dis-je, avec un sourire, en tapant sur mes mains quand Rose et elle couinèrent et se jetèrent sur nous, rejoints quelques instants plus tard par Jasper et Emmett, dans le tas.

"Babybel est de retour!" jubila Emmett.

"Oh, Bella, on vient te voir patiner. Penses-tu que tu pourrais nous faire entrer en coulisses ?" demanda Alice toute ravie.

"Oui, et tu vas nous laisser t'aider choisir tes costumes. Je veux dire, si tu le veux, à moins que tu n'aies des gens pour ça ou quelque chose comme ça," fit Rosalie se joignant à son excitation.

"Oh mon Dieu, oui ! Quelque chose de fleuri et d'impressionnant!" Alice partit en courant en jetant des idées entre elles et elles commencèrent à parler paillettes, strass et mousseline.

Je ris de leur enthousiasme, en rencontrant les yeux d'Edward au milieu de la mêlée.

"Bon retour," chuchota-t-il, en me donnant un baiser rapide. "Tu vas être géniale."

Je savais qu'un long chemin m'attendait mais ensevelie sous tout un tas d'amis, je n'avais aucun doute qu'ils allaient... être là pour me soutenir tout le long du chemin.


Eh bien voilà

Bella vient de prendre une décision importante

(Ce chapitre sera divisé en trois

et vous êtes 800 à lire chaque chapitre

:-)