Chapitre XXI : Les derniers Horcruxes
Lorsque Draco entra dans son dortoir, les ricanements de Crabbe et Goyle qui avaient rythmé le banquet de bienvenue prirent une toute autre signification. Ils ne se contentaient pas de se ficher de lui, ils préparaient quelque chose contre lui. Draco fronça légèrement les sourcils et ouvrit sa valise pour se changer. Une fois dans son baldaquin, il entoura les rideaux de velours émeraude de quelques sorts de protection, par simple précaution.
– Tu-Sais-Qui veut utiliser Crabbe et Goyle contre toi ? résuma Weasley alors qu'ils entraient dans la salle de défense contre les forces du Mal. C'est une bonne nouvelle, parce que pour en arriver là, il doit vraiment être sacrément désespéré… Ne le prends pas mal, mais tes anciens amis ne sont pas des lumières. D'ailleurs, qu'est-ce qui t'a pris de traîner avec eux ?
Draco déposa son sac sur la dernière table de la rangée.
– Ils m'obéissaient par respect pour mon père, c'est tout. Rien à voir avec l'amitié qui vous lie tous les trois. J'ai vu de quoi vous êtes capables quand il s'agit de vous entraider, dans les visions, et même ici. Jamais Crabbe ou Goyle aurait… Enfin peu importe.
Les Gryffondors eurent tout juste le temps d'échanger un regard avant que le professeur Snape rappelle sèchement à l'ordre les inattentifs. Puis son premier cours de défense contre les forces du Mal débuta, entamant directement le chapitre des sortilèges informulés.
ᴥ
Vers la fin du mois de septembre, un hibou de l'école informa Draco que Dumbledore l'attendrait dans son bureau le jeudi au soir. Contrairement aux précédentes séances, il s'y rendit, déterminé à soutirer d'abord ses réponses au Glyphe. Ensuite seulement il se préoccuperait des Horcruxes.
Le rituel commençait à devenir familier. Le professeur Snape lui tendait une potion, toujours un peu plus perfectionnée, puis venaient les sortilèges qui permettaient au Glyphe de décupler sa puissance.
Mais au lieu de se laisser docilement diriger vers l'Horcruxe suivant sur la liste de Dumbledore, Draco se perdit dans le brouillard du temps, à la recherche de lui-même. Il se retrouva, peu après l'épisode du Serment Inviolable, dans une boutique de l'allée des Embrumes : Barjow et Beurk. Son père l'y avait emmené juste avant sa seconde année, pour vendre certains objets compromettants. Cette fois, Draco se vit marchander seul.
– Est-ce que vous savez comment la réparer ? s'entendit-il demander.
Il désignait une grande armoire qui était déjà là dans ses souvenirs.
Comme Barjow semblait réticent, Draco se vit avancer d'un pas et tendre son avant-bras. Sauf qu'à l'emplacement où aurait dû se trouver le Glyphe s'étalait la Marque des Ténèbres. Ainsi Voldemort ne lui avait pas seulement confié une mission, il avait fait de lui un de ses Mangemorts.
Le nez plissé avec dégoût, Draco décida de continuer à explorer le brouillard sans fin. Au début, il craignait de se perdre ou de gaspiller son temps avec des banalités, mais il s'avéra que seuls les événements importants se dessinaient dans la brume. Il comprit rapidement qu'il s'agissait des souvenirs clefs qui avaient profondément marqué cette vie-là.
Avec un rictus, Draco assista à ses tentatives de… de quoi ? À quoi aspirait-il en remettant un collier maudit à Katie Bell ? En empoisonnant des bouteilles d'hydromel ? À tuer quelqu'un ? Dans ce cas il manquait de conviction.
À travers les sauts dans le temps, Draco se vit céder à l'incertitude, puis à l'angoisse. Il perdait du poids, ses cernes s'assombrissaient et son humeur pâtissait des journées qu'il écoulait seul, au fin fond de la Salle sur Demande, à essayer de réparer l'Armoire à Disparaître.
