Disclaimer : Les personnages appartiennent tous à JK Rowling
Chapitre 15 :
La guerre est un boomerang, on oublie que ça revient toujours.
It's not time to make a change,
Just relax, take it easy.
You're still young, that's your fault,
There's so much you have to know.
Find a girl, settle down,
If you want you can marry.
Look at me, I am old, but I'm happy.
( Cat Stevens – Father and son )
C'est pas humain de voir un prof après le repas. Passé dix-neuf heures il faut savoir oublier sa scolarité jusqu'au lendemain !
Sirius, soupira James.
Non mais c'est vrai ! s'exclama le brun. T'es pas d'accord Remus ?
Le châtain leva un sourcil et demanda :
Joker ?
Sirius grommela, les traitant de faux-frères à tord et à travers. Loin de s'en formaliser, Remus sa cala plus confortablement dans le canapé, contre Irisea. James jetait des coups d'œil à Lily, assise sur un bras de fauteuil avec Andrea et Daria, Kathleen tapotait la main de Sirius, sur un autre fauteuil, avec la patience d'une infirmière :
On respire Black. On ferme les yeux et on fait ses exercices de zen.
Mais c'est pas vrai ! reprit-il. Je suis donc le SEUL à m'opposer à ce que Reverse convoque Peter à cette heure-là ?
Oui, répondirent les sept amis d'une même voix.
Tous partirent d'un franc éclat de rire dans la salle commune de Gryffondor, faisant se retourner quelques élèves. Remus remarqua des regards noirs de la part de ceux qui essayaient de travailler et aurait bien aimé s'excuser, mais il se sentait bien trop à l'aise, entre James et sa petite amie, pour y songer plus que cela.
Les quatre garçons avaient prévu, le matin-même, une soirée de maraude qui commençait à leur manquer à tous. Ils avaient unanimement séché le cours de sortilège pour boucler leur dernière dissertation pour le lendemain, pris les notes de Lily et pratiqué les exercices, avant de manger en quatrième vitesse ce qui restait du repas. À la base ils devaient sortir, cape d'invisibilité et carte du Maraudeur sous le bras au cas où, et passer une bonne partie de la nuit dans les couloirs de l'école. Les filles avaient proposées à Irisea et Daria de les rejoindre pour profiter d'une soirée entre elles, la Poufsouffle et la Serdaigle se serviraient de leur statut de préfète pour rentrer dans leur dortoir au beau milieu de la nuit sans trop de soucis. Le plan était parfait comme n'avait cessé de le répéter Sirius... sauf que Reverse avait tenu à discuter avec Peter dans son bureau, les retardant sur l'horaire prévu.
Remus avait hâte de sortir mais ne se plaignait pas de la situation actuelle... et finalement il savait qu'aucun des deux garçons n'en était mécontent non plus. La conversation d'Andrea et Lily lui revenait souvent en mémoire quand il voyait l'ainé des Black assis près de Kat', et il se disait toujours qu'en effet « ce n'était qu'une question de temps ». Il avait demandé son avis à Daria qui, en rigolant, lui avait ordonné de secouer les puces de Sirius avant que Kathleen ne se lasse : « On dirait pas comme ça mais, comme toutes les filles, elle attend le prince charmant. »
James, quant à lui, semblait avoir arrêté d'inviter Lily à sortir avec lui... même si cela ne l'empêchait pas de la dévorer des yeux chaque fois qu'il en avait l'occasion. La rouquine, pour sa part, paraissait apprécier cette situation d'amitié dans laquelle ils étaient entrés, cherchant même parfois uniquement l'avis du brun, ou lui gardant une place près d'elle à table. Remus n'avait cependant pas essayé de tirer les vers du nez à son amie de peur de la voir se braquer.
