Encore une fois, me voilà bien désolée pour l'attente... Ce chapitre est fini depuis un moment maintenant, mais je ne voulais pas le poster sans avoir terminé le suivant (vous comprendrez sûrement pourquoi en lisant). Le problème est que je n'ai pas réussi à finir... mais presque. Je suis à présent en vacances d'été, donc ça devrait aller et je devrais réussir à poster plus régulièrement !
En tout cas, je tenais à vous remercier pour toutes vos reviews, vos messages, vos lectures... Et votre patience ! Je suis tellement contente de voir que mon histoire plaît, et ce bien au-delà de mes espérances !
Comme je vous l'annonçais dans ma note du dernier chapitre, attendez-vous à un petit séisme dans ce chapitre... Bonne lecture ;)
Réponse à drou : Haha, suppositions intéressantes ;) Merci de ta review !
Réponse à Guest: Oui, pas facile tout ça… Ouiii, tellement hâte de lire le tome 4 ! Merci de ta review !
Réponse à Lila : La voilà la suite, haha ! Je suis désolée pour ce retard, j'espère que ce chapitre te plaira !
Réponse à Guest : Oui, bien sûr que la suite et fin seront publiées :) Je sais que mes retards peuvent faire douter, mais c'est juste que j'ai du mal à concilier l'écriture avec mes études, qui me prennent littéralement tout mon temps. En tout cas, merci de ta patience, j'espère que tu aimeras ce chapitre :)
Réponse à Lyrellys: Merci beaucoup ! :D
La rencontre de deux personnalités est comme le contact entre deux substances chimiques s'il se produit une réaction, les deux en sont transformées.
Carl Gustav Jung
Hermione terminait son dîner en quatrième vitesse, sous l'œil inquisiteur de Ginny. Le travail sur le souvenir des pancakes ne portait pas ses fruits. La veille, alors qu'ils travaillaient dessus pour la troisième soirée consécutive, Hermione avait senti l'impatience de Rogue. Il était sur le point de lui proposer une autre approche, elle le savait. Elle espérait seulement que celle-ci ne consisterait pas en un renvoi pur et simple de sa personne. Elle goba son verre d'eau en pensant qu'elle avait fait du bon travail sur la Legilimencie. C'était une discipline fort complexe, mais elle avait réussi à l'apprivoiser, lui semblait-il. En tout cas assez bien et assez vite pour voir une petite étincelle briller au fond des prunelles noires qui lui faisaient face tous les soirs depuis ce qui semblait être une éternité.
Elle se plaisait à croire qu'il avait été surpris de ses capacités. Lui qui avait toujours pris plaisir à la rabaisser et à lui rappeler qu'elle n'était bonne qu'à dévorer des livres. Elle tenait une vengeance, aussi petite et futile fut-elle. Il avait été dur de se retenir de sourire lorsqu'elle l'avait entendu murmurer un « Si Potter avait pu faire de même… » alors qu'elle venait de réaliser une présentation parfaite du souvenir pour la septième fois en une soirée. Elle se réjouissait également de ne pas avoir provoqué de fâcheux incident en exposant une scène mentale dangereuse. Cependant, cela lui demandait un effort de concentration exténuant. Surtout lorsque Rogue avait les yeux braqués sur elle, impénétrables. Ils lui brûlaient la peau à chaque fois. Elle ignorait s'il savait à quel point elle luttait pour ne pas laisser ses pensées divaguer lorsqu'il la fixait ainsi. Et elle se demandait si lui devait également retenir les siennes.
Elle s'essuya distraitement la bouche et regarda les deux places vides à ses côtés. Ron n'était toujours pas sorti de l'infirmerie. Hermione essayait d'y passer aussi souvent que possible. Elle aimait voir ses traits tirés s'illuminer alors qu'il lui souriait quand elle se présentait à son chevet. Elle était contente que leurs rapports se soient apaisés, à l'inverse de la relation entre Lavande et son ami. Ce qui n'était pas pour déplaire à Hermione.
Cependant, elle se sentait coupable. Coupable, lorsqu'elle était avec Ron, de penser un peu trop souvent à ce qui l'attendait avec Rogue plus tard dans la soirée. Coupable de trouver les yeux bleus trop clairs. Coupable de fuir les doigts de Ron lorsqu'il tendait la main vers elle.