Impatienté, Draco laissa les rangées d'objets redevenir des nuages informes, à la recherche d'un souvenir qui apporterait enfin du sens à cette succession d'échecs. Comme pour lui répondre, la haute tour d'astronomie se dessina dans la brume.
– Expelliarmus !
L'autre Draco venait de lancer le sort, livide, sa baguette brandie devant lui. Draco se retourna pour voir qui il visait et eut un vertige.
Dumbledore.
Le puzzle se reconstitua sous ses yeux. Si Potter, Granger et Weasley luttaient seuls pour détruire les Horcruxes, si personne n'intervenait pour défendre les Sang-de-Bourbe accablés par le ministère, c'était que Dumbledore n'était plus là pour le faire.
Il avait tué Dumbledore ?!
Réduit au silence, Draco ne pouvait que regarder, se regarder, emprunter le pire chemin possible et plonger le monde dans le chaos.
Cependant, Dumbledore engagea une apaisante conversation avec l'autre Draco qui lui répondit nerveusement, sans rien tenter pour achever le vieux sorcier désarmé.
Peut-être n'aurait-il pas le cran de le tuer ?
Draco se retourna en entendant la porte de la tour claquer. Des Mangemorts, dont Bellatrix, firent une entrée triomphante. Scellant définitivement le sort du vieux sorcier. Même l'arrivée du professeur Snape ne changea pas grand-chose. Pourtant Dumbledore semblait s'accrocher à cet espoir quand il supplia le professeur Snape :
– Severus… S'il vous plaît…
Et le professeur Snape leva sa baguette.
– Avada Kedavra !
– Quoi ? s'exclama Draco alors que le corps de Dumbledore basculait derrière les remparts de la tour.
Les Mangemorts désertèrent la tour, le professeur Snape entraînant l'autre Draco avec eux. Draco capta un mouvement près du mur de la tour et vit Potter se débarrasser de sa cape d'invisibilité. Son regard exprimait exactement la même horreur, la même incompréhension que lui, et une haine pure. Il tira sa baguette et se lança à la poursuite des Mangemorts et du professeur Snape.
Resté seul, Draco s'approcha lentement des remparts. Au pied de la tour, sur l'herbe sombre du parc, gisait une minuscule silhouette, immobile. Même sans le Avada Kedavra, la chute l'aurait tué.
Le professeur Snape venait de rompre tout lien avec l'Ordre du Phénix, avec tous ceux qui se battaient contre le Voldemort.
Pourquoi ?
Pour respecter son Serment Inviolable ?
Vidé de toute envie de poursuivre son enquête, Draco observa les semaines qui suivirent dans le manoir Malfoy. Il n'y avait que deux cas de figure, soit Voldemort était présent et il voyait sa famille subir ses moqueries et son dédain, soit il leur épargnait sa présence et une atmosphère plus lourde que du plomb pesait sur chaque couloir.
Il venait de découvrir un souvenir plus net que les autres lorsqu'il se sentit tiré en arrière par une force invisible, hors de son manoir.
– C'est lui ? C'est Harry Potter ? demandait avidement la voix de Lucius.
Draco lutta pour rester. Potter ? Au manoir Malfoy, au sommet de la puissance de Voldemort ?
Il se vit observer un visage bouffis, déformé par un maléfice Cuisant, une cicatrice étirée sur le front. C'était bien Potter, mais il eut l'espoir que l'autre Draco doute.
– Je ne… je n'en suis pas sûr, dit-il finalement.
– Tant mieux, marmonna Draco.
Mais Greyback, le loup-garou, fit alors avancer Granger. Draco sentit son cœur rater un battement. Si le doute était permis pour Potter, impossible de ne pas la reconnaître.
Pourtant, alors que Narcissa assurait qu'il s'agissait bien de Granger, l'autre Draco se contenta d'un faible :
– Je… peut-être… oui.