Un silence relatif, gorgé de sourire et regards complices, tomba sur leur groupe. Le loup-garou glissa sa main autour de la taille de sa petite-amie pour la serrer contre lui machinalement ; il avait choisi d'oublier pour un temps la possibilité de lui avouer la vérité à son sujet. Pour un temps seulement car, si leur histoire devait durer, il faudrait bien un jour abattre toutes les barrières possibles entre eux :
Sirius ! interpela Alice au bout de la salle. Tu vas pouvoir arrêter de crier, Peter est là !
Frank éclata de rire, imité par quelques autres, alors que les sixièmes année se retournaient tous ensemble. Un Peter rouge comme une écrevisse s'était stoppé devant l'entrée de la salle commune, fixant le bout de ses chaussures. Remus l'entendit murmurer de vagues mots d'incompréhension et se leva pour aller à son secours :
Ce pauvre Patmol devenait fou sans toi, Pete.
Le garçon parut retrouver contenance près de son ami et lui sourit :
Je suis indispensable à sa santé mentale.
Tu étais surtout la clef nous permettant de sortir ce soir ! s'expliqua Sirius.
James se releva à son tour, tendant leur bon vieux parchemin à son frère de cœur :
Allez, prends ça.
C'est quoi ? demanda immédiatement Daria.
La Serdaigle sauta sur ses pieds pour les rejoindre et tenter d'apercevoir quelque chose, mais Sirius rangea prestement la carte dans sa poche et prit un air conspirateur :
Notre plan pour faire sauter l'école... ou Rogue. Enfin un truc sensass' du genre !
Dans leur dos, Lily leva les yeux au ciel mais retint tout commentaire. Sirius n'insista d'ailleurs pas sur le Serpentard et se contenta d'un clin d'œil à Daria :
Donc pas touche, c'est top secret !
Sois pas ridicule, tu me cacherais pas un simple parchemin gribouillé de tes pattes de mouches.
Hey ! J'écris pas en pattes de mouche, ça c'est James !
Le brun leva les paumes en signe de paix, déclinant toute responsabilité quant à son écriture :
Le problème n'est pas là, intervint Peter. Ça c'est la raison d'être des Maraudeurs tu vois ? Une de nos petites merveilles.
Les quatre garçons affichèrent un sourire plein de fierté et de malice alors que toutes les filles étaient maintenant dévorées de curiosité. Kathleen prit le bras de Sirius :
Allez Black, pas de cachotteries, susurra-t-elle. Je t'offrirai une tablette de chocolat en échange de vos secrets.
Ils éclatèrent de rire alors que le jeune homme lui retournait un sourire étincelant. Pendant une brève seconde Remus crut qu'il allait l'embrasser mais il posa simplement l'index sur son nez, dans un geste paternaliste, et répondit :
Hors de question vile sorcière. Et maintenant, si vous voulez bien nous excuser, nous avons une soirée à animer.
Bien parlé mon frère, acquiesça James. Allons-y !
Ils saluèrent les filles, leur souhaitèrent une bonne soirée et se dirigèrent d'un bon pas vers le trou de la salle commune alors que Lily leur lançait :
Amusez-vous bien !
Ils essayèrent au maximum de ne pas se servir de la cape d'invisibilité, forts de leur expérience en matière de maraude et de leur grande connaissance des couloirs de l'école. Ils n'eurent pas le choix cependant quand, passé minuit, la cape devint leur seul moyen d'échapper au regard d'aigle de McGonagall.
Chacun retrouva ses marques dans l'ombre des couloirs. Remus et James en tête, Sirius derrière, baguette prête à l'emploi au cas où il faille détourner l'attention, et Peter chargé de surveillance de la carte. Ils explorèrent la tour est qui était pleine de cachettes encore inconnues. Ils essayèrent tant bien que mal d'arriver au sommet mais les escaliers étaient si vieux que Remus insista pour qu'ils ne tentent pas le diable.
