Je pense que c'est ce qu'on appelle un craquage...


Chapitre 21 : A time to cry and a time to laugh

Draco observa avec un certain sentiment de malaise la cuisine poussiéreuse dans laquelle ils se trouvaient. Il ne savait pas ce qui le dérangeait le plus… L'elfe de maison hideux qui rampait devant eux dans une fausse attitude soumise tout en marmonnant des insultes ou bien l'étrange dynamique des gens qui l'entouraient.

Ils étaient arrivés cinq minutes plus tôt, à peine, et le Serpentard était déjà légèrement confus. Dès que Dumbledore avait passé la cheminée, le Directeur en avait condamné l'accès, la retirant du réseau… Ce que Draco avait trouvé très sage. Mais après ça, la cuisine avait sombré dans un chaos total. Le garçon ne savait plus où donner de la tête et restait donc debout devant l'âtre, observant sans savoir quoi faire les différents groupes interagir.

A sa droite, Potter subissait, en grimaçant, un sermon à base de sarcasmes brutaux et secs de la part de Severus auquel Black s'opposait en élevant la voix, ce qui fait que le Survivant se retrouvait une fois de plus à faire tampon entre eux deux. Derrière eux, McGonagall expliquait à Dumbledore comment elle avait décidé de laisser les Serpentards aux mains plus que capables d'Hagrid pour revenir aider l'Ordre… Le vieil homme n'avait pas l'air ravi mais s'abstenait de commenter, jetant des regards nerveux en direction du Professeur de Potions et de l'ancien détenu.

Devant lui, Lupin avait forcé Tonks à s'asseoir et lui avait collé une tasse fumante entre les mains. La jeune femme semblait plutôt mécontente d'être traitée comme une enfant mais Draco la trouvait pâle et supposa que c'était la raison pour laquelle elle se laissait faire.

A gauche, les enfants Weasley étaient rassemblés autour de leurs parents. Molly Weasley soignait son mari, tout en reprochant aux adolescents de s'être mis au milieu d'un combat qui ne les concernait pas et aurait pu leur coûter la vie. Shaklebolt était en train de refermer des coupures sur les bras d'un des jumeaux en prétendant qu'il n'était pas concerné par la discussion bien que la femme, énergique, le prenne à parti sans arrêt. Mr Weasley renchérissait parfois plus calmement mais ni Ron, ni Fred et George ne semblaient vraiment intéressés.

Le regard de Draco tomba sur Granger qui comme lui se tenait un peu en retrait. D'un rapide coup d'œil, il s'assura qu'elle n'était pas blessée. Non pas qu'il s'en inquiète mais les gens qui l'entouraient étaient probablement du genre à faire un drame d'une petite égratignure… Quand il fut sûr qu'elle n'avait rien, il s'avança vers elle.

Elle ne pouvait rien contre les crampes résiduelles qui crispaient ses muscles, il devrait voir ça avec Severus, mais sa joue tuméfiée et sa lèvre fendue lui faisaient mal et sur ça, elle pouvait aider.

« Peux-tu me soigner ? » demanda-t-il sans trop élever la voix. Inutile de provoquer davantage la colère de la belette.

Granger tourna la tête vers lui, surprise. Apparemment, elle ne l'avait pas entendu arriver. Ce qui n'était, au final, pas si étonnant vu la cacophonie qui régnait dans la pièce. Par réflexe certainement, elle leva la main en direction de sa joue mais la laissa retomber à mi-chemin, en secouant la tête pour se remettre les idées en place.

Draco n'était pas certain de comprendre l'étrange déception qui s'éleva dans sa poitrine…

« Bien sûr. » acquiesça-t-elle, en sortant sa baguette. « Curare. »

Cette fois, il ne tressaillit même pas quand elle agita sa baguette au dessus de son visage. Il n'hésita pas non plus. Rien dans ses entrailles ne lui hurlait de courir en sens inverse. Il savait qu'elle ne lui ferait pas de mal. Elle en avait eu l'occasion. Des dizaines de fois, et elle ne l'avait pas fait.

