Chapitre 21

Regulus s'attendait évidemment à ce que Sirius engage la discussion sur le terrain glissant de la magie noire… Et il était même légitime qu'il le fasse. Regulus était parfaitement conscient que les moyens qu'il avait utilisés pour les sortir d'Azkaban étaient parfaitement discutables. Pires que discutables. Severus lui-même s'était montré réticent. Plus que réticent.

« Ce qui me dérange le plus, Regulus, dit Sirius, le regard dur, c'est que tu ne sembles même pas te rendre compte de la gravité de tes actes…
- Personne n'a été blessé, Sirius », rétorqua-t-il.

Il avait la bouche désagréablement sèche. Il n'avait pas envie de se justifier, pas maintenant. Il était fatigué. Perturbé. Il ne savait pas vraiment lui-même ce qui s'était passé, tout à l'heure, devant le ministère. Oh, il en avait bien une petite idée… Mais ce n'était certainement pas le genre de chose dont il allait débattre maintenant avec Sirius !

Tout ce qu'il souhaitait, maintenant, c'était que Sirius s'en aille. Qu'il remonte dans sa chambre s'occuper de Harry.

Il lança un coup d'œil à la dérobée à Severus. Celui-ci n'avait pas bougé, apparemment impassible. Mais Regulus le connaissait suffisamment pour percevoir sa tension. La simple présence de son frère dans la même pièce que lui le hérissait. Et pour une fois, il ressentait presque la même chose.

A cet instant, il se sentait infiniment plus proche de Severus que de Sirius. Sirius le regardait avec cet air implacable qu'il avait parfois, qui disait tout le mal qu'il pensait de lui… Il pouvait être si dur, parfois, lorsqu'il se prenait à jouer les censeurs !

« Il ne s'agit pas de cela, et tu le sais très bien ! coupa Sirius. On ne peut pas utiliser la magie noire comme ça !
- Mais il fallait que j'arrive jusqu'au Ministère ! Il y avait tellement de monde…
- Et ensuite ? C'est l'escalade, Regulus, c'est toujours comme ça que ça se passe ! Les Aurors qui se seraient dressés devant toi, qu'est-ce que tu leur aurais fait ?! Ne prétends pas que tu n'étais pas à deux doigts de les tuer ! Je t'ai vu, avec McPherson ! »

Mais McPherson était aussi prêt à tuer que lui-même l'avait été, non ? Il ne faisait que défendre sa propre vie… Comment Sirius ne voyait-il pas cela ?!

« McPherson nous éliminerait sans la moindre hésitation ! contra Regulus. Il s'agit de se battre pour notre propre survie ! Et la magie noire n'est qu'une arme parmi d'autre ! J'utilise ce que je maîtrise !
- On ne maîtrise pas la magie noire ! asséna Sirius, cassant. Ce n'est qu'une illusion ! Elle te pourrit de l'intérieur et finit toujours par se retourner contre toi !
- Je n'avais pas le choix !
- Si, tu l'avais ! Tu as choisi, Regulus ! Le jour où tu as ouvert ton premier livre de nécromancie, tu as choisi ! Et c'était mal ! »

Il se tut, le souffle un peu court. Regulus sentit ses joues s'enflammer désagréablement, son cœur battre trop vite, dans un mélange de colère et de tristesse.

« Pourquoi tu ne veux pas faire l'effort d'essayer de comprendre… ? murmura-t-il, la voix tremblante d'émotion.
- Comprendre quoi ? répliqua Sirius, implacable. Que tu as laissé les sornettes de nos parents te monter à la tête ? Que tu t'es réjoui du pouvoir à portée de ta main ?
- Non…
- Ce pouvoir qui te mettait dans les bonnes grâces de la famille, n'est-ce pas ? poursuivit Sirius, criant presque. Cette puissance qui te permettrait de faire oublier l'enfant médiocre que tu étais ?! Père aurait été si fier, de te savoir capable de lever les morts de leur tombe ! Même lui n'est jamais allé aussi loin ! Dommage qu'il soit mort, n'est-ce pas ? Il t'aurait sans doute félicité !
- Tais-toi ! »

S'il pouvait se taire… ! Il ne comprenait rien ! Il n'y avait pas la moindre parcelle de vérité dans ce qu'il lui crachait maintenant au visage !

N'est-ce pas… ?

Alors pourquoi se sentait-il si mal, si blessé ?

« Tu n'as pas le droit de dire ces choses-là ! protesta-t-il. Tu te trompes, tu n'étais pas là, comment peux-tu prétendre… »

Sa voix était à deux doigts de se briser pour de bon.

