Voir Niobé...
- Je me demandais s'il te faudrait dix ans supplémentaires pour franchir cette porte.
Accents graves dans la voix, suspendue entre un violent reproche et un soulagement amusé. Douceur sensuelle des sonorités : la voix de Niobé n'avait pas changé.
Quand je relevais les yeux vers elle, j'eus l'impression que le passé me serrait la gorge. Dans sa maturité, Niobé avait su garder l'insolence incandescente qui le rendait à la fois inaccessible et vulnérable. Ses cheveux noirs, dressés en chignon, ne masquaient plus rien des flammes de son regard. Elle était accoudée à sa fenêtre.
- Depuis quand m'observes-tu ?
- Depuis que tu es arrivé. Tu avais l'air perdu.
- Je n'ai jamais été aussi sûr d'être au bon endroit. Je peux entrer ?
- Je croyais que tu étais sûr d'être au bon endroit.
Elle vint cependant m'ouvrir sa porte. Bien que la maison eût des allures campagnardes, l'intérieur était aménagé de manière moderne, regorgeant des technologies que Bevelle avaient tant défendues. Niobé surprit mon étonnement.
- Le commerce rapportait bien.
- Ton mari...
- Loris, oui, il était commerçant. Mais je suppose que tu le sais déjà.
- Je suis passé par lui pour te retrouver.
- Pourquoi m'as-tu cherchée ?
- Je veux la voir.
- Elle n'est pas encore rentrée de la classe.
- Je peux l'attendre ?
- Bien sûr.
Sans s'arrêter, elle avait marché en direction de la cuisine, où je l'avais suivie. Nous tenions à présent en face l'un de l'autre, séparés par la table à manger. Je ne savais que dire. Nous hésitions à capturer le regard de l'autre. Le silence s'intensifia.
J'avais tant imaginé cette conversation. Des fois, nous nous racontions nos vies, si gentiment et simplement que cela en devenait étrange. D'autres fois, nous nous criions nos haines et nos rancoeurs à la figure. Ici, le fil de la conversation semblait interrompu, voire brisé. Niobé serrait le coin de ses lèvres et tordaient ses mains dans ses doigts. Elle avait peur, et cela me rassura. Je restai immobile, afin de la voir se désarmer. J'ai souvent été lâche.
- Auron... murmura-t-elle dans un soupir. Je suis un peu surprise de te voir, tout de même. J'ai tellement essayé de t'effacer de ma vie. Te voir, là, devant moi... et me rendre compte que tu n'as pas vraiment changé. Toujours aussi silencieux. Que veux-tu que je te dise? Comment veux-tu que je sache qui tu es devenu depuis dix ans? Qu'as-tu fait ? Pourquoi n'es-tu jamais revenu ?
- Tu aurais aimé que je revienne ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Mais je ne pensais pas qu'un jour tu disparaîtrais de ma vie...
- C'est toi qui m'en a chassé.
- Tu es là pour des reproches ?
J'eus un rictus.
- Non. Je ne sais pas vraiment pourquoi je suis là. Un rendez-vous avec la mélancolie, peut-être... Et toi, qui es-tu devenue, Niobé ?
Elle rit. Jaune.
- Tu oses me demander ce que moi, je suis devenue ? C'est toi qui a disparu pendant dix ans !
- Oui, et c'est la pire des erreurs que j'ai faite. Te laisser partir.
- Il fallait que je protège Aurore, tu le sais.
- Tu es toujours fâchée ?
- Oui. Je t'en veux d'abord brisé notre histoire. Je sais que c'est moi qui suis partie, mais...
- J'assume la totale responsabilité de la fin de notre histoire, l'interrompis-je.
- Je suis heureuse de te l'entendre dire. Et ça me fait plaisir de te revoir.
Elle me sourit. Elle était soulagée d'entendre que je reconnaissais mes torts.
- Assied-toi, je vais te servir à boire... qu'as-tu fait pendant dix ans ?
- Traîné par ci, par là... Tu n'es pas facile à oublier.
- Tu parles... Tu as obtenu la gloire grâce à la victoire de Braska. Et le succès auprès des femmes... J'ai entendu les rumeurs...
- C'était fini entre nous. J'espère que ce n'est pas un procès de jalousie.