La deuxième place vide était celle de Harry, qui avait fait lui aussi son entrée à l'infirmerie à peine quelques heures plus tôt, le crâne fêlé par un coup de batte mal placé de ce prétentieux de McLaggen, choisi en remplacement de Ron, lors du deuxième match de Quidditch de l'année. Cette bouteille d'hydromel empoisonné avait frappé partout où elle avait pu.
Hermione plaça ses couverts sur son assiette, se leva et salua Ginny d'un sourire. Son amie y répondit de son regard repris de Mrs Weasley, qui signifiait tout simplement qu'elle n'était pas dupe.
Le cœur battant, Hermione s'engagea dans les escaliers et les descendit au pas de course, le bruit de ses talons se répercutant sur les murs froids. Elle pila au bas des marches.
Rogue était là, adossé au mur du corridor, la tête légèrement en arrière et les bras croisés. Il pianotait sur son coude de ses longs doigts, et Hermione comprit qu'il était agacé. Plus que d'habitude, du moins. Rogue ne tourna même pas la tête vers elle.
- Un des cornichons stupides des Première année de chez vous a renversé le contenu de son chaudron sur le sol lors de mon dernier cours de la journée, dit-il d'une voix plate.
Ses accents graves rampèrent le long des murs jusqu'à Hermione, et descendirent le long de sa colonne vertébrale, lui arrachant un frisson. Rogue se détacha enfin du mur et se décida à lui faire face. Hermione songea qu'elle ne s'habituerait jamais à la lueur jaunâtre des torches qui ondulait dans ses prunelles d'onyx.
- Et devinez quoi, la potion était bien évidemment ratée, un désastre à la hauteur des incapables de son espèce. Résultat : une évacuation d'urgence et un chaos effroyable dans la salle de classe. J'ai eu le temps d'endiguer le nuage toxique avant qu'il n'atteigne le couloir et qu'il ne fasse d'autres dégâts en montant dans les étages, mais…
- Mais il a eu le temps de pénétrer dans votre bureau, acheva Hermione.
- Exactement, Miss Je-Sais-Tout. La salle sera impraticable pendant encore une dizaine d'heures, le temps que le sort de purification ait fait effet.
Hermione sentit la déception s'insinuer en elle. Il allait la renvoyer pour ce soir. Elle poussa un soupir et espéra trop tard que Rogue ne l'avait pas entendue. Elle empoigna à pleine main la bandoulière de son sac et amorça un mouvement pour faire volteface. En une fraction de seconde, la poigne de fer de Rogue se referma sur son avant-bras.
- Je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de séance ce soir, siffla-t-il entre ses dents.
Hermione leva les yeux vers lui et soutint son regard.
- Oh… J'aurais cru que…
… vous sauteriez sur l'occasion pour fuir encore une fois, acheva-t-elle mentalement. Rogue relâcha sa poigne, mais ne retira pas sa main du bras d'Hermione pour autant.
- Si vous croyez que j'ai envie de repousser encore l'échéance de vous voir enfin libérer mes soirées de votre présence…
Hermione baissa les yeux sur les doigts pâles qui encerclaient sa manche noire. Rogue retira sa main. Elle retrouva son regard.
- Très bien, répondit-elle sur le ton le plus détaché possible. Et où allons-nous dans ce cas ?
Les traits de Rogue grimacèrent un instant. Il ne répondit pas, mais lui fit un signe impatient de la main pour lui indiquer de le suivre. Intriguée, Hermione marcha à sa suite, derrière les ondoiements agacés de la longue cape noire. Ils prirent le coude au bout du couloir, qui marquait la fin de la partie des cachots qu'Hermione connaissait. Rogue se dirigea vers une porte ornementée, identique à celles de son bureau et de sa salle de classe. Celle de la carte du Maraudeur, songea Hermione. Il agita sa baguette en un entrelacs de motifs de déverrouillage complexes, plus complexes encore que ceux qu'il utilisait pour son bureau. La serrure émit un cliquetis et la porte s'ouvrit en grinçant sur ses gonds. Hermione eut à peine le temps d'apercevoir l'intérieur avant que Rogue ne la précède dans l'ouverture. Ses mains devinrent moites. Elle allait pénétrer dans les appartements privés de Rogue.
