Violette : D'abord, merci de ton review et de ton intérêt :) Mais pour te répondre, non, nous ne suivons qu'une seule ligne temporelle et ce jusqu'à la fin. Le voyage de Merlin a des conséquences dans le futur et il est important que je dessine toute la toile… Si nous allions voir maxi-Arthur, je pourrais gâcher quelques éléments nécessaires à mon scenario ;)
Rhea : merci pour tes reviews ;) Il va de soi que je ne répondrais à aucune de tes questions, dans la mesure où ça tuerait totalement mon intrigue, mais je te remercie profondément de ton intérêt :)
Chapitre 21 : La douleur est aussi nécessaire que la mort [Voltaire]
Merlin rageait et enrageait. Sa santé déclinait, tout comme son humeur, et Arthur et Morgana lui lançaient parfois des regards soupçonneux et intrigués lorsque son comportement était en décalage par rapport à d'habitude. Il faut dire qu'il s'abimait dans ses recherches avec l'énergie du désespoir, et la douleur de ne rien trouver était encore plus frustrante que ses problèmes physiques de plus en plus importants.
Les nuits d'automne se faisaient longues, et Merlin les passaient toutes contre un mur de pierre. Parvenu à la zone la plus accidentée de la tour, il savait qu'une fois franchi ce dernier mur d'éboulis, il parviendrait à la zone non atteinte du laboratoire de Vivian. Et avec lui, la solution à tous ces problèmes. Il en rêvait tellement que la difficulté de sa progression le faisait hurler de rage. Non content d'être difficile à creuser, les pierres étaient également branlantes, et à chaque caillou déplacé, il lui fallait en remettre deux en place pour assurer la stabilité de l'ensemble, et éviter l'effondrement total. Cela compliquait prodigieusement sa capacité à avancer. Il n'en voyait pas le bout, et devoir travailler de nuit dans le plus grand silence ne l'aidait pas. Chaque nuit, il dormait un peu moins que la précédente. Chaque nuit, il était un peu plus fatigué. Chaque nuit, il avançait donc encore un peu moins. Et rageait un peu plus. Au point qu'une nuit, il se retrouva à s'abimer les phalanges à cogner sur le mur comme un dératé, pleurant sous l'effet de la douleur, hurlant sous l'effet du stress, sanglotant à cause de son sentiment d'échec.
Le matin le trouva recroquevillé contre le mur de pierre, qui n'avait pas été perforé d'un pouce. Ses mains quasiment lacérées et rougies de sang l'élançaient douloureusement, mais ce n'était rien à côté de son mal de crâne consécutif à ses larmes et sa nuit quasi blanche. Son corps tout entier, ayant dormi dans une position inconfortable et glaciale craqua lorsqu'il se releva, et il gémit de douleur. Ses muscles le portaient difficilement, et il se traîna en direction de la sortie, assailli par un sentiment bien pire que la douleur physique : il avait oublié de réveiller Arthur.
Lorsqu'enfin, il fut parvenu à descendre tous les escaliers du château pour aller aux cuisines, puis à tous les remonter pour donner son petit déjeuner au prince, il entra dans la pièce, inquiet de ce qu'il allait trouver.
- Myrd' ! résonna aussitôt la voix inquiète d'Arthur.
Et l'enfant se précipita dans les jambes de Merlin, qu'il enserra de toute la force de ses petits bras, manquant de briser l'adulte épuisé.
- Oùt'étaist'étaispaslàcematin,j'taisinquietMyrdout'étais...
Comme toujours, Arthur parlait trop vite et si en temps normal, Merlin s'était habitué au débit fluide de l'enfant, aujourd'hui il ne comprenait rien. Il repoussa sèchement l'enfant pour poser son plateau sur la table. Et alors qu'il voulait se retourner pour donner une explication vaguement satisfaisante au prince, il s'affala sur la chaise la plus proche, épuisé.
- MYRDDIN ! bondit Arthur, passablement choqué.
