Chapitre 20 Le cri du désespoir

Je ne savais toujours pas ce que j'avais ressenti exactement mais il s'était passé quelque chose, il ne me restait plus qu'à découvrir ce que cela pouvait être. Tout le monde était passé après moi, pour parler de ses propres choix, sauf Peter qui avoua ne pas s'être penché dessus depuis l'accident de sa soeur. Ce que nous pouvions tous comprendre. J'avais abandonné l'idée de lui courir après, car je savais que c'était peine perdue malgré sa réaction suite la révélation de mon projet. Je ne retrouverai jamais celui qu'il avait été. Pourtant par moment, j'avais cet espoir de le retrouver mais son refus de tout contact me désespérait au plus haut point.

Nous nous retrouvions fréquemment dans la semaine pour un travail d'étude en groupe sur l'histoire de notre pays et ses catastrophes comme l'attaque d'une banque, les feux de forêts ou autres. Nous n'étions pas tous seuls contrairement au dernier devoir qui nous avait rapprochés. Cette fois, Emy, Michaël ainsi que Shannon nous accompagnaient. Les deux premières séances nous servirent à faire des recherches, nous étions allés à la bibliothèque municipale dans une atmosphère plus que tendue, pour la deuxième séance nous avions profité de notre pause déjeuner au lycée, quant à la troisième, Peter proposa de venir la faire chez lui.

- Pas besoin de vous indiquer où il se situe, nous avait-il dit.

Une remarque pas dénuée de sous-entendus puisqu'il faisait allusion à ce qu'il s'est passé il y a plus d'une semaine lorsque nous étions venus au manoir pour aller à la bibliothèque pour des recherches sur Oraïa et que nous l'avions trouvé avec des cartons plein les bras. Cependant, de mèche avec mes amis qui savaient que j'étais mal à l'aise de retourner au manoir après tout ce qui s'y était passé, je déclinai son offre.

- Merci beaucoup pour cette invitation mais je ne serais pas des vôtres cet après-midi mais tenez, c'est ce que j'ai fait hier soir dans mon coin. Je voulais prendre un peu d'avance, on dirait que j'ai bien fait.

Il est vrai que j'avais de mon côté continué à travailler sur notre dossier car je savais que cet après-midi j'aurais plus besoin de trouver les réponses à mes questions que de potasser sur un dossier d'histoire.

- D'accord. Merci d'avoir bossé dessus en tout cas.

Il avait dit cela comme si ça le soulageait que je ne vienne pas.

- De rien.

Je les saluai tous avant de prendre de me diriger vers la sortie du lycée.

Je n'étais pas venue en voiture ce matin donc je marchai pour rentrer chez moi afin de finir mes recherches sur Oraïa avant de prendre contact avec l'un des membres du Conseil. D'ailleurs, je ne savais toujours pas comment m'y prendre mais bon chaque chose en son temps parait-il.

Lorsque j'entendis un cri qui provenait de quelque part sur ma droite. Mon corps se raidit, ma colonne vertébrale se contracta ainsi que tous mes muscles et un frisson me parcourut jusqu'à la pointe de mes pieds. Sans perdre de temps, je courus dans la direction des cris mais ils étaient arrêtés. Je regardai aux alentours mais ne vis rien, ce qui était particulièrement frustrant, croyez-moi. Je mis mon téléphone portable en silencieux juste au cas où et je continuai à avancer suivant mon instinct pour une fois. Une odeur de rouille se faisait sentir, je savais parfaitement ce dont il s'agissait et que j'étais arrivé trop tard.

Rien ne te dit que c'est surnaturel, pensai-je.

Pourtant, une fois sur place, je fus écœurée par ce que je vis : une femme à l'agonie allongée sur le sol les entrailles lui sortant de son ventre respirant une dernière fois. Mais le pire n'était pas cette image mais ce qui se passait. Je n'avais pas prêté attention jusque-là mais quelque chose bougeait à côté du corps. Une espèce de bestiole avec des pattes mais dontje ne vis pas la tête de suite. Lorsqu'elle sentit ma présence, la tête de la créature se releva dans ma direction et j'eus une subite envie de vomir. Je déglutis. Dans la bouche de cette monstruosité se trouvait un morceau d'intestin de la victime.

- Amanda, chuchota la bestiole.

Elle connaissait mon nom donc ça ne pouvait être qu'un des sbires de Slevin ou d'Oraïa.

- Je ssssavais que tu ne résssssissssterais pas aux cris mais comme tu peux le voir, tu arrives trop tard. C'est du trissssstesssssse. C'est comme cccccela que tu comptes sauver l'humanité ?

Une espèce de serpent croisé avec je ne sais quoi pour avoir des pattes aussi atrophiées. Il s'éloigna du corps pour se positionner à quelques mètres de moi. La femme était morte.

- Enfin on ssssse retrouve faccccce à facccce.

Oraïa...

- Pourquoi maintenant ?

- Ma recrue n'est pas des plus efficaccccces ccces derniers temps ssssurtout quand il ssss'agit de toi. Pourtant avec l'abssssencccce de ton protecteur, il avait de quoi faire et même quand il a eu l'occasion de te tuer, lorsque tu demeurais une jeune petite adolesccccente fragile il en a été incapable. Il est cccensssssé ne plus avoir aucune humanité en lui mais bizarrement lorssssqu'il ssss'agit de toi il faiblit. Quant à la guerrière, j'ai pris un malin plaisir à lui jouer ce petit tour. La pauvre, si naïve qu'elle ne m'a pas vu venir. Ils sssssont toussss morts par ssssa faute. Ccccca m'a rappelé une ccccertaine bataille avec ssson père il y a quelques années où ssssa femme est morte.

Il rit. Un rire qui résonna jusque dans mes entrailles me glaçant sur place.

Maya, c'était donc lui.

Une rage monstrueuse s'empara de moi, j'essayais tant bien que mal de contrôler mes émotions afin de ne pas lui donner satisfaction.

- Comment faites-vous pour être... ça ? Alors que vous êtes censé avoir un énorme trou dans la poitrine.

- Je reprends des forccccces Amanda, Slevin ne pourra pas ignorer très longtemps ce qu'il est, je le forcerai à masssssacrer comme je l'ai forccccccé à tuer tes parents.

Je sentis les larmes monter. J'eus beaucoup de mal à les contrôler si bien que je vis son sourire et son regard satisfait mais je gardai malgré tout mon calme pour ne pas lui donner plus ample satisfaction.

- Qu'avez-vous fait à Maya ?

- Je l'ai blessée mais pas seulement physiquement. Croire en son armée est une énorme faiblesse...

Cette phrase était pleine de sous-entendus et ma pensée alla directement pour mes amis. Il avait réussit à détourner mon attention si bien que je me retrouvai le dos sur la pelouse avec sa tête répugnante comme tout le reste de son corps, à quelques mètres de la mienne.

- Il est ssssi facile de détourner ton attention Amanda.

Feu brûle ses pattes boudinées.

La chaleur me parcourut et je criai de douleur lorsqu'il me griffa à l'abdomen. Mais avec une griffe en feu car mon appel avait fonctionné. Il commençait à se dandiner ne pouvant plus résister à la chaleur des flammes.

- Sensible aux flammes ? Me moquai-je. Pourtant, elles sont source de l'Enfer !

Il recula un peu mais pas assez à mon goût ; c'est alors qu'une idée me vint en repensant à la blessure infligée par mon ex amour. D'un coup franc et assez puissant pour que la douleur soit forte, je lui mis un coup de poing là où était autrefois situé son coeur, si toutefois il en avait eu un. Si bien que son cri de souffrance fit partir tous les animaux qui se trouvaient dans les alentours. Le vent vint l'éloigner de moi sans que je l'appelle. A peine ai-je eu le temps de me relever que la créature dans laquelle il s'était transporté se désintégra.

