Courage, chers lecteurs... vous vous doutez bien que quelque chose va arriver.
Je souhaite remercier toutes celles et ceux qui m'ont suivie avec fidélité jusqu'à présent. Vos commentaires on et off-line / cfr le FOFO :-) / me vont droit au coeur... et, c'est une certitude, m'encouragent à poursuivre mon travail d'écriture.

Amicalement,
Prolixius5


Chapitre 21

Slade leur indiqua la route jusqu'à la villa située au bout de Whitmore, située à environ deux kilomètres de l'endroit où son frère Jo avait trouvé la mort.

La villa était en retrait, des arbres la camouflaient en grande partie, les rideaux étaient tirés à chaque fenêtre.

Starsky se gara de façon à ne pas être vu et pour une fois, il regretta d'avoir pris la Torino, elle n'était vraiment pas discrète.

"Est-ce qu'elle t'attend?" demanda-t-il à Slade.

"Oui. Avant d'aller à la pharmacie, je suis passé acheter des peluches, elle voulait les offrir à ses... aux gamins."

"Bon. Tu vas y aller. On sera derrière toi. Pas de blague, hein? Si tu fais exactement ce qu'on te dit, ça pourrait compter lors de ton passage devant le juge. Hutch, appelle le Central et demande-leur d'envoyer du renfort. Et une ambulance. Et un médecin! Et surtout qu'ils viennent sans ameuter tout le quartier avec leurs sirènes!"

Il reporta son attention sur la maison.

"Tu es certain qu'il n'y a que Seldon et les enfants?"

"Oui."

"Bon, tu vas y aller. On te suit. Dès que tu seras à l'intérieur, assure-toi qu'elle n'est pas près de l'entrée. Tu laisses la porte entrouverte. Il y a un autre accès?"

"Oui, la cuisine. Il y a une porte derrière qui donne sur le jardin."

"Elle est ouverte?"

"Non, mais je peux l'ouvrir."

"OK." intervint Hutch. "Je passerai par derrière. Mais il ne faut pas qu'elle soit dans la cuisine sinon j'aurai l'air malin."

Ils donnèrent encore quelques instructions à Slade avant de le faire sortir. Ils lui enlevèrent les menottes.

"Les peluches!!" s'écria-t-il soudain. "Elles sont restées dans ma voiture!"

"Tant pis. T'as qu'à inventer une histoire. Et t'as intérêt à être convaincant!"

Slade avança lentement vers la maison en longeant le trottoir depuis le bout de la rue, pour que Maggie ne le voit pas venir depuis une fenêtre. Starsky le suivait à quelques mètres, en se cachant derrière les arbres et les palissades des maisons avoisinantes. Hutch passait par les jardins et tentait de rejoindre l'arrière de la maison sans se faire repérer.

Lorsque Slade parvint à la porte d'entrée, il utilisa sa clé pour ouvrir, laissa la porte béante, le temps de s'assurer que Maggie n'était pas au rez-de-chaussée. Il fit signe à Starsky qui se glissa furtivement derrière lui et se cacha dans un recoin de la pièce. Il l'entendit parler à l'étage. Il dégaina son arme.

Slade alla sans bruit déverrouiller la porte de la cuisine et fit entrer Hutch.

"Bon et maintenant, qu'est-ce que je fais?" murmura Slade.

"Monte, ça la rassurera. Et tâche de la faire sortir de la pièce, il faut qu'elle s'éloigne des enfants."

Slade monta l'escalier, très lentement. Lorsqu'il fut sur le pallier, il attendit d'être certain que Maggie était avec les enfants et fit signe à Starsky qui le rejoignit avec la discrétion d'un félin à à l'affût. Le policier se cacha à l'entrée de la salle de bains sur la droite du couloir. Devant lui se trouvait la chambre d'où provenaient les voix des enfants et de Maggie. Hutch monta à son tour et rejoignit son coéquipier. Ils entendaient Maggie parler aux enfants. Sa voix était douce, maternelle. Parfait! Elle ne se doutait de rien. Hutch se déplaça et alla se poster dans un recoin près de la porte de la chambre sur la droite. Il fit signe à Slade d'agir comme convenu.

"Maggie, c'est moi." dit Slade à voix haute.

"Oui, je t'ai entendu, Marvin. As-tu apporté les nounours?" demanda-t-elle d'une voix détendue, tout en continuant à parler aux enfants qu'on entendait babiller.

"C'est-à-dire que... le magasin était fermé."