Un peu hésitante, elle suivit Rogue à l'intérieur de la pièce. Elle avait l'impression de violer l'intimité du Maître des Potions. Et en même temps, elle songeait qu'il lui ouvrait littéralement l'une des nombreuses portes qu'il gardait obstinément fermées. Hermione détailla l'intérieur des appartements, comme si cela pouvait lui permettre de lire un peu plus profondément dans leur propriétaire.
Elle dut se rendre à l'évidence : la décoration et l'ambiance étaient beaucoup plus chaleureuses que ce qu'elle avait imaginé. Elle aurait mis sa main à couper pour une dominante aux couleurs de Serpentard, mais les ocres et les bruns régnaient en maîtres dans la pièce, du bois des meubles aux arabesques des tapis. Ses yeux se posèrent sur une immense bibliothèque qui occupait tout un pan de mur, et elle eut une envie irrépressible d'aller ausculter ce que cet homme si mystérieux pouvait bien cacher dans sa bibliothèque personnelle. Un buffet occupait le mur du fond, séparant deux autres portes closes. Un feu brûlait déjà dans la grande cheminée de marbre noir, devant laquelle s'étalait un canapé de cuir élimé.
Hermione n'eut pas le temps d'étudier plus en détails ce qui l'entourait, car Rogue était venu se planter devant elle, la noirceur de ses robes bouchant le champ de vision de la jeune femme.
- Que l'on soit bien clair, vous et moi, Granger. Ceci est exceptionnel. N'y voyez aucune faveur de ma part ou quoi que ce soit de révoltant du même genre.
Elle acquiesça. Rogue leva un instant les yeux vers le plafond, comme s'il cherchait l'aide de forces supérieures. Puis, il se détourna d'Hermione et retira sa lourde cape d'un geste expert de la main. Il la déposa sur l'accoudoir du vieux canapé qui trônait devant la grande cheminée et se laissa tomber sur les coussins élimés en poussant un long soupir. Hermione resta plantée sur le tapis, ne sachant pas quoi faire, son sac pendant mollement au bout de son bras.
Elle n'était pas ici dans l'illégalité, mais elle avait l'impression que Rogue allait la jeter vivante dans le feu grondant de l'âtre si jamais elle faisait un mouvement de trop en ces lieux. Comme s'asseoir à son tour dans le canapé, par exemple. Voyant que Rogue ne réagissait pas, elle laissa finalement choir le plus silencieusement possible son sac sur le sol et s'approcha du sofa, où elle s'assit d'une façon extrêmement raide. Rogue s'était un peu étalé et sa jambe gisait sur une des assises, très proche d'Hermione. Il la fit glisser lentement au bas du canapé et se redressa, les yeux plantés dans les flammes de la cheminée. A l'évidence, il n'était pas du tout à son aise. Hermione songea que cela ressemblait à un rendez-vous galant raté entre deux personnes maladroites en communication. N'y tenant plus, elle se racla la gorge et rompit le silence épais :
- Vous savez, vous n'étiez pas obligé de m'amener ic…
- Chut, vous parlez déjà trop.
Hermione ferma la bouche, un sourcil levé. Il semblait réfléchir. Elle s'obstina :
- Je veux dire, la Salle sur Demande aurait très bien pu…
Il lui jeta un regard si noir qu'elle arrêta sur le champ de parler.
- Non, siffla-t-il. C'était une erreur de ma part. Pas assez… sûr.
Il n'ajouta rien de plus et retourna à sa contemplation, assis tellement au bord du canapé qu'Hermione se demanda comment il faisait pour ne pas en tomber. Agacée, la jeune femme ne supporta plus d'être immobile au bout de trente secondes. Elle se leva donc du canapé et s'approcha de la bibliothèque, avide de lire les tranches des livres qui s'offraient à elle.
Elle poussa aussitôt un glapissement étouffé.
- Mon dieu ! Vous possédez l'un des exemplaires du Traité des plantes médicinales du XIVe siècle ? Il n'en existe que…
- Trois dans le monde. Je le sais, j'en possède deux, figurez-vous.
Hermione se retourna vers Rogue, la main suspendue dans son geste à proximité du livre précieux.
- Vous plaisantez ?
- Ai-je l'habitude de plaisanter, Granger ?
Hermione ignora la remarque. Elle se mordit la lèvre, puis tenta :
- Serait-ce trop vous demander de pouvoir y jeter un…
- Oui.