« Je t'ai vu faire, Regulus ! coupa Sirius. Plus tu grandissais, et plus tu devenais détestable ! Les choses que tu disais, celles que tu faisais… ! Combien de personnes as-tu tuées, avec tes amis Mangemorts ?! Et là, tu viens en prétendant t'être amendé… Et tu uses des mêmes procédés ignobles que mes ennemis !
- Je l'ai fait pour te sauver ! s'exclama Regulus, révolté.
- Pour me sauver… Ces Moldus que tu as ensorcelés auraient pu payer mon évasion de leur vie ! Tu t'imagines vraiment que ma peau vaut ce sacrifice-là ?! Il y a des limites qu'il ne faut pas franchir, Regulus, jamais !
- Tu me reproches de t'avoir sauvé ?! hoqueta Regulus, à bout de nerfs. Tu aurais préféré moisir plus longtemps dans ta cellule ?! »

Un instant, Sirius resta sans réponse, comme s'il réfléchissait vraiment à ce qu'il venait de dire.

« Pourquoi l'as-tu fait, Regulus ? demanda-t-il plutôt.
- Tu es mon frère !
- Alors, tu l'as fait pour de mauvaises raisons ! Encore une fois, tu n'as rien compris ! Je me fiche que nous soyons frères, ça ne compte pas, Regulus ! Malgré toutes tes dénégations, tu n'as pas changé ! Tu es toujours le même, le fils de nos parents, à croire que les liens du sang et ta seule volonté sont les conditions suffisantes pour faire usage de la pire des magies qui soit ! Mais tu te trompes !
- Tu es injuste… »

Les larmes lui montaient aux yeux malgré lui et il fit un gros effort pour les refouler. Comment Sirius pouvait-il lui parler ainsi ?! Comment pouvait-il insinuer qu'il avait pris tous ces risques pour sa seule satisfaction ?! Il ouvrit la bouche pour protester encore, mais resta muet. Que pouvait-il répondre, de toute façon ? Sirius ne l'écouterait pas. Lorsqu'il s'était fait une opinion bien arrêtée sur quelque chose, rien ne pouvait l'en faire démordre.

« Je suis stupéfait par ta subtilité, Black… »

Regulus tourna la tête vers Severus, secoué. Le jeune homme regardait Sirius avec un air de souverain mépris.

« J'avais bien dit à Regulus que tu ne méritais certainement pas les risques qu'il prenait pour toi, poursuivit Severus, glacial. Je pensais que tu aurais au moins la décence de le remercier d'avoir songé à sauver ta misérable peau ! L'ingratitude poussée à de pareils sommets, c'est presque inconcevable !
- Je me fiche profondément de ton avis, Servilus ! répliqua Sirius, sans même daigner le regarder.
- Est-ce que tu te rends compte à quel point ça a été dur, pour moi, de faire ce que j'ai fait ?! intervint Regulus, retrouvant sa voix d'un coup.
- Et tu attends donc de moi que je te remercie ? Je n'avais rien demandé, Regulus ! Certainement pas que tu risques ta peau… ton âme… pour moi ! Qu'est-ce que tu t'imaginais ? Que j'allais oublier tout ce qui nous a toujours séparés uniquement parce que tu as choisi de me faire évader ?! »

Regulus tourna les talons, très pâle. Severus l'avait bien prévenu que les réactions de Sirius risquaient d'être violentes, son frère n'était pas du genre à faire des concessions. Mais il ne s'attendait certainement pas à ce que cela fasse tellement mal… Pourquoi Sirius refusait-il de seulement envisagé qu'il ait pu faire ce qu'il avait fait uniquement parce qu'il l'aimait vraiment, malgré tout ce qui les avait séparés ?

Il me hait, pensa Regulus. Il me hait comme il hait notre mère… Parce que nous sommes du même sang…

C'était profondément ironique… Si les liens du sang n'avaient vraiment aucune importance, pourquoi Sirius le détestait-il uniquement parce qu'ils étaient de la même famille ?!

Non, ce n'est pas exactement ça, se reprit-il. Il me déteste parce que j'agis comme on a toujours agi chez les Black… En ayant recours à n'importe quel procédé pour parvenir à mes fins…

Peu importait que le but à atteindre soit honorable. Sirius lui en voudrait toujours. Et il ne pouvait rien faire contre cela.

Brusquement, il traversa le salon pour gagner la porte, bousculant presque Sirius au passage.