"Fermé? Pourquoi n'as-tu pas été voir ailleurs?"

Slade ne savait quoi répondre, regarda Hutch, le questionna du regard. Hutch lui fit signe de garder le silence, portant l'index à ses lèvres. Slade recula de quelques pas. Hutch lui fit signe de s'écarter de la ligne de mire de Starsky, en position derrière lui.

"Slade?"

Hutch lui fit signe de se taire.

"Slade, réponds, nom d'un chien!"

La voix de Maggie se rapprochait.

Hutch vit une ombre dans l'embrasure de la porte de la chambre. Lorsqu'elle sortit et vit Slade pétrifié, elle s'arrêta et vit son regard apeuré. Elle n'eut pas le temps de réagir et sentit un objet dur et métallique contre son flanc droit.

"Surtout, pas de geste brusque!" dit doucement Hutch, ne voulant par effrayer les enfants.

Au même moment, Starsky sortit de la salle de bains, son arme pointée sur elle. Maggie ne bougeait toujours pas. Tandis que Starsky se rapprochait, le regard de la femme passa de l'un à l'autre. Elle était calme, comme si elle s'était attendu à leur visite. Elle se tourna et regarda les enfants, assis sur le tapis. Ils jouaient avec des cubes de couleurs. Maggie les regarda, l'air attendri. Les policiers l'entendirent murmurer.

"Ils sont trop mignons, vous ne trouvez pas? Regardez-les, je leur ai acheté ces cubes la semaine dernière et ils ne jouent plus qu'avec ça... Il est bientôt l'heure, il faut que je prépare leur repas. Ils adorent la purée de carottes. Slade, tu as pensé à acheter des carottes? Et des crèmes à la vanille?"

Starsky posa son regard tour à tour sur Maggie, Slade et enfin Hutch. Les deux détectives échangèrent un regard. Maggie avait déconnecté! Hutch passa les menottes autour des poignets de Maggie en lui énonçant ses droits, mais il doutait qu'elle ait vraiment compris ce qui était en train de lui arriver.

Starsky fonça dans la chambre, s'arrêt net à un mètre des petits. Ils empilaient les cubes en une tour qui s'effondrait immanquablement. Les enfants éclataient de rire à chaque fois. Il s'assit en tailleur près d'eux.

"Bonjour Maria. Bonjour Christopher." dit-il avec douceur.

Les enfants le regardèrent, et lorsqu'il virent cet homme brun aux cheveux frisés au regard bleu pétillant et son sourire immense, ils lui tendirent des cubes pour qu'il les aide à reconstruire leur tour. Il posa la main sur les cheveux de Maria, puis de Christopher. Maggie regardait dans la direction des enfants, les yeux perdus dans le vague, les larmes coulaient le long de ses joues. Slade ne bougeait pas.

Ils entendirent des véhicules s'arrêter devant la maison. Hutch fit signe à Slade de descendre devant lui, tandis qu'il emmenait Maggie, sans résistance. Il confia chacun aux policiers et au médecin qui venait d'arriver.

Lorsqu'il remonta à l'étage, Starsky jouait toujours avec les enfants. Il les regarda tous les trois et pensa à Catherine. Starsky leva les yeux vers Hutch. Celui-ci vit dans les yeux de David un mélange de fierté, de bonheur et de tristesse. Et il en comprit la raison.

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Les enfants furent ramenés chez leur famille respective. Après un moment d'hésitation alors qu'ils cherchaient Maggie des yeux, ils finirent pas se blottir dans les bras de leurs parents en pleurs.

Les deux détectives se rendirent ensuite au Central. Dobey les félicita, sans emphase. Il savait leur faire comprendre d'un regard ou au son de sa voix qu'ils étaient ses éléments les plus précieux dans son équipe. De grandes déclarations étaient superflues entre eux. Dobey acceptait même de la part de ses "fils" - comme il aimait parfois à les appeler - plus d'entorses au règlement qu'aucun autre responsable de service. Les policiers préparèrent un rapport préliminaire sur les circonstances de la double arrestation, rapport qu'ils peaufineraient peu après.

Marvin allait probablement écoper de quelques années, tandis que Maggie semblait avoir complètement perdu le sens de la réalité et continuait à parler des enfants comme si allait les retrouver un peu plus tard. L'examen psychiatrique allait certainement révéler que Maggie étaitdevenue folle. Elle n'avait fait aucun mal aux enfants, les avait traités avec beaucoup de tendresse.