Et puis, si le Balafré l'avait sauvé ce n'était certainement pas pour que ses petits copains l'assassinent…

« Merci. » dit-il sans y penser quand la douleur disparut. C'était déjà ça… Trop concentré sur la façon dont son corps protestait aux restes du Doloris, il faillit manquer le regard stupéfait qu'elle lui jeta.

« De rien. » répondit-elle finalement et Draco leva les yeux au ciel. Pensait-elle qu'il était incapable d'être poli ? Ce n'était pas parce qu'elle était une Sang-de-Bourbe et qu'il était récemment passé au dessus de ses préjugés qu'il n'avait pas de manières… Il était certain d'en avoir bien plus que Weasley et Potter réunis.

« Quoi ?! » siffla-t-elle dans un murmure peu discret quand il l'eut fixé pendant quelques secondes avec l'envie surprenante de lui expliquer en détails pourquoi il était mieux élevé que la plupart de ses amis.

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire ironique et il accueillit avec soulagement cette possibilité de revenir sur le terrain bien mieux connu du sarcasme et des répliques virulentes.

« Je trouve que tu es une infirmière bien plus agréable à regarder que Pomfresh. »

Elle le dévisagea avec circonspection, incapable de décider apparemment si c'était un compliment ou pas. A vrai dire, Draco n'était pas lui-même certain de ce qu'il avait voulu dire. Non, décidemment, ce n'était pas le jour de ses meilleures répliques…

Il ouvrit la bouche, s'apprêtant à lui faire acerbement remarquer que la Belette allait être jaloux si elle continuait de le contempler de la sorte, quand la voix de McGonagall couvrit celles des autres, réduisant la pièce au silence le plus total.

« Albus, où est Alastor ?! » s'exclama brutalement la sorcière en parcourant la cuisine du regard.

Un court silence suivit sa question. Puis ce fut l'agitation. Tous se tournèrent vers le Directeur avec des yeux ronds, presque suppliants et Draco se sentit d'autant plus mal à l'aise. Parce que le sort de Maugrey Fol'œil ne le touchait pas. Bien sûr il était désolé que quelqu'un soit mort -parce qu'il n'y avait qu'à voir la tête des jumeaux et de Dumbledore pour comprendre que l'Auror était mort- mais ça ne le touchait pas.

« Non… » gémit Tonks.

« Albus… » supplia Mrs Weasley comme si ça allait ramener leur ami…

Mais le Directeur se contenta de secouer la tête et ça réduisit les maigres espoirs qui subsistaient dans le cœur des membres de l'Ordre au néant. Tonks enfouit sa tête dans la poitrine de Lupin, Mrs Weasley se laissa aller contre son mari… Potter ferma les yeux, la mâchoire contractée à l'extrême…

Le visage de Severus était neutre, fermé. Il ne laissait rien paraitre de ses émotions et si Draco ne l'avait pas aussi bien connu, il n'aurait sans doute pas été capable de discerner la lueur attristée dans son regard. Un reniflement suspect à côté de lui le poussa à tourner la tête vers Granger. Sans surprise, il y avait des larmes coulant librement sur ses joues, mais elle luttait apparemment pour les refouler.

« Alastor est parti comme il l'aurait voulu, baguette à la main. » déclara finalement Dumbledore quand le silence se fit trop pesant. « Rappelons-nous de lui comme du héros qu'il était… »

Si possible ça ne fit qu'augmenter les sanglots de Mrs Weasley. Draco leva les yeux au ciel, Tonks pleurait doucement dans les bras de Lupin mais ne faisait pourtant pas autant de bruit que l'autre femme. Les Weasley… pensa-t-il avec mépris.

« Nous devons nous organiser. » intervint Shaklebolt au bout de quelques minutes et Mrs Wealsey se redressa, laissant son regard voyager sur les six adolescents.