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La colère que ressentait Rufus Scrimgeour se doublait désagréablement d'inquiétude. Une inquiétude que partageait visiblement Millicent Bagnold. La Ministre n'avait pas dit un mot, depuis qu'ils avaient quitté la conférence de presse sous les interjections de la foule des journalistes.

Lucius Malefoy avait mis le feu aux poudres. Rien de bon n'en sortirait. Scrimgeour connaissait assez le personnage pour savoir que les prochains jours seraient éprouvants – et décisifs. Il n'était même pas sûr qu'une arrestation inespérée des frères Black puisse sauver la situation.

« Maudit Malefoy… grommela-t-il, après avoir soigneusement refermé la porte du bureau de la Ministre derrière eux.
- Il fallait s'y attendre… soupira Millicent, en se laissant tomber dans un fauteuil. Malefoy a les dents longues… Il manœuvre depuis la fin de la guerre pour gagner de l'influence au sein du Ministère…
- Vous pensez qu'il va briguer le poste de Premier Ministre ?
- Non… Il est plus subtil que cela. »

Elle se frotta les yeux d'une main lasse.

« La situation est trop explosive, en ce moment, pour qu'il se risque à se mettre en avant… S'il ne parvient pas à remettre Sirius Black en prison, l'opinion publique se retournera contre lui, et il le sait…
- Alors ?
- Il va mettre en avant un homme de paille. Quelqu'un sous sa coupe, qu'il pourra manœuvrer à sa guise… Et qu'il éliminera à la première difficulté. Ou lorsqu'il sera finalement prêt à reprendre le flambeau. »

Scrimgeour réfléchit un instant. C'était effectivement bien dans le caractère de Malefoy, d'agir de la sorte…

« Qui ? demanda-t-il. Qui poussera-t-il sur le devant de la scène ?
- Fudge.
- Cornelius Fudge ?!
- Ils passent beaucoup de temps ensemble. Et Fudge a déjà un pied dans le Ministère. Mieux : Fudge est totalement inoffensif, et blanc comme neige. C'est un ambitieux, mais personne ne pourra jamais l'accuser de connivence avec les Mangemorts. »

Scrimgeour acquiesça lentement de la tête. C'était plausible. Fudge avait un aspect débonnaire qui rassurerait certainement la communauté des Sorciers. Mais pour ce qui était de la compétence…

« Je suis sûre, poursuivit Millicent, que dès demain, nous verrons fleurir des propositions relatives à des élections anticipées dans tous les journaux. Et je parie que nous aurons aussi droit à nombre d'interviews de ce cher Lucius. Et que le nom de Fudge apparaîtra curieusement un peu partout…
- Ce serait ridicule… murmura Scrimgeour. Fudge n'a pas les reins pour supporter une situation de crise.
- Il a régulé bon nombre d'incidents liés aux Mangemorts…
- Dissimuler les exactions de ces criminels aux yeux de la population moldue ne le rend pas particulièrement apte à gérer notre communauté ! D'autant que… »

Il s'arrêta, pris par une pensée soudaine. Millicent lui lança un regard interrogateur.

« Sa fille, expliqua Scrimgeour. Nous tenons sa fille !
- Pardon ? demanda Millicent.
- Sa fille Isabelle ! Elle est accusée d'avoir comploté avec les frères Black !
- Oui, c'est vrai, j'ai lu votre rapport…
- Un rapport solide, et plausible, Madame le Ministre. Si nous parvenons à la faire inculper, Malefoy aura le plus grand mal à imposer son poulain à notre communauté !
- A moins que ce procès ne devienne un argument de plus contre nous ! souligna la Ministre. Si nous l'inculpons, nous devons être sûrs de nous ! Sinon, Fudge se fera un plaisir de souligner les failles de notre système. Nous ne pouvons pas nous permettre le plus petit disfonctionnement. Isabelle est-elle vraiment coupable ?
- L'Inspecteur McPherson pense qu'elle a vraiment joué un rôle. Mais pour ce qui est de son degré d'implication dans l'affaire… Je pense que cette cruche s'est simplement entichée de Regulus Black.
- Interrogez-la encore. Et si c'est concluant, je veux qu'elle soit inculpée avant demain matin. »

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Sirius tendit la main pour retenir Regulus, mais celui-ci lui fila littéralement entre les doigts. « Regulus ! appela-t-il. Attends, je n'ai pas fini ! »

Regulus accéléra, et quitta le salon sans un mot. Aussitôt, Sirius fit mine de lui emboîter le pas. « Sirius… intervint Remus, s'interposant entre la porte et lui. Laisse-le.
- Non, Remus ! trancha Sirius, lui jetant un regard noir. Il faut qu'il comprenne !
- Et tu penses que c'est en le blessant comme tu le fais que le message passera ? » demanda Remus posément.

