Aux yeux du monde

Kuchiki Byakuya finit par prendre congé des deux autres capitaines d'un signe de tête très froid, abandonnant en pleine discussion un Ukitake visiblement frustré et un Kyōraku pensif. Comme le capitaine Kuchiki rejoignait Omi, celle-ci se rapprocha de lui et lui dit très bas :

-L'un de mes visiteurs est ici. C'est l'homme en kimono rouge orné de dragons dorés qui parle au vieillard en vert avec une longue barbe. Assez petit, carré, les joues rondes, les cheveux frisés, l'air très satisfait de lui-même. Non, ne vous retournez pas pour le regarder, ou il comprendra que je vous ai parlé de lui. Transmettez son signalement au capitaine Soi Fon et demandez-lui d'enquêter sur lui.

Le capitaine Kuchiki inclina la tête contre la joue de la jeune femme et effleura sa taille de la main.

-Je m'en occupe immédiatement, lui murmura-t-il à l'oreille.

Relâchant sa pression sur la taille de la jeune femme, il traversa une assistance scandalisée pour rejoindre sa collègue. Par cette marque d'intimité, il venait de proclamer publiquement sa prétendue liaison avec Omi. A en juger par les regards des invités, ce geste suffirait à établir la rumeur sur des bases durables. Le capitaine Kuchiki venait de faire d'eux des parias de la bonne société – lui probablement, elle certainement.

Les joues roses, Omi prit une expression de défi hautain pour affronter l'indignation générale. Toutefois, alors qu'elle s'attendait à voir les gens tout autour se détourner d'elle, la jeune femme vit à sa grande surprise une petite dame replète entre deux âges fendre la foule pour s'avancer vers elle.

Bien que la nouvelle venue ait l'air totalement insignifiante et arbore un large sourire, Omi sentit aussitôt que cette femme était une ennemie. Son impression se trouva renforcée par le fait que tous les regards étaient maintenant tournés vers elles, et que les invités semblaient se délecter par avance de la scène qui allait suivre. Omi se cuirassa en prévision de l'attaque à venir. C'était le moment pour elle de se montrer habile et prudente.

-Princesse Uragami Omi, déclara la petite femme avec chaleur, quelle surprise de vous trouver ici ! J'ignorais absolument que vous étiez invitée.

-J'en ai été moi-même la première surprise, répondit Omi en lui rendant son sourire. N'est-ce pas extrêmement aimable de la part des Kenishi d'inviter une personne qu'ils connaissaient à peine ?

-Oh, mais votre nom est bien connu dans le seireitei, protesta son interlocutrice.

-Vous me flattez, répliqua Omi.

-Votre kimono est magnifique. Il me rappelle tout à fait celui que portait votre mère au mariage de Kannogi Shūsuke.

-Votre mémoire est admirable. Se souvenir d'un vêtement aperçu un siècle plus tôt est une forme d'exploit, fit Omi d'un ton appréciateur.

-En revanche, les bijoux que vous portez ne me rappellent rien… Ils sont neufs, j'imagine ? J'espère que vous ne les avez pas payés trop cher, dit son interlocutrice avec un sourire complice.

-Il s'agit d'un cadeau, expliqua calmement Omi.

-Vous avez des amis bien généreux, fit la petite femme d'un ton admiratif.

-Effectivement, j'ai peu d'amis, mais ils sont d'une rare qualité, dit Omi fièrement.

-C'est une chance pour vous… et pour votre frère, ajouta son interlocutrice dont le sourire s'élargit encore.

-Nous avons en effet de la chance, même si, en ce qui concerne mon frère, je suis persuadée qu'il doit ses amis à son mérite plus qu'à la chance, précisa Omi.

Alors que les deux femmes discutaient avec les apparences de la plus parfaite cordialité, Omi vit le capitaine Kuchiki qui revenait vers elle. Il salua la petite femme d'un air glacial. Celle-ci conserva sa contenance, mais son large sourire avait maintenant quelque chose de forcé.

-Bonjour, Uemori-sama, déclara le capitaine d'un ton polaire.

-Bonjour, capitaine Kuchiki. Je faisais la connaissance de votre protégée. J'étais un peu curieuse; vous l'ignorez peut-être, mais je connaissais assez bien sa mère. Cette chère Omitsu était une femme si remarquable par sa correction et sa vertu, déclara la dame Uemori avec emphase.

-Si votre curiosité est satisfaite, puis-je vous enlever Uragami-sama ? demanda le capitaine froidement.

Sans attendre la réponse, il passa son bras sous celui d'Omi et l'entraîna à l'écart de la foule curieuse.

-Vous venez de faire la connaissance de la pire langue de tout le seireitei, commenta-t-il.

-Si c'est le mieux qu'elle puisse faire, alors ce n'est pas bien terrible, dit Omi en haussant les épaules.

-Que vous a-t-elle dit exactement ?

-Voyons… Elle a commencé par m'accuser d'être venue à la réception sans invitation, puis elle a fait allusion au déshonneur de ma famille… Puis elle a critiqué ma tenue…

-Qu'a-t-elle trouvé à y redire ? demanda le capitaine légèrement surpris.

-Je porte un ancien kimono de ma mère, et malheureusement elle l'avait déjà vu… Ensuite, elle a demandé si les bijoux que je portais étaient le prix de mon honneur, et elle a terminé en insinuant que j'avais obtenu la nomination de mon frère de la même manière.

-Je vois, fit sobrement le capitaine Kuchiki.

-J'ai peut-être manqué une ou deux allusions, mais je pense que l'essentiel y est.

-Je vous propose de quitter cette réception dès que possible. Nous en avons fait assez pour asseoir la rumeur sur notre liaison, et vous avez subi assez de désagréments pour aujourd'hui.

La jeune femme haussa légèrement les épaules.

-Je suis habituée aux remarques sur ma famille, et les jugements sur une liaison qui n'existe pas ne me touchent guère.


yuri-chan: l'histoire étant racontée du point de vue d'Omi, je n'en dirai pas plus sur la conversation avec Ukitake! Tu peux essayer d'imaginer sa teneur à partir des indices suivants: (1) Ukitake désapprouve le comportement de Byakuya (2) Omi est le sujet de leur conversation...

D'une manière générale, j'aime laisser une marge d'interprétation à mes lecteurs!