– Dans ce cas, celui-là est le jeune Weasley ! s'exclama Lucius en approchant des prisonniers de Greyback. Ce sont eux, ce sont les amis de Potter… Draco regarde-le, c'est bien le fils d'Arthur Weasley ? Comment s'appelle-t-il, déjà ?
– Oui. C'est possible…
La force qui tentait d'arracher Draco à ce moment se fit plus intense. Un bref instant, il se sentit perdre le combat et des brumes grises s'insinuèrent dans le manoir, engloutissant les murs et les vivants. Draco batailla avec rage pour atteindre les lumières du manoir qu'il voyait briller derrière les volutes nuageuses.
Lorsqu'il parvint à revenir, le manoir était devenu un champ de bataille. Le lustre s'était décroché et avait explosé contre le sol, à côté de son père qui gisait par terre, inconscient.
– Dobby ! hurla Narcissa. Toi, c'est toi qui as fait tomber le lustre !
– Vous n'avez pas le droit de faire du mal à Harry Potter ! couina Dobby en désarmant Narcissa dans un crac ! sec.
Bellatrix n'eut le temps que de menacer Dobby alors qu'il transplanait avec Potter, Granger et Weasley hors du manoir.
De le menacer – et de lancer un poignard dans sa direction.
Lorsqu'ils eurent disparu, le poignard argenté n'était plus là, lui non plus.
Avec un horrible pressentiment, Draco suivit leur trace. Se mouvoir dans l'espace le rendit plus vulnérable à la force qui cherchait à l'entraîner loin de tout, mais il y opposa toute la résistance qui lui restait. Suffisamment pour voir Dobby, debout sur une plage sombre, le poignard argenté profondément planté dans sa poitrine.
Il vit Potter crier le nom de l'elfe, mais ne l'entendit pas. Le bruit des vagues se fracassant sur les rochers avait disparu, lui aussi. Bientôt, ce fut toute la plage qui s'effaça. Ne laissant plus rien.
ᴥ
– … Draco ? Draco !
Une horrible sensation rampait au creux de son estomac. Dobby était mort. Dumbledore était mort. Il ouvrit les yeux et croisa le regard sombre du professeur Snape. Le professeur Snape qu'il avait condamné à servir Voldemort, que le monde se rappellerait comme le traître ayant assassiné Dumbledore. Draco serra les dents.
– Que s'est-il passé ? Tu ne revenais pas. Je croyais avoir été clair sur les dangers que tu courrais en t'exposant trop longtemps aux sortilèges qui amplifient le Glyphe.
Le quoi ? Une image de la Marque des Ténèbres lui apparut, gravée dans son avant-bras et il releva lentement sa manche pour se prouver qu'elle ne s'y trouvait pas. Il ne découvrit qu'un huit rougeoyant qui dansait à la lueur des flammes.
– Vous n'aviez qu'à rompre le sort, dit-il finalement d'un ton rauque.
– Tu sais pertinemment qu'il serait risqué pour toi que nous mettions brutalement fin aux sortilèges. Il ne s'agit pas d'une simple vision, celles-ci sont bien plus dangereuses. Qu'as-tu vu ?
Draco se redressa prudemment. Un liquide chaud au goût métallique avait roulé sur ses lèvres, en y passant la main, il découvrit du sang. À sa gauche, un éclat argenté lui rappela celui du poignard et de Dobby vacillant au milieu d'une plage immense, indifférente. L'éclat provenait de la Pensine. Il était supposé y déposer les informations concernant les Horcruxes.
– Je n'ai rien vu.
– Draco, fit une voix douce. Que s'est-il passé ?
Il se tourna lentement. Dumbledore le fixait par-dessus ses lunettes en demi-lune. Le choc de le voir vivant effaça tout le reste. Sa surprise interpella les deux adultes qui l'observaient gravement et Draco détourna le regard, furieux contre lui-même. Dumbledore n'était pas mort dans ce monde, pas encore.
– Je dois y aller. Je vous l'ai dit, je n'ai rien.
