Un peu rapidement, voici le chapitre 20. Je suis en pleine révision pour mes concours. Je lève seulement la tête des bouquins pour vous faire partager ce chapitre. J'espère que vous allez l'apprécier ! Un grand merci pour vos reviews.
A très bientot, Patmol25.
Chapitre 20 : Nervosité
Amos Diggory posa une main nerveuse sur le devant de sa robe noire, tendue par son ventre arrondi. Il se retint de lever les yeux au ciel devant les mimiques de Cornelius, le Ministre de la magie. Chaque fois, il s'efforçait de paraître affairé et important. Bien sûr, il l'était. Il était le gouverneur de la communauté sorcière en Angleterre après tout. C'était un rôle intense mais franchement, pourquoi perdait-il autant de temps alors à parcourir des yeux des dossiers jaunis par le temps tout en s'assurant de mettre en évidence sa chevalière en or ? Ses entretiens seraient beaucoup plus rapides s'il s'occupait immédiatement de ses invités au lieu de s'asseoir sur son pouvoir. Néanmoins, le fonctionnaire garda le silence et laissa le plaisir à l'homme d'affirmer son rôle dans la société.
Quelques instants plus tard, Cornelius referma un vieux dossier datant de quatre mois et le posa sur une pile de parchemins vacillante. Amos mordit l'intérieur de ses joues pour ne pas éclater de rire. Son supérieur pourrait au moins faire l'effort de prendre un dossier plus récent ! Vraiment, c'était hilarant. Il adorait pouvoir assister à ce petit manège. Il espérait tout de même que Fudge était plus malin lors de ses rendez-vous officiels. Un elfe de maison apparut subitement, un plateau en argent scintillant à la main. Les deux hommes restèrent encore silencieux un moment, buvant avec lenteur le thé chaud.
« Que se passe t-il Amos ? »demanda aimablement Cornelius. « Nous n'avions pas de rendez-vous. »
« Je suis soucieux, » confia le fonctionnaire. Il se pencha un peu en avant pour appuyer ses propos. « Beaucoup pense que Jedusor se sert de vous pour s'emparer de votre poste. »
Les yeux marrons de Fudge s'élargirent démesurément puis, il pencha la tête en arrière et laissa échapper un grand éclat de rire. Il essuya une larme imaginaire et ricana doucement.
Mr Diggory soupira intérieurement, loin de se vexer de l'amusement de son supérieur. Il prenait un gros risque en venant dans son bureau et en le mettant en garde contre Voldemort. Fudge et lui travaillaient main dans la main à présent. Pour le moment, le Ministre surfait littéralement sur tout l'argent donné par le mage noir. Grâce à ce dernier, toutes les grandes institutions sorcières se refaisaient une beauté ou innovaient dans un nouveau domaine. Un nouvel étage était en construction à l'hôpital Sainte-Mangouste et le récent orphelinat ouvert était applaudi par tout le monde. Tous étaient émerveillés par tant de générosité. Mais cette vénération ne durerait pas ! Voldemort allait en tirer profit en éjectant Fudge du pouvoir.
Cornelius n'était pas un méchant bonhomme. Comme beaucoup de monde, il était attiré par le pouvoir, l'argent et la reconnaissance. Tout le monde rêvait d'accéder à cela. Pour ce faire, il n'hésitait pas à se tourner vers certaines personnes influentes. Alors, inévitablement, il était manipulé. Oui, Fudge était un peu niais. Il était Ministre de la magie depuis si longtemps seulement parce que la population s'était installée dans une douce routine, craignant le changement depuis Voldemort. Le gouvernement de Fudge était le symbole de l'après-guerre et tout le monde s'y complaisait. Il n'était pas un mauvais gouverneur mais il n'était pas le meilleur non plus. Or, Amos préférait largement voir Fudge conserver le pouvoir encore une décennie au moins si cela permettait à Voldemort de ne pas accéder au poste de Ministre de la magie.
Mais le mage noir travaillait justement dans ce but là. Alors, il lui paraissait important de venir mettre en garde son supérieur.