Merlin se révulsait lui-même. Il s'était interdit de paraître faible devant Arthur, s'obligeant à toujours lui donner une sensation de force et d'assurance que seuls les adultes ont, pour que la confiance qu'Arthur avait en lui jamais ne s'effrite. Et voilà qu'il manquait doublement à son devoir : il était physiquement si délabré qu'il était incapable d'assumer ses fonctions de gardien princier, et pire encore il inquiétait le prince.
- Je vais bien, Arthur, je vais bien… murmura-t-il, ses yeux se fermant tout seul.
- Myrdd'… geignit l'enfant.
Qui grimpa sans demander la permission sur les genoux de Merlin, et se blottit contre lui. Maladroitement, Merlin renferma ses bras sur le petit corps chaud qui ne connaissait d'autres moyens de consoler un adulte grand et fort.
- T'es malade ? demanda le prince, au bout d'un moment.
Et il commença à vaguement palper et ausculter l'adulte, lui intimant d'ouvrir la bouche pour qu'il puisse inspecter sa gorge. Merlin rit de le voir imiter les gestes qu'il avait eu lui-même mille fois à l'égard de sa majesté depuis le début de la période fraiche, à chaque quinte de toux un peu trop prononcée du petit garçon.
- Je suis très fatigué Arthur, murmura-t-il d'une voix lasse. Très très fatigué.
- Tu dois dormir, diagnostiqua le garçonnet d'un ton ferme. Faut toujours dormir quand on est m'lade.
Merlin conclut qu'il ne ferait jamais médecin.
- Mais je ne peux pas. Je dois m'occuper de toi.
Un éclair de pur génie traversa les yeux de l'enfant, et Merlin prit aussitôt peur de l'idée bizarroïde qui avait germé dans l'esprit infantile, sûr avant même qu'Arthur ne l'exprime qu'il n'allait pas l'aimer.
- Mais j'peux m'occuper d'moi t'seul ! déclama Arthur d'un ton victorieux.
- Non.
- Pourquoi ? bougonna l'enfant devant le ton ferme et définitif.
- Tu es trop petit. Tu ne peux pas. Qu'est-ce que ton père dira ? (1)
Arthur parut réfléchir sur la question sérieusement, puisqu'il se tut un instant.
- Je dois quoi faire aujourd'hui Myrdd ?
Ce dernier n'eut même pas ma force de le reprendre sur son langage.
- Commence par avaler ton petit déjeuner.
- Non mais après ! insista l'enfant.
- Tu as leçon de calcul. Et cet après-midi, maître Galahad t'attend pour t'enseigner l'arbalète.
- Bah ça va alors ! Morgana, elle vient z'avec moi, hein ?
- Comme tous les jours, petit prince, murmura Merlin en faisant jouer ses doigts dans les boucles blondes.
- Bon alors, moi et Morg', on va voir maître Guillaume pour la leçon ce matin, avec Aéléïde, pis on revient ici pour que tu nous surveilles pour manger, et ensuite Gal' s'occupera de nous, comme ça tu te reposes, hein ?
Merlin sourit avec chaleur. La vivacité de l'esprit de l'enfant le charmait autant que son ingénuité. Il s'imaginait qu'être sur les talons du prince constituait sa seule activité, et que lui épargner les quelques déplacements de la journée était un luxe. En réalité, c'était bien peu de choses face au reste des attributions de Merlin. Qui devait maintenir la chambre propre et ordonnée, changer les draps, aller chercher les repas, repriser les affaires du prince, veiller à l'eau chaude du bain, et à pleins de petites choses qui n'entraient pas le moins du monde dans la charmante tête blonde.
- Tu es sûr de pouvoir te débrouiller tout seul ? Sans faire de bêtises hein !
Arthur acquiesça, les yeux déjà brillants de fierté qu'on lui fasse confiance pour la première fois de sa jeune vie.
- Alors d'accord. Merci Arthur.
Criant de joie, l'enfant plaquait déjà un baiser sonore sur la joue de Merlin, et sautait à bas de ses genoux, près à courir retrouver Morgana…
- Hep ! le retint Merlin. Peigne tes cheveux et avale ton déjeuner avant toute chose ou tu ne franchiras pas cette porte.