Il franchissait la porte quand le professeur Snape dit durement :
– Nous sommes proches de mettre un terme aux agissements du Seigneur des Ténèbres, tu ne peux pas te dérober maintenant, Draco. Il ne reste que deux Horcruxes à découvrir, ensuite seulement tu seras tranquille. Cette séance a été une perte de temps.
– Il semble que tu aies besoin de réfléchir, intervint Dumbledore. Nous te laisserons ce temps. En échange, lorsque nous te rappellerons, nous te demanderons d'être prêt.
En guise de réponse, Draco se contenta de claquer la porte et de descendre les escaliers à la volée. Un vertige l'obligea à ralentir juste avant de débouler dans le couloir et il monta plus prudemment dans les étages.
– Alors ? demanda Weasley à la seconde où il passa la porte de la Salle sur Demande. Tu as découvert des trucs intéressants ? C'était quoi la mission de Voldemort au final ? Ah, et vu que tu as raté le repas, on t'a ramené à manger. Enfin, on a demandé aux elfes des cuisines.
Draco regarda sans envie la table basse couverte de nourriture.
– Non merci.
– Allez, tu n'as pas besoin d'avoir faim quand tu as des petits plats aussi délicieux devant toi, fit Weasley dont le regard revenait régulièrement sur la tarte au chocolat.
Après une vaillante lutte contre son estomac, il se détourna pour attraper le carton posé par terre, à côté de son canapé.
– Sinon, Fred et George nous ont envoyé ça.
Il en sortit une baguette magique et l'agita dans les airs. Avec un pop ! sonore, elle se changea en poulet cru.
– Dément, non ? dit-il avec un grand et irritant sourire.
– Oui, dément, Weasley.
Il plongea ses mains dans ses cheveux et les plaqua en arrière, dégageant son visage comme il aurait aimé dégager les souvenirs et les horreurs qui se bousculaient dans sa tête.
– La séance s'est passée si mal que ça ? murmura Granger. Tu ne veux pas nous dire ce que tu as vu ?
– J'ai vu ce que Voldemort attendait de moi. Que je tue Dumbledore. Et j'ai lamentablement échoué, ce qui a obligé le professeur Snape à prendre ma place. Ce monde où Voldemort règne, c'est mon œuvre.
– Ne dis pas ça.
Draco releva la tête et croisa le regard grave de Potter.
– Malfoy, c'est la deuxième fois que tu parles comme si c'était toi le responsable. J'ai l'impression que tu ne dissocies pas les deux réalités. Dumbledore est vivant et Voldemort ne s'est jamais servi de toi.
– Ce n'est pas… si simple. Tu ne comprendrais pas. C'est moi. Celui que je devrais être sans le Glyphe. Ce n'est pas un étranger, quelqu'un d'extérieur. Je me vois. J'ai ses souvenirs. Ceux que j'ai vu, ils sont là, je m'en rappelle aussi clairement que si j'avais vécu tout ça.
Les regards inquiets qu'il reçut le confortèrent dans l'idée que les Gryffondors ne comprenaient pas. Personne ne comprendrait jamais son lien avec le Glyphe.
– Oubliez ça. Il y a plus important, lança-t-il en pressant l'accoudoir de cuir. J'ai vu Dobby mourir stupidement en essayant de jouer les héros et si quelque chose à des chances de se reproduire, c'est bien ça. Si je me faisais capturer, il serait capable de se jeter dans un piège mortel, lui et sa petite tête de chauve-souris. Dobby !
L'elfe apparut aussitôt, dans son pull d'hiver rafistolé, ses grands yeux verts brillants d'obéir à ses ordres.
– Oui, Draco Malfoy, Monsieur ?
– J'ai un ordre à te donner. Reste en vie. C'est clair ?
Dobby secoua la tête, décontenancé.
– Ne me regarde pas avec cet air idiot. Tu n'es pas un sorcier, tu n'as rien à faire sur un champ de bataille. Je ne t'enverrai plus te battre, ni pour l'Ordre, ni pour qui que ce soit. Et ne t'avise pas de jouer au petit Gryffondor modèle en sacrifiant ta vie. Tu restes loin de cette guerre, c'est un ordre.