La nuit, Poudlard était toujours bien différent de l'impression de protection et de vie qu'il offrait en journée. Les araignées glissaient le long de leur toile comme de parfaits sbires des cauchemars, les lieux les plus fréquentés au lever du soleil étaient plongés dans l'obscurité.
Dans ces moments-là, alors que ses amis avançaient grâce à la lumière de leur baguette, Remus se demandait ce que cela faisait de ne rien voir, rien du tout. D'être aveugle une fois la lumière éteinte. Lui distinguait les pierres du mur, devinait les quelques rats qui passaient à toute vitesse à côté d'eux. Il ignorait depuis son enfance la peur du noir. Il ne leur avait jamais posé la question, il aurait pu mais la sensation de vertige habituelle l'aurait alors saisi : celle d'être un autre, d'être à des kilomètres de ses amis.
La limite entre eux pouvait parfois s'amenuiser au maximum comme s'élargir telle un gouffre.
Après une poursuite dans les escaliers pour semer Rusard – course volontairement déclenchée il fallait bien le dire – ils se retrouvèrent derrière le miroir, dans leur passage secret préféré. Assis les uns en face des autres, attentifs à leur respiration se mêlant dans les relents de poussière, les garçons prirent le temps de récupérer tranquillement. Ils n'étaient pas pressés, comme toujours ils tenaient le Poudlard nocturne pour acquis, c'était leur aire de jeu depuis leur première année. Et s'ils voulaient jouer jusqu'au petit matin, la décision ne revenait qu'à eux.
Puis doucement, comme d'habitude, les langues se délièrent ; de chamailleries en projets, de mécontentement en promesses. Les minutes passèrent dans le joyeux brouhaha de la fin de leur adolescence :
Bon allez Sirius, annonça le loup-garou avec un sourire. Maintenant il est temps que tu nous parle de choses sérieuses.
Ah, le grand méchant Remus va me parler devoirs ! rrotesta son ami. Vade retros satanas !
James et Peter éclatèrent de rire mais Remus conclut, railleur :
Oh je pensais surtout à Kathleen mon cher.
Le silence tomba, puis Peter siffla alors que James faisait une accolade à son frère de cœur qui affichait une moue boudeuse :
Mais c'est vrai ça ! Quand vas-tu franchir le pas mon petit chien ?
Quand tu embrasseras Lily ?
Ah ! Ça ne marche plus ça ! Maintenant j'ai appris la patience !
Peter lui renvoya un grand sourire :
Attention, dit-il. James Potter utilise des mots savants !
Il n'empêche que c'est tout à mon honneur, maintint le brun en redressant ses lunettes sur son nez. Nan sérieusement Sirius, elle te plait hein ?
L'ainé des Black leva son regard d'encre vers le plafond et ses amis surent qu'il réfléchissait vraiment à la question. Ce silence méditatif sonnait déjà comme un aveu :
Ouais, finit-il par dire. Mais j'attends le moment propice.
Incroyable, plaisanta Remus.
C'est bizarre, concéda Sirius en haussant les épaules. Je me dis vraiment que je ne veux pas la mettre dans mon lit comme ça, pour rien. J'aimerais que... hem. Vous allez vous foutre de moi pendant des semaines hein ?
Jamais, répondit Peter avec un grand sérieux. Est ce qu'on s'est moqués de Rem's quand il est sortit avec Irisea ?
Le châtain se racla discrètement la gorge :
Oui, rappela-t-il.
Un silence passa avant qu'ils n'éclatent de rire à nouveau. Sirius en romantique patient, c'était quelque chose de difficilement concevable à une heure du matin, cachés dans un passage secret. Et pourtant, le jeune homme qui s'était révélé un séducteur né, la beauté aristocratique des Black ayant jouée largement en sa faveur, était on ne peut plus sérieux. Remus se souvenait d'une après-midi inoubliable où James avait demandé à son frère de cœur de lui apprendre à draguer, les deux autres ayant décliné la leçon et s'étant contentés de regarder, hilares sur un lit du dortoir.