Je n'eus pas le temps de souffler, je me saisis dans l'urgence de mon téléphone portable appelant trois fois Emy qui ne répondait pas, de même pour Michaël et Shannon. Sans perdre une seule seconde, je courus en direction du manoir en me pliant en deux par moments à cause de la blessure qu'il m'avait infligée.

Faut que je désinfecte pour ne pas me trouver plus mal.

Cependant, je craignais surtout de me transformer en je ne sais quoi de répugnant et démoniaque. Je pensais alors que je n'avais jamais su comment s'était passé la transformation de Slevin. Je ne cessais de courir tout en m'essoufflant, arrivant presque au manoir, il me restait à peine quelques mètres à parcourir quand je me tordis de nouveau à cause de la douleur, moins longtemps toutefois essayant de prendre le dessus.

- Ces quelques pages qu'Amanda a faites vont beaucoup nous aider, fit Peter.

- C'est vrai que ça va nous permettre d'avancer plus vite, répondit Emily.

- Elle vous a dit pourquoi elle ne pouvait pas venir ?

Ils se regardèrent tous les trois connaissant déjà la réponse.

- Il faut que je vous parle de quelque chose, leur dit Peter.

- Ca a pas frappé ? Demanda Michaël.

Ils étaient dans la chambre qui autrefois était rose, aujourd'hui elle était totalement transformée en une pièce où l'on pouvait lire ou bien travailler à plusieurs. Une sorte de bureau.

- Je n'ai rien entendu, répondit Peter.

Un bruit plus fort et sourd se fit entendre.

- Là vous avez entendu ? Insista Michaël.

- Oui, répondit Amanda.

Ils descendirent ensemble.

- Ca frappe vraiment fort je trouve, dit Emy.

Les trois amis échangèrent un regard.

- Appelons-la juste au cas où, dit Michaël.

Peter mit sa main sur la poignée et s'apprêta à ouvrir.

Non sans mal, je fus arrivée à la porte du manoir. Il y avait leur voiture, ils devaient avoir mis leurs téléphones en silencieux afin de travailler sans être dérangés du moins je l'espèrais. La blessure me lançait toujours mais je décidai de l'ignorer. Je frappai plusieurs fois, le plus fort possible en espérant que rien ne leur soit arrivé. J'aurais pu demander au vent afin d'ouvrir la porte mais je n'avais plus assez de force pour l'appeler. J'entendis une voix, c'était celle de Michaël, ils étaient juste là et ils allaient m'ouvrir.

Un soulagement sans fin m'envahit.

Je frappai à nouveau et tombai nez à nez avec Peter. Je devais vraiment avoir une sale tête car il me regarda bizarrement, plus que ces derniers jours depuis son retour. Emily suivie de Michaël courut vers moi pour me soutenir de façon à ce que je ne tombe pas par terre. Je dus, sans m'en rendre compte perdre connaissance car j'eus à peine conscience d'être allongée qu'une fois que je ne sentis plus mes jambes se dérober sous mon corps. Ma blessure ne me faisait presque plus mal.

Tout se brouilla dans ma tête, je les entendais parler comprenant à peine ce qu'ils disaient.

- Qu'est-ce qui lui a fait ça ? Demanda Shannon.

- A ton avis ! Répondit sèchement Emily.

Peter parla mais je compris rien, à vrai dire je replongeai dans l'inconscience, j'eus juste le temps de prononcer le prénom de celui qui m'avait provoqué cette blessure.

- Oraïa, c'est... lui qui... ça.

Mes yeux se fermèrent plus longtemps puis je n'entendis plus rien comme si tout en moi était déconnecté.

POV Maya

J'étais toujours dans mon lit, la douleur à l'abdomen ayant disparu je me sentais de nouveau moi et je n'oubliais pas que je voulais des réponses à mes questions. Voilà presque une semaine que j'étais retenue en captivité dans cette pièce sans aucune visite et je trouvais le temps extrêment long. Je décidais de me lever, j'en avais plus que marre d'obéir aux ordres, d'être un pantin qui se laisse manipuler au péril de sa vie sans connaître la moindre réponse à ses multiples questions qui me taraudaient depuis des jours.

Le couloir était vide mais éclairé par une douce lumière qui me permettait de me guider même si je connaissais un peu les lieux. Les chambres médicales n'étaient pas un lieu de mon Royaume auxquelles j'étais habituée à me rendre, la dernière fois ce fut... à la mort de ma mère. Ce vague souvenir fut assez douloureux pour me mettre les larmes aux yeux. Je chassais cette pensée afin de poursuivre mon but.

J'arrivai à la salle du Conseil où se trouvait mon père qui fut surpris de me voir arriver dans cette pièce remplie de grands sièges occupés par chacun des membres.

- Laissez nous !

Ils sortirent de la pièce sans le moindre mot dans un calme olympique.

- Je veux des réponses.

- Je le sais Maya.

- Alors pourquoi ne pas être venu depuis la dernière fois ?

- Tu n'étais pas prisonnière Maya, tu pouvais sortir de ta chambre quand tu le souhaitais.

- Vraiment ?

- Hum... tu parles comme elle.

- Cessez de la mêler à toutes vos petites contrariétés.

- Je n'ai rien contre elle mais elle est un peu trop rebelle par moments.

- Vous ne pouvez pas l'empêcher d'avoir des réactions humaines.

- Loin de moi cette idée.

- Pourquoi m'avoir éloignée de Peter ?

- Tu ne m'aurais jamais laissé l'éloigner d'Amanda !

- A juste cause, vous l'avez brisé père.

- Qu'en sais-tu ?

- Je le ressens, j'entendais les chuchotements dans les couloirs et ses images juste derrière vous sont la preuve que c'est vrai.

- Sa colère la rendra beaucoup plus forte et une arme redoutable.

- Alors c'est ça ? Gagner à tout prix même en risquant de perdre votre fils.

- Il comprendra. Il a déjà compris.

- Où est-il ?

- Sur terre.

- Vous l'avez renvoyé ?

- On ne peut pas vraiment dire cela.

- Vous êtes aussi aveuglé par la vengeance qu'Oraïa. Finalement vous ne valez pas mieux que lui.

Je sortis sur ses mots retournant là où je vivais avant ma blessure. Je savais que je ne pouvais retourner sur terre tant qu'il ne m'y aurait pas autorisée. Je venais de lui manquer de respect, je n'allais pas non plus risquer qu'il m'éloigne une fois de plus.

Une fois chez moi, je voulus prendre contact avec mon frère, en vain, tout contact était impossible comme si les lignes étaient brouillées.

Je pris le cristal et regardai alors ce qu'il se passait là où je ne pouvais être.

POV Amanda

Je ne sentais plus rien au niveau de l'abdomen, c'était comme si je n'avais jamais été blessée. C'était une sensation apaisante. Je n'ai aucune idée du nombre de jours où j'étais restée allongée mais j'étais sûre d'une chose, je n'étais pas à l'hôpital. Je reconnus l'odeur alléchante d'une cuisine que je connaissais que trop bien, une odeur qui me rappelait mes soirées à manger en face de lui nous disputant une glace. Je compris immédiatement où je me trouvais. La lumière du jour me faisait mal aux yeux mais je réussis à m'y habituer cependant.

La chambre rose, je me retrouvais là où je passais presque toutes mes nuits après des heures d'entraînement. J'étais pourtant persuadée d'avoir vu la pièce différente lorsque Michaël m'y avait déposée. Réfléchir me donnait mal à la tête mais j'étais persuadée qu'il y a avait bien un canapé en dessous de la fenêtre ainsi que des murs différents. Je m'assis dans mon lit et regardai l'endroit où se trouvait il y a quelques jours ma blessure. Aujourd'hui, ma peau était normal avec une légère cicatrice qui s'y on y prêtait pas attention ne se voyait quasiment pas. J'aurais pu être empotée ou fatiguée mais au lieu de cela, j'étais en pleine forme sans aucune douleur ni aucun lancement au niveau de l'abdomen. L'un des Defenders m'avait soignée.

