Les batailles faisaient maintenant rage tout autour du château, sur les chemins de ronde des assaillants essayaient de pénétrer les défenses à l'aide d'échelles et de projectiles enflammés. Uther dirigeaient ses troupes tout en combattant un guerrier de Cendred.

- Il me faut plus d'hommes sur la muraille Est ! cria-t-il. Et faites-moi tomber ces échelles pour l'amour du ciel !

En un dernier mouvement il eut raison de son adversaire, lui transperçant la poitrine. Un de moins, mais combien d'autres allaient encore venir ? Il regarda brièvement son épée, celle que May lui avait donnée dans la geôle quand il était emprisonné. Elle était maintenant couverte de sang, masquant les inscriptions.

Un magicien fit tomber deux des échelles servant aux hommes de Cendred à passer leurs remparts.

- Enfin, dit Uther soulagé, cela leur donnerait quelques minutes de répits.

Il jeta un rapide coup d'œil au magicien, captant son regard pour lui signifier qu'il avait vu ce qu'il avait fait.

- Père !

Uther se tourna vers là d'où venait le cri et vit Arthur arrivant suivi de plusieurs personnes. Son visage portait une blessure au front dont le sang avait coulé le long de sa joue droite. Combien de fois devrait-il encore voir son fils blessé pour défendre leur royaume ?

- Arthur, où en sommes-nous ?

- Nous avons réussi à fermer la citadelle, mais le pont-levis ne tiendra pas longtemps malgré l'aide des magiciens, ils seront bientôt là, expliqua Arthur irrité.

- Je sais. Les assauts sont de plus en plus nombreux ici aussi. Nous n'allons pas pouvoir tenir très longtemps à ce rythme-là.

Et comme pour appuyer ses dires, deux nouveaux guerriers arrivèrent près d'eux, leurs armes pointées en avant. Uther et Arthur s'apprêtaient à les affronter quand ils s'écroulèrent l'un après l'autre, le premier décapités et le second transpercé par une épée. Ils aperçurent alors May tenant son arme fermement.

- Besoin d'aide les garçons ? demanda-t-elle sur un air malicieux.

Les deux hommes se regardèrent silencieusement, ils n'étaient pas des « garçons » !

- On ne va jamais pouvoir les repousser tous, souffla Arthur., ils sont deux fois plus nombreux que nous, et même si la présence de magiciens les a déstabilisés au début, leur nombre est leur force !

Arthur semblait prendre conscience de la réalité de la bataille, ce que son père avait essayé de lui expliquer auparavant. Il ne pouvait pas gagner cette guerre de manière traditionnelle, seule la magie et l'appel à l'Ancienne Religion assureraient leur salut.

- Nous savions qu'ils seraient nombreux, Arthur, précisa May. Mais je ne pensais pas qu'elle aurait transformé des magiciens en tueurs sans pitié…leurs regards sont remplis de haine.

Nul ne répondit, ce que disait la compagne d'Uther était vrai, les sorciers avaient reçu comme un lavage de cerveau, leur ôtant toute capacité de raisonner. Ce qui les rendait encore plus dangereux.

- Tu as vu Morgane ? demanda Uther à son fils.

- Oui, elle était au pied des remparts côté Sud. Je pense qu'elle attend le moment opportun pour intervenir.

- Elle attend que nos forces soient plus que diminuées, finit May. Diminuons-les donc…

Uther acquiesça. Il espérait de tout cœur que leur plan allait marcher. Tout allait reposer sur les magiciens maintenant. Il ne manquait que sa fille

- Je vais côté Sud, dit l'ancien Roi laissant sa compagne et Arthur où ils étaient.

Morgane posa le pied sur le rempart Sud, appréciant la vue qui s'offrait à elle : Camelot assiégé par ses troupes, des feux ça et là ravageant la ville et la partie basse de la citadelle, des morts par centaines et sa victoire qui semblait inéluctable. La présence de magiciens avait été une surprise de taille, elle ne s'était pas attendue à cela. Qui aurait pu prévoir qu'Arthur ferait appel à la magie pour se défendre ? Peu importait maintenant, ses troupes avaient l'avantage du nombre, elle allait gagner. Cela la ravissait au plus haut point, sa vengeance contre les Pendragon allait enfin être accomplie. Elle regarda autour d'elle, ne subsistait que peu de défenses, quelques hommes qu'elle écarta avec un simple regard.