C'était pourtant bien après cette journée que James s'était mis à draguer à tord et à travers, cherchant au-delà à séduire Lily.
Le brun tourna d'ailleurs son regard vers Remus, et le pointa de sa baguette illuminée d'un geste intéressé :
Au fait, et toi ?
Quoi moi ? Je suis casé au cas où tu l'aurais oublié.
Tu lui as dit ? Je sais que ça te tracassais.
Remus grimaça, non il ne l'avait pas dit et oui, ça le travaillait encore :
J'ai failli, avoua-t-il.
Assis l'un à côté de l'autre sur son lit il avait hésité... et il avait été si proche de lui dire toute la vérité. Mais il avait cédé à... à quoi ? Un désir humain ou une simple pulsion animale ? Et elle avait posé la main sur sa cicatrice, avec tellement de douceur... Finalement cette nuit-là avait été à eux deux. Seuls pour une fois.
Machinalement il serra ses doigts sur son épaule marquée :
Vous l'auriez su si je lui avais dit, répondit-il.
Ou pas, répliqua Peter. C'est votre histoire.
Remus eut un petit rire, un peu amer :
Oh non crois moi, un tel aveu ça se partage. Vous n'allez pas me dire le contraire.
Mouais, dit James. Bref tu as quand même failli.
Avant ou après votre partie de jambe en l'air ? sourit Sirius.
Les deux autres lui lancèrent un regard amusé, Remus se força à garder son sérieux mais Sirius n'était pas dupe :
Tu ne vas vraiment pas me lâcher avec ça.
Ça ne fait que trois jours ! s'exclama Sirius. Donne moi une semaine pour que je m'en remette pleinement. Remus est devenu un grand garçon qui utilise notre dortoir à des fins...
Merlin Sirius ! pouffa Peter. Tu as utilisé le dortoir un nombre incalculable de fois !
Tu dois toujours payer pour la nuit que tu nous as faite passer sur les fauteuils, grommela James.
L'effort ça fatigue, on s'était endormis ! Attend un peu que ta Lily se retrouve dans tes draps Jamesie, je suis sûr que c'est une furieuse !
Cette conversation dérive, les gars, rit le châtain en devinant James s'empourprer.
Ils trainèrent jusqu'à quatre heures avant de décider d'aller grappiller quelques heures de sommeil avant la journée de cours à venir. Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir, dans la salle commune des Gryffondors, un véritable campement de fauteuils et de canapés où les filles avaient trouvé le sommeil. Les garçons se regardèrent en silence, intrigués de les découvrir au même endroit que là où ils les avaient laissés en partant.
James alla leur chercher un réveil, réglé suffisamment tôt pour que Daria et Irisea puissent aller se changer tranquillement avant le déferlement d'élèves dans les couloirs, et les garçons montèrent dans leur dortoir ; James, Sirius et Remus ayant jeté au préalable un coup d'œil à leur dulcinée respective.
Remus en aurait presque oublié, dans l'allégresse des jours qui suivirent, que la période qu'ils traversaient ne prêtait pas à l'insouciance. Il y avait bien sûr des choses qui ne trompaient pas, dans leur maison même. Ainsi, la plupart des septième année, incluant Frank et Alice, préparaient le concours d'admission à l'école d'Aurors avec plus d'application que jamais. Les première et deuxième années envoyaient chaque jour du courrier à leur parents et proches.
Les professeurs ne manquaient pas leurs heures de cours mais McGonagall ou Dumbledore sautaient régulièrement les repas à l'école. Reverse paraissait avoir repris contenance, elle était redevenue calme et professionnelle. Peter certifia d'ailleurs qu'elle était plus patiente encore avec lui lors de leurs cours particuliers.
L'hiver s'en allait doucement, et le soleil illuminait régulièrement les couloir grâce aux immenses fenêtres. Main dans la main, profitant d'un créneau où ni l'un ni l'autre n'avait cours, Remus et Irisea parcouraient Poudlard à pas lents en parlant de tout et de rien. Un accord muet, cependant, les défendaient d'aborder la guerre de près ou de loin.