- Merci, dis-je à voix basse à peine audible.

Je sortis de la chambre pour me rendre dans la cuisine. Ils parlaient, je les entendais, mes amis étaient là je reconnus la voix d'Emily. Je vis l'ombre de Shannon passer devant la porte, elle ne vit pas que j'étais là. Je marchai tout de même doucement, juste au cas où puis je m'arrêtai net quand j'entendis le sujet de leur conversation.

- Elle a aperçu le juste avant de fermer les yeux. Quand elle se réveillera et qu'elle verra que la pièce est redevenue normale, elle comprendra que quelque chose ne va pas, dit Michaël.

- Elle sera groguie avec un peu de chance, du moins je l'espère pour toi parce que nous, on a déjà du mal à digérer tout ce qu'elle nous a révélé mais ce que tu viens de nous révéler est pire et crois-moi qu'Amanda...

- Ne te le pardonnera pas, finit Michaël.

- Peter, mets toi deux minutes à sa place. Elle s'est réveillée et tu n'étais plus là parce qu'on t'avait ramené de force dans ton Royaume sans lui donner la moindre explication. Certes, ce point-là, tu n'en es pas trop responsable. Mais as-tu la moindre idée de ce qu'elle a enduré Peter ?

- Oui Emy, je le sais, je pouvais la voir tous les jours mais je n'avais vraiment aucun moyen de la contacter. La moindre petite aide que je vous ai fournie était surveillée. Revenir en tant qu'humain était la seule solution pour être de nouveau près d'elle.

- Sauf que tu ne l'as jamais été... humain ! Dit Michaël d'un ton neutre.

Mes jambes se dérobèrent sous mon poids, je me retins comme je le pouvais à la petite table qui se trouvait à côté de moi mais je n'avais même pas de force dans mes bras. La petite table ronde tomba avec moi alertant probablement mes amis tant elle avait fait un bruit strident en touchant le sol. Ils arrivèrent tous les quatre en même temps jusqu'à moi. Emy se pencha vers moi pour s'assurer que je n'étais pas blessée.

Maintenant je savais qui m'avait guérie.

- Tu as trébuché ? Me demanda-t-elle.

- Non, répondis-je froidement en regardant Peter.

Ma meilleure comprit que le ton que j'empruntais n'était pas contre elle.

- Oh !

Elle s'effaça tout en s'assurant que je tenais correctement assise, laissant Peter s'approcher de moi. Mes amis savaient que ma colère n'était pas dirigée contre eux.

Peter vint à ma rencontre. Mon regard se posa sur lui ; j'étais si en colère et me sentais tellement trahie que je ne pouvais rien ressentir d'autre que cette froideur à son égard. A cet instant précis, je le détestais plus que je pouvais détester son père. Cette douleur que je ressentais depuis des semaines s'intensifia en plus de cette sensation d'abandon, ma colère prit littéralement le dessus sans que je puisse la contrôler. Quand il essaya de s'approcher un peu plus de moi, il se retrouva transporté aux pieds des escaliers, je n'avais pourtant pas fait appel au vent mais je m'en fichais, je ne le voulais pas à mes côtés. Pas maintenant.

- Amanda, on va te ramener chez toi ! Me dit calmement mon amie.

- Nous, on va rester là, me dit Michaël.

Je lui jetai un regard noir, il leva les mains comme pour clamer son innocence.

- Il a eu tort mais c'était involontaire, il n'a pas eu vraiment le choix. Je ne suis ni pour l'un ni pour l'autre, seulement Emy est la seule à pouvoir te calmer donc je vais rester parce qu'il vient d'être propulsé à l'autre bout de la pièce sans pouvoir se défendre.

- J'ai pas appelé le vent !

- Mais ta colère oui, me dit Peter qui se relevait doucement.

Il n'était pas blessé.

- C'est surtout le goût de la trahison, dis-je avec indifférence.

Je vis son regard se remplir de regret puis de tristesse mais il était trop tard.

- Finalement, il n'y a pas qu'à Slevin qu'on ne peut pas se fier !

Mes paroles étaient dures mais c'est ce que je pensais et ressentais à ce moment précis. Je ne pris même pas la peine de récupérer mes affaires, je quittai le manoir sans me retourner suivie de ma meilleure amie. Dans la voiture, je ne dis pas un seul mot, je laissai les larmes couler, peut-être cela évacuerai-t-il la douleur qui me pèse. En vain.

- Arrête la voiture s'il te plaît, lui dis-je doucement au bout de dix minutes de trajet.

- D'accord.

Elle s'exécuta et me regarda cherchant à comprendre.

- Je veux les voir maintenant !

- Je ne suis pas sûre de comprendre.

-Eux ont compris, lui répondis-je en désignant un membre du Conseil que je n'avais jamais vu se tenir devant la voiture à quelques mètres.

- Ah d'a...ccord.

Je sortis de la voiture sans aucune agressivité quelconque, mais j'étais froide comme la pierre. Emily sortit à son tour du véhicule mais resta en retrait, respectant le fait que c'était un problème entre leur peuple et moi.

- Vos amis vous suivent partout, remarqua-t-il.

- Ce sont les seuls en qui je peux avoir réellement confiance, rétorquai-je.

- Tu voulais nous parler d'Oraïa ?

- Oui mais avant je veux des réponses et vous ne le savez que trop bien.

- J'ai cru comprendre que tu avais revécu dans un rêve la mort de Slevin mais avec une fin tout à fait différente.

- En effet, et j'aimerais savoir si il a la faculté d'intervenir dans les rêves.

Vous l'aurez compris, j'ai fait exprès d'omettre la phrase qui était en trop dans mon rêve, celle qu'il ne m'avait jamais dite dans la réalité.

- Tu as fait ce rêve, la nuit qui a suivi ta rencontre inattendue avec Slevin à l'arrière de la patinoire peut-être que c'est une conséquence. Son attitude plus qu'étrange t'a perturbée mais je pense que ces pouvoirs sont assez puissants pour intervenir dans un rêve surtout quand il s'agit d'un des tiens.

- Que voulez-vous dire ?

- Malgré tout ce qu'il se passe, il y a quelque chose qui le lie encore à toi.

- Il a perdu son humanité, c'est pas possible.

- Pourtant Oraïa lui même en est convaincu. D'ailleurs pourquoi alors qu'il est censé être à demi mourant dans un lit ou je ne sais quoi, il essaye lui-même de te tuer toi ou ton entourage ?

- Justement, parlons-en de lui. Je croyais qu'il était trop faible et qu'il n'avait pas la faculté de prendre l'apparence de quoi que ce soit. Pas dans son état en tout cas.

- Nous le pensions aussi mais à présent nous sommes persuadés qu'il arrive à donner un nouveau corps à son... esprit en puisant dans les pouvoirs de Slevin qui l'affaiblit quelque peu car Oraïa a besoin de beaucoup d'énergie pour se matérialiser et se déplacer. Cependant, nous avons compris que c'est quelque chose que Slevin ne peut contrôler et que lui aussi puise sa force dans les pouvoirs d'Oraïa, mais nous n'arrivons toujours pas à comprendre comment. Une chose est sûre, ils sont liés.

- Voilà pourquoi il a pu guérir cet homme, leur pouvoir sont combinés, donc plus forts.

- Exactement. Inconsciemment, ils dépendent l'un de l'autre mais nous ignorons si ils connaissent ce détail. Nous sommes persuadés que Oraïa le sait mais Slevin...

