Chapitre 21 - Avenir Incertain
« La mémoire est la sentinelle de l'esprit. » - Shakespeare
Certains éléments de la saga n'ont pas été pris en compte ou modifiés pour la rédaction de ce chapitre
Je saluai tout le monde d'un petit signe de tête embarrassé avant d'aller m'assoir à côté de mon grand-père. Inquiète, je lui attrapai la main et la serrai avec force. Il avait l'air tout aussi épuisé que la dernière fois, même s'il s'efforçait de le cacher. Les larges cernes s'étendant sous ses yeux ne mentaient pas, et même s'il m'accordait un sourire qu'il voulait rassurant, je ne me laissai pas avoir. Resserrant d'avantage ses doigts, j'attrapai un petit pain de ma main libre pour le déposer dans son assiette.
Ses yeux pétillèrent un instant et je sus que je lui avais fait plaisir. Pour l'encourager à reprendre des forces, je remplis également mon assiette de tout ce que je pouvais trouver et commençai à manger avec un appétit malheureusement feint. Je lui souris tout en lui lançant un regard encourageant et, pour mon plus grand bonheur, il s'exécuta à son tour. Il prit une bouchée de la délicieuse préparation de Mme Weasley et hocha la tête pour montrer son approbation.
Je jetai un regard en biais au plus jeune fils Weasley qui regardait l'ex-Directeur avec une admiration évidente et en oubliait momentanément son petit-déjeuner. Sa sœur lui envoya un petit coup de coude dans les côtes pour le sortir de sa rêverie, puis le foudroya du regard. Je ne pus que remarquer la ressemblance entre la jeune femme et sa mère et je dus me concentrer sur la mastication de mon propre petit pain pour cacher mon sourire.
Les jumeaux s'étaient placés en bout de table et ne tardèrent pas à recommencer leurs chamailleries habituelles. George sirota une gorgée de son jus avant de se retourner vers son frère, moqueur. Il hocha la tête dans ma direction avant de déclarer :
- Je t'ai vu dans le couloir, frangin.
Fred haussa ses épaules et adopta volontairement une expression mystérieuse.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
Il posa une main sur le front de George et fit mine de lui prendre la température. Avec un grand sourire, il demanda :
- Aurais-tu des visions? Remarque, vue ta tendance à voler dans la réserve d'Hydromel de Papa…
Le rouquin lui lança un regard faussement assassin et vola le petit pain qui trônait dans l'assiette de son frère.
- ça t'apprendra à raconter n'importe quoi. Tu peux nier tant que tu veux, mais je te connais, Freddie.
Le concerné devint plus sérieux et acquiesça.
- C'est vrai, tu me connais mieux que ta poche.
George se pencha à l'oreille de son frère. Sans doute volontairement, son jumeau répéta à voix haute ce qu'il avait dit, un sourire grand jusqu'aux oreilles.
- Si j'ai pu recoller les morceaux avec Serena? Mais tu es un petit curieux, George!
Je m'étranglai avec mon verre d'eau. Dumbledore s'empressa de ma tapoter dans le dos et je me ressaisis, écarlate. Amusé, le vieux sorcier semblait reprendre progressivement vie. Le regard plus animé, il entama un second petit pain et adressa un hochement de tête à Molly pour lui faire comprendre qu'il le trouvait excellent. La mère Weasley rosit de plaisir avant de retourner dans la cuisine d'un pas léger.
Je me focalisai sur mon verre désormais vide et le fis légèrement tourner dans ma main. Distraite, j'en observai l'étrange matière qui me renvoyait mon propre reflet. Je fronçai mes sourcils. Quelque chose clochait avec mon image, j'en étais persuadée. Ne me souciant pas d'avoir l'air d'une idiote avec un verre près de mon nez, je le rapprochai pour tenter de mieux distinguer mes traits.