- Mais je…
- C'est non.
Les coins de ses lèvres tressautèrent quand il aperçut l'air extrêmement déçu d'Hermione.
- Revenez sur ce canapé. Il est plus que temps de commencer.
Hermione poussa un soupir ostentatoire en se détournant de la bibliothèque.
- Je n'attendais que ça, figurez-vous, mais vous aviez l'air… préoccupé.
- Tiens donc, railla-t-il. Ne pensez-vous donc pas que votre personne au beau milieu de mes appartements est un bon sujet de préoccupation ?
Hermione ne retourna pas sur le canapé. Elle se planta devant la cheminée, bien en face de Rogue.
- Je n'ai pas expressément demandé à venir ici.
Elle changea immédiatement de sujet en voyant l'orage se charger sur les traits de Rogue.
- Je suppose que vous avez une autre idée que la Legilimencie, n'est-ce pas ? demanda-t-elle. Vous aviez l'air fort déçu du nouvel échec d'hier soir.
Rogue se laissa aller contre le dossier de cuir usé. Il arqua un sourcil.
- Vous pensez bien que ce n'est pas avec ce genre de progrès inexistants que je vais vous voir déguerpir. Néanmoins, je pense qu'il n'est pas encore temps d'abandonner la Legilimencie.
Hermione fut à la fois effrayée et soulagée par cette idée. Effrayée car chaque nouvelle séance de Legilimencie lui faisait courir le risque d'un dérapage dans ses souvenirs. Soulagée car c'était désormais pour elle un terrain connu, plus connu en tout cas que les prochaines idées de Severus Rogue.
Elle laissa glisser ses yeux sur la pièce, et fut attirée par un reflet miroitant sur le buffet au fond du salon. Elle reconnut immédiatement la bouteille d'hydromel empoisonné. Rogue tourna la tête pour suivre son regard, avant de reposer les yeux sur la jeune femme.
- Vous l'avez analysée ? souffla-t-elle sans quitter la bouteille des yeux, comme si elle représentait un animal sauvage qu'il fallait surveiller et ne surtout pas réveiller.
- Non, marmonna Rogue. Je n'en ai pas eu… le temps.
Il tira doucement sur sa manche gauche. Hermione ne le remarqua pas.
- Si vous voulez que j'y goûte, je peux tout à fait…, commença-t-elle.
- Non. Je me débrouillerais bien mieux avec les techniques de détection de poisons traditionnelles. Nous avons déjà bien d'autres choses à faire.
Hermione se détacha de la cheminée, qui commençait à lui chauffer un peu trop sérieusement le dos. Résignée, elle revint s'asseoir sur le canapé, au côté de Rogue, qui recula imperceptiblement.
- La Legilimencie, donc, fit-elle.
Il régnait dans la pièce une atmosphère étrange. Ils n'étaient pas dans leur élément, ni l'un ni l'autre. Ce terrain n'était pas assez neutre au goût d'Hermione. Et Rogue était bien trop tendu.
- Alors quoi ? continua-t-elle. Vous voulez changer de souvenir, c'est ça ?
- Exactement.
Rogue se tourna légèrement pour lui faire face. Il la scruta un instant, puis se leva du canapé pour venir se placer juste en face d'elle.
- J'aimerais que vous essayiez de vous concentrer sur l'aspect gustatif d'un souvenir, cette fois. D'un autre souvenir.
Hermione acquiesça lentement. Rogue saisit sa baguette au fond de sa poche.
- Essayez de privilégier un souvenir fort, récent si possible. Entendez par là, un souvenir ultérieur à votre enfance. Un souvenir à Poudlard me semblerait bien plus efficace, par exemple.
Hermione fouilla à toute vitesse dans sa mémoire, sachant très bien que le Maître des Potions ne lui laisserait pas beaucoup de temps. Le souvenir qui remonta rapidement des brumes datait de l'été dernier. Un repas avec ses parents et de vieux amis à eux, perdus de vue depuis longtemps. Mais il y avait…
Non, ce souvenir était trop dangereux. Si jamais il dérapait…
Et pourtant, il était parfait. Elle se souvenait encore du jus du poulet rôti, grillé à souhait, et le gâteau en dessert. Le miel et les amandes qui avaient déversé leur goût sucré contre son palais… Il y avait eu tout ce chocolat, aussi. Le thé glacé maison de sa mère, et le vin délicieux. Un véritable banquet. Le souvenir idéal, en somme. Le meilleur qu'elle ait, qui avait eu lieu somme toute peu de temps avant sa perte de sens.