« Allons Amos, » réprimanda ce dernier avec douceur. « Mr Jedusor est une personne tout à fait exceptionnelle. Il rachète ses fautes à merveille et dans l'ombre. »
« Dans l'ombre ? Il fait la Une d'un journal environ trois fois par semaine. »
La confiance de Cornelius parut s'ébranler face aux ricanements d' Amos. L'homme n'avait pas tort. Jedusor et sa famille était la principale source de conversation des sorciers depuis quelques mois. L'engouement ne se dissipait pas. Loin de là. Chaque semaine, un nouvel événement retentissant faisait couler l'encre. Son lien avec Harry Potter. Son deuxième fils, Adam. Ses dons financiers. L'ouverture d'un orphelinat. Tout cela suscitait l'attention des journalistes. Tom assurait que la lassitude viendrait remplacer cet enthousiasme à propos de sa vie privée. Dès la fin du procès contre Dumbledore, les gens cesseraient de l'épier. Son sourire disparut et l'inquiétude fit briller ses yeux marrons. Il se racla la gorge pour dissimuler son malaise.
« Jedusor est très sympathique et il apporte énormément de bienfaits à notre communauté, » rétorqua le ministre.
« Certes mais il a commis tellement de meurtres ! Vous allez rencontrer une franche opposition s'il gagne son procès contre le professeur Dumbledore. »
Si le procès était assez secret, Fudge en suivait l'intégralité grâce à Tom. L'homme le mettait dans la confidence. Il n'était pas obligé de le faire mais pour le moment, le Directeur de Poudlard paraissait en mauvaise position. Les membres du Magenmagot étaient silencieux quant à leur jugement mais Tom espérait remporter ce procès. Et le sorcier lui assurait que dans ce cas, il en tirerai lui-même des bénéfices. Après tout, le professeur Dumbledore tenait une place importante dans la communauté magique. Peut-être trop importante. À côté de lui, il était toujours éclipsé. Dumbledore discrédité, il pourrait gagner un nouveau public et une nouvelle popularité. Alors sincèrement, il espérait également que les Jedusor soient les vainqueurs de ce jugement.
Toutefois, la remarque d' Amos n'était pas complètement stupide. Comment pouvait-il être certain que ceux qui allaient se détourner de Dumbledore le soutiendraient lui. Il n'avait pas de certitude.
« Il est … Il est avec le Survivant ! » protesta Cornelius. « Est-ce que vous avez idée du symbole que représente cet enfant ? »
D'ailleurs, si tant de sorciers acceptaient le retour de Lord Voldemort, c'était lié à Harry Potter. Si le Survivant s'était dressé contre le mage noir, personne n'aurait accepté ses excuses. Personne n'aurait accepté ses dons ou son soutien. Mais là, l'adolescent légitimait totalement la présence de Tom Jedusor.
« Le Survivant n'existe plus ! » s'esclaffa Amos d'un rire amer. « Le Survivant doit combattre les Forces du Mal et pas encenser l'homme responsable de ce titre ! »
« Écoutez Amos, j'apprécie votre inquiétude mais elle est totalement infondée. Maintenant, beaucoup de travail m'attend. »
Le fonctionnaire accepta le renvoi de son supérieur. Il déposa sa tasse de thé presque pleine sur le bureau et sourit doucement à Fudge. Ensuite, il fit volte-face et quitta le bureau, retenant difficilement un large sourire sur les lèvres. Un premier pas dans sa mission venait d'être réalisé : il avait fait douté Fudge de la sincérité de Tom Jedusor.
oOo
Hermione fixa la haute salle avec ébahissement. Depuis son arrivée, elle ne cessait de détailler le moindre recoin de la salle d'audience du Département de la Justice Magique. C'était magnifique et bien plus impressionnant que les tribunaux Moldus. Son regard s'était d'abord fixé sur les lourds sièges en bois qui étaient placés au centre d'un socle, dominés par les gradins. Le plus choquant était probablement les chaînes enroulées aux pieds des deux chaises. Un instant, elle avait songé aux vieilles chaises électriques Moldues utilisées en Amérique pour la peine de mort. Heureusement, ni Harry, ni Dumbledore n'étaient attachés. À côté de chacun d'eux se trouvaientleursavocats, assis sur de simples chaises.