Un éclat rouge sang passa dans les yeux de mon double. Je lâchai le verre en poussant un cri horrifié. Par chance, il était suffisamment consistant et près de la table pour ne pas se briser. Il roula jusqu'à l'assiette de Ginny et se cala contre elle. J'ignorai ce qu'il se passait autour de moi et d'une main tremblante, je le repris entre mes doigts.
Je battis des paupières, confuse. Mon reflet avait disparu.
- Est-ce que tout va bien?
Je relevai un visage mortifié vers mon grand-père. L'intensité de son regard me désarçonna et je restai silencieuse, cherchant avec soin une explication digne de ce nom que je pourrais lui fournir. Peut-être tout cela n'avait-il été que le fruit de mon imagination? Avec tout ce qu'il s'était passé, il était évident que je ne resterai pas sans séquelles. Mon cerveau me faisait probablement voir des choses.
Je déglutis et hochai la main avec empressement, un pale sourire sur mes lèvres.
- J'ai cru voir une araignée dans mon verre, je suis désolée… C'est ridicule, mais j'ai une peur bleue de ces bestioles.
Ce n'est qu'une petite Acromentule, enfin.
Je secouai ma tête pour chasser le souvenir qui venait de surgir dans mon esprit et repris tranquillement place devant mon assiette. Je retins avec peine mes tremblements et respirai le plus silencieusement possible. Au bout de quelques instants, doutes et tensions s'en allèrent, et tout le monde recommença calmement à manger.
Je me forçai à avaler un nouveau morceau pour éviter toute suspicion et répondis avec un semblant de bonne humeur au sourire amical du plus jeune fils Weasley. Il me révéla avec une certaine gêne :
- Je te comprends, moi aussi elles me fichent le trouille. Et tout ça à cause de Fred!
Il fusilla son frère du regard et j'haussai mes sourcils. Il m'expliqua avec animation comment le jumeau avait transformé son ours en peluche en araignée velue alors qu'il était tout petit. Je m'étranglai, horrifiée à l'idée de me retrouver avec ce genre de créature dans les bras.
- Je compatis.
La voix de Fred résonna.
- Mais tu m'apprécies quand même, pas vrai?
Penaud, il me fit un regard de petit chiot. George leva les yeux au ciel mais ne parvint pas à cacher son amusement. Je souris et, oubliant momentanément ce qu'il venait de se passer, je lui assurai :
- Bien sûr.
Lorsqu'il se redressa, le bout de ses oreilles virant au rouge, je toussotai et détournai le regard. Je le posai sur la première chose qui entrait dans mon champ de vision. De ma place, je parvenais à apercevoir un bout du salon, notamment celui où se trouvait la cheminée. Je me perdis dans la contemplation des flammes artificielles…
Bientôt, d'étranges flash m'assaillirent.
Tu es déjà mienne et tu ne t'en rends même pas compte.
Je crispai mes poings, tentant de reprendre contact avec la réalité. Une main se posa sur mon épaule. Je sursautai.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive? Tu es ailleurs depuis un moment.
Instinctivement, je mentis :
- Je pensais à tout ce qu'il s'est passé depuis que nous nous sommes retrouvés. Tout ce qu'on a vécu…
Il soupira tristement.
- Tout s'arrangera. Une fois cette guerre terminée, le cours de nos vies reprendra.
Je me levai brusquement, ma chaise raclant contre le sol.
- Et comment, dis-moi? Comment allons-nous mener cette bataille si nous ne pouvons même pas le voir? S'il vient à nous sous forme d'esprit, que pouvons-nous faire?
Il baissa sa tête.
- J'avoue que je n'ai pas de solution pour le moment.
Agacée, je me rassis et pris ma tête entre mes mains. Mon cerveau carburant comme jamais auparavant, je cherchais avec avidité une mince lueur d'espoir qui nous sauverait tous… Au bout d'un moment durant lequel personne n'avait osé prendre la parole, le déclic se fit.
Je relevai brusquement ma tête vers Ron. Le rouquin sursauta légèrement. Je pointai un doigt vers lui, les yeux écarquillés.