Mais il y avait Jack. Ils avaient six ans, la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Hermione l'avait à peine reconnu lorsqu'il s'était présenté sur le perron. Elle s'était sentie si perdue avec Ron l'été dernier… Et Jack avait des yeux verts captivants, il fallait bien l'admettre. Et il l'avait fait tellement rire, ce jour-là, où elle en avait tant eu besoin.
Hermione était en train de réaliser que l'idée de choisir ce souvenir-là était extrêmement mauvaise, lorsque la voix de Rogue sonna les hostilités.
- A trois, Granger.
Elle prit une profonde inspiration. Elle n'avait plus le temps de réfléchir à autre chose. C'était le plus récent, c'était ce qu'il voulait. Elle commençait à comprendre le mécanisme. Elle allait maîtriser le souvenir.
Le sort la frappa de plein fouet, et elle se sentit partir en arrière sur le canapé. La table du jardin de ses parents se matérialisa devant ses yeux. Elle entendait les rires tout autour, elle aperçut le verre de vin devant elle, à moitié vide. Elle sentait, contre sa cuisse, dans la poche serrée de son jean, le papier plié en huit qu'elle avait voulu envoyer à Ron et le courage qu'elle n'avait pas eu. Elle avait chaud, elle avait une boule dans la gorge.
Hermione se concentra de toute ses forces pour se focaliser sur le contenu de son assiette. Elle se revit attraper un morceau de gâteau aux amandes et le porter à sa bouche.
Le souvenir olfactif des pancakes, remontant à son enfance, avait eu un effet fulgurant, la première fois qu'elle l'avait vécu à nouveau. Elle n'était pas préparée à l'effet d'un souvenir gustatif aussi récent que celui qu'elle avait choisi.
Elle eut l'impression d'une déflagration mentale insoutenable, comme si tous les goûts qu'elle avait arrêté de percevoir venaient soudain d'exploser du fond de son cerveau. Elle en oublia presque de respirer. Elle sentit qu'elle perdait pied dans son souvenir, à tel point qu'elle perçut Rogue vaciller de l'autre côté du voile qui séparait leurs deux esprits. Elle se concentra de plus belle, essayant de se raccrocher au moindre détail du souvenir.
Malheureusement, ce fut pour elle les yeux verts de Jack en face d'elle, son sourire en coin, et son t-shirt marinière.
Elle hurla mentalement qu'il fallait arrêter. Rogue allait comprendre, devait comprendre, stopper le sort de lui-même. Pour se sortir de la situation, elle essaya de se concentrer de nouveau sur la nourriture présente sur la table, mais ce fut pire que tout. Elle ressentit tellement de sensations gustatives en même temps qu'elle pensa un instant qu'elle allait être malade. Tout vrilla dans sa tête, sauf ce que sa panique maintenait à flots : Jack.
La boule dans sa gorge, Ron, la lettre, tout tournait. Elle s'était raccrochée à lui, comme à une bouée de sauvetage. Elle avait bu un verre de vin, un seul, mais il faisait si chaud… Elle entendit la voix lointaine et rieuse de sa mère :
- Oh, allez les jeunes, vous pourriez faire un effort et nous accompagner en balade !
Elle ne se souvenait plus de ce qu'elle avait répondu. Elle se souvenait juste qu'elle avait attrapé la main de Jack quand les parents les avaient enfin quittés, elle se souvenait juste qu'ils avaient couru dans les escaliers en riant. Elle se souvenait juste des zébrures ensoleillées des stores sur ses draps blancs, puis sur leurs corps. Elle se souvenait juste des yeux verts, elle se souvenait…
Elle retrouva assez de force au fond d'elle-même pour ralentir l'inévitable, et à ce moment, enfin, Rogue prit conscience du danger. Hermione sentit qu'il essayait d'arrêter ce flot aussi intime qu'insatiable, mais les émotions perdues d'Hermione étaient trop fortes. Troublée jusqu'au plus profond d'elle-même, Hermione fut incapable de colmater la brèche qui éventrait sa mémoire. Elle paniquait, elle voulait cacher ce souvenir à Rogue…
Rogue…
Deux yeux noirs remplacèrent les yeux verts. Mais c'était encore sa mémoire, un souvenir… Son rêve de la veille, le plus osé qu'elle ait fait avec Rogue. Elle entendait qu'il murmurait d'une voix suave à son oreille, mais elle ne se souvenait pas, plus de quoi il parlait… Elle sentait son corps lourd sur le sien, elle sentait…
C'est alors qu'un événement encore plus implacable, plus inattendu se produisit. Hermione eut l'impression que le souvenir se mettait à vibrer dans sa tête, que son âme tout entière ondulait, comme pour s'extirper de son corps. Une douleur effroyable lui déchira les tempes, et elle s'entendit hurler dans le lointain. Le problème, c'était qu'elle sentait la présence de Rogue onduler en même temps qu'elle, dans une synchronisation parfaitement douloureuse.