« Absolument. » approuva-t-elle. « Il faut… »

« Pour le moment. » coupa Dumbledore aussi poliment qu'il le put. « Nous devrions surtout nous reposer. Cette maison est sûre. Du moins pour l'instant. »

« Mais le Fidelitas risque de ne pas tenir. » remarqua calmement Severus. « Le Seigneur des Ténèbres parviendra à le briser. Avec le Coffret… »

Le regard anxieux de Draco se posa sur le Directeur. Celui-ci semblait vieux et fatigué. Il acquiesça lentement aux paroles du Professeur.

« Severus a raison. Néanmoins, je maintiens qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer immédiatement. » temporisa Dumbledore devant les expressions effrayées. « Allons nous coucher, dormons quelques heures et nous discuterons de la suite, plus tard. »

Mrs Weasley secoua la tête avec un air maladivement inquiet.

« Les enfants. » protesta-t-elle. « Il faut mettre les enfants à l'abri. »

Cette fois, Draco ne put retenir un petit rire amer. C'était une erreur. Tous les regards se tournèrent vers lui et la plupart étaient plus qu'hostiles.

« Tu as quelque chose à dire, la fouine ? » lança Ron, avec agacement.

Le Serpentard conclut que se moquer de sa mère alors qu'il y avait cinq Weasley dans la pièce n'était pas la meilleure idée qu'il ait eue aujourd'hui. Ceci dit, il n'avait vraiment pas eu d'idées brillantes aujourd'hui. Il suffisait de voir où il était maintenant…

« Il me semble vous avoir déjà dit que je ne tolèrerai pas ce genre de propos, Mr Weasley. » gronda Severus de l'autre côté de la pièce.

« Ne parlez pas comme ça à mon fils, Severus. » répliqua immédiatement la femme replète, les mains sur les hanches et une expression furieuse sur le visage.

Le Professeur de Potions se redressa de toute sa hauteur et toisa la femme avec mépris.

« Je trouve juste amusant… » intervint Draco avant que ça ne dégénère. « que vous pensiez que nous puissions être à l'abri ailleurs qu'ici. » Sans parler qu'il détestait qu'on se réfère à lui comme à un enfant. Il n'avait plus été un enfant depuis longtemps…

« Et pourquoi ça, jeune homme ? » demanda Mrs Weasley avec mécontentement. Il était évident qu'elle ne l'aimait pas beaucoup. Mais là encore, les Weasley et les Malfoy étaient ennemis depuis des générations…

« Parce que, bien que ce ne soit probablement pas le cas de Granger et de vos fils, il est clair que Potter et moi serons condamnés à une mort lente et douloureuse à la minute où le Seigneur des Ténèbres mettra la main sur nous. Et je vois mal où je serai plus en sécurité qu'auprès de Dumbledore, Madame… »

Il inclina brièvement la tête en direction du vieux sorcier qui lui sourit gentiment en retour.

« Et bien… » persiffla Mrs Weasley, visiblement peu encline à être mouchée par un gamin de son âge. « Je vois que l'autosuffisance se transmet de père en fils… Te comparer à Harry, mon garçon… »

Draco manqua soupirer mais heureusement pour lui, ses manières étaient impeccables. Ne jamais montrer d'impertinence envers un aîné. C'était une leçon qu'il avait apprise à coup de taloche derrière le crâne. Il était clair en revanche que la mère de la belette l'avait pris en grippe et n'avait pas fini son discours.

« Malfoy a raison, Mrs Weasley. » intervint doucement Potter, coupant la diatribe de la femme. « Il a choisi de s'opposer à son père. Il a trahi Voldemort. Ca ne l'a certainement pas mis dans ses bonnes grâces… »

« Ca reste à prouver. » rétorqua Ron.

« Rien ne prouve que ce n'est pas un coup monté, en effet… » renchérit Black « Une façon de nous infiltrer pour… »

« Vous êtes ridicules ! » tonna Severus et il était clair pour Draco qu'il dut se retenir pour ne pas partir dans une quinte de toux.