De mauvaise grâce, le prince obéit.
...
Merlin passa la journée dans son lit. Morgana, mise au courant de l'état de santé de Merlin, avait formulé des souhaits de prompt rétablissement et la promesse de se tenir sage. Et si Morgana restait calme, alors Arthur s'excitait moins et obéissait sans trop de souci. Gal', de la même manière, fut ravi de surveiller les enfants et de les ramener dans la tour après leur leçon pour qu'Uther ne sache rien de la défaillance temporaire de Merlin. Il affecta Leon auprès des deux enfants pour le reste de l'après midi, et Merlin put profiter de son oreiller et de son lit, rassuré de savoir que les deux enfants ni ne s'ennuyaient ni n'étaient en danger de l'autre côté de la porte.
La nuit amena avec elle le calme et le silence, Aéléïde s'étant chargée du repas des deux petits, et de les mettre au lit. Ayant dormi toute la journée, Merlin se sentait mieux, physiquement du moins. Le sentiment d'échec le cuisait toujours, et ses mains, soignées par magie mais soigneusement bandées tout de même, n'avait de cesse de le lui rappeler. Il méditait dans le silence de sa chambre lorsqu'un grattement se fit entendre à la porte. Se levant, il vint cueillir Graal au creux de ses bras. La chatte se mit aussitôt à ronronner comme un moteur.
- Tu n'aimerais pas retourner là-bas hein ? demanda-t-il. T'y as perdu ta mère, et tes frères et sœurs.
Graal se contenta de ronronner, muette comme tous les animaux. De toute manière, Merlin n'attendait pas vraiment de réponse.
- Moi c'est un peu pareil… J'ai bien failli y perdre ma santé mentale… et perdre Arthur. Alors je ne vais pas y retourner de sitôt…
Inconscient du fait qu'il parlait à un animal, Merlin réalisa la puissance de la véracité de ses propos. Il avait risqué de perdre le petit prince, qu'on lui retire son emploi. Ce n'était pas un risque qu'il était prêt à courir. Il lui faudrait cesser de travailler dans la tour, pour un temps. Il ne pourrait pas échapper au fait d'y aller, puisque c'était Uther qui lui avait ordonné ce grand déblaiement. Mais il stopperait son ménage et l'écorchage consciencieux de ses doigts. Il allait prendre le temps de réfléchir à un sort qui l'aiderait à percer le mur d'éboulis, sans risquer de faire s'effondrer la tour, ni d'attirer les curieux. La tour avait été son havre de paix. Cela devait le rester.
Posant Graal sur le lit, il se recoucha et l'animal vint aussitôt se blottir contre lui. Merlin réalisa en chutant dans le sommeil qu'il avait raison. Il y avait d'autres possibilités à explorer avant de devenir fou…
...
Le lendemain le trouva bien plus frais et apte à travailler. Ses muscles criaient encore leur détresse, ses mains le faisaient encore souffrir de leurs milliers d'écorchures, et sa tête lui tournait toujours s'il se levait un peu trop vite. Mais globalement, il était capable de servir le prince. Il se déplaçait doucement, demandait tout le temps à Arthur de baisser d'un ton pour le bien être de sa migraine potentielle, mais il allait mieux. Le prince, ravi de le retrouver comme avant, se montra prévenant à son égard, et Merlin eut un bref élan d'affection intense pour ce petit être qui n'ignorait rien du mot compassion. Pas comme le grand insensible qu'il servait dans l'autre temps. Penser que ce fut les mêmes personnes était toujours étrange, mais Merlin retrouvait tant de son Arthur dans l'enfant qu'il n'en doutait plus.