En dehors des sièges impressionnants de prisonniers, la pièce transpirait de froideur. Elle était totalement impersonnelle. Les murs en pierre grise lui donnaient des frissons. Elle avait le sentiment de se trouver dans une prison ! Il y avait un large bureau où se trouvaienttous les membres du Magenmagot. Mrs Bones était surélevée par rapport aux autres, installée au centre de l'espace. Elle dominait totalement l'endroit où Harry, le professeur Dumbledore et les avocats étaient. Les gradins en bois étaient pratiquement vides. Il y avait la famille Jedusor et les Malefoy d'un côté. Ils étaient accompagnés du professeur Lupin et de Sirius Black, le parrain invisible de Harry. Il y avait également, à sa grande surprise, Théodore Nott. Le garçon blond écoutait attentivement la séance, le visage fermé. De l'autre côté, le professeur McGonagall, Mr et Mrs Weasley ainsi qu'une vieille femme étrange les observaient froidement. Hermione était mortifiée de s'opposer si clairement à sa directrice de maison. Allait-elle lui en tenir rigueur pour ses notes ?
Elle inspira doucement et se sermonna. Ce n'était pas le moment d'y penser. Elle avait fait un choix et devait l'assumer. De plus, elle était certaine que le professeur McGonagall était suffisamment intelligente pour ne pas la dénigrer pour son soutien à Harry. Elle grimaça en songeant à l'impartialité de Snape envers les Gryffondors. Elle soupira silencieusement, inquiète. Peu importe les conséquences, elle soutiendrai Harry jusqu'au bout de ce procès et encore après. Ses parents l'avaient même félicitée pour son choix difficile.
« Miss Granger, veuillez rejoindre la barre des témoins. »
La voix de Mrs Bones retentit dans la salle devenue silencieuse. Le précédent témoin, Drago Malefoy, se leva et rejoignit ses parents dans le public. Le Serpentard lui adressa un rictus qui s'apparentait à un sourire d'encouragement. Hermione prit le geste de sympathie avec soulagement. Drago Malefoy ne se comportait pas toujours comme un horrible crétin. Rougissant face à toute cette attention, la jeune fille quitta son siège inconfortable. Elle apprécia le clin d'œil encourageant de Mrs Jedusor mais fut incapable de lui répondre, le ventre tordu par l'anxiété. Malgré son embarras, elle se redressa fièrement et traversa la salle d'audience pour rejoindre la haute chaise placée à côté du bureau du Magenmagot.
« Vous confirmez vous appeler Hermione Jane Granger ? » demanda Griselda Marchebank.
Hermione leva la tête pour apercevoir la femme à droite de Mrs Bones. Hermione s'était renseignée sur les membres du Magenmagot. Mr Samson les avait briffés, Théodore, Drago et elle, pour qu'ils se comportent convenablement durant cette audience particulière. Il les avait donc informés sur les particularités des sorciers présents. En plus d'être Présidente de l'Académie des Examinateurs Magiques, Mrs Marchebank faisait partie de cet élite judiciaire depuis des années ! C'était une personne très respectée et considérée comme redoutable. Mais surtout, elle était très proche du professeur Dumbledore. Le savoir était encore plus angoissant, contrairement à ce que pensait l'avocat de son ami.
La Gryffondor rosit doucement et se racla la gorge avant de répondre positivement. La vieille dame lui posa quelques questions d'ordre administratif et elle s'efforça de répondre le plus clairement possible, sans laisser transparaître son angoisse. Elle voulait paraître crédible ! Le Magenmagot ne devait pas penser qu'elle s'était laissée manipuler par les Jedusor. Son statut de Née-Moldue était à la fois un avantage et un inconvénient. Les sorciers prendraient sûrement en considération que Voldemort s'appuyait sur un témoignage d'une Née-Moldue. Cela pouvait n'être que positif étant donné ses antécédents avec les Moldus et les Nés-Moldus. À l'inverse, certains pouvaient émettre un doute quant à sa participation dans le procès. Et si elle était forcée de le faire ? Et si elle avait été manipulée ? De telles questions seraient forcément posées.
Une fois les conventions respectées, l'avocat des Jedusor se leva de son siège, un sourire charmeuraux lèvres. L'homme était sûr de lui et il le faisait savoir à son adversaire, l'avocate Osbourne.