« Pas tant que ça ! » répondit Mrs Weasley avec virulence. « Il savait que vous le défendriez et c'est l'occasion rêvée de se rapprocher d'Harry… Peut-être même de chercher à le tuer ! »

Elle eut une expression horrifiée à cette idée et les regards posés sur lui se durcirent. Instinctivement, il fit un pas en arrière. Dire qu'il fut surpris quand Granger se plaça devant lui et que Potter la rejoignit était un euphémisme.

« Ca suffit. » déclara Potter avec calme « J'ai confiance en Draco. Vous êtes en train de devenir paranoïaques. »

« Etre paranoïaque est le seul moyen de gagner cette guerre. » renvoya Black, excédé, en faisant un pas en avant. « Et je trouve ça étrange que tu sois tout à coup ami avec des gens que tu détestais la semaine dernière… Réfléchis, Harry… Es-tu sûr de ne pas être sous l'influence d'un sort ? »

« Sirius… » intervint Lupin. « Malfoy ne pourrait pas jeter un Impérium… Il est trop jeune. Il ne saurait pas le maintenir… »

« Je ne pense pas à Malfoy. » grogna l'évadé en jetant un regard noir à Severus. Néanmoins un froncement de sourcils réprobateur de Dumbledore l'empêcha de vocaliser ses soupçons.

Draco se demandait sincèrement à quel moment le Directeur allait s'interposer. Il ne l'avait tout de même pas autorisé à venir pour le laisser se faire lyncher si ? Oh, qu'il regrettait le jour où il s'était confié à Granger… Plus ça allait et plus il pensait que l'autre voie qui s'offrait à lui aurait été plus simple…

Black avança vers lui avec détermination, ignorant les protestations de Potter et de Granger, et celles, plus faibles, de McGonagall qui persistait à dire que menacer un élève n'était pas correct. Par réflexe, le Serpentard tira sa baguette. Légitime défense, totalement.

« Je t'interdis de t'approcher de mon filleul. » gronda Severus, en attrapant le bras de son rival et en l'envoyant voler vers l'arrière. Black heurta la table mais parvint à garder son équilibre.

Draco quant à lui se sentit nettement plus rassuré avec son parrain posté devant eux. Potter et Granger semblèrent se détendre eux aussi.

« Tu tournes bien autour du mien ! » rétorqua Black avec rage. « Tu travailles toujours pour Lui, j'en suis sûr ! Et tout ça n'est qu'un plan ! Une machination ! Dis nous ce que… »

« La loyauté de Severus n'est pas soumise à questions, Sirius. » coupa fermement Dumbledore, avant que son regard fatigué ne tombe sur Draco. « Ni celle de Mr Malfoy, d'ailleurs. »

L'affirmation tranquille du Directeur sembla rassurer Shaklebolt, Tonks et McGonagall. Lupin resta dubitatif mais ni les Weasley, ni Black n'eurent l'air convaincu. Si possible, ça enragea davantage encore ce dernier qui observait maintenant Severus avec une haine virulente. Le Professeur de Potions ne bougea pas, affrontant avec un stoïcisme blasé les regards emplis de doutes qui se tournaient vers lui.

« Maintenant, Molly. » reprit calmement le Directeur. « Si vous vouliez bien jouer les hôtesses et nous répartir dans les différentes chambres… » Il jeta un regard alentour, calculant probablement combien ils étaient. « Je suppose qu'il va nous falloir partager… »

En moins d'une seconde, l'ambiance s'allégea considérablement. Tous rêvaient visiblement d'un lit où dormir… Draco se détendit légèrement, constatant qu'au moins lorsqu'il craignait pour sa vie, les douleurs dans ses muscles s'étaient apaisées.