- Pourtant Slevin n'a pas été affecté par la blessure qu'il a infligée à Oraïa...

- Il faut une tierce personne pour les affaiblir l'un l'autre.

- Slevin était différent hier.

- La bête qui l'habite est forte, source principale de l'Enfer même mais Slevin a une humanité qui est liée à toi et qui lutte de toutes se forces. On ne sait pas pourquoi ses pouvoirs en sont plus aussi résistants comme si le démon se lassait de ce combat perpétuel. Puis il y a des moments où la bête va reprendre le dessus et devenir plus redoutable au point de tuer. Leur pouvoir, tu l'as senti lorsqu'Oraïa t'a blessée, se battait contre le tien c'est pour cela que tu as perdu connaissance, il rongeait l'ADN, la source principale de ton pouvoir en profondeur. Avec la peur qu'il soit arrivé quelque chose à tes amis, tu n'as pas réussi à lutter. C'est un venin qui peut te tuer ou te faire basculer du côté du mal.

- C'est comme ça qu'il a eu Slevin ?

- Il y a de fortes chances !

- Parce que vous l'ignorez ? Vous qui surveillez toujours ?

- Nous ne sommes pas parfaits Amanda, nous essayons de notre mieux de gagner cette guerre par n'importe quel moyen cependant nous en sommes pas infaillibles.

- Si Peter ne m'avait pas soignée, que se serait-il passé et pourquoi j'ai une cicatrice ?

- Ton pouvoir aurait été absorbé et tu serais probablement une des leurs en ce moment même. Quant à la cicatrice, j'ai envie de dire qu'il y a certaines blessures qu'on ne peut pas complètement effacer.

- Sans blague !

- Ta colère contre nous est plus que légitime mais nous ne sommes pas tes ennemis.

- Ce n'est pas contre vous tous que j'ai un problème car vous suivez les ordres, mais seulement contre votre hypocrite de chef.

- Et Peter !

- Et Peter, affirmai-je.

Son expression faciale ne m'indiquait rien de ce qu'il pouvait penser et c'était frustrant, pourtant à sa façon d'être avec moi, je fus persuadée qu'il me comprenait.

- Que comptez-vous faire pour les attaques dans le monde ?

- Nous avons envoyé une nouvelle armée à Londres pour remplacer Maya.

Maya...

- Puis en France, nous devons en envoyer une d'ci peu en Allemagne ainsi qu'en Italie.

- D'ici peu ? Vous vous foutez de moi ? Vous êtes des milliers là-haut, vous n'allez pas attendre que des gens meurent par dizaine pour bouger vos culs bordel !

- Il nous faut l'effet de surprise Amanda et nous devons aller là où il y a le plus grand nombre d'attaques.

- Mais si vous n'allez pas dans les autres pays il y aura un nombre considérable de victimes. Vous ne pouvez pas rester à Attendre ! Envoyez-moi !

- Amanda...

C'était la voix d'Emily qui je le compris de suite n'était pas d'accord avec la décision que je venais de prendre.

- Ce n'est pas une mauvaise idée mais nous ne pourrions pas expliquer ton absence au lycée. Et puis nous avons besoin de toi ici.

- Je veux aller à Londres ou en France peu importe, je dois y aller ! Pendant que je serai dans un des pays vous pourriez envoyer une autre armée en Allemagne ou ailleurs. Si il me voit ailleurs que dans mon pays, Oraïa ne sera pas du tout rassuré et ça créera un mouvement de panique dans ses troupes et c'est le week-end dans deux jours donc pas d'absence à expliquer.

- Sauf si tu ne reviens pas, dit Emily.

Merci du soutien !

Je sais que cela faisait penser à une échappatoire et pour ne pas vous mentir c'en était une mais la vie de millier de personnes dépendait de nous alors si l'envie de fuir Peter me permettait de sauver une bonne partie des gens de ce monde, je n'allais pas les laisser me mettre de côté.

- Avec vos tours de passe-passe, nous y serons rapidement. Il y aura juste à mettre la population à l'abri du moins le plus possible, là où nous seront pour qu'il n'y ait pas plus de blessés. Vous ne pourrez pas tous les guérir soyons réalistes.

Une espèce de brouillard épais se matérialisa devant moi, non loin de mon interlocuteur. Une silhouette se démarqua de cette épaisse fumée blanchâtre et je réalisai alors que je connaissais l'identité de cette personne car ma colère était principalement de sa faute. Je serrai fermement les poings pour contrôler ma rage, non sans difficulté.

- Tu es furieuse contre moi, ce que je peux comprendre mais pour sauver le monde, nous devons mettre notre rancœur de côté.

- Notre rancœur ? Qu'ai-je fait de si mal ?

- J'ai cru que tu avais détourné mon fils de sa mission à cause de l'amour qu'il te porte or je me suis trompé.

- C'est un peu tard pour les excuses. Certaines blessures ne peuvent être effacées !

Je savais qu'il avait écouté l'entretien et que cette réplique était de lui ça lui correspondait parfaitement donc retour à l'envoyeur.

Emily se trouvait désormais à côté de moi, sûrement pour essayer de me calmer. Cela faisait un trop plein d'émotions en si peu de temps et j'eus vraiment beaucoup de mal à me contenir.

- Calme-toi, Am'.

- J'essaie mais ce n'est pas évident, répondis-je doucement.

- C'est lui le père de Peter ?

- Hum, répondis-je en contrôlant comme je pouvais le volcan en moi qui ne demandait qu'à exploser.

- Vous devriez reculer, Emily, lui dit le père de Peter gentiment car il comprenait parfaitement ce qui était en train de se passer en moi.

- Je reste avec mon amie.

- Je ne vous demande pas de partir, juste de vous éloigner.

Elle m'interrogea du regard.

- Emy, va le plus loin possible s'il te plaît, la suppliai-je.

- Mais pourquoi ?

Heureusement qu'ils ont bloqué la route pour cette discussion.

- Parce qu'elle ne va pas contrôler sa rage très longtemps et que si vous ne vous mettez pas à l'abri, vous serez gravement blessée, et ce n'est pas ce qu'elle veut, lui répondit mon interlocuteur de départ.

- Amanda, tu ne peux pas contrôler ta colère ?

- Va-t'en, s'il te plaît, lui dis-je en serrant les dents.

Ma vue se brouilla un peu mais je la sentis s'éloigner car elle venait enfin de comprendre ce qu'il se passait.

Mon pouvoir se promena dans tout mon corps alors que je ne l'avais même pas appelé c'était la deuxième fois en mois de une heure sauf que cette fois, je l'avais sentir venir et que je faisais tout ce que je pouvais pour le canaliser ce qui n'était extrêmement dur. Ma respiration s'accéléra me fatiguant un peu plus, je savais que je ne tiendrais pas longtemps pourtant je continuai à lutter. En vain. Ca allait faire comme avec Peter, je le sentais.

La brise fraîche vint caresser mes cheveux effaçant la chaleur de mon sang bouillonnant en moi, je ne me calmais pas je le savais. Bien au contraire ma colère était plus forte.

Son père ne disait plus rien car il savait que la moindre parole sortant de sa bouche empirerait la situation. La température baissa, les branches de chaque arbre tanguèrent de gauche à droite, les deux membres du Conseil me regardèrent essayant de s'échapper grâce à l'un de leurs tours de magie mais ne pouvaient pas, mon pouvoir les bloquait. Sans m'en rendre compte, j'écartai mon interlocuteur car il n'était pas la source de cette rage folle, je ne voulais pas me défouler sur lui gratuitement. Je sentis le pouvoir du chef des Defenders lutter contre le mien mais je ne faiblis pas pour autant, je ne voulais pas le blesser mais je n'arrivais pas à m'arrêter. Son expression changea lorsqu'il réalisa sans doute que son pouvoir ne pouvait pas lui venir en aide, aussi puissant soit-il, il me craignait tout en étant fasciné. Je le voyais dans ses yeux.