« Commençons les questions, Miss Granger. Depuis quand êtes-vous amie avec mon client ? »
« Depuis notre première année à Poudlard en 1991, » répondit-elle d'un ton confiant. « Nous nous sommes rapprochés lors du banquet d'Halloween. »
Elle connaissait toutes les questions que l'homme allait lui poser. Ils avaient pratiquement répété les réponses pendant deux jours entiers ! Samson était un bon avocat mais c'était aussi un homme tyrannique. Il avait répété toutes les questions unes à unes jusqu'à ce qu'elle formule des réponses claires et précises. Parfois, il lui demandait d'instiller un peu d'ambiguïté dans ses réponses. Ce n'était donc pas cette partie de son témoignage qui l'angoissait. Elle était beaucoup moins confiante en ce qui concernait l'avocate du Directeur.
Malgré son jeune âge, elle était très compétente. Elle avait probablement obtenu son diplôme haut la main ! Elle maniait la langue anglaise avec dextérité. À l'entendre parler, Hermione s'était même demandée si Lucius Malefoy ne lui avait pas enseigné quelques ficelles dans l'art de la manipulation. Elle avait presque fait dire des choses à Drago qu'il n'avait jamais dites. Le blond était resté muet un long moment avant de rétorquer qu'elle se trompait totalement sur le sens de ses propos. Il l'avait pratiquement tournéeenridicule mais elle s'était reprise merveilleusement bien, souriant avec douceur. Installée près de Lucius, Hermione avait vu l'homme sourire discrètement, satisfait de la réplique acérée mais polie de son fils unique. Pourtant, elle restait une femme redoutable.
« Si vous le voulez bien, nous allons évoquer les récents évènements dans la vie de votre ami. Comment avez-vous appris qui étaient ses parents ? »
« Le lendemain de notre visite à Gringott's. Harry était rentré tard et épuisé. Nous n'avons pas discuté à ce moment là. Le professeur Dumbledore est venu au Terrier le lendemain pour expliquer la situation à tout le monde. »
« Le professeur Dumbledore a donc pris la responsabilité de cet enlèvement sur lui ? »
Hermione jeta un rapide coup d'œil au vieil homme. Il souriait avec douceur, les mains croiséessur son ventre. Il portait une robe bleu nuit où scintillaient des étoiles jaunes. La jeune fille détourna le regard lorsqu'il lui adressa un clin d'œil, totalement serein.
« Oui. Il a ensuite eu une conversation avec Harry en ma présence. Il s'est alors excusé pour l'enlèvement et le mal qu'il lui a fait. »
Tandis que la jeune fille continuait ses explications, Harry garda les yeux rivés sur ses genoux. Il écouta à peine les questions pointues de son avocat. Toutes étaient destinées à enfoncer le professeur Dumbledore. Avec cela, l'homme avait-il la possibilité de s'en sortir sans sanctions ? Il écouta la voix de sa meilleure amie, douce mais sûre d'elle, répondre à une cinquième question. Le Survivant soupira intérieurement, essayant de rester discret. Il se sentait coupable. Hermione était là, trahissant ses professeurs, la famille Weasley. Tout cela pour lui. Avait-elle conscience des risques qu'elle prenait ?
Son ventre se tordit douloureusement. Il était bien heureux de n'avoir rien avalé lors du déjeuner. C'était une preuve d'amitié inestimable. Après cela, il ne pourrait jamais dire le moindre mal sur Hermione. Ses yeux se remplirent de larmes et il inspira doucement. Il tourna la tête vers la gauche, là où se trouvait le professeur Dumbledore. Le vieil homme écoutait attentivement la séance, les yeux fixés sur Hermionela jeune fille. Son visage ridé n'exprimait rien, à part un semblant de sérénité. C'était étrange. Harry passa une main tremblante sur son visage. Parfois, il préférait le temps où il portait des lunettes. Il pouvait se cacher derrière la monture. Ses yeux étaient moins expressifs et visibles tant les verres étaient épais.
