21.

Le Karyu attendait l'Arcadiaqui quittait l'orbite de Blanian quand la lieutenante du premier relaya l'information.

- Warius, le Queena disparu.

- Oui, bien sûr qu'il échappe à mes radars, et encore plus à ceux de Toshy !

- Warius, le Queen n'est plus capté par aucun scan, il a bel bien croisé l'orbite aléatoire du Sell… souffla Albator.

Le commandant de la Flotte Indépendante se permit un ricanement.

- Une légende galactopolaine, Albator, ne me dis pas que – toi – tu y crois ? !

- Ce n'est pas qu'une histoire ! protesta Kei, avec véhémence. C'est la réalité, tant de vaisseaux ayant croisé la route de ce Sellfantôme…

- Un vaisseau disparu, maudit ! renchérit à son tour Mima, frissonnante. Aucun être mortel ne peut s'en approcher sans s'y brûler les ailes, même le vaisseau d'Eméraldas… Et, même avec sa volonté, sa force, l'amour dans son cœur, la capitaine du Queen… Si elle n'a pu passer le Sell… Je suis désolée…

- Je n'y croirai, jamais ! aboya Warius. Je refuse d'accepter cette info ! Albator… ?

- J'ai reçu un message, le dernier envoyé par le cerveau électronique de son vaisseau… Je te le transmets.

- Tu avais raison, malheureusement, Albator. Le Sell est toujours là, et il me…

- Albator… fit la voix blanche du commandant du Karyu.

- Le Sellétait bel et bien un vaisseau fantôme, chuchota Mima qui tremblait comme une feuille.

- Albator ? chuinta Warius.

- J'irai à sa recherche, autant de temps que de nécessaire ! assura le capitaine de l'Arcadia. Je te jure que je ne laisserai pas sa disparition non élucidée ! J'ai eu un jour affaire à une mascarade du Sell, je ne redoute rien du vrai…

- Eméraldas… Jamais je n'aurais songé…

Albator se racla la gorge, désespéré au fond de lui-même.

- Oui, nous avons perdu notre Eméraldas…

Le jeune homme passa la main sur son front, le regard résigné et épuisé.

« Eméraldas… Le Sell… Mima a raison… Je crains de devoir tenir mon serment envers toi et de conduire ta toute petite fille sur cette abominable planète poubelle qu'est la Terre. Ca me répugne, mais c'est ta volonté et celle de Toshy. Malheureusement. »


Warius avait rempli deux verres de red bourbon, en tendit un au pirate à la chevelure couleur de caramel.

- Ca compensera peut-être ton allergie à te retrouver sur un vaisseau militaire ? !

- Très drôle… Ce qui était en revanche très ironique, c'est que ce soit ta hiérarchie qui t'envoie faire la nique au pirates et que ça sauve mes miches au passage !

- C'est vrai que je ne m'attendais pas vraiment à tomber sur toi, reconnut le commandant du Karyu. Que leur avais-tu fait, à ces pirates ?

- Presque rien. J'ai dégommé une dizaine de vaisseaux en une opération de sauvetage éclair pour Gaven.

- L'Officier de la Flotte Indépendante eut un sourire.

- On dirait que tu as cessé d'être l'amour de sa vie !

- Ah, toi aussi, tu avais compris ?

- Evidemment !

Warius rit ensuite franchement.

- Je vous ai détestés, à l'Académie, vous les jeunes Aspirants, tellement indisciplinés et n'en faisant qu'à votre tête alors qu'on n'attendait de vous que la rigueur et la stricte obéissance aux ordres ! Et ces regards que Gaven te jetait, à chaque instant presque étaient tellement révélateurs, déplacés, bien que je tolère que chacun aie ses penchants amoureux… Même si je ne les comprendrai jamais.

Le regard du commandant du Karyuse fit plus triste.

- J'ai su, pour Maya… Je suis désolé.

- Je l'ai perdue à jamais, elle aussi. Je les perds toutes, Warius… Et, depuis peu, même Eméraldas a subi la malédiction du Sell. Ce sort mortel, pour tous mes proches…

- Cela changera, assura Warius. Le jour venu, tu auras droit à ton bonheur et tu fonderas ton foyer. Marina et moi convolons dans trois mois !

- Tous mes vœux de bonheur.

Et les deux hommes trinquèrent, mais sans véritable joie, songeant à leur amie rousse, lui portant un toast qui avait tout de funèbre.


Un spacewolf s'était posé à la surface de Jura et pendant que Kei était partie en reconnaissance des végétaux géants, en liaison permanente avec Toshiro qui analysait les infos qu'elle lui transmettait à mesure.

Pour sa part, le capitaine de l'Arcadiaavait profité des explorations de sa première lieutenante pour se dégourdir un peu les jambes et sans vraiment le préméditer, s'était assez inconsciemment éloigné de son propre spacewolf, ignorant que les ondes que les végétaux dégageaient perturbaient considérablement les radars de son vaisseau vert qui l'avaient perdu depuis un moment déjà !

Bien que leurs formes soient étranges, torturées, inconnus et qu'il en ignorait tout, Albator ne parvenait pas à les trouver inquiétants.

« D'accord, pas engageants à la vue, mais ils ont un effet plutôt apaisant ! Dire qu'il n'en reste plus beaucoup sur cette planète poubelle de Terre où je dois amener Mayu, une fois que je l'aurai reprise à sa famille d'accueil. ».

Le pirate à la chevelure couleur de caramel était demeuré un long moment sous les frondaisons or et rouge, rêveur, jusqu'au moment où l'écho de brindilles brisées l'avait ramené à la réalité, et sur ses gardes, le regard dirigé vers l'origine du bruit.

Une étrange créature apparut alors, longiligne, le teint très pâle, tout comme Mima dépourvue de bouche et avec des yeux en amande également dorés et sans iris, sa longue chevelure d'un bleu sombre l'enveloppant jusqu'aux chevilles.

Toujours incapable de se sentir menacé, Albator rengaina machinalement son cosmogun.

- J'espère ne pas être intrus sur votre sol, fit-il.

- Je suis heureuse de rencontrer un autre vivant, répondit la créature, arrivant à projeter des mots sonores alors qu'elle devait vraisemblablement s'exprimer par télépathie ! Je vous souhaite la bienvenue en ce lieu bien inhospitalier, et sans plus de population.

- Merci… Vous êtes la dernière de votre espèce ?

- Oui. Je m'appelle Clio et si vous acceptiez de m'emmener, je serai à jamais à votre service.

- Je ne demande qu'une amie auprès de moi, certainement pas une servante ! Cela n'a jamais été et ne sera jamais !

Albator crut alors deviner un sourire sur le visage dépourvu de traits de son interlocutrice.

- Je serai auprès de vous, tant que vous voudrez de moi.

- Merci, Clio, déclara-t-il, se sentant le cœur réchauffé et l'esprit apaisé par la Jurassienne.

FIN