– Mais Dobby doit veiller sur Draco Malfoy et ses amis, couina-t-il.
Ses grands yeux verts se tournèrent vers Potter, Granger et Weasley qui se retenaient d'intervenir.
– Ta présence sera un fardeau pas une aide, insista durement Draco. Reste en dehors des conflits, peu importe qui te le demande.
Dobby reposa son regard sur lui, brûlant d'une lueur de défi toute nouvelle.
– Dobby est un elfe libre.
– Merlin, marmonna Draco en levant les yeux au plafond.
– En étant honnête, tu aurais de meilleurs résultats, fit Granger avant de s'adresser à Dobby avec douceur : ce qu'il essaye de te dire, c'est qu'il tient à toi. Tu n'es pas un fardeau, ton aide est précieuse, au contraire. Certains pouvoirs dont tu disposes sont inaccessibles, même aux plus grands sorciers. Mais si tu veux pouvoir veiller sur… sur nous, tu dois commencer par veiller sur toi.
Dobby inclina la tête, trop touché pour couiner un seul mot. Draco lui épargna une crise de larmes en l'autorisant à transplaner.
– Tu en fais trop, Granger, dit-il quand ils furent de nouveaux seuls dans la Salle sur Demande.
– Et toi, tu devrais manger, commenta Weasley en cédant finalement à une part de tarte au chocolat.
Draco ne toucha ni aux plats chauds, ni aux desserts. La sensation désagréable laissée par les voyages dans cette autre réalité s'estompait doucement, mais l'appétit ne revenait pas, pas plus que le sommeil. Il allait se lever pour prendre un des livres mis à disposition par la Salle sur Demande mais Potter l'interpella soudain.
– J'allais oublier, dit-il.
Il tira son sac sur ses genoux et fouilla à l'intérieur, en sortant ses notes de cours, des plumes et un encrier qu'il étala sur le canapé, entre Granger et lui.
– Voilà, dit-il en sortant un morceau d'étoffe familier.
Il lui tendit la cape d'invisibilité par-dessus la table basse et comme à chaque fois, Draco eut l'impression de récupérer de l'eau entre ses doigts.
– Que veux-tu que j'en fasse ? Je n'ai plus la Brigade Inquisitoriale aux basques.
– Étant donné que tu dors dans un dortoir rempli de Serpentards qui complotent contre toi, j'ai pensé que tu en aurais plus l'usage que nous.
– J'ai survécu à un manoir rempli de Weasley, je devrais tenir le coup.
– Rempli de Weachley ? articula Weasley, aussi indigné qu'il était possible de l'être avec la bouche pleine de chocolat. Comment cha rempli de Weachley ?
Draco lui répondit par un sourire railleur mais n'insista pas pour se séparer de la précieuse étoffe. Elle pourrait lui être utile. Mais surtout, elle le fascinait. Aucun défaut, après tant d'années, comment ce prodige était-il possible ?
ᴥ
Dans les reflets argentés de la Pensine tournoyaient les souvenirs qui mèneraient aux derniers Horcruxes. Le diadème et le serpent.
– Cette fois, vous les avez tous, dit Draco, pâle, en relevant le regard vers Dumbledore.
Le professeur Snape était mort. Lui aussi. Mais la source de sa mauvaise humeur était Dumbledore, Dumbledore qui faisait tournoyer les nouveaux souvenirs du bout de sa baguette.
– Potter est un Horcruxe, balança Draco.
Le professeur Snape se tourna vers lui, interdit, en revanche Dumbledore ne parut pas surpris. Draco serra les dents. La bataille de Poudlard, les corps, les blessés, le château en ruine… et Potter qui les traversait pour se livrer à Voldemort, pour le laisser le tuer.
– C'est la triste vérité, dit Dumbledore, l'air soudain plus vieux.
– Et il doit mourir ?