Au moment où un sifflement aigu insupportable menaça de crever ses tympans, le sort de Legilimencie fut enfin rompu. Hermione, brisée par les chocs successifs, s'écroula du canapé, en vrac, la jupe de travers et les cheveux plein de sueur collés à son front. Elle se demanda pendant dix interminables secondes si elle n'allait pas rendre tout son dîner insipide sur le tapis de Rogue, avant de sentir le malaise s'évanouir. Tout du moins le malaise physique. Le malaise mental, lui, restait bel et bien présent. Elle se tourna sur le dos et regarda le plafond de pierre, n'osant pas chercher Rogue du regard. Elle l'entendait haleter, juste à côté, entre les crépitements moqueurs des flammes et ses propres respirations.
Au bout d'une minute, Hermione se résigna et tourna finalement la tête. Le sort avait fait du mal des deux côtés. Il était lui aussi vautré sur le tapis, devant la cheminée. Hermione apercevait son long nez qui se détachait sur l'écran des flammes, tandis que leur lumière orangée faisait luire la transpiration sur son visage. Il tourna enfin la tête vers elle, et le contact visuel fut magnétique.
Ils s'observèrent ainsi, avec toute la profondeur possible, tandis que leurs respirations se calmaient peu à peu, au beau milieu de la chaleur infernale des flammes. Leurs esprits, eux, frôlaient l'explosion. Hermione brûlait de lui demander une explication sur le phénomène de transe qu'elle venait de vivre avec lui, mais elle ne voulait pas être la première à parler. Pas après les souvenirs qu'elle venait de lui livrer. C'aurait pu difficilement être pire…
Lentement, elle se releva et écarta ses cheveux de son visage. Rogue l'imita. Il régnait entre eux une tension palpable. Ce qui inquiétait le plus Hermione, c'était l'air déboussolé de Rogue. Il avait l'air d'avoir appris la pire nouvelle de sa vie. Hermione, n'y tenant plus, ouvrit la bouche pour poser la question qui lui brûlait les lèvres, et dissiper le spectre du souvenir de Jack et elle. De Rogue et elle.
La voix de Rogue, basse et lente, résonna avant celle de la jeune femme.
- Tu dois partir, maintenant… S'il-te-plaît…
Il se pencha en avant, les yeux irradiants, comme s'il voulait graver ces mots dans le crâne d'Hermione par le biais de ses iris.
- Pars…
Les mots n'étaient pas hostiles. Ils sonnaient comme un conseil, comme une délivrance, comme la meilleure décision à prendre. Hermione ne dit rien. La soudaine familiarité de Rogue ne la choqua même pas. Il y avait une connexion étrange entre eux, elle l'avait ressentie jusqu'au plus profond de sa chair.
Elle se sentait vide à l'intérieur. Ressentir la moindre émotion lui paraissait désuet après la tornade dont elle venait de réchapper. Elle regroupa ses affaires et se dirigea vers la porte, en silence. Elle jeta un dernier regard à Rogue, qui se massait le visage de ses longs doigts. Hermione se glissa hors de l'appartement. Elle savait que dans quelques heures, elle serait prête à lui demander des explications, et Severus Rogue avait intérêt, lui, à lui en livrer les réponses.
J'attends vos retours avec impatience, et aussi vox théories sur la chose, héhé. J'étais obligée de faire capoter la Legilimencie de façon gênante à un moment donné. XD J'espère que vous avez aimé, la suite arrivera tout bientôt ! Merci de votre lecture !