- Harry! Ton ami… N'as-tu pas dit qu'il était le seul à avoir survécu face à l'Avada Kedavra? Qu'il était l'Elu. Il serait capable de détruire l'esprit de Voldemort, pas vrai?
Le sorcier se rembrunit et hocha gravement la tête. Mes espoirs s'envolèrent une nouvelle fois.
- Je l'avais dit pour embêter Harry. En réalité, c'est une simple rumeur échafaudée par les journalistes. Il a survécu, certes, mais il ne peut rien contre lui.
Un gout amer se déposa sur ma langue. Le gout de ma propre frustration.
Je soufflai :
- Je ne comprends pas.
Ron se tortilla légèrement sur son siège.
- Tu sais que ses parents ont été tués.
J'acquiesçai.
- Le père d'Harry faisait partie de la Résistance, à l'époque. Il était l'un des meilleurs combattants et donnait tout pour assurer un avenir à sa femme et à son fils. Tu-Sais-Qui a décidé de s'en occuper personnellement. Lorsqu'il est arrivé et qu'il a découvert qu'il avait eu un enfant, il a voulu se charger de lui en premier. Sans doute pour s'amuser un peu avant de lui ôter la vie. Il n'avait pas prévu que sa femme intervienne…
Le teint blême, il poursuivit d'une voix tremblante :
- La mère d'Harry s'est sacrifiée pour le sauver. Le pouvoir de l'amour dont elle avait fait preuve à cet instant a rendu Harry intouchable. Après avoir tué son père, Voldemort est parti mais s'est juré de revenir prendre sa vengeance sur le Survivant. Les journalistes ont bien sur enjolivé l'histoire et affirmé qu'il était devenu l'ennemi numéro 1 du Seigneur des Ténèbres, lui donnant le nom d'Elu.
Il lança un regard en biais à Dumbledore.
- Pourtant ce n'est pas Harry le premier sur sa liste, pas plus qu'il n'est le plus apte à détruire Tu-Sais-Qui. Je crois que tu l'as bien compris, maintenant…
Je restai silencieuse. Mon cœur cognait douloureusement contre mes côtes et ma tête devenait pesante. Si mon grand-père était le seul à posséder suffisamment de puissance pour se confronter au mage et qu'il avait gâché sa dernière chance, que nous restait-il?
Rien du tout.
Je relevai brusquement ma tête.
- Pardon?
Je rencontrai une marée de regards surpris. Ginny affirma :
- Nous n'avons rien dit.
Je me raidis, subitement angoissée. Nous n'avions plus de temps à perdre, je devais jouer cartes sur table. J'avouai sans hésitation :
- Je possède un don, moi aussi. Je fais des rêves prémonitoires, ou j'ai des visions, ça dépend.
Dumbledore se leva brusquement. Je relevai timidement la tête vers lui.
- Pourquoi ne m'as-tu rien dit?
- Je pensais que le moment n'était pas approprié. De plus, je n'ai aucun contrôle sur lui. Il ne vient pas toujours quand ça m'arrange…
Il se rassit et croisa ses mains devant lui, ses coudes sur la table.
- J'aurais du me douter que je n'étais pas le dernier de la lignée.
Je l'interrogeai :
- Le dernier de la lignée? Comment ça?
- Mes parents, grands-parents et arrière-grands-parents possédaient eux aussi un pouvoir spécifique ne nécessitant pas l'utilisation d'une baguette. Etant donné que ta mère n'a pas hérité de cette particularité, je pensais que tout cela s'était arrêté avec moi.
Il faut croire que la tendance de la famille Dumbledore à se voir dôtée de dons spéciaux a sauté une génération…
L'information transita jusqu'à moi.
- Voldemort était au courant! Comment a-t-il pu se laisser avoir, dans ce cas?
Sa mine attristée me fit réaliser à quel point je venais tout juste de surestimer le Seigneur des Ténèbres. Coupable, je baissai les yeux.