D'une oreille distraite, il écouta Mrs Weasley calculer rapidement qui pouvait partager avec qui et fut un peu étonné de constater qu'elle l'avait mis dans la même chambre que la belette et Harry. Il aurait pensé qu'elle l'aurait jeté dans les pattes de Severus, et tenu aussi loin du Survivant qu'elle l'aurait pu. Après tout, il était un assassin en puissance…

Mais il comprit vite que c'était pour laisser aux adultes des chambres à eux seuls. Seule McGonagall fut condamnée à partager une pièce avec Granger. Et c'était principalement parce que c'était la seule femme célibataire. Mrs Weasley était vieux jeu… il devrait le garder en tête pour plus tard. Que croyait-elle ? Qu'ils allaient se jeter sur Granger dès qu'elle aurait le dos tourné ? Enfin, son fils en avait probablement envie…

Tandis que les autres se dispersaient rapidement, rejoignant les chambres qui leur avaient été assignées, Draco traina derrière pour attirer l'attention de son parrain sous l'œil vigilant de Black. Néanmoins, l'homme ne fit pas de crise. Probablement parce que Potter l'attendait près de la porte. Au cas où il se perde… C'était gentil mais ça agaça Draco. Il n'avait pas besoin qu'on s'occupe de lui. Le Balafré ferait mieux de s'intéresser à l'amitié chancelante de Weasley…

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Exaspéré, Harry ouvrit la première porte qui s'offrit à lui –et qui se trouva être la salle de bain du deuxième étage- et prenant bien soin de la refermer derrière lui, s'installa avec soulagement sur le sol, dos appuyé sur la baignoire. Fermant les yeux, il tenta de combattre la migraine qui assaillait ses tempes.

Il adorait Mrs Weasley mais, vraiment, elle était épuisante.

Trois jours qu'ils étaient là et il en avait déjà assez. Quinze personnes dans une maison de cette taille était tout bonnement intenable. Sans compter que depuis que Dumbledore et Snape, après avoir plus ou moins consulté les autres, avaient décrété que pour l'instant le Square Grimmaurd était l'endroit le plus sûr, c'était l'enfer. Ils étaient bloqués ici. Pour une durée indéterminée. Et ils n'étaient pas capables de s'entendre.

Harry était habitué à avoir un certain espace personnel. Il avait besoin de son espace personnel. Or entre Mrs Weasley qui le surveillait sans arrêt de peur que Malfoy tente de l'assassiner, tout en lui confiant, à lui et aux autres, des taches ménagères censées rendre la maison habitable mais qui se révélaient totalement inutiles et irréalisables, les querelles journalières entre Snape et Sirius, celles de Ron et Draco, celles de Ron et Hermione, l'hostilité croissante de l'ancien Mangemort à son égard… Il n'en pouvait plus.

Nettoyer le grenier sous la houlette de Mrs Weasley attendrait.

Le garçon ne savait pas trop comment réagir à l'attitude du Professeur de Potions. Bien entendu avant d'être coincé ici, ils n'avaient eu que trois ou quatre conversations… aimables. Mais Harry avait pensé qu'ils étaient en progrès, or… Depuis le sermon qu'il lui avait passé dans la cuisine le premier jour de leur arrivée, il lui avait à peine adressé la parole et seulement pour faire des remarques sarcastiques.

Il hésitait presque à cesser d'essayer de convaincre Sirius d'être aimable…

La porte de la salle de bain claqua et il ouvrit les yeux, immédiatement sur ses gardes. Mais ce n'était que Ron, qui avait l'air aussi exténué que lui. Il marqua un temps d'arrêt en le voyant assis là. Et Harry manqua soupirer. Sa relation avec le Griffondor semblait souffrir de l'amitié fragile qui commençait à naître entre Draco et lui. Mais il n'avait aucune envie de choisir entre les deux garçons…

« Qu'est ce que tu fais là ? » demanda le roux, en venant s'asseoir en face de lui.

Harry haussa les épaules. « J'essaye d'échapper à ta mère. »

Il espérait que Ron ne le prendrait pas mal. Il avait la fâcheuse tendance de tout mal comprendre en ce moment… Mais le roux éclata de rire.

« Oui. » acquiesça-t-il. « Elle essaye de nous transformer en elfe de maison… »

Le Survivant ne put qu'approuver. Le nettoyage était censé les empêcher de trop penser aux évènements extérieurs, mais ça n'avait pas du tout l'effet escompté sur Harry. Il ne cessait de ressasser la mort de Fol'œil… Il y avait un nouveau fantôme dans les cauchemars qui peuplaient ses nuits…

« Elle ne viendra pas nous chercher ici, hein ? » supplia presque Ron.