Son regard bleu se tourna vers les gradins. Comme d'habitude, le visage du professeur McGonagall était strict et fermé. Pourtant, il sembla à Harry que ses yeux étaient absents, comme si elle fixait sa meilleure élève sans la voir réellement. Quant à Mrs Weasley, elle pleurait silencieusement, un mouchoir plaqué contre sa bouche. Elle observait Hermione, l'air ravagé par la tristesse. Mr Weasley était pâle. Il avait passé un bras autour des épaules tremblantes de son épouse. Ils avaient été les seconds à témoigner, juste après le professeur de métamorphose qui avait soutenu honorablement le vieil homme, insistant sur le fait que jamais il ne prenait une décision sans réelles raisons.
« Pouvez-vous nous parler de la famille Dursley ? »
Harry reporta son attention sur son amie. Il serra les dents. Parler de la famille Moldue l'irritait toujours autant. Souvent, ses parents tentaient d'aborder le sujet mais il esquivait habilement la conversation. Pourtant, il n'était pas dupe. Un jour, il devrait s'asseoir et simplement répondre aux questions de ses parents. Même s'il n'aimait pas Vernon, Pétunia et Dudley, il ne leur souhaitait aucun mal. Or, sa famille était plus que connue pour ses pensées extrémistes envers les Moldus. Il ne voulait pas que son père tente de le venger en leur faisant du mal. En les torturant ou pire … en les tuant ! Il frissonna violemment et ses mains se resserrèrent autour des accoudoirs du siège.
En plus de cela, il était horriblement mal à l'aise au sujet de son enfance. Privet Drive était un de ces petits quartiers des classes moyennes avec ses jardins parfaits et leurs familles parfaites. Or, lui était la tâche qui salissait ce tableau. Son oncle et sa tante s'étaient acharnés à le lui faire comprendre en lui donnant un placard miteux comme chambre, en l'ensevelissant de corvées et en le privant de nourritures à chacune de ses bêtises. Ou même sans raison. C'était bien loin du majestueux Manoir Serpentard qui suintait de richesse. Il n'avait jamais autant possédé de jouets ou de vêtements chez les Dursley. Il récupérait tout de son cousin Dudley. Il était censé être le Survivant, le fils de Lord Voldemort, un membre de la famille Malefoy, un Sang-Pur, un descendant de Salazar Serpentard et pourtant … son enfance était loin de ce standing. Il voulait oublier cette période. Pourquoi ses parents, et notamment sa mère, voulaient lui tirer des confidences ? Ils savaient déjà tout. Ils avaient été enquêter pour apporter des preuves dans le procès.
Probablement consciente de son malaise face aux Dursley, Hermione lui jeta un bref regard avant d'inspirer bruyamment. Une nouvelle vague de culpabilité assaillit le jeune homme qui baissa la tête sur le bout de ses souliers brillants.
« Je ne les ai jamais rencontrés directement, » expliqua la Gryffondor. « Je les ai seulement aperçus à la gare King's Cross à notre retour de Poudlard. Cependant, j'ai tout de suite remarqué leur comportement envers Harry ! Ils sont si méprisants et froids envers les sorciers ! »
Un léger sourire étira les lèvres sèches de Harry. Le ton enflammé de Hermione donnait encore plus de véracité à ses propos. Elle était vraiment indignée par ces mauvais traitements ! Harry perdit le fil des propos de son amie lorsqu'elle évoqua les barreaux condamnant sa fenêtre. Elle insista particulièrement sur le fait que trois Weasley étaient venus le chercher.
Il tourna à nouveau la tête vers Mrs Weasley lorsque ses sanglots résonnèrent lugubrement dans la salle d'audience. Voir la femme si malheureuse retourna l'estomac de Harry. Il appréciait sincèrement Mrs Weasley. Elle l'avait toujours chaleureusement accueilli. Elle le nourrissait et le logeait une grande partie des vacances scolaires avant tout cela. Même si elle était radicalement différente de la mère aimante et froide qu'était Ayeline, c'était une femme formidable. Qu'elle soit si opposée à lui était affreux. Il cligna des paupières pour refouler ses larmes. Il devait attendre la fin de cette audience particulière pour laisser place à la tristesse et aux larmes.