Elle avança lentement, enjambant les cadavres au sol. Enfin elle revenait chez elle et allait reprendre ce qui lui revenait de droit.

Morgane balaya du regard le chemin de ronde où elle se trouvait, elle était pour ainsi dire le seul être vivant présent ici, elle ne put retenir un sourire, les forces de son frère étaient vraiment trop faibles pour la combattre, personne n'était là pour la repousser, qui aurait pu l'affronter en réalité ? Quand tout cela serait fini, elle avait prévu de se débarrasser de Cendred pour régner seule sur Camelot. Mais chaque chose en son temps, elle aurait besoin de lui pour terminer cette invasion d'abord. Et il lui fallait trouver Arthur…

Elle avança calmement cherchant une ouverture pour pénétrer dans l'intérieur de la citadelle, elle savait que Cendred ferait de même par l'entrée principale de Camelot. Soudain son regard se figea. Quelqu'un se tenait de l'autre côté de la vitre par laquelle elle regardait et la fixait avec une expression indéchiffrable. Non, ce n'était pas possible ! Son esprit devait lui jouer de mauvais tours. Il était mort, Agravain l'avait tué, elle avait vu son enterrement dans ses visions, et avait eu la preuve de sa mort par l'exhibition de sa dépouille. Alors comment ?

Uther sortit de la pièce par une porte-fenêtre qui était miraculeusement intacte et s'arrêta à quelques pas d'elle, lui faisant face. Il lisait sur son visage l'incompréhension totale de la situation, Morgane était rarement à court de mots, et pourtant en cet instant, elle ne put rien dire.

- Je vois que tu ne t'attendais pas à ça, souffla-t-il sans animosité.

Sa fille mit quelques secondes à reprendre ses esprits, cherchant à démêler le vrai du faux, mais visiblement c'était Uther qui était devant elle, ses sens lui disaient qu'il était vivant et bien vivant.

- En effet…j'en déduis donc que nous ne reverrons plus Agravain.

- J'en ai bien peur, répondit-il calmement.

Et soudain Morgane reprit son masque démoniaque, redevenant la sorcière, comme l'appelait le Dragon.

- Peu importe que vous soyez vivant ou non, vous ne pouvez pas m'arrêter, je vais reprendre ce que vous m'avez toujours refusé, le trône !

Uther laissa un bref sourire naître sur ses lèvres, plus par ironie qu'un quelconque signe d'amusement de sa part.

- C'est là que tu as tort, Morgane. Je n'ai jamais refusé de reconnaître qui tu étais vraiment, je ne te l'ai juste jamais dit…

- J'étais votre fille, Uther, vous me l'avez caché pendant presque vingt ans !

- Tu es ma fille, Morgane. Je n'ai jamais eu honte de toi, et je te l'aurais prouvé si tu m'en avais laissé l'opportunité. J'ai été désemparé par tes dons, cela est vrai, mais jamais par le fait que tu sois mon sang !

Morgane détailla son père malgré elle. Il était tellement calme malgré les circonstances. Après tout elle allait détruire tout ce qu'il avait construit avec patience et courage. Mais elle ne voyait aucune crainte dans son regard clair, seulement de la tristesse, de la tristesse pour elle. Et il n'avait pas peur, Uther Pendragon n'avait jamais peur, elle le savait. Même quand elle était venue le voir dans sa geôle, il était si misérable, sale et brisé, cela lui avait procuré tellement de plaisir…mais jamais il n'avait eu peur. Et là devant elle, il était plus que jamais le Roi, se tenant fièrement, la main gauche sur la garde de son épée toujours en place dans son fourreau, comme s'il était certain qu'il ne courait aucun danger.

- Je ne te l'ai jamais dit par égards pour Arthur et pour toi aussi, après tout j'avais trompé ma femme et mon meilleur ami…mais à la mort de Gorlois j'ai tenu ma promesse. Je t'ai recueillie et je t'ai reconnue.

Reconnue ? Ce mot résonna dans l'esprit de Morgane. Uther l'avait reconnue ? Impossible !

- Dès le moment où tu as posé le pied dans Camelot, tu étais une Pendragon. Peut-être pas au su de tous, mais légalement tu étais mon héritière. Arthur étant un garçon il gardait la primauté sur toi.