Ce jour-là, Arthur avait double leçon de grammaire-orthographe le matin, et leçon de stratégie militaire l'après-midi. Comme l'automne s'installait au château et sur le pays, ces dernières n'avaient plus lieu sous une tente du terrain d'entraînement, mais dans la bibliothèque. Tout comme celles du matin. La perspective enchanta Merlin, alors qu'elle faisait grincer des dents aux deux enfants. Pour eux, c'était une torture que de rester assis sur une chaise froide dans la vaste pièce à écouter parler leurs vieux maîtres, alors qu'ils n'aimaient rien de mieux que courir dehors. Mais du point de vue de leur gardien, c'était une aubaine. La bibliothèque, lorsqu'il s'y rendait seul, avait le désavantage de comporter Geoffrey de Monmouth. Un suspicieux Geoffrey de Monmouth qui plus est, qui ne voyait pas vraiment pourquoi un serviteur (qu'il jugeait assez illettré) s'intéressait aux livres. Mais pendant les leçons des deux petits, l'ennui faisait souvent vagabonder Merlin entre les rayonnages, sans s'attirer aucun regard furieux du maître des lieux.
Or la bibliothèque, il le savait, recelait nécessairement de quelques trésors oubliés pendant la grande purge. Il avait déjà effectué des recherches dedans, et la pièce était dépourvue de toute information sur les voyages dans le temps. Mais cette fois, il aurait plutôt à cœur de trouver un sortilège de terrassement, ou n'importe quoi du genre, qui lui permettrait de progresser dans la tour. C'est donc le cœur léger qu'il commença ce jour son déambulage entre les rayons, alors que Morgana et Arthur peinaient sur leur leçon d'homonymie.
Dans les tréfonds de la pièce, il retrouva les quelques volumes traitant de magie qu'il avait déjà compulsé. Comme il s'en rappelait, c'était davantage des traités peu documentés qui décrivaient les pratiques magiques en se voulant objectif, mais qui recelait parfois montagnes d'erreurs et d'incohérences. Bien évidemment, il n'y avait pas la moindre formule là-dedans. Mais Merlin avait le talent nécessaire pour créer les sorts qu'il voulait et faire plier la magie à son bon vouloir. Il souhaitait juste une indication ou un début de piste pour se lancer. Il ne trouva rien ce jour là, mais n'abandonna pas pour autant, sans que cela n'affecte sa bonne humeur et son optimisme retrouvés.
Le lendemain, ses recherches n'aboutirent pas davantage. Il ne se découragea pas.
Rien le surlendemain. Ni le jour d'après, et encore celui d'après.
Il profita alors d'une leçon de calcul particulièrement ardue qui faisait geindre Arthur pour se faufiler dans le passage secret, qui renfermait la pièce au gobelin. Vu comment était parti Arthur, Maître Guillaume allait mettre un certain temps à le calmer, et encore plus pour réussir à lui faire faire ses divisions, ce qui laissait à Merlin la possibilité de disparaître réellement de la bibliothèque, mais sans en franchir le seuil.
Il évita alors soigneusement la caisse déjà mugissante du gobelin –Il ferait déjà bien assez de dégâts dans le futur– et s'intéressa davantage à ce qu'on avait voulu cacher ici. Beaucoup de volumes étaient grandement inutiles, traitant de plantes, de fleurs, de légumes et de potager. D'autres détaillant en plusieurs tomes les dessous de la chasse, les techniques de rabattement, les différentes prises selon les différentes armes, l'art et la manière de dépecer… Un autre encore aurait fait le ravissement de Maître Monmouth, puisqu'il remontait l'arbre généalogique des familles régnantes sur tant de générations qu'on pouvait retrouver les cinq royaumes initiaux du territoire. Avec un sourire machiavélique et pour le bien être d'Arthur (car il ne faisait aucun doute que le professeur l'eut fait apprendre par cœur au prince, une fois que lui-même l'aurait intégré), Merlin dissimula ce livre là bien au fond de la pièce. D'autres livres encore, étaient abîmés, mangés par les rats, détrempés d'humidité, ou tellement vieux que les pages étaient collées entre elles.