Ce que je ne compris pas, c'est pourquoi Peter n'intervenait pas. Il devait le sentir. Mais je réalisai que mon tatouage était inactif, plus aucune connexion n'existait.

Un contact différent se fit sentir sur ma peau alors que le vent tourbillonnait autour de nous. Je regardai mon bras gauche et vis une main posée dessus mais sans aucune agressivité quelconque. Je connaissais cette dernière par cœur, je pouvais la reconnaître entre mille. Je tournai ma tête vers son propriétaire rencontrant ses yeux qui me fixaient attendant que je le regarde. Quand ce fut le cas, il prononça les mots suivants :

- Tu ne veux pas faire ça, Amanda !

- Comment as-tu pu passer au travers ?

- Ce n'est pas contre moi que c'est dirigé mais j'ai eu du mal à traverser, je te l'accorde.

- Laisse-moi Slevin ! Ils vont te tuer de toute façon avant même que je me calme.

- Je ne pense pas Amanda, sinon ils n'auraient pas besoin de toi pour cela. Laisse ta colère mûrir pour tuer ceux qui massacrent des innocents.

- Tu es devenu suicidaire ? Demandai-je avec un rire nerveux de surprise.

- Il a fait ce qu'il pensait être juste tout en s'étant trompé sur ta relation avec son fils. Ta colère n'a aucun but contre lui. Tu perdrais Peter à jamais. Comme tu m'as perdu moi.

Avant même que je puisse répondre, il n'était plus là. Ma colère se clama un peu, puis mon pouvoir s'évapora laissant revenir le calme. Je cherchai ma meilleure amie du regard mais je ne la vis pas jusqu'à ce que l'appelle et qu'elle sorte de la voiture qui avait changé de place. Je ne me souvenais pas qu'elle soit partie dans la voiture, je l'avais vue partir sur ma droite. Elle revint à mes côtés, certaine que j'étais plus calme, elle me souriait.

- On a évité le pire, me dit-elle.

- Désolée.

- Ne t'inquiète pas, je sais ce que tu as enduré, j'étais là rappelle-toi.

Puis elle me dit tout bas.

- C'était Slevin, il m'a éloignée avec la voiture.

- Oui c'était lui, nous l'avons vu Emily nous étions là je vous rappelle, lui dit le père de Peter.

Ses joues devinrent rouges de honte, elle n'avait pas réalisé qu'ils pouvaient le voir à travers cette espèce de tornade que j'avais créée. Sa confusion me fit sourire.

- Pourquoi ne pas l'avoir tué ?

- Le pouvoir d'Amanda était trop fort et il a réussi à passer au travers je ne sais comment. De même, comme il l'a si bien dit, si nous pouvions le tuer nous-mêmes nous n'aurions pas besoin de votre amie. D'ailleurs, il n'a pas du tout été agressif et nous lui devons la vie pour ce coup-ci.

Je ne répondis pas.

Cette phrase était pleine de sous-entendus mais sans être une menace.

- Il a raison tu sais, ta colère contre moi tu devrais l'utiliser contre notre ennemi. Tu auras tout le temps de régler tes comptes avec moi par la suite.

- Sauf si je meurs, raillai-je.

- Tu ne mourras pas. Cette haine te rend plus forte, c'est ce que je voulais voilà pourquoi j'ai voulu éloigner Peter de toi. Seulement, je ne pensais pas que vous en souffririez autant.

- Je suis censée vous croire ? Vous vous fichez de ce que je peux ressentir.

- Plus maintenant. J'ai failli perdre mon fils pour ce que j'ai fait. Désormais, tu n'es plus ce pion qui pouvait me servir à gagner cette guerre, tu es l'une des nôtres, une alliée. Tu iras à Londres ce week-end Amanda, Maya veillera sur tes amis pendant ton absence.

- Peter !

- Quoi ? Demanda-t-il interloqué.

- C'est Peter qui veillera sur eux pas Maya. Je veux qu'elle vienne avec moi à Londres, qu'elle puisse se venger de ce qu'on lui a fait. Comme vous voulez venger la mort de votre femme.

- Tu ne veux pas de Peter ?

- Maya est une grande guerrière et elle a été blessée dans sa fierté, je suis plus que certaine qu'elle sera ravie de m'accompagner.

- Bien, je ne vais pas risquer de te contrarier. Maya et plusieurs soldats t'accompagneront.

Il disparut à nouveau dans son épais brouillard.

Arrivées chez moi, nous étions en train de manger car cette énergie que j'avais déployée m'avait donné sacrément faim.

- Tu crois que ton truc-là il marchera quand tu seras là bas ?

Je la regardai, essayant de comprendre où elle voulait en venir.

- Toute cette énergie magique et tes yeux qui devenaient bleus pâles, c'était provoqué par l'objet de ta colère qui était devant toi alors que quand tu seras là bas...

- Emy, la colère me ronge depuis le jour où j'ai découvert la vérité sur Slevin et la mort de mes parents donc crois-moi, je ferai un carnage promis.

- Tue-les tous sans exception !

- Mais je vais en laisser un peu à Maya, lui répondis-je avec un clin d'œil.

- Tu veux vraiment qu'elle se venge n'est-ce pas ?

- Elle mérite cette revanche. Elle a perdu tous ses soldats parce que son père à l'écart et qu'elle s'inquiétait pour son frère, donc oui je tiens vraiment à ce qu'elle se venge. OrAïa a été un lâche, il a profité de sa faiblesse, il paiera le prix.

- Pour Slevin, tu as raison son attitude est vraiment bizarre. Il m'a mise dans la voiture à l'écart sans aucune agressivité. Rien à voir avec l'autre jour au café.

- Je te l'avais dit.

- Que feras-tu si il est là bas ?

- Franchement... je sais pas.

Nous continuâmes à parler de tout sauf de Peter en mangeant notre dessert. Puis elle rentra chez elle car elle n'avait prit aucune affaire pour le lendemain. Je voulais me coucher mais je n'étais pas sure de trouver le sommeil, donc je regardai deux épisodes de ma série Supernatural quand le sommeil vint à ma rencontre.

Je me réveillai dans mon canapé, je n'avais même pas eu la force d'aller jusqu'à mon lit. Je n'avais fait aucun rêve en particulier, du moins aucun dont je me souvienne. J'avais dormi comme un bébé après toutes ces émotions, ce qui m'avait fait beaucoup de bien.

Une bonne douche suivie de mon petit déjeuner me permit de me réveiller tranquillement. Je regardai mon téléphone pour surveiller l'heure et je vis que l'on m'avait envoyé un message. A mon soulagement c'était Emy qui me demandait si j'avais bien dormi.

" Comme un bébé", lui envoyai-je ne guise de réponse.

Elle me répondit qu'elle m'attendrait sur le parking du lycée, je ne fis aucune objection. Je continuai à me préparer en écoutant le nouvel album de Shaka Punk me donnant la pêche, ne me faisant penser à rien. Mon téléphone vibra une nouvelle fois mais ce n'était pas Emy, j'effaçai le message sans le lire.

Emy m'attendit comme promis sur le parking du lycée. Elle me prévint que Michaël et Shannon accompagnés de Peter nous attendaient au coin fumeur. Je n'avais toujours pas envie de le voir mais visiblement je n'avais pas vraiment le choix. Elle m'expliqua que le devoir était fini donc je n'avais plus besoin d'esquiver les réunions de travail, je les regardai avec un sourire.

- Il faudra bien que tu reprennes l'entrainement.

- Si je survis à Londres, je n'aurai plus besoin d'entrainement.

