Chapitre 21 : Une arrivée attendue

Les trois policiers finirent leur nuit à l'hôpital. Le chef et Toshio se relayant pour veiller à ce que personne ne vienne troubler davantage celle-ci…

Le lendemain matin, Hashimoto était parti de l'hôtel en empruntant la porte de derrière pour ne rien avoir à payer, et surtout pour éviter d'être interrogé sur les différents troubles survenus durant la nuit. Il savait que ses proies n'étaient plus à l'hôtel et avait décidé d'aller les attendre plus loin sur la route. Sa fin de nuit personnelle avait laissé quelques traces dans le village où il s'était arrêté. Frustré d'avoir été interrompu de la sorte, il avait fait le tour des quelques bars et avait déclenché des bagarres générales toujours sans prendre un seul coup. La chance semblait de nouveau lui sourire. Il avait même su trouver avant cela un dispensaire de l'ombre où il s'était fait soigné sa main droite meurtrie par la morsure de l'inspectrice et la blessure à l'épaule gauche par balle qu'elle lui avait infligée.

Et maintenant, il attendait… Mais il attendit, attendit, attendit et le temps passa. Il avait bien vu passer un bus et deux autres voitures, mais pas le véhicule des policiers. Maugréant, il retourna au village pour en apprendre davantage… Partis… Ils étaient partis depuis au moins trois heures et avaient empruntés un bus de ligne se rendant au village station. Se fondant parmi les chanceux qui partaient aux sports d'hiver.

Vert de rage, Hashimoto reparti aussi sec tout en se faisant force pour ne rien casser chez son informateur.

Dans le bus, les policiers avaient fini par s'endormir bien malgré eux. La circulation se fit soudain plus difficile à l'approche de la montagne. Le col était encore fermé et le chauffeur n'eut d'autre choix que de proposer un long arrêt à ses passagers. Par chance, ils se trouvaient à proximité d'un onzen où chacun pu aller se délasser selon l'envie.

Attablé autour d'un pot de café, Asatani observa ses collègues et remarqua que Toshio gardait jalousement un sac en toile verte.

_ Qu'y-a-t-il donc dans ce sac que vous gardez comme un chien garderait jalousement son os ?

_ C'est le masque de bal que portait Cat's.

Comme réveil matin Hitomi connaissait beaucoup mieux… Bien qu'il était déjà 11h45.

_ Pourquoi l'avoir emporté avec vous ?

_ Bonne question, dit Rui en rentrant dans la chambre de sa sœur.

_ Rui ?

_ Écoutons ! L'émission se fait plus claire.

_ Donc ils approchent.

_ Chut, la fit taire Ryô en déposant un doigt sur ses lèvres avant de lui lancer un clin d'œil.

_ Je … Je souhaite le faire porter à Hitomi, dit-il en le sortant du sac.

_ Quoi !?

_ Du calme, Hitomi, Aï, écoutons.

_ Pour prouver qu'elle est Cat's ? Ironisa Asatani.

_ Raaa non justement ! Pour prouver son innocence.

_ Rui, le masque va déformer ma voix.

_ Oui, mais Toshio ne le sait pas.

_ Il faut trouver un moyen de s'en débarrasser.

_ À distance cela va être compliqué.

_ Il a l'air différent de celui que portait le chef et les autres convives, fit remarquer Asatani.

_ Oh oh ! Fit Aï.

_ Elle n'est pas arrivée inspectrice en usant de ses charmes, nota Ryô. Elle est maligne.

_ Si elle découvre le micro c'est fichu, souligna Aï.

_ Oui et non, dit Rui.

_ Pourrais-tu être plus claire ? Demanda Ryô.

_ Si elle découvre le micro et qu'elle le détruit, certes nous ne serons plus au courant de leur avancée mais de ce fait elle détruira aussi le déformateur de voix.

_ En somme c'est un mal pour un bien, souligna Hitomi.

