Pour me faire vraiment pardonner... Jamais deux sans trois...

Bonne lecture !

Ewi-laan

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Ni une ni deux, nous nous précipitâmes dans l'ascenseur, nous jetâmes dans les voitures sans réfléchir, tant et si bien que ce ne fut qu'une fois que le véhicule avait entamé sa route que je réalisai que j'étais seule avec Hotch dans la voiture. Voilà qui expliquait le regard surpris de Spencer... Je décidai alors de profiter de la situation pour mettre les choses au clair.

- C'est pas moi qui ai un problème Hotch.
- Pardon ?
- C'est pas moi qui fais la gueule. C'est pas moi qui regarde les gens d'un air mauvais. C'est pas moi qui laisse mes états d'âme agir sur mon comportement. La vérité c'est que c'est vous qui avez un problème Hotch. C'est pas de notre faute si vous êtes tendus à cause de Gideon. On est tous tendus. Mais c'est pas pour ça qu'on se tape dessus. Je veux bien que vous soyez inquiet, mais j'ai rien fait pour être votre souffre douleur. C'est quoi votre problème ? C'est que je sois avec Reid ? Vous nous avez même pas laissé une putain de chance de montrer que ça ne changera rien à notre boulot !

Au fur et à mesure que je déroulais ma tirade, je sentais la colère monter en moi. Je décidai d'arrêter là avant que les choses ne dégénèrent. A ma grand surprise, Hotch ne répondit pas. Peut être était-il étonné que je lui aie répondu avec autant d'assurance. Peut être était-il soufflé comme je l'avais été lors de notre précédente altercation. Je vis sa pomme d'Adam bouger et sa mâchoire se serrer. Un coup d'oeil sur ses mains me permit de voir qu'il serrait tellement le volant que ses phalanges en étaient devenues livides. C'était à n'y rien comprendre. Un jour, il m'écoutait, m'aidait, et l'autre il me détestait, s'énervait après moi. Ce type était un grand malade.

- C'est loin ?

Avant même d'avoir fini ma question, je sus que j'allais me sentir ridicule. J'aurais difficilement pu trouver une question plus inappropriée.

- Encore deux heures, si on se dépêche.

Oups.

- Et le jet ?
- On est pas dans le cadre d'une affaire.

Exact.

Je regardai le paysage urbain défiler à toute vitesse à travers ma vitre (le pouvoir de la petite loupiotte sur le toit associé à celui des trois lettres sur la portière était vraiment incroyable).
Un silence de plomb régnait dans le véhicule. Moi qui voulais crever l'abcès... J'avais l'impression que c'était pire.

- On va le retrouver, vous inquiétez pas.
- Le problème n'est pas de le retrouver.

Nouveau silence.

- Quel est le problème alors ?

Hotch me lança un bref regard significatif.

- Vous pensez qu'il...
- Je ne sais pas.

J'abandonnai alors l'idée de relancer une conversation, sortis mon téléphone de ma poche pour envoyer un message à Spencer, et fus surprise de voir qu'il m'avait déjà écrit, sans que je n'entende la sonnerie. J'ouvris le message.

"Ca va avec Hotch ?"

J'eus un sourire amer avant de répondre.

"Ambiance de fou ici, il manque plus que la boule à facettes..."

La réponse ne se fit pas attendre.

"Il doit être inquiet... Bon courage pour la route."

"Je t'aime"

"Moi aussi"

Le reste du trajet sembla durer une éternité. Enfin, Hotch s'engagea dans un chemin qui s'enfonçait au coeur d'une forêt. Quelques minutes plus tard, il freina en faisant crisser les pneus sur la terre pour s'arrêter devant une grande cabane sur pilotis.

Il sortit en claquant sa portière, et je le suivis de près, mes collègues qui étaient arrivés juste derrière nous sur les talons. Il monta quatre à quatre les marches menant à la porte d'entrée de l'antre de Gideon et frappa si violemment la porte que je crus qu'elle n'allait pas résister à l'impact.

- Jason, c'est Aaron, ouvre, sinon on rentre !

Hotchner laissa quelques secondes s'écouler, puis me poussa un peu en arrière afin qu'il puisse prendre son élan. Il défonça la porte d'un coup de pied précis et puissant.

Nous pénétrâmes alors dans une grande pièce, un séjour/salle à manger, avec une cuisine américaine. Tout était en bois, et respirait la chaleur humaine et le confort. Ce ne fut que lorsque Hotch se jeta à terre que je remarquai un corps allongé sur le tapis, près de la table. Hotchner s'était agenouillé près du corps inanimé de son collègue et ami, et lui prodiguait déjà les premiers secours. Peut être était-il encore temps...