Ils n'avaient croisé personne depuis plus d'une heure, évitant les foules. Ils avaient mangé le midi avec leur groupe qui n'était plus si petit que ça, s'attirant les sourcils froncés de plusieurs étudiants : tous ne voyaient pas du meilleur œil trois maisons différentes mêlées en permanence. Lina Saxon, toujours accompagnée de Regulus, les avait regardés longuement avant de s'en tourner vers les élèves de sa maison. Bref, le couple avait décidé d'être tranquille pour l'après-midi. Aussi Remus fut un peu étonné de voir la directrice des Gryffondor avancer vers eux d'un pas sec, les lèvres pincées et l'air livide :
Lupin ! Je vous cherchais.
La Poufsouffle observa son petit-ami d'un regard perçant, lui demandant silencieusement ce que les Maraudeurs avaient encore fait. Mais le jeune homme secoua la tête, innocent. McGonagall arriva à leur niveau et se tourna vers Irisea :
Désolée Miss Daffodil mais cela risque de prendre un peu de temps. Monsieur Lupin, le directeur veut vous voir. Suivez-moi.
Il s'excusa d'un regard perdu, serra doucement la main de sa petite-amie et suivit la sous-directrice. McGonagall marchait d'un pas vif, elle semblait se retenir de courir. Inquiet, agité par un mauvais pressentiment, Remus allongea le pas pour se retrouver à sa hauteur :
Professeur, que se passe-t-il ?
Elle lui jeta un bref coup d'œil, sévère, mais le loup-garou ne se laissa pas impressionner : il était loin le temps où ses sourcils froncés le faisait se sentir mal à l'aise. Elle soupira :
Vous verrez. Je dois retourner à mon bureau.
Quel est le mot de passe ?
Elle ne répondit pas, se contentant d'un mouvement du menton vers le fond du couloir, et prit un autre escalier.
Le cœur de Remus tambourina contre sa poitrine en découvrant la silhouette de Dumbledore qui l'attendait devant ses escaliers en colimaçon et non dans son bureau. Le vieux mage tenta de sourire en voyant son élève, mais ce ne fut pas convaincant et il ne s'y essaya pas plus que nécessaire :
Remus, sais-tu où se trouve James ? demanda-t-il sans autre préambule.
Le garçon acquiesça :
Au terrain de Quidditch, dit-il. L'équipe s'entraine, c'est...
Mais il tourna son regard vers les escaliers. Du haut des marches lui parvenait une odeur métallique et sucrée. Il déglutit, fit taire Lunard qui grondait avec langueur et tourna vers son directeur un regard affolé :
Professeur.
J'ai besoin que tu ailles chercher James. Le mot de passe est « Veritas ». Fais le plus vite possible Remus.
Le plus vite possible... répéta-t-il.
Il observa son professeur, sa mine grave et son air fatigué. Puis une bouffée d'odeur de sang lui remonta dans les narines, obstrua sa gorge de sa saveur particulière. Jamais Dumbledore ne lui ferait prendre le risque d'être découvert si cela n'était pas important... Et cette odeur entêtante :
Je vous le ramène tout de suite professeur.
Il tourna les talons et se mit à courir. Il ne prit pas les escaliers principaux mais se dirigea vers un passage secret et dévala la volée de marches jusqu'au rez-de-chaussée. Il n'était pas allé aussi vite depuis des lustres, sa respiration s'était adaptée automatiquement à son rythme effréné, il sentait son cœur cogner lourdement contre sa cage thoracique mais sinon, il se sentait bien.
Il bouscula un élève et passa la porte menant au parc. Là, il accéléra encore.