- Non, je ne t'en veux pour rien. Je sais que tu es passé par les pires difficultés. Et j'ai aussi refait ma vie.
- Parle-moi de lui.
- De Loris ? Oui, je veux bien te parler de Loris. Il était marchand de vin.
- Je sais.
- Je l'ai rencontré au bar, il passait souvent quand ses voyages l'arrêtaient à Luca. Vous aviez un point commun : il ne venait pas pour les filles. Il aimait l'ambiance surannée et la conversation des soldats. Nous nous retrouvions souvent en fin de soirée, car il aimait autant boire le vin que le vendre. Il me faisait rire. Il a promis de nous protéger, moi et Aurore. Je l'ai alors suivi. J'ai laissé la danse, le bar, la nuit. Je suis devenue la respectueuse épouse du très honorable marchand Loris.
Ses yeux se perdirent sur le mur derrière moi. Je tournais la tête. Le sourire de Loris me mitraillait le regard. Un portait de mon rival était accroché au mur. Et je rêvai de le pulvériser.
- Il a l'air bon.
- Il l'était. Il a été un excellent père pour Aurore.
- Et ton mari. Pardonne-moi, mais je n'aime pas imaginer ses mains sur ton corps.
Niobé éclata de rire.
- Vous êtes bien tous les mêmes.
- Pardonne-moi, c'est idiot je sais...
- Auron... je pourrais ne rien te dire, te priver de ce soulagement... Mais ce serait être injuste envers l'homme merveilleux qu'il a été. Tu sais, quand Loris m'a demandé de l'épouser, ce n'était pas seulement moi qu'il voulait protéger. C'était lui-même. Se protéger des rumeurs, mettre un voile sur ses véritables amours... Il y a des choses que Yevon réprime encore plus qu'un moine têtu ou un mariage mixte. Loris était la générosité même, il était fait pour aimer... Mais il ne savait aimer que les hommes.
- Comment est-il mort ?
- Un soir, je l'ai attendu, dans cette maison. Il n'est jamais rentré. Tué sur la route des Mycoros alors qu'il effectuait une livraison. Ces abrutis de soldats et les Bannisseurs avaient organisé une chasse à Sin. Loris fait partie des civils sacrifiés accidentellement.
- Je croyais que la route avait été fermée aux civils ?
- Kinoc faisait partie des meilleurs clients de Loris. Et il avait demandé du vin pour la victoire.
Je restais muet. Encore une vie gâchée. Niobé restait digne, mais je sentais que cette mort la révoltait. Encore un affront que Yevon lui avait fait subir.
- Quelques jours plus tard, j'ai reçu un avis de Bevelle qui listait les civils disparus et annonçait la publication d'une plaque commémorative qui serait placée à l'entrée de la route des Mycoros. Enfin.. Les foutaises habituelles. La seule chose qui me console, c'est que l'on m'a assuré qu'une cérémonie d'accompagnement avait été conduite pour les victimes. Loris croyait beaucoup à ces choses-là, et avait peur de devenir un Errant.
- Oui, c'est une belle consolation.
Je souris.
- C'est plus difficile à avaler pour les filles...
- Les filles ?
- Aurore et Mia. Mia est en fait la fille de sa sœur, morte en couche. Loris l'a adoptée à sa naissance.
- Je suis content qu'Aurore aie eu une sœur.
- Oui. Mais j'ai toujours refusé que Loris adopte Aurore. Tu es toujours son père, malgré tout.
- Je te remercie.
Ma voix avait perdu ses accents menaçants. Parce que je ne me sentais plus menacé par Loris. Que Niobé aie pu rencontrer d'autres hommes et toucher d'autres peaux, je le comprenais, l'acceptais. Elle était faite pour aimer. Mais qu'elle soit devenue celle d'un autre, légalement, amoureusement, je ne l'aurais pas supporté. Je prononçais alors les mots que Niobé avait toujours espérés :
- Je suis désolé d'avoir tout gâché.
- Je sais. Je suis désolée que tu aies tout gâché. Et je m'en veux encore plus de n'avoir pas su t'aider.
- Tu ne pouvais rien faire.
Elle vint loger sa tête sur ma clavicule. Je me mis à caresser sa chevelure foncée.
- Il n'y a pas un matin où je n'ai espéré me réveiller auprès de toi.