_ Vous permettez ? Demanda Mitsuko.

Toshio hésita un instant et finit par lui passer le masque. Asatani l'inspecta sous toutes les coutures. La face semblait être la même, peut être un sourire plus malicieux et un regard plus félin.

_ Qu'est-ce que ! S'exclama-t-elle en le retournant.

_ Qu'y-a-t-il ? Demanda Toshio.

_ Oups, ricana Ryô.

_ Vous voyez ce que je vois ? Lui dit-elle.

_ Mais encore ?

_ Ceci est un micro, affirma-t-elle.

_ Un micro ? Ce n'est pas un appareil destiné à l'aider à respirer en altitude ?

_ Qu'est-ce qu'il peut être niais ton fiancé, ma pauvre Hitomi, la plaignit Ryô.

_ C'est ce qui fait son charme, sourit-elle.

_ Bonjour, Hitomi. J'espère que vous vous êtes remise et que votre convalescence se passe bien, nargua Mitsuko.

_ Elle a de la suite dans les idées, souligna Ryô.

_ C'est une plaie, oui ! Affirma Hitomi frissonnante malgré elle.

_ Mais arrêtez de divaguer, fulmina Toshio.

_ Une chose est certaine, leur véhicule n'a pas bougé d'un iota depuis hier, fit remarquer Aï après avoir contrôlé divers instruments.

_ Je ne divague pas, inspecteur Utsumi.

_ Les médicaments que l'on vous a donné à l'hôpital cette nuit vous ont détraqué le cerveau.

'L'hôpital ? Cette nuit ?' songèrent les trois sœurs.

_ Cessez de vous chamailler, dois-je vous rappeler que nous nous trouvons dans un lieu public ? Intervint le chef. Par ailleurs, passez-moi cette pièce à conviction.

_ Si le chef s'en mêle, grimaça Hitomi.

_ Vous avez mal jeune fille ?

_ Oui.

_ Je pourrais augmenter la dose de l'antidouleur, mais il risque de vous engourdir davantage ou de vous faire dormir.

_ L'inspectrice Asatani a raison, souligna le chef. Il s'agit bel et bien d'un microphone miniature. Cependant, à la vue de sa petite taille je ne pense pas qu'il ait une longue porte.

_ C'était sans compter sur notre collaboration, dit Aï en souriant à Doc.

_ Tenez, Utsumi, reprenez donc ce masque ridicule, dit ensuite le chef.

Néanmoins au chalet, Ryô, Doc et les sœurs Kisugi n'entendirent qu'un sifflement après « masque ».

_ Le chef a certainement retiré et détruit le micro, fit remarquer Rui.

_ Je préfère prendre le risque de me rendormir maintenant plutôt que d'avoir mal et d'être dans l'incapacité de bouger, dit Hitomi s'adressant au docteur.

_ Bien, dit-il avant d'aller vers sa trousse.

Un petit quart d'heure après, un peu étourdie, Hitomi s'était effectivement endormie et demeurait sous la surveillance d'Aï. Au salon le discussion se fit plus sérieuse. Doc expliqua la problématique à Rui quant au futur tir. Il y avait réfléchi toute la matinée, de manière à trouver les mots justes pour éviter de lui faire peur. Rui en avait malgré tout pleuré, trouvant le réconfort dans les bras de Ryô. Puis elle avait écrit une lettre à l'attention du directeur adjoint du dispensaire qu'elle avait remise à Doc. Il s'agissait de son ticket d'entrée.

Ce dernier laissa des consignes concernant les soins à prodiguer à sa patiente durant son absence. Il préférait en effet arriver plus tôt au dispensaire, d'une part pour prendre ses repères, d'autre part pour ne pas éveiller de quelconques soupçons.

Ryô s'était proposé à l'y conduire, ayant lui-même une course à faire de nouveau au village. Rui avait accepté, le remerciant de son aide.