- Y'a quoi à Londres ? Demanda Michaël une fois que nous fûmes arrivés à leur banc.

- Une guerre, répondis-je normalement.

- Tu ne vas pas y aller ? Me demanda mon ami inquiet.

Emy lui raconta tout ce qui s'était produit lorsque nous avions quitté le manoir. Pas une seule fois je ne baissai les yeux face au regard de Peter, je ne m'excuserai pas pour ce que j'ai fait. D'ailleurs je n'ai rien fait puisqu'on m'a arrêtée à temps et mon pouvoir est venu tout seul. Son regard n'avait pourtant rien de colérique, je crus même y déceler de la fierté.

- Tu as botté les fesses de son père ? Me demanda Michaël sous le regard éberlué de Shannon. Tu as réalisé le rêve de Peter.

- Elle ne l'a pas touché. Elle a eu beaucoup de mal à contrôler son regard mais Slevin...

Je la regardai, c'était un détail dont je ne voulais pas parler surtout devant Peter. Son regard se rembrunit, se perdant dans le vide.

Peu importe !

- Slevin quoi ? Demanda notre ami impatient.

- Il a réussi à me calmer en me rappelant que cette colère me serait plus utile là où je vais et que je valais mieux que ça.

- Et il m'a protégée, dit Emy.

- Am', on dirait que ton pouvoir est devenu plus important, me dit Shannon.

Je souris parce que j'étais contente de cela mais aussi un peu indécise en voyant qu'il se manifestait souvent ces derniers temps sans que je ne l'appelle.

- Tu vas à Londres donc...

- Oui et Peter restera ici au cas où !

- Ah bon ? Fit Michaël.

Peter me regarda à nouveau, le regard triste.

- Oui, j'emmène Maya avec moi. Elle a une vengeance à assouvir. Je vous retrouve en cours, je dois aller me renseigner pour l'université.

Ils me regardèrent tous comme si j'avais parlé dans une autre langue mais je partis quand même.

Lorsque j'entrai dans la classe de cours, ils me regardèrent tous les trois comme si je venais de Mars. Je savais trop bien pourquoi mais je n'avais pas envie de me justifier sauf que je savais que je n'aurais pas vraiment le choix.

- On croyait que tu ne voulais pas aller à l'université, me dit Emily.

- Beaucoup de choses ont changé et puis une fois que j'aurais botté le cul à nos ennemis, nous pourrons reprendre le cours de notre vie comme si de rien n'était.

Ils n'eurent pas le temps de dire quoi que ce soit que le cours commença.

Je sentis le regard de Peter lourd de sens mais restai concentrée sur le cours, je n'étais toujours pas prête à lui pardonner ni à vouloir faire un effort pour lui parler ou l'écouter. Je ne suis même pas sûre de le pouvoir un jour ni de le vouloir.

Je savais qu'en sortant de la classe mes amis me sauteraient dessus mais je réussis à les esquiver jusqu'à midi avec l'aide de Joshua Martins qui lui aussi avait choisi cette université et me proposait d'organiser un week-end quand il y aurait les portes ouvertes là-bas. Seulement l'heure du midi arriva et je ne pouvais plus les éviter. Ils voulaient savoir quelle université j'avais choisie.

- Celle où nous voulions aller avec Slevin, je n'ai jamais regardé les autres car c'était la seule qui nous correspondait. Avec Joshua, on ira ensemble un week-end lors des portes ouvertes comme elle fait partie de l'un de ses vœux.

- Il nous a plus trop parlé depuis le mort de Slevin et là c'est reparti ?

- Chacun a fait son deuil. Au fait, je ne vais pas au cours de sport cette après-midi j'ai un rendez-vous. Amusez-vous bien.

Je partis sans perdre un instant sous leurs regards suspicieux.

Je retrouvai mon rendez-vous dans un endroit isolé. Elle m'attendait à l'arrière du parc là où personne ne pouvait nous voir par mesure de sécurité. Elle m'avait contactée par message ce matin alors que j'allais me renseigner pour le dossier universitaire, bien évidemment, je n'avais pas mis longtemps à répondre. Assise sur un banc, elle m'attendait regardant deux oiseaux en train de s'accoupler sous son nez. Quand elle me vit, son visage se détendit et son regard s'illumina. Je suppose que ce fut de même pour moi parce que j'étais vraiment soulagée de la voir indemne. Une fois à proximité, elle me prit dans ses bras, je lui rendis son étreinte chaleureuse.

- Je suis contente de te revoir, me dit-elle.

- Moi aussi. Je suis surtout rassurée de te voir en un seul morceau.

- Quelle histoire hein ? Qui aurait cru que la soi-disant grande guerrière se ferait avoir, dit-elle avec amertume.

- Ne dis pas ça ! Il s'est joué de toi et tu vas pouvoir sortir la carte de la vengeance.

- C'est pour ça que tu veux que je vienne, pas juste pour échapper à mon frère ?

- Je ne dis pas que ça m'arrange pas que ton père ait accepté que tu viennes, bien au contraire, mais avant ma colère pour ton frère passe mon envie de te venger toi et tes soldats et de sauver la vie de centaines de personnes qui n'ont rien demandé à personne. La mission à Londres sera une réussite, et ensuite nous irons en France.

- Tu le hais plus que mon père le hait depuis des années.

- J'ai tout perdu à cause de lui, fort heureusement tu es là il me reste mes amis. Je veux que tu anéantisses son armée comme il a anéanti la tienne. Je veux qu'il comprenne que nous sommes les plus forts et les plus malins. Tu ne peux décemment pas me dire que ce n'est pas ce que tu veux ! Je n'en croirais pas un traître mot.

- Oh ne t'en fais pas, je veux la même chose que toi et apparemment ta colère actuelle alimente tes pouvoirs à ce que l'on m'a dit.

- Oui, il paraît mais c'est pas quelque chose que j'arrive à contrôler pour le moment. C'est bizarre comme sensation.

- Tu n'as pas tué mon père, donc c'est que tu le contrôles sinon nous ne serions pas en train de discuter cordialement. Pour mon frère, il l'a mérité même si c'était pour te protéger je trouve qu'il a choisi la facilité mais il sait déjà ce que j'en pense. Cependant, je ne prendrai pas de parti, il est mon frère et le restera quoi qu'il puisse faire.

- Je ne t'ai jamais demandé de choisir.

- Il a juste voulu te protéger.

- Comme Slevin qui tue mes parents pour éviter qu'on me tue moi, reculant juste un peu l'échéance ? Tu prends parti là Maya.

- Bon j'ai compris on ne parle plus de mon frère !

- Désolée mais tu n'as pas idée de ce que j'ai pu ressentir et vivre, l'état dans lequel mes amis m'ont retrouvée était déplorable.

- Si j'ai une petite idée, j'ai un peu espionné l'esprit de mon frère.

- Pardon ?

- Euh tu sais que de là haut nous pouvons voir ce qu'il se passe ici ?

- Oui quand on est dans la salle du Conseil.

- Je suis désolée, je pensais que tu savais qu'ils avaient laissé Peter t'observer de sa chambre où ils l'ont isolé.

- Comment j'aurais pu le savoir ? Je ne lui ai pas reparlé depuis que je l'ai projeté.

- Amanda, je suis vraiment désolée.

Nos cheveux se mirent à se lever dans tous les sens suivant l'élan de la brise qui se levait. Allez savoir pourquoi à chaque fois que ma colère reprenait le dessus, c'était le vent qui se manifestait. Les branches de chaque arbre se balançaient de gauche à droite ou de droite à gauche faisant fuir les oiseaux posés tranquillement dessus.

- Amanda !

- Désolée, c'est comme ça depuis hier.

- C'est impressionnant, ils vont adorer à Londres.

Bien entendu, c'était ironique.