Un éclair rougeoyant passa sur la surface argentée de la Pensine. Le Feudeymon qui avait englouti Crabbe et la Salle sur Demande. Et Dumbledore qui ne répondait pas. Draco sentit sa colère franchir un nouveau cran.
– J'ai vu tous les tenants et les aboutissants de vos machinations, dit-il sèchement. J'attends seulement des explications. Par exemple, pourquoi Potter est-il allé se jeter sous l'Avada Kedrava de Voldemort ?
Un mélange de fierté et de douleur passa dans le regard clair de Dumbledore.
– Le moment venu, Voldemort devra le tuer de sa main. C'est l'unique façon de détruire définitivement le morceau d'âme de Voldemort qui vit en lui. Draco, il faut que Harry continue de l'ignorer jusqu'au dernier moment. Ton Glyphe a changé bien des choses, cependant, certaines ne peuvent être évitées.
Draco plissa les yeux, mauvais, mais ce fut le professeur Snape qui exigea des explications au vieux sorcier. Les laissant à leur différend, Draco sortit du bureau et passa à côté de la gargouille de pierre.
Dans sa vision, Potter avait miraculeusement survécu au sortilège de mort. Mais à présent qu'il avait renversé tous les événements, il était presque impossible que l'affrontement se déroule dans les mêmes conditions. La baguette de sureau, Nagini, l'état d'esprit de Potter… et même s'il survivait, un Mangemort aurait tôt fait d'en avertir Voldemort. Narcissa n'était plus là pour le couvrir.
En descendant dans la Grande Salle, les décorations de noël qui brillaient sous le soleil de midi lui parurent déplacées. Parasité par les échos de la vision, il vit les tables où les élèves déjeunaient joyeusement redevenir des cercueils pour les corps recouverts d'un linge blanc.
Incapable de supporter ce spectacle, il rebroussa chemin vers le hall. Avant qu'il ait pu monter le grand escalier, Potter l'interpella. Vu l'air grognon de Weasley, ils s'étaient précipitamment arrachés à leur repas.
– Qu'est-ce que tu… ça va ? demanda Granger. Tu as une mine affreuse.
– J'ai vu comment l'affrontement avec Voldemort se terminait.
Il y eut un silence que Weasley fut le premier à rompre, redoutant la suite.
– Qui gagne ?
– Voldemort meurt, mais c'est d'une guerre qu'on parle. Personne ne gagne, Weasley, répliqua sèchement Draco.
– Quoi que tu aies vu, ce n'est pas notre futur, dit gravement Potter.
– Tu as parfaitement raison. Le nôtre pourrait être encore plus meurtrier. Il suffirait par exemple que je tombe entre les mains de Voldemort avec ce que je sais, et tout serait définitivement terminé pour vous. Je ne laisserai pas ça se reproduire.
Il les planta là et se dirigea vers l'escalier de marbre. Il fallait qu'il suive le plan qu'il avait en tête la première étape consistait à geler la destruction des Horcruxes. Potter n'aurait pas à se suicider et le professeur Snape ne risquerait pas sa vie à attaquer le serpent de Voldemort tant que le diadème serait encore intact. Or il savait où se trouvait le diadème.
– Malfoy ! s'exclama Potter.
Draco s'arrêta au milieu de l'escalier et se retourna avec un agacement visiblement partagé.
– Quoi, Potter ?
– Tu es encore en train d'agir comme si tes visions étaient réelles.
– C'est le cas.
– Non. Pas ici.
– Dans ce cas retourne jouer au petit Gryffondor modèle et fiche-moi la paix. Qu'est-ce que tu as à craindre ?
Il eut à peine le temps de monter une marche supplémentaire que Potter lança :
– Ce n'est pas pour moi que je m'inquiète.
– Tu n'as pas un match de Quidditch à préparer ou quelque chose dans ce goût-là ? répliqua-t-il d'un ton irrité, sans s'arrêter cette fois.