- Il n'y a pas un soir où j'ai fermé les yeux sans voir sans ton visage.
Peut importe lequel dit quoi. Deux vies brisées, voici ce que nous étions. Et pas moyen de les réparer. Nous restâmes un long moment ainsi, avant qu'un bruit de porte ne nous sorte de notre rêverie.
- Maman, je suis rentrée !
Niobé s'extirpa de mes bras, soudain apeurée. Elle n'avait sans doute jamais pensé présenter le père à sa fille.
- Viens ma chérie, je suis dans la cuisine.
Quand Aurore apparut dans l'embrasure de la porte, mon cœur fit un bon. Elle était exactement comme je l'avais imaginée. La même peau mate, les mêmes cheveux noirs plus emmêlés qu'ondulés, les mêmes yeux en amande, la même grâce dans le maintient. Ma Niobé en miniature. Elle s'arrêta net quand son regard se heurta.
- C'est qui ?
- Un vieil ami.
- Pourquoi je l'ai jamais vu ?
- Il était parti. Et maintenant il est revenu.
Je ne savais pas quoi faire, et Niobé le sentait. Il y avait tout à dire, ces choses qui ne se disent pas. Niobé s'absenta alors un moment, prétextant des draps à aller étendre. Je me retrouvais alors face à ma fille de dix ans, debout devant moi d'un air interdite, ce petit être qui était une part de moi et dont je ne connaissais rien. Et je ne lui pas encore adressé une parole.
Nous restâmes longtemps, l'un en face de l'autre. Avant que j'ose prononcer ces simples mots :
- Bonjour Aurore.
- Bonjour Monsieur.
- Tu peux m'appeler Auron.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est mon nom.
À ces mots, la petite eut un mouvement de recul, et esquissa une forme de sourire. Mais les questions ne parvinrent pas à ses lèvres.
- Bon, que veux-tu faire, Aurore ?
- Ben mes devoirs, comme tous les soirs. Je vais aller dans ma chambre.
- Bien sûr... Tu veux que je t'aide ?
- Non, j'aime mieux me débrouiller seule.
En effet, elle prit ses affaires, un verre d'eau et se dirigea vers la pièce au fond du couloir. Niobé ne tarda pas.
- Vos retrouvailles sont déjà finies ?
- Oui. Elle ne parle pas beaucoup.
- Non, en effet. Il fallait bien qu'elle prenne deux trois choses de toi. Le mutisme en fait partie.
Rictus entendus.
- Mais elle a aussi ta faculté de savoir exactement ce qu'il faut faut dire. Et je ne lui ai jamais caché qui était son père. N'aie pas peur d'elle. Retourne la voir.
Je ne lui ai jamais caché qui était son père. Je suppose que cette phrase doit me rassurer.
Allongée sur son lit, ma fille avait le nez plongé sur des additions et des soustractions. Je réalisai le bonheur que ça aurait été, de l'aider à compter sur ses doigts. Je vins appuyer mon dos contre son bureau. Elle releva la tête et me dévisagea. Je remarquai avec une tristesse mélangée de fierté que mes yeux marrons avaient dominé sur les teintes bleutées et vertes de Niobé. Ma fille avait hérité de la gravité de mon regard sombre.
- Aurore...
Quatre mots. Quatre putain de mots qui allaient changer à jamais sa vie. Mais Aurore semblait les attendre, derrière son air impassible.
- Aurore. Je suis ton père.
- Je sais. Maman m'a dit que tu avais toujours un manteau rouge.
- Elle t'a souvent parlé de moi ?
- Un peu, quand j'avais des questions.
- Est-ce que tu as d'autres questions ?
Je m'étais assis au bord du lit.
- Oui, il y a une chose que ma mère n'a jamais su me dire.
- Je t'écoute.
- Est-ce que Sir Jecht était vraiment aussi beau ? Ma soeur Mia en est folle amoureuse.
Dire la question m'étonna serait un euphémisme. Je la trouvais décalée, charmante, et follement à propos.
- Oui, il était assez charmant. Pas vraiment mon genre, mais il avait beaucoup de succès !
- Mia te posera sûrement plein de questions, quand elle va rentrer. Elle est absolument en adoration devant Sir Jecht.
- Elle a vu des images ?