- Sans m'en rendre compte, hier soir j'ai envoyé valser Peter. Hier aussi lorsque ton père est apparu j'aurais pu blesser Emily.

- Et là tu le contrôles ?

- Là je me calme parce que je ne veux pas te blesser et que je me souviens des paroles de Slevin. Mais ton père, je voulais le blesser.

- Donc tu contrôles ! Plus ou moins.

- Comment ça ?

- Tu n'arriverais pas à le contrôler ne serait-ce qu'un peu, je serais déjà à l'autre bout du parc.

- C'est Slevin qui a sauvé ton père hier, pas moi !

- Il paraît oui mais il n'empêche que je suis toujours devant toi et que les arbres retrouvent leur calme. Amanda; c'est un sacré avantage pour nous à Londres. Par contre, pourquoi le vent ?

Je haussai les épaules.

- Bonne question !

- C'est pour ça que tu ne veux pas de mon frère, il n'arriverait pas à te canaliser parce que tu es trop en colère n'est-ce pas ?

Je répondis par un signe de la tête positif.

- C'est pas parce que je lui en veux, que je veux le tuer.

- Je le sais, aucunement besoin de me le préciser.

- Tu n'es pas en colère toi ?

- Contre Peter ?

- Ton Père !

- Si, mais je dois me plier aux exigences de mon peuple, c'est comme ça que nous sommes Amanda.

- C'est de la dictature.

- Personne n'est parfait, pas même la magie.

- Certes.

Nous continuâmes à parler de ce que je ressentais et de ce qu'elle avait vécu. Puis Londres devint notre sujet principal. On se demandait de comment il fallait procéder, nous pensions que foncer dans le tas serait la meilleure solution pour l'effet de surprise.

- Plus on en tuera, plus il s'affaiblira.

Slevin aussi...

Maya m'informa que les membres du Conseil avaient repéré tous les métamorphes et qu'ils avaient aussi trouvé une formule les empêchant de prendre notre forme.

- Ce qui nous est arrivé la dernière fois, leur a tellement fait peur qu'ils ont fouillés tous les livres, toutes les légendes et tous les textes possibles. Cela faisait des jours qu'ils cherchaient partout en vain, jusqu'à ce matin.

- Tant mieux pour nous !

- Tant pis pour eux.

- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression qu'il y a un mais qui va suivre ?

- Parce qu'il y en a un.

Je la regardai avec insistance pour qu'elle poursuive.

- La formule devra être prononcée par un des nôtres et à distance. Mais ce n'est pas tout. Elle ne sera pas éternelle, elle ne durera que quelques minutes.

- Suffisamment pour nous laisser en tuer un maximum ?

- Dix minutes pas plus et nous pourrons la prononcer qu'une fois.

- Sinon plus de surprise. Donc, il faut que je mette vite en colère.

- Un peu comme Hulk.

Je la regardai surprise qu'elle connaisse un de nos grand héros Marvel.

- Je suis pas une inculte Amanda nous sommes dans ton monde depuis des années je te rappelle. Il nous faudra donc être rapide et minutieux de façon à vite les renvoyer dans les flammes de l'Enfer.

- Avec grand plaisir !

- Demain je te retrouve au manoir après tes cours. Désolée, mais nous sommes obligés de passer par la bibliothèque.

- A demain alors.

Je la serrai dans mes bras, heureuse de pouvoir le faire à nouveau et pris le même chemin qu'à aller sauf que cette fois je rentrai chez moi.

Une fois chez moi, je potassai mes cours pour ne pas avoir de retard. Il ne me restait plus que deux papiers à faire pour mon dossier et je serais aussi tranquille de ce côté là. Au bout d'une heure, je pris une douche pour me détendre les muscles, le stress commençait à se faire sentir. Tout se bousculait dans ma tête, la conversation plus que bizarre avec Slevin, la révélation du mensonge sur l'humanité de Peter, l'intervention à Londres ; trop d'évènements en si peu de temps que je ne savais plus où donner de la tête. Sans oublier mon pouvoir qui avait décidé de faire des siennes. Même si jusque là je n'avais blessé personne, il s'en était fallu de peu. Pourtant même si cela me faisait peur, la grandeur nouvelle de ce dernier ne me déplaisait pas surtout si cela me permettait de botter les fesses de centaines de Destroyers affaiblissant ainsi leur créateur. Une pensée bizarre me vint en tête : ça se trouve les acteurs de ma série sont des métamorphes...

- Non mais n'importe quoi, me dis-je à moi-même.

Une fois sortie de ma douche, je me mis en jogging et débardeur de façon à être à l'aise pour aller me coucher. Mon téléphone vibra plusieurs fois pour m'informer que j'avais reçu plusieurs messages. J'allais ouvrir l'un d'eux quand on frappa à ma porte.

Pour me coucher de bonne heure c'était loupé, pourtant mon corps avait une envie folle de s'allonger et mes yeux de se fermer.

Sans m'en rendre compte, je manipulai mon téléphone pour ouvrir un des messages quand au même moment j'ouvris la porte d'entrée et trouvai l'auteur du message juste sur le palier.

- Je vois que tu regardes enfin ton téléphone, me dit-il.

- Je sors de ma douche et je comptais me coucher, répondis-je froidement.

- Je suis désolé mais comme tu ne réponds à aucun de mes messages depuis hier, j'ai osé me déplacer.

- Et tu frappes à la porte ? Que c'est... humain.

- Ta colère je la conçois mais ne me repousse pas Amanda, je... j'ai besoin de toi. Et je m'inquiète pour ce combat à Londres.

- Pas la peine, Maya sera avec moi.

- Tu l'as vu ? Me demanda-t-il surpris.

- Toi non ?

- Je n'y étais pas autorisé.

- Elle pète la forme mais elle devait beaucoup se reposer c'est peut-être pour ça qu'il ne t'a pas autorisé à la voir. Ou alors elle est chez toi alors que tu es là.

- Je la verrai avant votre départ alors.

- Super ! Bon je vais me coucher maintenant, les humains ont besoin de dormir vois-tu.

- Combien de temps...

Je le regardai perplexe.

- Pour que tu me pardonnes ?

- Demande à Slevin ! Il paye toujours le fait de m'avoir trahie.

- Il a tué tes parents Amanda, ce n'est pas la même chose.

- C'est vrai ce n'est pas la même chose parce que toi, c'est moi que tu as tuée. Même dans l'état dans lequel je me trouvais Slevin n'a pas eu la force de me tuer tant je lui faisais pitié. Je ne laisserai personne me remettre dans cet état, plus jamais. Il va me falloir beaucoup de temps pour digérer. Tu m'as menti Peter.

Il y avait des larmes au bord de ses yeux, aux miens aussi mais j'avais trop mal et il fallait qu'il le sache, qu'il comprenne que mon coeur était en mille morceaux. Mon tatouage ne s'activait pas, la connexion était rompue, notre lien brisé.

Il dut s'en rendre compte car son regard était rempli d'une tristesse inconcevable.

- Ma disparition...

- Oh je sais que tu n'y étais pour rien. Et je te remercie pour les coups de mains en douce.

Il esquissa un sourire.

- Je ne pouvais pas faire grand chose d'autre malheureusement.

- Faut vraiment que je me couche Peter.

- Je ne t'importune pas plus longtemps.

J'avais tellement envie de le prendre dans mes bras, de sentir son étreinte pour éteindre cette douleur qui résonnait dans tout mon corps mais j'avais ni la force physique ni émotionnelle pour le faire. J'étais remplie d'une telle rancœur que je m'abstiens.

- Je n'ai jamais cessé de t'aimer et si je pouvais tout effacer je le ferais ne serait-ce pour ne pas lire cette douleur dans tes yeux mais je ne le peux pas. C'était la seule condition pour que mon père me laisse rentrer auprès de toi... cette fausse... humanité.