Arrivé au septième étage, Draco passa plusieurs fois devant le mur cachant la Salle sur Demande. À l'intérieur, il découvrit les hautes piles de bric-à-brac entassées là au fil des siècles. C'était la première fois qu'il les voyait, pourtant elles lui étaient si familières.
Il refermait la porte lorsque quelque chose se fracassa derrière lui avec un bruit de verre brisé. Il fit volte-face en tirant sa baguette, examinant silencieusement les allées creusées entre les rangées d'objets. Rien. Aucun bruit ni mouvement.
Avec l'infinité d'objets entassés dans la Salle sur Demande, il n'était pas impossible que quelque chose tombe. Draco s'avança sans abaisser sa baguette. Il devait trouver l'Armoire à Disparaître, le diadème serait posé un peu plus loin. Après avoir tracé son chemin dans les allées, Draco découvrit la fameuse Armoire.
Il passa la main sur le bois sombre, râpeux, sans noter l'absence de poussière. Puis, il scruta les passages qui s'étendaient et se divisaient au cœur de la Salle sur Demande.
Où aller ensuite ?
– Venir ici seul, ce n'est pas très intelligent, Draco, lança une voix moqueuse dans son dos.
Draco se retourna en relevant sa baguette. Crabbe et Goyle le fixaient d'un air goguenard. Eux, ici ?
– Vous avez découvert cet endroit seuls ? lança-t-il sur un ton sarcastique. Ça a dû vous demander beaucoup de réflexion, même à tous les deux.
Ni Crabbe, ni Goyle ne s'énervèrent de sa pique. L'avaient-ils comprise au moins ? songea Draco, juste avant qu'un sort ne le frappe dans le dos et lui arrache sa baguette, que Goyle récupéra au vol.
– Personne n'a dit qu'ils travaillaient seuls, Malfoy. Tu t'es juste laissé avoir.
C'était Théodore Nott qui avait parlé, bloquant l'autre bout de l'allée. Il se retrouvait piégé entre lui et Crabbe et Goyle.
– Tu as l'air surpris, poursuivit Nott, pourtant tu n'es pas sans savoir que mon père est Mangemort ? Tu croyais sincèrement que le Seigneur des Ténèbres aurait confié une tâche de cette importance à… tes anciens amis ? C'est moi qu'il a choisi. J'ai seulement demandé à Crabbe et Goyle d'attirer le plus d'attention possible pour me donner une plus grande liberté d'action.
– Dans ce cas, je te remercie de m'en avoir informé, dit Draco d'un ton ennuyé. Ça me sera très utile à l'avenir.
– J'en doute, puisque tu t'apprêtes à retrouver le Seigneur des Ténèbres, répondit Nott, sec. Sincèrement, je n'imaginais pas que tu viendrais ici de toi-même, je dois dire que ça me simplifie grandement la tâche.
Draco vit le regard de Nott dériver vers l'Armoire à Disparaître et son sang s'accéléra. Ce n'était pas du bluff ? Il possédait réellement un moyen de l'envoyer aux mains de Voldemort ? Nott savait-il que cette armoire était cassée, que s'il entrait là-dedans, il signait son arrêt de mort ? D'un autre côté, maintenant qu'il était désarmé, il ne lui restait plus beaucoup d'options, à part appeler Dobby…
Avec trois baguettes pointées dans sa direction, il ne prendrait pas le risque de le faire transplaner à ses côtés. Il ne lui restait qu'à gagner du temps.
– Une Armoire à Disparaître, ce n'est pas idiot, mais est-ce que tu es parvenu à la lier à une autre ?
Le rictus de Nott trahit sa surprise, alors il connaissait le sujet ? Mais sa position de force l'aida à recomposer un masque dédaigneux.
– Tu n'as pas à te préoccuper des formalités du voyage, Malfoy. D'ailleurs, tu devrais en apprécier la destination. Pendant, le peu de temps qu'il te restera à vivre, je veux dire.
Draco serra le poing qu'il rêvait de carrer dans l'estomac de Nott. Un accès de colère se mêla à la peur qui le gagnait peu à peu, mais il les fit taire. Perdre le contrôle n'aiderait pas.