James fit craquer ses jointures ; l'équipe prenait quelques minutes de pause avant de repartir dans le ciel. Il en était plutôt fier, les manœuvres s'enchainaient assez bien, les tirs se précisaient... Gryffondor avait de grandes chances de gagner le championnat cette année.
Il allait donner un coup de sifflet pour faire remonter tout le monde sur son balai quand il remarqua que les regards de son équipe étaient braqués sur un point derrière lui :
JAMES !
Il se retourna juste à temps pour admirer le magnifique dérapage contrôlé de Remus. Son ami avait couru, aucun doute là-dessus. Il n'était pas rouge mais James le connaissait suffisamment : il respirait profondément, ses poings étaient encore serrés... et jamais il n'aurait laissé une telle trace en marchant ou...
Tu dois venir avec moi voir Dumbledore. Maintenant.
Qu'est-ce qui se passe ?
J'en sais rien mais c'est urgent.
Perdu, le brun tendit son balai à Sirius qui s'en empara et partit à la suite de son ami. Une fois sorti du stade et hors de vu des sportifs, Remus lui tendit la main avec un regard appuyé. James s'en empara et son ami se remit à courir.
La respiration du brun manqua de se couper sous le choc, la main de Remus broyait la sienne, l'entrainant dans son sillage plus vite qu'il ne l'aurait jamais fait tout seul. Son ami devait vraiment paniquer pour aller à une telle vitesse... vraiment... Le cœur de James s'affola à lui en donner la nausée :
Rem's... Ra... len... tis... s'essoufla-t-il.
Ne parle pas, concentre toi sur ta respiration.
Il se retint de répliquer que c'était lui l'entraineur de Quidditch et obéit. Ils passèrent en coup de vent devant les serres de botanique, sous les regards estomaqués des rares élèves qui trainaient à cette heure, gravirent les marches d'escaliers quatre-à-quatre. James manqua de s'étaler sur le sol dallé mais son ami le retenait avec force. Ils ne s'arrêtèrent qu'une fois devant la statut qui gardait l'entrée du bureau de Dumbledore :
Veritas, lança Remus.
L'escalier en colimaçon apparut et Remus le poussa dans le dos. James eut tout juste le temps de voir ses prunelles d'ambre le fixer avec sollicitude alors qu'il s'asseyait pour reprendre son souffle. Remus avait saisi quelque chose que James ne concevait pas encore... ou on l'avait mis au parfum... ou il avait juste conscience qu'il n'était pas convoqué pour un acte de maraude.
Dans un bruit mat, l'escalier cessa de s'enrouler sur lui-même ; les jambes tremblantes le brun se leva et alla frapper à la porte du bureau. Celle-ci s'ouvrit immédiatement sur son directeur, il eut un petit sourire :
Je vois que monsieur Lupin n'a pas ménagé ses efforts.
Il se retourna :
Je vous laisse seuls, William.
Le vieux mage repartit, descendant retrouver les couloirs de son école, alors que James fixait d'un air interdit son père debout devant la cheminée du directeur. Son père dont le costume d'Auror était bien amoché, la manche gauche était largement déchirée, dévoilant une chair tâchée de sang qui commençait à coaguler :
Approche, fiston, je n'ai pas beaucoup de temps.
Le regard de James se durcit. Il avait mille questions à poser, il aurait voulu prendre son père dans ses bras ou même aller chercher l'infirmière. Mais William tenait toujours sa baguette magique dans la main droite et il n'avait pas pris de siège pour l'attendre : trop de signes témoignant que le temps manquait. Alors James vint se placer en face de lui, se faisant violence pour ne pas le toucher et pour rester le plus digne et impassible possible :
Mon équipe repart dans moins de cinq minutes pour Londres, une attaque Mangemort est prévue près du Chaudron Baveur. Je profite de ma condition de chef pour venir te voir Jamesie alors écoute moi et ne dit rien d'accord ?