Alors qu'il s'apprêtait à rebrousser chemin, histoire que son absence ne se fasse pas trop remarquer tout de même, il aperçut une couverture entièrement noire, sans la moindre présence de titre. Convaincu par dieu sait quelle intuition qu'il s'agissait d'une bonne piste, il s'approcha du livre… quand retentit une voix qui l'appelait. Abandonnant à contre cœur l'ouvrage, Merlin s'en détourna et rejoignit précipitamment la table d'études, prenant son air le plus innocent pour affirmer qu'il s'était perdu dans les rayonnages. Si Morgana et Arthur lui lancèrent un regard bizarre, leurs jeunes esprits oublièrent presque aussitôt l'étrange réplique de leur gardien. Quant aux adultes, ils ne relevèrent même pas, convaincus du seul fait de leurs rangs respectifs que Merlin était un simplet.
Brûlé de curiosité, Merlin retourna dans le lendemain dans la pièce secrète pour y prélever l'ouvrage. Il se rendit également compte qu'il s'agissait d'un filon entier. Une dizaine de bouquins traitait de la magie et de son utilisation, explicitait les sorts et les incantations, précisait l'influence de la lune et des fêtes symboliques comme le solstice, Samain ou encore Beltane. Vu son manque de temps, Merlin ne put ni les consulter, ni même les emporter. De toute manière, son instinct remplaçait bien souvent ces informations. Enfant de la Terre, enfant de la Magie naturelle, plus puissant sorcier n'ayant jamais foulé ce monde, nom druidique et j'en passe, Merlin n'avait pas vraiment appris la magie. Elle courait dans ses veines aussi surement que son sang. Ces livres serviraient davantage à quelqu'un comme Gaius, qui avait appris la magie pour s'instruire et compléter sa science médicale. Mais tout bien réfléchi, Merlin ne se voyait pas vraiment offrir les livres avec un ruban cadeau à Gaius dans ce temps, sous peine d'être envoyé au bûcher dans l'heure.
De fait, Merlin s'intéressa majoritairement au volume qui avait attiré sa curiosité la veille. Lourd et entièrement noir, il ne se démarquait des autres que par son absence totale de titre ou de mention sur la couverture. Passant son doigt sur la tranche, Merlin sentit vibrer quelque chose en lui, exactement la même sensation qui avait attiré son œil la dernière fois. Il y avait quelque chose d'écrit là-dessous. Ecrit dans une si ancienne magie qu'un œil mortel et humain ne pouvait le voir.
Mais Merlin n'était pas n'importe qui, et encore moins un humain lambda, bien qu'il restât mortel. Il se concentra, lentement, et laissa ses prunelles s'imbiber d'or liquide en murmurant des mots antiques… Sous sa main, la sensation de chaleur s'amplifia, et il se risqua à jeter un œil. Fugace empreinte, apparurent des lettres d'argent, aussi vite balayées que le vent balaye la poussière. Ce fut suffisant cependant pour que la pupille exercée de Merlin ne devine ce dont il s'agissait… et il en soupira par avance de désespoir.
Résigné, il ouvrit le livre, et ne s'étonna pas la moindre seconde de constater que les pages étaient toutes blanches, mais pas pour autant vides. Ecrites de la même manière que le titre, tout simplement.
Sur la première page, en énorme, se dessinait un Triskell noir, indubitable signe de l'appartenance de ce livre aux druides. C'était là, avec (étrangement) le numéro des pages, la seule chose qui apparaissaient. Merlin se concentra un bref instant sur une page au hasard, juste pour vérifier son pressentiment. Les mots apparurent brièvement, confirmant ce qu'il pensait. Le livre était illisible, même pour lui. Bien sûr, en déclenchant une magie plus puissante et plus importante que les faibles efforts qu'il déployait actuellement, il était sûr que toutes les pages se couvriraient de leurs mots légitimes, et que ceux-ci demeureraient. Le problème n'étant pas tant de les voir apparaitre. C'était plutôt de les comprendre. Le livre était écrit en langue druidique. Et Merlin n'en parlait pas le premier mot.