« A moins qu'elle n'ordonne à quelqu'un de récurer la baignoire… » plaisanta Harry « Je ne pense pas. »

Le roux ouvrit la bouche mais avant qu'il ait pu répondre, la porte de la salle de bain claquait à nouveau, cette fois sur la silhouette essoufflée de Draco Malfoy. Il se tourna vers eux en se passant la main dans les cheveux, et eut un instant de surprise en les trouvant là. Harry ne put s'empêcher de se sentir mal pour lui en voyant la détresse fugitive passer sur ses traits.

Draco n'avait pas eu des journées faciles dernièrement. Mis à part Dumbledore, Hermione, Snape, lui et dans une moindre mesure McGonagall, Remus, Tonks et Kingsley, personne ne se souciait d'être aimable avec lui. Il était l'intrus. Le traître supposé que tous regardaient avec mépris et suspicion.

« Qu'est ce que vous faites ici ? » demanda-t-il, hésitant visiblement entre s'installer et ressortir.

Tranquillement, Harry tapota l'espace à côté de lui.

« On se cache de la mère de Ron. » répondit-il calmement, ignorant les regards meurtriers que le roux envoyait en direction du Serpentard.

« Et dire que je me plaignais que la mienne était stricte ! » soupira le blond en s'asseyant en tailleur à côté de Harry. « Cette femme est un vrai dragon. »

« Ne parle pas de ma mère comme ça, la fouine. » gronda Ron, la main déjà dans la poche pour sortir sa baguette.

« Il plaisante. » tenta d'apaiser Harry, en fronçant les sourcils. Ca convainquit l'autre Griffondor de ne pas essayer de tuer Malfoy. « Qu'est-ce qu'elle te voulait ? »

« Que je trie ce qu'il y a dans les cartons du placard du rez-de-chaussée. Severus n'a pas voulu parce qu'il trouvait ça trop dangereux… » Un sourire amusé étira les lèvres du garçon et il secoua la tête. « Il doit se mordre les doigts d'être intervenu… »

« Pourquoi ? »

La curiosité avait presque remplacé l'hostilité dans la voix de Ron et bien qu'il se doutât que ce soit passager, Harry jugeait que c'était une amélioration.

« Parce que ta mère a admis qu'il avait raison et que c'était dangereux pour des enfants… » Malfoy expulsa le mot avec mépris « de toucher des objets étant possiblement ensorcelés. Mais il faut bien trier, alors… Elle a mis les adultes au travail… »

L'idée de Mrs Weasley obligeant Snape, McGonagall, Sirius et les autres à faire le ménage était hilarante mais, curieusement, pas si dure à imaginer. Cette femme avait une poigne de fer…

« Non ?! » s'exclama Ron avec amusement. « Il faut que je voie ça ! »

Il commença à se lever mais Malfoy eut un geste dissuasif de la main. « A ta place, je m'abstiendrai. Il y a plein d'endroit dans cette maison qu'il n'est pas dangereux de nettoyer… »

Le roux sembla considérer la chose pendant un moment avant de se laisser à nouveau tomber en face d'eux.

« Oui, finalement… J'irai plus tard… »

Harry secoua la tête, prêt à faire une remarque sur le courage ahurissant de Ron quand la porte de la salle de bain s'ouvrit une nouvelle fois. Hermione ne s'arrêta même pas avant de venir s'asseoir près du cadet des Weasley, ignorant du mieux qu'elle put les regards inquiets posés sur elle. Ses yeux rouges indiquaient clairement qu'elle venait de pleurer.

« Qu'est-ce que vous faites là, les garçons ? » demanda-t-elle d'un ton faussement léger.

« Qu'est-ce qu'il y a, Mione ? » attaqua immédiatement Harry.

La jeune fille soupira et ramena les jambes contre sa poitrine, posant son menton sur ses genoux.