- Mon papa, enfin, Loris, il nous racontait vos histoires quand nous étions petites. Tous les soirs, il nous racontais les aventures de lord Braska, Sir Jecht et Sir Auron. Il disait que c'était important que je sache qui était vraiment mon père.
Nous continuâmes de discuter. Elle me parlait de Loris, de son école, de ses amis, de sa soeur, de sa maman. Je l'écoutais avec ravissement, jusqu'à ce que des échos de voix nous parvinrent. Sa soeur Mia était rentrée. Aurore me posa alors la question que j'aurais souhaité éviter.
- Pourquoi tu es parti ?
Je n'arrivais pas à lui mentir ni à lui dire la vérité. Je ne voulais pas d'une fausse excuse, quelque chose en demi-teinte qui absoudrait sa mère et moi de notre histoire. Mais comment dire à une enfant de dix ans, que je venais de retrouver et qui se montrait supérieure en tous points à mes espérances, que je n'étais qu'un alcoolique désespéré, qui avait été incapable de s'occuper de sa famille ? Que la perte de mes deux amis avait été si destructrice que je n'avais pas vu les bras salvateurs que sa mère me tendait, parce qu'au fond de moi je lui en voulais de m'avoir laissé prendre part à cette folie de pèlerinage ? Je ne pouvais pas lui dire cela, mais toute autre réponse aurait été trahir sa confiance. Alors je cherchais à gagner du temps.
- Comme tu le sais, je n'ai pas été présent pendant la grossesse de ta mère. Je ne suis rentré que quelques mois après ta naissance. Pendant ce temps, j'accompagnais Braska, avec Sir Jecht.
- Je sais tout ça. Maman m'a dit que tu es reparti après, parce que tu voulais venger tes amis.
Je ne pus m'empêcher de sourire car je réalisai que, malgré sa douleur, Niobé n'avait pas voulu que notre fille me déteste. Elle non plus, n'avait rien voulu renier. Je comprenais aussi qu'elle avait prévu de tout lui expliquer plus tard, soit quand Aurore aurait eu assez de bons souvenirs de son père, ou quand elle aurait été sûre qu'il ne reviendrait jamais.
- Oui, mon Aurore, c'est vrai. Je suis parti pour venger mes amis. Mais aussi parce que mon désir de vengeance m'avait rendu sourd, que je n'arrivais plus à prendre soin de toi et de ta maman. Je devais le faire.
- Et tu as réussi ?
- Oui, maintenant ils sont vengés.
- Mais alors, pourquoi n'es-tu jamais revenu ?
La question que je redoutais. Parce que la réponse était trop simple et trop dure. Je ne suis pas revenu parce que je suis mort. L'ordre naturel des choses. Vous revoir, c'est braver le cycle universel, faire un pied-de-nez à la mort, renier la beauté de la vie. Je ne suis pas revenu parce que je suis mort.
- J'ai mis longtemps à les venger. J'ai dû suivre Sin bien plus loin que je ne l'aurais pensé. C'est pour ça que j'ai mis si longtemps à venir.
Un mensonge. Encore un. Parce que je me rendais compte que je n'avais pas le droit de revenir dans leur vie et d'en repartir. Elles avaient appris à vivre sans moi et, même si je ne sais pas encore si Niobé était heureuse de me revoir, je supposais que ma fille espérait quelque chose de ces retrouvailles. Comment lui enlever si brutalement l'espoir qu'elle commence à formuler discrètement, au creux de ses blessures d'enfance ? Qui suis-je ?
Ma réponse sembla cependant la satisfaire, comme elle me serrât dans ses bras. Elle y mettait toute sa force et pourtant n'était encore qu'une brindille.
Nous rejoignîmes sa mère et Mia, qui après la timidité d'usage fut intarissable quant à sa soif de connaissance au sujet du mystérieux Sir Jecht. Je n'avais cependant pas grand chose à lui apprendre, elle s'était déjà bien renseignée. J'étais vraiment heureux que mon Aurore ait pu grandir aux côtés d'une soeur.