Le témoignage du couple avait ému absolument tout le monde. Harry s'était efforcé de regarder ses pieds pour ne pas fondre en larmes. Ils avaient évoqué la mort de Ginny avec tant de douleur ! Ça ne pouvait pas être simulé. Loin de là. L'ensemble du Magenmagot avait accueilli le témoignage avec beaucoup d'émotion. En se basant sur ce meurtre d'une adolescente innocente, ils appuyaient la raison principale de cet enlèvement : sa propre sécurité. Que lui aurait-il fait à lui, son propre fils ? Tout le long de leur témoignage, Harry avait évité de regarder sa famille. Car lui aussi se posait la même question … Qui serait-il en ayant été élevé par Lord Voldemort ?
« Harry a t-il déjà fait part de ces mauvais traitements à un adulte ? »
Le Survivant sursauta pratiquement en entendant la voix de Mrs Osbourne retentir dans la pièce. Il n'avait pas remarqué que l'avocate de Dumbledore avait pris la place du sien tant il était plongé dans ses pensées. Il se redressa dans son siège, attentif. Mr Samson avait tant fait répéter les réponses de chacun qu'il connaissait l'intégralité de son intervention par cœur. En revanche, celle de l'avocate du directeur était une découverte totale.
« Non. En fait, … »
« Harry vous en a t-il parlé à vous personnellement Miss Granger ? »
Le visage de la jeune fille se troubla mais elle tenta de rester impassible.
« Non mais … »
« Donc vous affirmez une forme de maltraitance suite aux propos tenus lors de ce procès et non pas en raison de confidences de votre ami ? »
Deux heures plus tard, la séance s'acheva sous les soupirs de soulagement des personnes présentes. C'était la première fois qu'une audience durait si longtemps ! Presque cinq heures avec seulement une courte pause vers dix-sept heures. Avant d'autoriser le départ des sorciers, Mrs Bones déclara le procès clos. Plus aucun témoignage ou preuve supplémentaire ne seraient acceptés. Elle précisa que les deux partis se retrouveraient la semaine suivante pour que l'avocat Samson dépose les peines réclamées par les Jedusor. Ensuite, le résultat du procès serait communiqué et seulement à ce moment là, les médias pourraient prendre connaissance du contenu de cette affaire judiciaire.
Le professeur Dumbledore quitta le premier le salle d'audience avec son avocat et ses témoins. Toujours assis sur son siège, Harry suivit du regard le cortège du Directeur. Son regard s'attarda sur Mrs Figgs. La voir dans les gradins avait été un véritable choc pour le jeune homme. Depuis quand la voisine des Dursley était-elle une sorcière ? Pourquoi ne lui avait-elle jamais rien dit sur sa condition de sorcier ? Au cours de son témoignage, il apprit que la vieille femme était en réalité une Cracmolle. La connaissant, le professeur Dumbledore lui avait demandé de garder un œil sur lui à Privet Drive. L'amertume saisit à nouveau Harry. Ainsi, la folle des chats le recevait chez elle uniquement pour le surveiller ? Durant le procès, elle avait reconnu que l'éducation des Moldus laissait à désirer. Cependant, Harry ne s'était jamais plaint de cette vie. Ensuite, elle ignorait que le comportement des Dursley allait si loin !
Harry sursauta lorsque son avocat posa une main sur son épaule. Il leva la tête vers lui, étrangement épuisé avant de se lever. Les membres du Magenmagot sortaient lentement de la salle en parlant rapidement. Plusieurs se retournèrent vers eux pour les observer une dernière fois. Mrs Bones autorisa sa famille à investir la salle d'audience une dizaine de minutes pour ne pas se retrouver immédiatement devant la foule de journalistes et de curieux qui se déplaçaient chaque semaine. Le Survivant soupira de soulagement. Du coin de l'œil, il vit Rémus quitter la salle en compagnie de Théodore et Hermione. Le professeur de Défense Contre les Forces du Mal les ramenait au château. Mr Black les suivit avec hésitation, jetant un long regard à Harry avant de finalement faire volte-face.
« Tout va bien ? »
La voix soucieuse d' Adam le sortit de ses pensées. Son frère s'était approché de lui sans bruit. Il assistait le plus souvent possible aux différentes audiences. Il parvenait toujours à moduler son emploi du temps pour être libre le vendredi après-midi. Son professeur référant était conciliant et lui permettait d'être auprès de sa famille durant cette épreuve. Sa présence rassurait toujours le Gryffondor. Il se sentait inexplicablement proche de son frère même si leurs rencontres étaient rares. Ils échangeaient souvent des lettres. Tous les deux avaient hâte que les vacances d'été débutent car ils avaient déjà un programme d'activité chargé !