- Je ne vous crois pas ! lança Morgane les dents serrées.

Uther laissa un nouveau sourire fendre son visage malgré lui, pourtant la situation n'avait rien de drôle.

- Je m'en doutais. Je ne me croirais pas non plus si j'étais à ta place…mais c'est la vérité. Et je ne peux pas la changer.

Morgane commença à bouillir intérieurement, ses yeux s'illuminèrent, prémices de sa colère trop longtemps contenue…

- Tout comme je ne peux changer le fait que tu sois une magicienne, Morgane. Que tu l'as toujours été, même si je refusais de le voir pour mon unique bien-être, obligeant Gaius à trouver toutes sortes de remèdes alors que tu ne souffrais d'aucun mal…je le savais.

- Vous saviez et vous m'avez laissée dans les ténèbres quand mes dons se sont manifestés ? Quel genre de père êtes-vous Uther Pendragon ?

Une boule d'énergie s'était créée dans la main droite de Morgane, signe que bientôt elle ne se contrôlerait plus. Uther avait vu ses yeux s'humidifier en apprenant qu'il savait pour sa magie et qu'il n'avait rien fait. Et pour être franc, il trouvait cela plus que légitime.

Elle s'apprêtait à lancer sa boule d'énergie vers Uther avec violence quand elle tomba inanimée. L'ancien Roi s'approcha de sa fille et s'agenouilla en silence, le visage fermé.

- Un mauvais père apparemment, répondit-il en caressant ses cheveux machinalement. Et un mauvais Roi.

Une personne s'approcha de Morgane et posa un genou à terre près d'eux.

- Ça va ?

Uther releva les yeux vers sa compagne et ne répondit pas. May vit qu'il pleurait. Il attendait cette confrontation depuis plusieurs mois, s'y était préparé de mieux qu'il avait pu, mais Morgane demeurait sa fille, il l'aimait et était plus que meurtri d'avoir été obligé d'en arriver là, au point de devoir la rendre inconsciente pour la sauver de sa haine. Sans l'intervention de May, il serait mort, il le savait.

- Elle restera ainsi plusieurs heures, indiqua May. Elle n'est pas blessée, Uther.

L'ancien Roi resta silencieux plusieurs secondes, fixant Morgane. Soudain, il releva la tête vers May, un regard plus décidé que jamais :

- Il faut le faire maintenant, May.

- Je sais.

Elle se releva et ferma les yeux en essayant de se calmer. Les émotions de son âme-sœur étaient très fortes et contribuaient à la stresser beaucoup plus que la situation ne le requerrait… Elle inspira profondément et projeta ses pensées :

- Emrys ?

Elle attendit. Le silence ne fut que de courte durée.

- Maywen ? Ton esprit est agité… Tout va bien ?

- Oui, c'est juste un peu de la tension d'Uther qui me contamine... Il faut le faire maintenant, Emrys. Où es-tu ?

- Muraille Est. Je surveille les avancées de Cendred…

- J'arrive.

May rouvrit les yeux et aperçut Uther qui finissait d'installer Morgane à l'intérieur de la pièce, échangeant quelques mots avec un Druide venu à sa rencontre. Elle marcha vers lui et passa la tête par la porte-fenêtre.

- Emrys est côté Est, je le rejoins !

- Je te suis.

En aucun cas Uther ne voulait laisser sa jeune compagne seule pour la suite, il voulait être près d'elle pour assister au grand final de leur plan.

Quand May et Uther arrivèrent à la bonne muraille, ils retrouvèrent Merlin qui les attendait en scrutant en contre bas les hommes de Cendred.

- Ils sont entrés…

- Ne perdons plus de temps, annonça la magicienne. Tu es prêt ?

Merlin acquiesça. May se tourna alors vers Uther .

- Sonnez l'alerte ! cria l'ancien Roi en direction d'un chevalier resté au coin de la muraille.

Le chevalier en question souffla dans son cor, et en quelques secondes ce furent des dizaines de cors qui répondirent au premier signal. Arthur s'approcha de son père, près du rempart. Ils virent des mouvements en contre bas, leurs soldats se rassemblaient en petits groupes s'éloignant des zones de combats.

- Vous avez trouvé Morgane ? demanda Arthur.