L'ex-infirmière Maggie Seldon allait subir un interrogatoire, des tests psychiatriques, une évaluation de son QI, selon les procédures en vigueur dans ce genre de cas. Si l'on prenait en considération sa carrière exemplaire, son casier vierge avant les récents événements et la façon dont elle s'était occupée des enfants à leur naissance, ces éléments pourraient le cas échéant adoucir légèrement la sentence. Toutefois, elle s'était rendue coupable d'enlèvements de mineurs, avec préméditation puisqu'il y avait des complices et une surveillance préalable des déplacements des enfants et des personnes qui s'en occupaient. Si les psychiatres parvenaient à faire prendre en compte le fait qu'elle ait pu agir sous le coup du choc de l'avortement dont elle avait été victime, la sentence aurait pu être allégée. Le problème était que deux ans s'étaient écoulés entre son propre drame et le crime pour lequel elle venait d'être arrêtée. Si de plus, le jury était composé en majorité d'hommes, elle risquait d'écoper de dix ans de prison, au moins. Ou l'asile psychiatrique à long terme. Son complice quant à lui, écoperait d'un peu moins.

La suite appartenait désormais aux médecins, aux avocats, au tribunal, au juge prononçant la sentence.

Les deux détectives étaient simplement heureux d'avoir vu dans les yeux de chacun des parents un immense soulagement, des larmes de joie, des étreintes si fortes qu'ils avaient presque pleuré avec eux.

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*-*-*-*-*-*-*

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Starsky avait refusé l'invitation du blond à venir passer la soirée chez lui. Il n'avait pas envie de fêter la fin de l'enquête. Même si tout se terminait bien pour les enfants, Hutch sentit qu'il demeurait dans le cœur de son ami un sentiment d'inaccompli. Il manquait quelque chose.

Aussi décida-t-il de s'inviter de force chez Starsky. Auparavant, il appela Catherine pour lui annoncer le changement de plan.

Vers sept heures moins le quart, il frappa chez Starsky et comme celui-ci de répondait pas, il entra. Ils avaient l'un comme l'autre pris cette habitude, sauf si une fille était censée s'y trouver.

Cette fois, c'était différent. Hutch sentait qu'il lui faudrait du doigté pour s'imposer chez son ami. Il le trouva affalé sur le canapé, une bière entamée à la main et le visage renfrogné.

"C'est bien ce que je pensais. Si c'est comme ça que tu soignes ton régime, c'est pas brillant."

"Hutch, s'il te plait, pas ce soir, OK? Suis pas d'humeur." répondit Starsky sans le regarder.

"On se demande bien pourquoi? On a quand même réussi une arrestation sans bavure hier. On a retrouvé les enfants sains et saufs. Qu'est-ce que tu veux de plus?"

"Du calme... Et être seul."

"Dommage, j'ai apporté ça." répondit-il Hutch en posant un plateau de fruits de mer sur la table basse. Il sortit une bouteille de bourgogne blanc de chacune des poches profondes de sa veste.

Starsky se redressa et regarda le plateau avec de grands yeux ébahis. La nourriture agissait souvent comme un anti-dépresseur sur le brun et Hutch connaissait toutes les bonnes astuces pour le sortir de sa léthargie.

"C'est quoi, ça?"

"ÇA, c'est encore mieux que le spécial Humphrey Bogart que ta mère m'a décrit il y a quelques années! Ça ne se mange pas, ça se déguste, Starsk. Il est grand temps que tu apprennes à savourer une nourriture saine."

Starsky était intrigué. Il inspecta le plateau.

"Dis donc , il y en a au moins pour quatre!"

"T'inquiète pas. Il y en aura assez." répondit Hutch en prenant le plateau et en se dirigeant vers la cuisine.

"J'ai pas peur qu'il n'y en ait pas assez; j'ai dit qu'il y en avait trop pour nous deux!"

Tandis qu'il passait en revue avec appétit le contenu du plareau, la sonnerie de la porte d'entrée le tira de son inspection culinaire.

"Un dimanche soir?" dit le brun en se levant. "Je n'attends personne... je ne t'attendais même pas toi!" fit-il en jetant un regard dérobé au blond.

"Qui t'a dit qu'on serait deux?" murmura Hutch depuis la cuisine, au moment-même où Starsky ouvrait la porte.

Il n'eut pas de réponse à sa question et se doutait du choc que devait éprouver Starsky en cette seconde précise.

Catherine se tenait devant lui et souriait timidement. Il ne savait en cette minute s'il devait avoir peur ou se réjouir.

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