- Désolée. A force d'avoir été témoin de ce qu'il sait faire, j'ai un peu de mal à réaliser qu'il est possible qu'il se fasse également piéger.
- Piéger n'est pas le mot adéquat. Tout comme moi, il était persuadé que jamais je n'aurais recourt à ce genre de pratique. Je l'ai fait inconsciemment, c'est la raison pour laquelle il n'a pas pu le prévoir.
Accablée, je passai ma main sur mon visage pour cacher les larmes rageuses qui se formaient contre ma cornée. Les yeux clos, je lui demandai, même si la réponse me paraissait évidente :
- Nous n'avons donc aucun moyen pour nous débarrasser de lui?
- Non, aucun.
Je relevai la tête et me révoltai, quitte à révéler mes joues inondées :
- J'avais dit que je vous protégerai, ce n'était pas des paroles en l'air! Je suis sure que la magie noire peut…
- Arrête, Serena. Arrête de croire que cette forme de magie est toute puissante. Tu ne le réalises peut-être pas, mais elle a ses limites, elle aussi. Certes pas autant que la magie de base, mais ne croit pas qu'elle saura contenir un esprit comme celui de Voldemort. Si c'était le cas, jamais il n'aurait prit le risque de te l'enseigner, et tu le sais.
Il avait raison, bien évidemment, mais comment admettre que la dernière solution qui me restait ne valait rien? Que, finalement, je n'avais pas les moyens de tenir ma promesse? Le summum de la puissance ne résidait pas dans la magie noire elle-même, mais plutôt dans le fait de l'associer à un sorcier tel que le Seigneur des Ténèbres. Et même mes facilités dans le domaine ne pourraient rien contre lui.
Ma déception s'afficha sur mon visage. Poussant un profond soupir, j'enfouis ma tête dans le creux de mon bras.
Allait-il continuer à gâcher mon existence encore longtemps?
Oh oui, toujours et à jamais…
Je me redressai si vite que la tête me tourna. Je balayai la pièce du regard, cherchant en vain une explication à la voix que j'entendais. C'était inutile. Ses intonations familières me firent comprendre que mon cerveau n'était pas le coupable, mais que j'étais bel et bien dans une situation délicate.
Alors que je m'apprêtai à prévenir les autres, le monde autour de moi se brouilla. Les silhouettes se firent imprécises, ma vision globale devint floue. Mon cœur rata un battement et une goutte de sueur perla de mon front lorsque je réalisai que je ne pouvais plus bouger.
Croyais-tu vraiment que tu étais immunisée contre la possession, charmante Serena?
Je poussai un cri qui ne résonna que mentalement, pendant que mes lèvres s'étiraient en un sourire navré. J'entendis ma propre voix :
- Je crois que tout ça est un peu trop dur à encaisser. Je viens seulement de revenir et… J'ai besoin d'être seule un petit moment. Je retourne dans ma chambre. Vous me comprenez, j'en suis sure…
Mon corps se leva, mes jambes m'emmenèrent dans un coin plus isolé de la maison.
C'est impossible! Vous n'étiez plus capable de m'atteindre!
Certes, mais ce cher Albus Dumbledore a eu l'amabilité de conférer une force plus importante à mon esprit. Que veux-tu? Je parviens toujours à mes fins.
J'aurais voulu m'enfuir en courant. Ou peut-être m'enfoncer un poignard dans le cœur…
L'erreur de ce vieux fou vient de te voler toute liberté, mais à la vue de tes pensées macabres, j'en déduis que tu l'as compris.
Vous n'arriverez à rien. Ils comprendront assez vite que je ne suis pas comme d'habitude.
Le temps qu'ils s'en rendent compte, nous serons déjà loin.
Si ma fréquence cardiaque n'était pas modérée par un autre que moi, mon cœur aurait sans doute exprimé ma surprise par une brève accélération.