- Oui, elle est en sécurité maintenant, nous nous occuperons d'elle quand tout cela sera fini, indiqua Uther sur un ton posé.

May et Merlin se jetèrent un dernier regard et débutèrent leur appel :

- O drakon! ærende clipung ond béoþ cædmon bewerigend ! Behold sy þæs berthwíl onárísan! ( oh dragons ! Répondez à notre appel, et soyez nos protecteurs ! il est temps de se soulever !)

Uther avait déjà vu faire sa compagne plus d'une fois, mais cela lui envoyait toujours des frissons, cette langue ancestral prononcée avec tant de conviction et de foi. Mais pour la première fois, elle le faisait avec son frère, les deux derniers seigneurs des Dragons que les cinq royaumes comptaient étaient ici devant lui. Ils n'auraient que quelques dizaines de secondes devant eux avant le dernier acte de leur plan. L'ultime mouvement que lui et May avaient planifié. Ils avaient toujours été conscients de leur point faible, leur nombre. Et même avec des magiciens, il n'avaient jamais été en position de vaincre les hommes de Cendred. Mais ils avaient un dernier atout, dissimulé depuis le début. May et Merlin étaient des Seigneurs des Dragons, alors autant s'en servir…

Arthur quant à lui restait sans voix, il avait cru comprendre que la réussite de leur plan résidait dans un sort que la compagne de son père et Merlin devraient jeter sur la cité. Et ce qu'il venait de faire…ne ressemblait pas à un sort.

Au loin May devinait la forme caractéristique des Dragons, ils approchaient…à la plus grand surprise d'Uther, elle lui avait appris qu'il n'avait pas décimé tous les Dragons, que Kilgharra n'était pas le dernier, mais seulement le plus vieux. D'autres Dragons existaient au-delà de leurs frontières, ils les avaient trouvés, convaincus et ralliés à leur cause.

Lors de sa récente absence, la jeune femme était partie les rejoindre pour s'imprégner de leur magie, d'un sort qui permettrait de sauver Morgane et de protéger Camelot si l'alternative ne fonctionnait pas. Et l'alternative c'était la reddition sans condition de leurs ennemis à la vue des Dragons.

Les silhouettes des dix Dragons survolèrent enfin la citadelle, entraînant des cris de panique parmi les troupes ennemis, cherchant par n'importe quel moyen à se mettre à l'abri de ces créatures. Les Dragons vinrent se poser tout autour de Camelot et Kilgharrah à l'intérieur de la cour du château, protégeant ainsi des assauts la cité. Les troupes d'Arthur laissées en arrière lors de l'avancée de Cendred apparurent, encerclant leurs ennemis. Le piège venait de se refermer sur eux. Un silence de plomb s'en suivi. Uther jeta un regard satisfait à la situation, enfin ils reprenaient la main…

- Arthur, avance avec moi.

Arthur regarda son père plus qu'étonné. Uther ne lui avait pas révélé cette partie de son plan de défense, et à vrai dire il était abasourdi. Des Dragons ? Pour les défendre ? Il jeta un regard mêlant curiosité et admiration à son père. Il devait bien admettre que sur ce coup-là, Uther s'était surpassé. Les deux Rois s'approchèrent de la muraille jusqu'à ce que leurs visages dépassent des créneaux.

- CENDRED ! hurla Uther. Ceci sera la seule opportunité pour sauver ce qui te reste d'hommes ! Assez de sang a coulé aujourd'hui, rends-toi et nous épargnerons vos vies !

Arthur cherchait du regard Cendred, et pour le moment, il était introuvable. Sans doute ce rat avait-il déjà fui…Ils attendirent de longues minutes pendant lesquelles nul ne bougea.

- Je vais être clair, continua Uther en posant son regard sur les guerriers en contre bas de la muraille. Rendez-vous et vous aurez la vie sauve, résistez et vous mourrez. Vous avez dix minutes pour faire votre choix, ceux qui tiennent à leur vie, avancez vers les Dragons.

Je sais, j'ai coupé le chapitre à un moment opportun pour moi, peut-être pas pour vous...plus que quelques chapitres avant le dénouement et cette histoire sera finie. J'espère que vous aimez toujours autant, que vous prenez autant de plaisir à la lire que moi à l'écrire...R&R