Moi, je restais immobile, incapable de faire quoi que ce soit. Mon sang semblait s'être glacé dans mes veines. C'était impossible, il ne pouvait pas être...

Mes pensées furent interrompus par un bruit de verre brisé. Je détachai mon regard de Hotch et Gideon, et vit Morgan, l'air choqué, dans la cuisine.

- Qu'est-ce que tu as trouvé ? demanda précipitamment Prentiss.

Morgan ne répondit pas. Emily et moi le rejoignîmes. Les restes d'un verre brisé jonchaient le parquet, recouvert par une flaque d'un liquide transparent qui répandait dans la pièce une odeur nauséabonde, semblable à celle d'une litière de chat.

- Qu'est-ce que...
- Non...

Ce dernier mot avait été prononcé d'une voix rauque par Spencer, qui se tenait debout près de la table, une lettre à la main.

- Ne touchez pas à ce liquide, dit-il, l'air absent.
- Qu'est-ce que c'est ? interrogea Morgan comme s'il ne voulait pas vraiment savoir.

Mes souvenirs de cours de philosophie remontèrent alors brusquement. Plus précisément le cours sur Socrate. Socrate qui avait été condamné à mort par ingestion d'une solution à base de ciguë. Platon dans Phédon (récit de la mort de Socrate), décrivait le breuvage comme incolore et répandant une odeur assimilable à celle de l'urine d'un chat.

- De la ciguë.

Spencer et moi avions prononcé ce mot faiblement, comme si le fait de le dire rendait la situation réelle. Hotch stoppa alors son massage cardiaque, et nous restâmes tous paralysés. Peut être que si nous restions parfaitement immobiles, le temps allait croire qu'il s'était trompé et allait revenir en arrière. Un bruit sourd se fit entendre. Morgan, qui n'avait pas rengainé son arme, l'avait laissée tomber au sol. Ce bruit sembla nous débloquer. JJ, Emily, Derek, et moi fîmes le tour du comptoir pour nous rendre près du corps de Gideon.

JJ posa une main sur l'épaule de Spencer, qui laissa échapper son premier sanglot. Puis un autre. Il fut vite rejoint par JJ, qui le serra dans ses bras. Spencer lâcha la feuille de papier qu'il avait à la main. Elle tomba lentement au sol. Je vis alors qu'il ne s'agissait pas d'une lettre mais d'une photo. Je me baissai pour la ramasser, pendant qu'Emily fermait délicatement les yeux vides de Gideon et que Morgan s'agenouillait à côté de Hotch en serrant la main de son défunt supérieur. Je regardai la photo avec plus d'attention et constatai qu'il s'agissait d'une veille photo de l'équipe, réunie autour d'une table, en train de porter un toast. Je retournai la photo et y vis une simple citation.

Mais voici l'heure de nous en aller. Moi pour mourir et vous pour vivre. Qui de nous a le meilleur partage, nul ne le sait, excepté le Dieu.

- Platon, Phédon. -

Je ne pleurais pas. J'étais paralysée. Je connaissais à peine Gideon, mais c'était toute l'équipe qui perdait un membre. C'était comme si une partie de nous s'était envolée avec lui. Un silence absolu régnait dans la pièce, comme par peur de déranger Gideon dans sa quiétude enfin retrouvée.

JJ tendit un bras vers moi et je m'y blottis, entre Spencer et elle. Je respirais profondément pour empêcher les larmes qui finalement me gagnaient de couler. Je sentis Emily se serrer contre l'autre épaule de Spencer. Un bref coup d'oeil me permit de constater que Morgan était derrière elle, la serrant dans ses bras, secoué de temps en temps par d'incontrôlables sanglots. Quelques secondes plus tard, Hotch posa une main sur mon épaule, et une main sur l'épaule de JJ, qui entoura sa taille de son bras. Je sentis la main de mon supérieur glisser dans mon dos jusqu'à mon cou, qu'il enserra de son bras pour mieux nous rapprocher. Des larmes silencieuses coulaient sur les joues de Hotch.

Nous restâmes ainsi plusieurs minutes, sans regarder le corps de Gideon. Non pas par mépris, mais plutôt par peur de réaliser vraiment. Nous demeurâmes serrés les uns contre les autres dans une harmonie aussi parfaite que désespérée, dans un silence absolu, troublé seulement par les sanglots de l'équipe orpheline.