Harry hocha la tête avec un faible sourire mais ses yeux se remplirent aussitôt de larmes. Bon sang, que lui arrivait-il ? Pourquoi était-il aussi émotif ? Il était plutôt serein au début de la journée ! Il prit une inspiration tremblante, espérant être discret. Il ne voulait pas inquiéter l'ensemble de sa famille ou se ridiculiser devant son avocat ou Drago. Son cousin était près de ses parents, échangeant quelques mots avant leur retour à Poudlard. Toutefois, Adam attrapa son bras droit, inquiet. À ce contact, il fondit en larmes. Il pressa ses mains contre son visage, horrifié par les vagues d'émotions déferlant en lui. Il n'arrivait plus à contrôler ses sanglots.
« Qu'est-ce qui se passe ? » s'alarma son grand frère.
L'avocat les regarda avec des grands yeux avant de s'éloigner de quelques pas. Il fit semblant de rassembler quelques parchemins pour leur laisser un peu d'intimité. Harry rit nerveusement entre ses larmes, épuisé.
« Ce n'est rien, » sanglota t-il. « Je suis désolé. »
Visiblement aussi surpris que lui, Adam le prit maladroitement dans ses bras. Malgré l'étreinte rigide, Harry enfonça sa tête dans la robe de son frère, soulagé. C'était la première fois que le jeune homme l'étreignait ainsi. Lui aussi ressentait-il la même chose ? La même émotion ? C'était étrange mais agréable. La fatigue fit trembler ses jambes et il s'accrocha encore plus fort à un pan de robe d' Adam.
Ses parents les rejoignirent rapidement. Mrs Bones venait seulement de les quitter. Les joues de Harry rougirent violemment lorsque Ayeline le tira délicatement des bras d' Adam. Était-il devenu totalement fou à pleurer ainsi ? Il accepta néanmoins son étreinte avec beaucoup de plaisir. Il s'accrocha fermement à elle, se fichant totalement de la présence des Malefoy. Il imaginait déjà les regards soucieux de Narcissa et ceux dégoutés de Lucius. Drago se moquerait probablement de lui le lendemain mais pour le moment, il voulait seulement se fondre dans les bras de sa mère. Il mit un moment avant de réaliser qu' Ayeline lui posait des questions. Tom se tenait légèrement en retrait. L'homme le fixait du regard et Harry tressaillit en voyant ses yeux se poser un moment sur sa cicatrice rougeâtre.
« Harry, réponds-moi ! » pria Ayeline.
L'inquiétude fit trembler sa voix. Elle salua d'un geste de la main distrait Mr Samson qui quitta la salle par une porte discrète, à l'opposé du lieu où s'amassaient les journalistes. Eux étaient forcés de passer devant les appareils photos pour ne pas laisser le professeur Dumbledore gagner le combat médiatique.
« Je suis désolé, » répondit Harry d'une voix tremblante. « Je suis fatigué ! Aujourd'hui ça a été … »
Il ne trouva pas le mot adéquat pour décrire cette journée horrible. Entendre ses amis évoquer les impacts du mensonge de Dumbledore sur sa vie était terrible. Ainsi, ils pensaient tous qu'il était profondément perturbé par cette histoire. Par cet enlèvement inexplicable. Cruel. Même Théodore affirmait son trouble face à son père. Ce témoignage était prévu mais entendre son ami l'énoncer avec tant de sincérité était affreux. Il se sentait ridicule, minable et coupable. Coupable de ne pas réussir à être un fils parfait et aimant. Coupable de ne pas savoir ce qu'était être une famille. Coupable de faire du mal à tant de personnes.
La main de Tom serra une de ses épaules avec douceur et Harry tourna la tête vers lui, surpris.
« Ça va aller gamin, » chuchota son père.
Malgré le malaise évident de Tom, Harry reconnut la sincérité de sa voix. Et ce fut probablement les mots qui l'encouragèrent le plus à rejoindre Poudlard, le sourire aux lèvres.