– L'Armoire à Disparaître est réparée ? À vos réactions, j'ai eu l'impression d'arriver avant la fête. Ce n'est pas terminé, n'est-ce pas, Nott ?
Comme si Nott devinait les émotions qui tempêtaient en lui, il s'amusa à prendre un ton amical.
– Suffisamment pour que le transfert fonctionne, rassure-toi, dit-il en ouvrant les battants de bois d'un coup de baguette. Si tu veux bien te donner la peine…
– C'est dans ton intérêt que je parle, Nott, répondit Draco en lui retournant son sourire froid. Il suffirait d'un infime problème durant le passage pour me tuer. Et tu apprendras vite que Voldemort n'est pas du genre à pardonner.
Nott grimaça au nom du mage noir.
– On s'en fiche de ce que tu penses, lança Crabbe.
Se rappelant de leur présence, Draco se retourna vers Goyle et Crabbe – qui fulminait. Il n'avait jamais supporté d'être ignoré. Ironique considérant qu'il avait joué les seconds rôles toute sa vie.
– Tu crois sans doute que Nott sera le seul à payer en cas d'erreur ? dit Draco. Vous aurez votre part.
Si Goyle parut réfléchir sérieusement au danger, Crabbe ne manifesta que de l'impatience.
– Qu'est-ce que tu attends, Nott ?! Active la Marque qu'il sache qu'on va le lui envoyer !
Du coin de l'œil, Draco vit Nott relever la manche de sa robe de sorcier. En dessous, la Marque des Ténèbres brillait d'un éclat sombre. Merde. Merde. Merde.
Il arrivait à court de temps. À court d'option. S'il ne faisait rien, il mourrait comme un sombre imbécile – après de longues tortures, s'il avait la malchance de survivre au transfert. Si ce que les visions lui avaient appris tombait aux mains du Seigneur des Ténèbres…
En dépit des baguettes pointées vers lui, il faillit appeler Dobby. Seule la vision de l'elfe et de son poignard argenté planté en pleine poitrine le retint. Pas deux fois.
– Entre dans l'Armoire, ordonna Crabbe en tournant sa baguette comme une menace, incapable de cacher que cette sensation de puissance lui plaisait, peut-être encore plus parce qu'elle le visait, lui.
– Sinon quoi ? siffla Draco. Tu vas me tuer ? Et prendre le risque de le payer de ta vie quand Voldemort l'apprendra ?
– Endoloris !
Draco bondit sur le côté pour éviter le sortilège qui s'écrasa sur le mur d'objets derrière lui.
– Ça suffit ! intervint Nott. Malfoy, soit tu entres de toi-même, soit on t'y fera entrer de force. Tu n'as pas besoin d'être conscient quand tu arriveras devant le Seigneur des Ténèbres.
Draco serra les dents. S'il se faisait assommer par un maléfice avant d'être précipité dans l'Armoire à Disparaître, ses chances d'en réchapper seraient de zéro. Il chercha une issue autour de lui et pour la première fois, les hautes rangées d'objets lui donnèrent la sensation d'étouffer.
– Très bien, dit-il, la gorge sèche. Sachant que si le transfert échoue, votre sort sera pire que le mien.
Il posa un pied dans l'Armoire et y entra à reculons, le plus lentement possible. Quand un coup de baguette en ferma les battants, le plongeant dans une semi-obscurité, Draco recula encore, son dos buttant contre le fond, et ferma les yeux. À tout moment, le transfert allait soit le tuer, soit le précipiter vers un sort bien pire.
À travers le fin interstice qui séparait les deux battants de l'Armoire, il entendit la voix de Nott incanter d'un ton incertain.
Puis plus rien.
Un chapitre un peu plus court, j'ai très peu de temps en ce moment. J'espère qu'il vous a plu – et ne me tapez pas pour cette fin, je poste la suite dès que possible ;)
Bisous et à la prochaine !