Il rumina son problème pendant les deux jours qui suivirent, s'occupant d'Arthur d'un air distrait. Celui-ci, de toute manière, jouait avec Morgana très calmement, semblant comprendre d'instinct le besoin de silence et de repos de son gardien. Il avait caché le livre sous ses vêtements, et l'avait ramené dans sa chambre, caché sous une latte du plancher (ça marchait si bien dans le futur, pourquoi s'en priver ?). Plusieurs fois durant les sommeils d'Arthur, il avait fait apparaître le texte, et les symboles ne lui disaient rien. Même en laissant sa magie prendre presque intégralement possession de lui, il ne se passait rien. Ou plutôt si, il sentait que sa magie comprenait les mots, mais était incapable de la traduire dans sa langue pour son esprit l'interprète. C'était assez frustrant, d'autant qu'il avait la sensation étrange que son problème serait résolu en même temps qu'il pourrait déchiffrer l'ouvrage. (2)
Puis il finit par arriver à la seule conclusion possible. La dernière option qui lui restait.
- Arthur, appela-t-il un après-midi après la sieste.
Docile, l'enfant quitta le lit où il jouait avec Graal, et vint se planter devant Merlin avec un sourire un peu craintif. Son gardien avait un ton tellement sérieux qu'il craignait d'avoir fait une bêtise. D'accord, Graal avait encore déchiré le dessus de lit en jouant, mais ce n'était quand même pas sa faute si elle avait des griffes ! Bon d'accord, le dessus de lit en soie ressemblait désormais à une couverture du petit peuple, tant Merlin l'avait raccommodé de toutes parts… mais Graal était un bébé, c'était pas de sa faute !
- Arthur, j'ai besoin de toi. Une mission de très très haute importance. Tu peux m'aider tu crois ?
Le sourire du prince se mua à une exclamation de pure joie. Ne pas se faire disputer, et mieux encore, être traité en adulte en se voyant confier quelque chose de délicat ! Il en aurait souhaité de joie. A la place, il acquiesça avidement, et fit son air le plus angélique et attentif, pour que Merlin lui explique tout.
- Je dois… entrer dans la chambre de Gaius, annonça Merlin.
Il y eut un instant de blanc.
- Ben, tu lui demandes, lança Arthur étourdiment.
- Je ne peux pas.
- Pourquoi ? demanda le petit en fronçant les sourcils.
- Gaius ne m'aime pas. Il ne me laissera pas entrer.
Les yeux d'Arthur s'écarquillèrent en un air comique.
- Gaius l'est méchant ! déclama l'enfant avec colère.
On ne touchait pas à SON Myrddin.
- Non, Arthur, Gaius n'est pas méchant. Il fait son travail, voilà tout. Mais dans la vie, on n'est pas obligés d'aimer tout le monde…
- Mais t'as dit un jour qu'fallait être gentil 'vec tout le monde !
Merlin se félicita. Finalement, il y avait certaines choses qui entraient dans la petite tête blonde. Doucement, il s'assit sur la chaise la plus proche et fit grimper Arthur sur ses genoux. Comme c'était ainsi qu'il recevait les meilleures histoires, Arthur attendit la suite avec impatience. Il fut autrement déçu par la leçon de morale qui débuta.
- C'est faux. J'ai dit que tu devais respecter tout le monde. Et souvent, cela veut dire qu'il faut être gentil avec les gens. Mais parfois, tu peux les respecter sans les aimer. Ça veut dire que tu dois dire bonjour, merci, être poli, et ne pas les insulter. Mais tu ne deviens pas ami avec eux pour autant. Tu comprends ?
Arthur hocha la tête.
- Bien. Alors Gaius ne m'aime pas beaucoup. Du coup, il n'aura pas envie de m'inviter chez lui comme un ami. Parce que je ne suis pas un ami, pour lui. Tu suis ?
Nouvel hochement de tête.
- Donc je dois entrer chez Gaius sans qu'il le sache. Quand il n'est pas là.
Cette fois, Arthur parut perturbé.
- Mais c'pas bien ! N'a pas le droit d'entrer sans que les gens qui habitent là soient là !
Il avait raison, bien sûr. C'était même Merlin qui lui avait appris cette leçon. Le prince avait pénétré chez Morgana en l'absence de celle-ci, et avait fouiné dans les robes, les brosses à cheveux et les livres de la jeune femme. Merlin l'avait sermonné, lui expliquait qu'il n'avait pas à faire ça. Et que c'était privé. Il ne pouvait entrer que s'il y était invité, ou, à la rigueur, s'il attendait Morgana et que la pièce était plus chauffée que le couloir. Mais devait, dans ce cas là, ne rien toucher.