Les livres tombèrent de ma table, la porte de ma chambre claqua et je sus que mon pouvoir se réveillait. Peter me regarda et comprit que son père ainsi que le souvenir de ce que j'ai vécu ces dernières semaines par sa faute provoquait une telle haine en moi, que cela décuplait mon pouvoir.

- Amanda, je t'ai dit une chose hier tu dois t'en souvenir !

Slevin venait de se matérialiser juste à côté de Peter qui sursauta car bizarrement il ne l'avait pas senti venir. Il se rapprocha de moi dépassant de peu Peter qui était sur la défensive.

- Ton père n'a pas de chance Peter, il est sur plusieurs listes d'hommes à abattre.

- J'ai cru comprendre.

- Ca compromet encore plus votre relation, surtout que tu lui as menti pour lui.

- Ne me cherche pas Slevin. Si je ne t'ai toujours pas tué c'est pour elle, elle ne le supporterait pas.

- Faux si tu ne m'as pas tué, c'est parce que tu n'es pas assez fort pour le faire, elle oui.

Le calme revint peu à peu dans mon appartement sûrement parce que je redoutais les conséquences de cet échange masculin et que je voulais avoir les idées claires.

- Ba voilà, suffit de demander, dit Slevin en me regardant.

Peter l'interrogea du regard.

- Notre petite prise de tête l'a calmée parce qu'elle avait peur du résultat. Maintenant, j'y vais avant qu'on ne s'aperçoive que je me suis éclipsé.

Il disparut comme il était arrivé, en coup de vent.

- Il est bizarre.

- Je sais. Mais il a sauvé ton père hier.

- Sers-toi de cette colère à Londres.

Il me tourna le dos et partit.

Je fermai la porte, ramassai les livres qui étaient tombés et me couchai pour mon plus grand bonheur.

Il était cinq heures du matin, trente minutes que j'étais réveillée parce que je n'arrêtais pas de rêver que nous perdions à Londres, puis je retrouvais Peter dans une marre de sang le coeur à côté de sa tête, mes mains démembrées juste à côté de lui. Automatiquement, ma pensée allait pour Slevin parce que je ne pouvais pas m'arrêtais de me demander quel était son but, pourquoi me calmer alors que j'aurais pu tuer son ennemi...

Je regardai mon téléphone, j'avais un message de Maya ainsi que de Peter.

"J'ai vu Peter, il m'a fait part de votre entretien. J'espère que ça va et que tu es prête pour demain soir ?"

Je devais dormir lorsqu'elle m'avait envoyé le message. Je lui répondis aussitôt.

"Un peu de stress mais je suis prête."

Puis je lus le message de Peter.

"Je prendrai soin de nos amis."

Je le remerciai pour toute réponse.

Pour faire passer le temps, et surtout pour me défouler, je partis courir une petite heure car il serait bientôt l'heure de me préparer pour aller en cours. Il faisait encore nuit mais plus pour très longtemps, les températures étaient encore fraîches en cette saison donc j'avais opté pour un tee-shirt blanc et une veste de jogging légère pour que je n'ai pas trop chaud pendant mes efforts.

Je courus pendant une heure en passant pas loin du parc et en revenant chez moi. Une douche tiède me fit beaucoup de bien pour enlever toute trace de transpiration. Tout en me lavant, je réfléchissais à ce que j'allais pouvoir mettre aujourd'hui, il me fallait quelque chose qui ne soit pas trop habillé mais d'assez confortable pour pouvoir me battre car avec le décalage horaire nous arriverions là bas à l'aube je présume et donc parée pour le combat. Et puis je ne pense pas que j'aurais vraiment le temps de me changer. Autant mettre des vêtements qui peuvent être abîmés sans que cela me fasse mal au coeur.

La matinée parut durer une éternité. J'étais tellement préoccupée que je n'écoutais même pas les trois quarts de conversation que mes amis pouvaient avoir pendant le déjeuner.

- La terre appelle Amanda !

- Allôoooo, fit Michaël.

Je réagis enfin sortant de mes pensées.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien, si ce n'est que nous sommes honorés de ta présence, me répondit Emily.

- Désolée, je pensais.

- A Londres ? Intervint Peter.

- Oui, en partie.

- En partie, comment ça ?

Comptez sur Emily pour vous tirez les vers du nez même quand vous n'avez pas envie de parler. Je ne répondis pas immédiatement et ce fut Peter qui se permit de répondre à ma place, en temps normal cela ne m'aurait rien fait mais là cela m'agaçait grandement. Je me contrôlais, je n'allais pas retourner toute la cafétéria par mon irritation.

- Slevin ! Elle se pose beaucoup de questions sur son attitude.

Il y avait comme une pointe de jalousie dans l'intonation de sa voix.

- Pas toi peut-être ? Lui demandai-je sur un ton presque neutre.

- Non, parce que je n'ai définitivement pas confiance en lui.

- C'est vrai qu'avant hier il m'a... protégée, on va dire et il t'a empêché de te mettre tous les Defenders à dos en t'évitant de tuer le père de Peter ! Dit Emy.

- Je ne voulais pas le tuer, juste je ne me contrôle pas !

- Peu importe, on ne peut pas vraiment savoir de quel côté il est, c'est encore trop flou. Certes, il a été blessé par Oraïa, il peut désormais s'introduire dans tes rêves mais...

- Ah Bon ? Demanda Peter.

- Petit détail qu'on a oublié de te dire, lui répondit Michaël gêné.

- J'en apprends tous les jours, répondit ce dernier.

Nos amis nous regardèrent l'un et l'autre comme si ils avaient peur qu'une dispute éclate et ne savaient pas pour qui prendre parti mais il ne se passa rien. Intérieurement, j'étais très calme mais je commençais à devenir une vraie pile électrique, pourtant je n'avais pas bu une seule goutte de café.

- Maya vient te chercher à quelle heure ? Me demanda Shannon pour essayer de combler le silence.

- Je dois la retrouver au manoir juste après les cours.

- On va pouvoir y aller tous ensemble alors.

Je regardai ma meilleure amie, essayant de comprendre de quoi elle parlait.

- C'est l'endroit le plus sûr pour les protéger. Si jamais ils tentent quoi que ce soit...

- Très bonne idée et puis au mois tu seras sur place si il y a le moindre problème, tu pourras les mettre à l'abri à la bibliothèque.

- J'espère que je n'aurais pas besoin de le faire.

Emily applaudit de ses deux mains, nous la regardâmes tous.

- Ba quoi ? On est le seul sujet à propos duquel ils se parlent gentiment c'est à marquer d'une pierre blanche.

Je souris face à l'enthousiasme de ma meilleure amie.

- On s'attend tous sur le parking alors. A tout à l'heure.

Shannon se leva, embrassa Michaël et se dirigea vers le gymnase.

Peter était dans les mêmes cours que moi l'après-midi même, mais pas mes deux meilleurs amis. Je m'étais assise à ma place habituelle, à deux tables de lui et je relisais le dernier cours, me donnant une excuse pour ne pas lui parler. Le professeur ne mit pas longtemps à arriver et le cours débuta sans plus attendre. Je sentais des regards sur moi de temps en temps mais je restais malgré tout concentrée sur le cours.

J'étais passée par les toilettes avant de rejoindre les autres sur le parking, je fus même surprise que Peter ne m'ait pas attendue mais tant mieux cela nous a permis d'éviter un long trajet silencieux et tendu.

Ils m'attendaient tous devant ma voiture. Emy sourit lorsqu'elle me vit arriver.

- Je monte avec toi.

- Je ne m'en serais pas doutée, lui répondis-je par un sourire amical.

- Allons-y, dit Peter.

Nous mirent nos moteurs respectifs en route et nous dirigions vers le manoir.