La City, Londres, 2h21.

La surprise de la première seconde passée, Jenny et Matty avaient entrepris de suivre leur nouveau guide. Il s'était présenté à eux sous le nom de monsieur Farynor. Et ne savaient pas vraiment où cela allait les mener. Mais Jenny sentait que c'était là la voie, et la voix, à suivre. Et quand l'homme rencontré au beau milieu d'un Whitechapel enflammé avait mentionné le Tardis, il n'y avait plus eu d'autre choix que d'accepter de le suivre.

Il avait quelque chose à leur dire, quelque chose à leur montrer. Ils s'étonnaient eux-mêmes de leur réaction incongrue en plein milieu de ce drame historique, mais qui pouvait se vanter de connaître l'existence des Tardis dans l'univers... Peu de créatures, à n'en pas douter... Et cela avait titillé la curiosité de Jenny et de son nouvel ami. Ils étaient donc partis dans une nouvelle course labyrinthique au cœur des rues en cendres de la City. L'homme semblait connaître le chemin avec une précision étonnante. Avait-il lui même un guide qui lui indiquait la route à suivre. Quelques fois, Jenny l'avait vu regarder les toits déchiquetés et elle avait alors eu la sensation qu'il avait à cet instant décidé de tourner à gauche plutôt qu'à droite. Mais c'était tout comme avec cette impression d'être observée, elle devait encore se faire des idées. Car rien ne pouvait lui indiquer quoi que ce soit tout comme rien ne pouvait la regarder dans ces rues délaissées.

Enfin, le petit homme arriva devant une maison. Elle aussi semblait tenir miraculeusement debout tandis que ses voisines se transformaient lentement mais sûrement en un tas de décombres incandescentes.

L'homme fit signe à Jenny et Matty d'entrer. Ils obéirent, curieux d'en apprendre plus sur ce mystérieux personnage.

La maison était parfaitement stable, seule une pièce semblait rougeoyer d'un éclat typiquement enflammé. L'homme les guida près de la porte entrouverte où se trouvaient les flammes et leur fit signe de rester là tandis qu'il y pénétrait :

« Grand Zjarr, voici les personnes que vous m'avez demandé de ramener ! » L'entendirent-ils dire.

Un grésillement se fit entendre à l'intérieur de la pièce en guise de réponse et le petit homme ressortit, la peau beaucoup plus rouge qu'auparavant :

« Il désire vous parler ! »

Matty et Jenny avancèrent.

« Non... Seulement elle ! »

Matty regarda Jenny. Elle lui sourit et fit un signe de la tête affirmant que tout allait bien et s'approcha de Farynor.

« La Dame du temps ! » Résonna alors une voix dans la tête de Jenny.

Tout autour d'elle n'était que flammes, un brasier sans nom, mais qui ne pouvait ni s'étendre, ni l'atteindre. La température était juste un peu trop élevée, ce qui lui demanderait sûrement de changer de tenue après l'entrevue. Bien que cela ne semble pas fortement improbable. Ses oreilles entendaient un grésillement, mais sa tête résonnait d'une voix forte et grave qui s'adressait immédiatement à son esprit. Elle était face à une entité tout feu tout flamme, vibrante, dansante, et surtout vivante. Mais Jenny ne s'en étonna pas et la seule chose que la jeune femme décida de répliquer fut :

« Eh oh, pas si vite, monsieur le feu, il n'y a aucune Dame du temps dans le coin... »

« Vous êtes une Dame du temps » Résonna à nouveau la voix.

« Faux ! Je suis aussi humaine que le garçon qui m'accompagne ! »

« Vous faîtes erreur, Dame du temps ! »

« Soit... Se résigna Jenny en essuyant son front ruisselant, elle n'avait pas le temps de discuter, pourquoi nous avez vous demandez de venir ? »

« La Dame du temps a un Tardis. »

« Oooh, je vois, Tardis égal Dame du temps, bien, vous savez donc qu'il y a un Tardis dans la maison de Whitechapel »

« La Dame du temps va nous sauver avec le Tardis. »

Jenny mit les mains sur les hanches et regarda droit dans les... Non, pas yeux, il n'y en avait pas, disons qu'elle regarda directement l'entité droit dans les flammes et lança, un peu agacée :

« N'est-ce pas un peu facile... Vous venez de détruire une grande partie d'une ville magnifique et je devrais vous aider ? »

« Pas la faute de Zjarr . »

« Comment ça, pas votre faute... N'est-ce pas du feu que je vois tout autour de moi ? »

« Pas notre faute, Zjarr était seul, Zjarr allait mourir, Zjarr était le dernier, Zjarr a... »

Jenny vit du coin de l'œil monsieur Farynor baisser la tête, visiblement plein de culpabilité.

« Je vois, je vois... » Dit Jenny, bien qu'elle n'ait pas encore toutes les explications.

«Aidez-nous ! » Demanda le Zjarr.

« Vous n'êtes pas le premier dernier être de son espèce que je rencontre vous savez -hum, voilà une bien étrange phrase-... Quoi qu'il en soit, je comprends parfaitement ce que vous ressentez, l'impression que l'univers continue à vivre et que vous n'en faites plus partie, cela est tellement... Injuste, douloureux, dévastateur... Mais ça ne vous autorise en rien à ébranler ainsi une autre civilisation, sur sa propre planète... J'en connais... J'... Je connais quelqu'un qui donnerait sa vie pour protéger la Terre toute entière... Le dernier de son espèce lui aussi... Et sûrement l'être au plus grand cœur que j'ai jamais rencontré... Et pour cause, il en a deux ! »

Elle avait frissonné à ces dernières paroles. Celui qui avait fait et ferait encore trembler tant de mondes donnerait à n'en pas douter sa vie pour un seul être humain. Il avait déjà tout risqué, à maintes reprises, pour Rose, et même pour moi, pensa-t-elle. Et même aujourd'hui, alors qu'il n'était plus tout à fait lui-même, elle ne doutait pas qu'il serait pleinement volontaire pour aider, protéger et secourir quiconque lui demanderait. Elle frissonna encore en pensant au risque qu'il ne soit plus jamais le même et que le futur, à ce moment précis, soit en train de se réécrire... Et pourtant, elle s'en rendrait compte non ? En tant qu'enfant du temps, elle ét...

« Zjarr ne voulait pas ce malheur, Zjarr aidait l'humain, murmura mentalement le Feu dans la tête de Jenny, brisant le fil de ses pensées, ... Mais... C'est un accident, un accident... Mais Zjarr ne veut pas mourir, s'il vous plaît, aidez-nous ! »

La voix avait résonné dans la tête de Jenny. Elle avait senti la vibration suppliante de l'entité. Comment résister. Elle ne le pouvait, elle n'avait jamais pu, et ne le pourrait sans doute jamais.

« Bien, je vais vous aider, mais à une condition, que vous laissiez la ville en paix ! »

« Enfants vont mourir... »

« Pas nécessairement ! Répondit Jenny d'un ton ferme et déterminé, écoutez moi bien, voilà ce que nous allons faire ! »