- C'est différent. Enfin, oui tu as raison bien sûr. Mais je n'y vais pas pour faire du mal à Gaius, ou pour toucher à ses affaires.
- Alors pourquoi ?
Merlin proféra le premier mensonge qui lui vint à l'esprit, sans vraiment culpabiliser. Expliquer les tenants et les aboutissants d'une histoire dont lui-même ne comprenait pas tout à un enfant de sept ans, non merci.
- Quand je suis arrivé… J'étais malade, tu te souviens ?
Arthur ne se souvenait pas, et comme l'histoire de l'apparition de Merlin était bancale, il refusa de s'appesantir dessus et n'explicita pas davantage.
- Et je me suis retrouvé chez Gaius, évanoui… J'y ai perdu quelque chose, là-bas. Je veux le retrouver, mais j'ai peur que Gaius ne me le rende pas. Alors je dois entrer quand il n'est pas là. Tu comprends ? Je ne vais pas toucher aux affaires de Gaius, simplement récupérer quelque chose qui m'appartient.
Le mensonge marchait drôlement bien sur l'enfant. Il fallait préciser que Merlin, habitué aux boniments, y mettait tout son cœur et toute sa conviction, et que l'enfant avait en son gardien une confiance quasi-totale.
- C'est quoi ? demanda-t-il toutefois.
- Quelque chose de personnel, prétendit Merlin. Un peu comme ta boîte à trésors.
Arthur n'insista pas. Sa boîte à trésor (qui contenait le portrait de ses parents offerts par Merlin, la dague de son père, sa première dent de lait et autres babioles importantes aux yeux d'un gosse) n'appartenait qu'à lui, et personne n'avait le droit de lui demander ce qu'il y avait dedans.
...
Et c'est ainsi que Merlin se retrouva devant la porte de l'officine, avec l'assurance que Gaius venait de partir pour son tour des malades. L'hiver s'approchait, et avec lui les rhumes se multipliaient, augmentant d'autant le nombre de malades à soigner pour le médecin, et donc allongeait son tour du château. Arthur s'était vu attribuer la délicate tâche de guet, et il devait crier, chanter, hurler, faire n'importe quoi de bruyant s'il voyait Gaius revenir. Merlin sortirait alors immédiatement de la pièce, s'approcherait d'Arthur, et ferait mine de s'en occuper, éloignerait les soupçons du médecin.
Merlin pénétra prudemment dans la pièce, se rappelant qu'il avait peu de temps. Gaius n'était pas sa seule source d'inquiétude. Au bout d'un moment, Arthur risquait d'en avoir marre, de s'absorber dans autre chose ou même de carrément oublier son rôle, et alors il risquerait gros… Pire encore pouvait survenir l'arrivée d'un courtisan, ou carrément du roi, qui demanderait à Arthur ce qu'il fichait seul ou milieu d'un couloir. Alors il se glissa vivement à travers la pièce et entama sa recherche.
(1) Fort heureusement, Arthur n'a pas tué sa mère, et il n'a pas de méchant oncle pour lui intimer de quitter la terre des lions… ^^'
(2) Si ça peut vous rassurer, Merlin se trompe lourdement. Son retour chez lui n'est pas gagné… Si tant est qu'il y retourne un jour. Avec le sadisme de l'auteur, tout est possible, après tout… *héhéhé*
Qui sait ce que Merlin peut bien venir chercher ici ? Qui pense que son magnifique plan de faire monter la garde à Arthur va complètement capoter ? ^^
Si ça intéresse quelqu'un, mon mémoire a globalement bien avancé (conformément à mes prévisions, lesquels incluaient la variable "feignasse" xD), ce qui fait que TI, lui pas du tout T-T (je suis allée me perdre dans un autre fandom aussi... et sur un cadeau de qui-se-reconnaîtra ;))
Prochain chapitre le Sa 10 mai !
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