C'est ainsi qu'après l'avoir déposé il s'était retrouvé attablé à une des tables du bar restaurant de Tomoe. Lorsqu'elle l'avait vu rentrer, elle lui avait fait signe afin qu'il aille s'installer un peu à l'écart tout en lui permettant d'avoir une vue d'ensemble de la pièce. Là, elle lui avait apporté un verre d'eau et pris note de sa commande avant d'aller chercher le message qu'elle avait à lui transmettre. Elle remarqua son visage se durcir à la lecture du pli. Les nouvelles n'étaient effectivement pas fameuses. Elle avait elle-même pris le message hier matin après leur départ.

Un certain Hideyuki se trouvait à l'hôpital. Son appartement avait été saccagé. Sa vie n'était pas en danger grâce à l'intervention somme toute rapide des secours. Autre nouvelle qui semblait avoir de l'importance aux dires de la policière, un certain Ryûjin Hashimoto s'était échappé et il était le suspect principal de l'agression du détective.

Jusqu'à présent la policière n'avait pas rappelé. Aussi lorsque le téléphone sonna Tomoe ne fut pas plus surprise de reconnaître sa voix.

_ Bonjour, inspectrice, dit-elle gaiement.

_ Bonjour, Madame.

_ Je vous rappelle que vous pouvez m'appeler Tomoe, Sermonna-t-elle gentiment.

Saeko en eut un léger sourire.

_ Par ailleurs Ryô vient d'arriver, aussi puis-je vous le passer.

_ Il est ici ?

_ Oui… Oh ! Et comment se porte ce monsieur Hideyuki ? S'inquiéta-t-elle.

_ Il est tiré d'affaire. Puisque Ryô est là, je veux bien que vous me le passiez.

_ Donnez-moi cinq minutes, le temps d'aller le prévenir, sourit Tomoe avant de poser le combiné sur le bureau.

Peu après…

_ Saeko chan ! Comment vas-tu ? S'exclama-t-il la bouche en cœur.

_ Bien mieux depuis que je sais que sa vie n'est plus en danger.

Ryô soupira d'entendre cette bonne nouvelle.

_ Y-a-t-il autre chose ?

_ Nous avons mis le téléphone d'Hashimoto sur écoute, ainsi que celui de sa fiancée.

_ Et ?

_ Il a appelé cette dernière pas plus tard qu'hier soir. Il a en tête de finir son contrat.

_ Finir son contrat ? Éliminer Cat's je suppose.

_ Ainsi que les policiers… Il a fait mention d'un film sur lequel apparaîtrait le visage de la voleuse. Cela je m'en moque un peu. Ce qui m'intéresse plus est qu'il ait aussi mentionné l'existence de transactions entre Seïki et son plus gros client sur cette même vidéo. Je ne sais pas ce que tu trafiques actuellement, mais si tu as le bonheur de mettre la main sur cette vidéo penses à moi. Nous surveillons toujours sa fiancée même si nous savons qu'elle ne nous mènera sans doute pas jusqu'à lui.

_ Si tu en apprends davantage, n'hésite pas à me tenir informé de la sorte.

_ Je n'y manquerai pas. Fais attention à toi.

_ Ne t'inquiètes pas, je suis solide comme un roc, raccrocha-t-il avant de retourner dans la salle.

À peine fut-il assis qu'il remarqua l'arrivée de trois citadins qu'il cerna bien vite. Ils avaient l'odeur de la police.

_ Fichu bus et fichu neige, râla le plus jeune des deux hommes.

_ Je suis certaine qu'il y est pour quelque-chose. C'est son véhicule qui nous a fait une queue de poisson. Le chauffeur du bus est un pro… C'est grâce à lui que nous n'avons pas fini dans le ravin.

_ Il ?

_ Hashimoto, compléta la femme à lunettes confirmant les soupçons de Ryô.

Les trois policiers venaient d'arriver au village. La scène qu'il redoutait d'interpréter se rapprochait inexorablement.