Après un repas joyeux, Niobé pria les filles d'aller se coucher. Pendant qu'elles se débarbouillaient, Niobé me demanda où je comptais passer la nuit. Je dus lui avouer la vérité, à savoir que ma venue n'était nullement calculée et que je n'avais simplement que profité du temps qui m'était offert avec elle. Elle devait se sentir libre de me chasser quand elle le désirait. Elle me fit alors la déclaration la plus inattendue :
- Je me suis toujours félicitée de t'avoir quitté. Mais je n'ai jamais pu me pardonner de t'avoir perdu. J'espère que tu n'as pas envie de repartir trop vite.
Mon coeur... ne s'emballait pas, mais mon cerveau se souvenait que ces paroles devaient me réjouir. Je l'ai donc suivi dans la chambre où elle m'invitait. Les gestes furent rapides, précis, comme dans mon souvenir.
Les mains de Niobé relevant ses cheveux sur sa nuque, m'offrant son corsage à faire glisser le long de sa poitrine tendue. Retrouver ses lèvres, reproduire mentalement leur douceur et leur goût salé. Sentir ses doigts parcourir mon corps selon le tracé mille fois emprunté, jamais usé. Voir mon corps réagir à ses caresses. La caresser, avec les doigts, avec la langue, reconnaître ses soupirs pour guider mes errances sur ce corps tant désiré. La faire jouir.
Plus tard, dans la nuit, elle se réveillera et trouvera mon torse froid. Elle relèvera doucement la nuque et verra mes deux yeux grands ouverts. Elle me demandera comme je vais, même si la seule question qui l'importe est « qu'est-ce qui ne va pas ». Tout va, mon amour. Je suis mort. Je suis mort, je rêve de tes baisers mais n'éprouve rien sous tes gestes. Je vais quitter ta vie comme je l'ai fait il y a dix ans, comme cela aurait dû rester. Quel sens donner à nos retrouvailles ?
Dans le jardin de Niobé, je cherchais une issue. Une issue qui me permettrait de quitter ce monde sans briser le sien. Encore. J'avais bien conscience que plus je restais, plus mon départ serait difficile. Et je ne pouvais pas imaginer non plus repartir sans leur donner la moindre explication.
Le lendemain fut une journée irréelle. Niobé me souriait, heureuse de nous avoir retrouvés, mais soucieuse de la version édulcorée de notre passion que je lui proposais. Elle me raconta ces dix ans écoulés, sa rencontre avec Loris, les belles années, sa mort brutale. Elle me posa des questions sur le pèlerinage, auxquelles je répondis avec pudeur. Ceux qui n'ont jamais fait cette route ne peuvent malheureusement pas s'imaginer tout ce que traversent les Invokeurs. Mais j'essayais de ne pas le lui faire trop sentir. Je profitais aussi des heure avec Aurore, à son retour de l'école. Ce n'était pas dans mes habitudes d'être enthousiaste, mais ma fille avait le don de m'émerveiller.
La nuit arriva, finalement. Nous rejoignîmes nos chambres. Niobé murmura, tremblante, que je pouvais venir, si j'en avais envie. J'étais partagé entre deux types de devoir, celui d'honorer le corps qui m'est offert, et celui de dire la vérité à celle que j'aime. Je choisis la solution des lâches, je lui fis l'amour, du mieux que me permettaient mes souvenirs et mon désir de lui faire plaisir.
Encore un matin. Niobé était levée depuis un moment, j'avais bizarrement dormi, mes bras enlaçant sa taille. Je profitai de son absence pour me rendre à Luca. Je devaiss y faire quelques provisions, et ne manquait pas de saluer mon vieux compagnon du bar. Il m'annonça qu'une jeune fille blonde était passée dans la matinée pour me trouver. Sacré Rikku. Elle me connaissait donc si bien.
En rentrant, j'annonçait à Niobé que nous risquions d'avoir des invités ce soir. Je voulais lui présenter les amis avec qui nous avions sauvé Spira. Niobé eut l'air heureuse. Je l'imaginais soulagée de ne pas passer une troisième soirée avec mon coeur de pierre.
En fin de journée, j'entendis enfin le capharnaüm attendu. Rikku et Wakka babillaient, Lulu les rappellait à l'ordre, Yuna riait, et Kimarhi grognait. Je présentais mes amis à Niobé, Aurore et Mia. Ils furent un peu décontenancés par l'invitation spontanée de Niobé à partager notre repas. Mais contrairement à elle, ils savaient que c'est le dernier.