« Dumbledore voulait te parler, non ? » insista Ron et Hermione ferma les yeux, luttant visiblement contre des larmes. « Qu'est-ce qu'il t'a dit ? »

« Quel tact, Weasley… » siffla Draco, au moment précis où Harry s'apprêtait reprocher à son ami exactement la même chose.

« Mêle-toi de tes affaires, sale fouine ! » répliqua immédiatement Ron.

« Arrêtez de vous disputer, c'est épuisant ! » explosa Hermione.

Harry était certain que Draco avait été sur le point de répliquer, mais il garda néanmoins le silence. Ron fit la même chose mais avec beaucoup plus de difficultés.

« Est-ce que ça va, Mione ? »

C'était probablement une question idiote mais Harry ne voyait pas quoi demander d'autre. Il ne voulait pas pousser si elle ne voulait pas en parler mais il était quand même inquiet pour elle…

Lentement, la jeune fille hocha la tête, souriant faiblement.

« Ce n'est rien, vraiment… Je suis vraiment stupide. »

Harry et Ron échangèrent un regard presque amusé. Hermione stupide…

« Ca j'en doute. » répondit Draco d'un ton moqueur.

Gentiment moqueur, se devait de préciser Harry. Et ça ne plaisait pas du tout à Ron visiblement. Au moins, ça eut un effet positif sur Hermione, qui sourit un peu plus franchement, avant de prendre une grande inspiration.

« Dumbledore m'a dit qu'il s'était occupé de mettre mes parents à l'abri, quelques jours avant que le Ministère ne tombe. Il pensait que je serai plus en sécurité avec l'Ordre vu que ce n'est un secret pour personne que je suis la meilleure amie d'Harry… »

Le garçon se sentit doublement mal. Non seulement Hermione et Ron étaient en danger à cause de lui, mais qui plus est, il avait totalement oublié les parents de la jeune fille. Et elle ne s'était jamais plainte…

« Si tes parents sont en sécurité, il n'y a aucune raison de pleurer, Mione. » la gronda gentiment le roux.

Harry et Draco levèrent les yeux au ciel au même instant. Hermione se contenta de se secouer la tête mais avant qu'elle ait pu expliquer à Ron que ce n'était pas parce qu'ils n'étaient pas en danger qu'elle n'était pas triste d'être séparée d'eux pour Dieu seul savait combien de temps, la porte de la salle de bain claquait.

Les quatre adolescents observèrent avec amusement l'homme s'appuyer sur le battant pour le fermer correctement, tout en marmonnant quelque chose à propos de femmes au foyer qui seraient pires que des Mangemorts. Harry songea avec amusement que cette salle de bain devenait l'endroit à la mode.

Dans un soupir, accompagné du claquement rageur de ses robes, Snape se tourna et resta figé devant les quatre regards fixés sur lui. Il était évident qu'il ne s'était pas aperçu que la salle de bain était occupée avant d'y trouver refuge.

« Que faites-vous, ici ?! » aboya-t-il

Pourquoi tout le monde posait-il la même question ? Harry manqua sérieusement éclater de rire. Il ne savait pas si c'était ses nerfs qui craquaient mais honnêtement, il trouvait la situation plutôt comique… Qu'eux se réfugient dans la salle de bain pour échapper aux élans dictatoriaux de Mrs Weasley, soit. Mais Snape…

Les autres devaient partager son amusement parce que Ron baissa brusquement la tête, les lèvres tremblantes d'un rire contenu. Hermione fixait avec obstination le pied de la baignoire. Il était certain que la main qu'elle avait posée sur sa bouche dans une fausse attitude pensive dissimulait un fou rire. Draco, comme lui, avait des difficultés à garder son sérieux mais faisait de son mieux.

« On essaye d'échapper à la femme au foyer pire qu'un Mangemort. » expliqua le blond, en reprenant l'expression qu'avait utilisée Snape.

Et allez savoir pourquoi, Harry trouva la remarque hilarante. Incapable de se retenir plus avant, il pouffa et ça déclencha une réaction en chaîne. Ron éclata de rire, aussitôt imité par Hermione et Draco.