Loin? Comment ça? Vous n'allez quand même pas…
…t'emmener avec moi? Bien sûr que si. Tu peux faire tes adieux à la vie que tu t'étais imaginée.
Au lieu de chercher à en savoir plus, je posai la question qui me taraudait le plus.
Pourquoi moi? Cela m'aurait semblé plus logique si vous aviez directement possédé mon grand-père. Si vous voulez hanter quelqu'un pour vous venger, pourquoi perdre votre temps avec moi?
Ses éclats de rire résonnèrent dans mon crâne.
Te hanter? D'où te vient cette idée farfelue, dis moi? Je récupère simplement ce qui est déjà à moi. Mon corps. Et toi. Bien sur tu me serviras à récupérer le premier… Une fois chose faite, je regagnerai mon enveloppe et renaîtrai. Quant à toi, tu continueras à me servir. Pas de ton plein gré, bien évidemment.
Je ne trouvai pas la force de lui répondre. J'écoutais simplement ce qu'un avenir cruel me réservait.
Je te posséderai jusqu'à ce que tu rendes ton dernier soupir. Considère ceci comme une punition pour m'avoir trahi.
Je me révoltai, même si j'étais parfaitement consciente du fait que cela ne servait à rien.
C'est vous qui m'avez menti. Le principal traitre, c'est vous!
Allons bon, que croyais-tu? Je t'avais pourtant prévenue : tu étais bien plus intéressante lorsque tu étais sous ma possession. Je te modelais à ma façon, tu accomplissais tout ce que je désirai… Durant deux années, tu étais parfaite.
Sa façon d'associer mon corps à un vulgaire pantin me répugna.
Vous m'écœurez.
Seul ton esprit l'est. Ton corps est à moi et je peux le forcer à m'apprécier… Avec le temps, ton âme suivra. Tu ne t'en rendras même pas compte. Exactement comme je l'ai fais près de trois ans auparavant.
Je lutterai.
Inutile. Ma force est telle qu'il ne me faudra que très peu de temps pour avoir une emprise totale sur toi. Mais je me contenterai de ton enveloppe le temps d'effectuer le rituel. Je n'ai pas de temps à perdre.
Rituel?
Pour récupérer mon corps, petite sotte!
Vous ne pouvez pas, il a été détruit!
Ne me sous-estime pas, Serena. Tu es pourtant la mieux placée pour savoir que j'obtiens tout ce que je désire.
Je sentis une main se poser sur mon épaule. Je me retournai, mais mes lèvres restèrent obstinément scellées. Fred me lança un regard inquiet.
- Qu'est-ce que tu fais dans le couloir?
- Je réfléchissais.
Ce petit morveux intervient toujours lorsqu'il n'est pas le bienvenu.
Il vous percera à jour, comme toujours.
Attend un peu de voir à quel point j'ai appris à te connaître, Serena. Je sais t'imiter mieux que personne.
Ma main vint essuyer une fausse larme contre ma joue.
- Désolée, Fred, mais je n'ai pas envie de parler.
Il attrapa ma main.
- Tu sais que je suis prêt à t'écouter, pas vrai? Je n'ai pas été à ta place, mais je peux te comprendre. Alors n'hésite surtout pas à te confier à moi, d'accord?
Mon enveloppe lui sourit et hocha la tête.
- Merci d'être là. Vraiment. Tu as toujours su me cerner, aussi étranges mes réactions puissent être…
- C'est parce que tu comptes pour moi.
Répugnant… Et il est sincère, en plus.
C'est mieux que de baser une relation sur des mensonges.
Tu es toujours blessée, n'est-ce pas? Tu m'avais ouvert ton cœur, après tout…
C'est du passé.
Vraiment? Quel dommage. En plus de te faire devenir un parfait petit soldat, j'aurais presque envie de te forcer à tomber amoureuse de moi. Définitivement.
Vous n'en tirerez aucun avantage.