Il se pencha doucement, plantant son regard dans celui de son fils sans ciller :
Ta mère n'est pas affectée à cette mission et j'ai choisi de te voir toi. James, si jamais je devais ne pas revenir...
Le brun ouvrit la bouche pour protester mais son père le fit taire d'un froncement de sourcils :
Si je meurs James, je veux que tu saches que je t'aime et j'ai toujours été très fier de toi. Tu prendras soin de ta mère, d'accord ?
Oui, dit-il la gorge sèche.
Son esprit tournoyait, l'envahissait. Il se sentait la tête lourde, incapable de faire autre chose que fixer cet homme blessé par la guerre, prêt à disparaître peut-être pour toujours de la vie de ceux qu'il aimait :
Tu diras à Sirius que je suis fier de lui aussi.
OK.
Non, non ça n'était pas « OK », il n'avait qu'à rester et aller lui dire lui-même. Sirius en serait honoré. Pas ça, pas ces paroles qui sonnaient comme un glas à ses oreilles :
Le père de Kathleen tient à lui transmettre son amour aussi, il peut compter sur toi ?
Bien sûr.
Les larmes lui brûlaient la rétine mais elles ne coulèrent pas. James voulait graver l'image de son père, quitte à y perdre la vue à force de le fixer comme ça :
Je dois y aller.
Il acquiesça doucement, tremblant mais refusant de cligner des yeux. Sa vision commençait à devenir floue sous l'effort qu'il déployait pour ne pas laisser tomber une fraction de seconde de noir sur l'Auror. Mais William l'étreignit brusquement, avalant la figure de son fils dans son épaule.
Il ne dit rien, les deux se passèrent de paroles pendant qu'ils puisaient chacun la force de l'autre pour se qu'ils devaient accomplir : se battre, attendre. William se détacha, sourit à son fils qui restait le plus sérieux possible pour ne pas craquer, et se dirigea vers la cheminée. Il y jeta une poignée de poudre de cheminette qui colora les flammes en vert émeraude :
Papa.
L'homme se retourna une dernière fois :
Fais-leur la peau.
Il acquiesça gravement, s'avança dans l'âtre et cria sa destination. Le silence s'abattit furieusement sur le bureau directoriale.
Incapable de supporter cette vaste pièce plus longtemps, le brun passa la porte et dévala les escaliers en colimaçon, une main le retint fermement alors qu'il s'apprêtait à disparaitre dans les couloirs :
James, attends. Dumbledore est parti retrouver Sirius et Peter. Ils seront là d'une minute à l'autre.
Il tourna son regard vers son ami. Les iris lumineux le heurtèrent avec souffrance, il y avait quelque chose d'infiniment triste dans les yeux de loup de son ami :
Dumbledore m'a prévenu, dit-il simplement.
Alors James se laissa glisser contre le mur pour se poser sur les marches. Le lycanthrope prit place à ses côtés, les bras autour de ses genoux, le regardant avec patience et douceur. James aurait voulu argumenter, s'énerver, bouger, témoigner un minimum d'activité pour lutter contre son angoisse. Mais il ne trouva rien mis à part un grand vide. Incapable de penser plus, il articula doucement :
Faudra que je passe un message à Kathleen.
Dès que les gars seront là, promit Remus.
Puis James sentit un bras entourer ses épaules et il se laissa aller contre l'épaule de son ami. Quelques minutes plus tôt c'était contre son père qu'il se tenait ainsi prostré, respirant l'odeur d'eau de Cologne qui avait imprégnée son enfance. Il n'y avait plus rien de tel à présent, mais la peau de Remus était chaude et son étreinte persistait au lieu de disparaître. Il se rendit compte qu'il tremblait plus fort :
J'ai peur Remus.
Pour toute réponse il le serra encore plus fort entre ses deux bras. James s'y raccrocha, laissant enfin ses larmes glisser comme deux sillons brûlants sur ses joues. L'attente était déjà insupportable alors qu'elle venait tout juste de commencer.