Et le pire, c'est que plus Snape leur ordonnait d'arrêter, de se ressaisir et de s'expliquer, plus les adolescents riaient. A croire qu'on leur avait jeté un sort… Harry en avait mal au ventre. Mais au moins il ne pleurait pas littéralement de rire comme Hermione…

L'arrivée fracassante de Sirius, apparemment surpris de trouver tant de monde dans la salle de bain, qui commençait à se révéler petite, ne fit rien pour apaiser la folie qui s'était emparée d'eux.

« Qu'est-ce que vous faites, ici ? » demanda-t-il, innocemment.

Harry tenta de respirer calmement, mais rien n'y fit. La vue de Malfoy, penché en avant, à moitié en train de suffoquer tellement il riait, le fit repartir de plus belle. Il était vaguement conscient que le regard noir de Snape était censé le décourager mais celui si choqué et curieux de Sirius était trop…

« Tu leur as jeté un sort ou quoi ? » accusa immédiatement son parrain en se tournant vers Snape qui leva les yeux au ciel.

« Oh, oui, Black… J'adore voir mes élèves se rouler par terre comme des crétins… »

Ron était hilare. Mais il fallait admettre que l'idée de Snape les forçant à rire… Harry n'en pouvait plus. Il se mordit la lèvre et entreprit de se calmer autant qu'il le put, allant même jusqu'à penser à Voldemort pour apaiser les soubresauts que faisait son estomac. Constatant qu'il s'était repris, le Professeur de Potions se tourna vers lui.

« Consentiriez-vous à nous expliquer ce qui est si amusant, Mr Potter ? »

Ce n'était probablement pas une bonne idée… Et il manqua replonger dans un nouveau fou rire. Mais heureusement, Hermione avait également réussi à se ressaisir et lui épargna de devoir répondre.

« Pardon, Professeur. » intervint-elle avec tout le respect qu'elle put rassembler, malgré la rougeur qui colorait ses joues. « Je suppose qu'on a… craqué. »

Ron qui s'était lui aussi calmé dût trouver ça irrésistible parce qu'il se remit à rire sous le regard désapprobateur de Snape. Sirius, lui, accepta ça avec un grand sourire.

« Mieux vaut rire que pleurer. » commenta-t-il en haussant les épaules.

« Se maîtriser est préférable à cet étalage de… sentiments. » contra Snape d'un air dégouté.

L'Animagus leva les yeux au ciel. « Ce n'est pas parce que tu as un balais dans le… »

« Ca ne se reproduira plus, Professeur. » coupa Harry précipitamment.

La perspective d'une nouvelle prise de bec entre les deux hommes calma rapidement les adolescents. Mais Snape ne semblait pas particulièrement avoir envie de se disputer avec Sirius. Au lieu de ça, il se tourna vers Draco.

« Je pensais que Molly t'avais demandé de nettoyer dans le cellier. »

N'importe qui aurait tressailli sous l'air menaçant du Professeur. Draco sourit simplement d'un air innocent.

« La seule chose que je sais faire avec un balais, c'est voler. » répondit-il.

Harry ne put retenir un reniflement moqueur. « Et encore… »

Ca lui valut une bourrade amicale que Sirius et Ron accueillirent d'un œil noir. Ils n'eurent en revanche, ni l'un ni l'autre, le temps de commenter quand la porte s'ouvrit sur les jumeaux Weasley.

« Qu'est-ce que vous faites là ? » s'exclamèrent-ils dans un accord parfait, visiblement surpris.

« Ferme la porte, Fred ! » ordonna vivement Ron, craignant que sa mère ne finisse par les repérer.

Néanmoins, avant qu'il ait pu repousser le battant, un chat tigré se faufila par l'entrebâillement dans un crachement rageur. Une seconde plus tard, la directrice des Griffondors les dévisageait tous tour à tour avec stupéfaction.

« Qu'est-ce que vous faites tous là ? »

Elle ne comprit pas pourquoi les quatre cinquième année éclatèrent brutalement de rire, rejoint bien vite par Sirius Black…