Tu es vraiment ignorante. La dernière fois que je t'ai possédé, je me suis contenté d'une obéissance totale et d'un certain dévouement… Je ne suis jamais allé au delà d'une simple admiration. Mais tout bien considéré, je serai tenté de rajouter une clause à notre contrat.
Contrat? Mais vous êtes le seul à bénéficier de cette situation, je n'ai aucun choix, aucune liberté. Je ne retire rien de tout ça!
Bien sur que si. Tu pratiqueras la magie noire. Tu retourneras à mes côtés.
Je n'ai pas envie de passer une seule seconde plus avec vous.
Tu recommences à te mentir.
Vous recommencez à me manipuler. Allez au diable!
Quelle fougue… Je crois que je vais te remodeler tout en te laissant cet aspect de ta personnalité. Tu m'aimeras parce que j'en ai décidé ainsi, mais tu me haïras également au fond de toi… Tu te tortureras l'esprit, cela me fera un divertissement supplémentaire.
Vous me prenez pour qui? Je ne suis pas un objet!
Si, tu m'appartiens. De toute manière, dès que la possession touchera ton esprit, tu ne pourras plus rien faire. Je t'ôterai ce que je veux. T'ajouterai ce que je veux. Te modifierai comme je le souhaite.
Vous allez payer pour tout ça.
Cesse de me menacer sans le penser. Tu sais pertinemment que tout ne se passe pas toujours comme prévu. Oublie tes espoirs ridicules et cesse de lutter, ce sera tellement plus simple.
Si vous croyez que je vais vous faire ce plaisir, vous rentrez droit dans le mur.
Admets au moins que tu as plus de caractère grâce à moi.
Il en faut bien pour se défendre contre des abominations contre vous.
Quelle ironie. Toi qui n'avait d'yeux que pour Christian…
Christian n'existe pas.
Oh, vraiment?
Ça suffit, arrêtez! J'en ai plus qu'assez des mensonges.
Je m'étais tellement laissée emportée dans notre conversation mentale que je n'avais pas réalisé que j'avais regagné ma chambre et m'étais assise sur le lit, fixant le mur sans objectif précis.
Relâchez-moi.
C'est une supplication?
C'est un ordre.
Oh, tu m'impressionnes. Je n'ai peut être pas besoin de changer grand-chose à ton esprit, finalement.
Je restai silencieuse. Je n'avais plus envie de continuer.
Déjà lassée? Je commençai tout juste à me divertir… Et il faudra attendre que la nuit soit tombée pour pouvoir partir.
Je tiquai.
Allons-nous vraiment partir en toute discrétion?
Je l'entendis ricaner.
Je suppose que tu veux savoir si je compte t'emmener sans blesser tes précieux amis?
Pourquoi demander, vous le savez.
Nous avons encore du temps devant nous, alors je vais exceptionnellement te répondre…
Il ne se prononça qu'après de longues secondes.
J'ai besoin que ton corps soit dans de parfaites conditions lors du rituel, je n'ai donc pas l'intention d'utiliser ta magie pour atteindre Dumbledore. En revanche, une fois mon corps récupéré et ta possession totalement achevée, c'est une autre histoire. Tu tueras pour moi, comme tu le faisais… Alors je ne vois pas pourquoi il ferait exception à la règle. Cependant, tu as de la chance, les Weasley ne m'intéressent pas pour le moment. Les tuer ne ferait que gâcher mon temps.
Qui vous dit que je n'arriverai jamais à reprendre le contrôle? La dernière fois, je me suis réveillée avant d'avoir pu tuer un enfant. L'action a du m'horrifier et m'a permis de me ressaisir. Me demander de tuer quelqu'un que j'aime aurait le même effet.
Pas du tout. Te posséder m'a été tellement plus simple cette fois-ci. Tes pensées sont beaucoup plus fluides, ton corps n'oppose aucune résistance…
Ses murmures me firent l'effet d'une douche froide.
Mon esprit a été renforcé par Dumbledore de telle sorte qu'une fois mon corps récupéré… Plus rien ne m'arrêtera.