Sirius hésita. Le regard de Remus ne le lâchait pas. Remus, la voix de la raison…

« Si au moins il avait fait tout cela pour de bonnes raisons… ! s'exclama Sirius, tendu.
Mais qu'est ce qui le motive ? Que nous soyons de la même famille ! Comme si cela avait la moindre importance !
- Tu es tellement stupide, Black, que c'en est pathétique ! lâcha Rogue.
- Oh, toi, ferme-la !
- Tu n'as pas la moindre idée de ce que ça a pu lui coûter, de te sortir de ta cellule ! s'entêta Rogue, les lèvres pincées. Tu te sens tellement fort, tellement supérieur, n'est-ce pas ?! Tu n'es qu'un minable ! Tu lui balances tes leçons de morale au visage, comme si toi-même, tu étais irréprochable ! Laisse-moi rire ! »

Sirius fit un pas vers lui, les poings serrés. Il avait parfaitement conscience d'avoir blessé Regulus, peut-être même s'en voulait-il pour cela… Mais il lui était tout simplement insupportable d'entendre les commentaires de Rogue. Rogue ! Comme s'il avait le moindre droit de lui faire la morale, lui, le Mangemort !

Il sentit la main de Remus l'attraper par la manche.

« Car bien sûr, poursuivait Rogue, il ne t'est jamais arrivé, à toi, de faire quoi que ce soit de mal, n'est-ce pas ?! Oh, évidemment, tu n'as jamais touché à la magie noire !! Mais ce n'est pas comme si tu avais besoin de ça pour tuer les gens, n'est-ce pas ?!
- Quoi ?! Je n'ai tué personne ! protesta Sirius, rougissant de colère.
- Non, bien sûr ! On se demande bien ce que tu comptais faire à ton petit copain Peter ! »

Sirius se jeta en avant, décidé à l'étrangler de ses propres mains. Meurtrier, lui ? Eh bien, il allait lui donner raison de ce pas !

Entendre Rogue évoquer Pettigrow là, maintenant, c'était plus qu'il n'en pouvait supporter.

Peter. La plus grosse erreur qu'il avait jamais faite. Combien de fois avait-il repensé à cela, dans sa cellule à Azkaban ! La trahison de Peter. La façon dont il l'avait traqué, puis acculé, dans cette rue moldue… Oui, il voulait le tuer. Il était fermement décidé à le faire. Et il avait hésité. Une simple petite seconde. Qui avait suffi à Peter pour retourner la situation à son avantage.

Cette fois-ci, Remus ne se contenta pas de le tenir par la manche. Il le saisit tout bonnement à bras le corps pour le maintenir en arrière.

« Arrête Sirius ! s'exclama-t-il.
- Il fait la morale à son frère, lui qui a été incarcéré pour meurtre ! poursuivait Rogue, avec un horrible sourire sur le visage. Lui qui était prêt à assassiner son ami ! Il ose faire la morale à son frère pour avoir utilisé quelques cadavres pour son propre bien ! Ce serait risible si ce n'était pas aussi pathétique, Black !
- Il ne s'agit pas de cela ! s'emporta Sirius. Il s'agit du coût de ce qu'il a fait ! Et ça, tu le sais, toi, l'expert en magie noire ! Lâche-moi, Remus !
- C'est hors de question ! répliqua Remus. Tu vas d'abord te calmer !
- Qu'il arrête de se mêler de nos affaires ! Tu n'as absolument rien à faire ici, Rogue ! Dégage ! Sors de cette maison et laisse-moi régler mes problèmes comme je l'entends avec mon frère ! »

Rogue croisa ses bras osseux, apparemment déterminé à camper sur place.

« Ah oui ! ricana-t-il. Régler vos problèmes ! Tu m'as l'air bien parti pour, en effet ! Tant que tu n'auras pas compris que le monde n'est pas tout noir ou tout blanc… ! Tu as jugé ton frère il y a bien longtemps, sans chercher à le comprendre !
- Oh, mais j'ai très bien compris ! J'ai vécu dans cette baraque de dingues ! Je l'ai vu soupirer après la reconnaissance de nos parents ! Pas facile, d'être le second fils, je veux bien le reconnaître ! Mais de là à verser dans la nécromancie… ! Devenir Mangemort ! Servir un malade de la trempe de Voldemort ! »

Les traits de Rogue s'altérèrent subitement, et Sirius pensa qu'il l'avait blessé. Curieux, qu'il semble prendre tant les choses à cœur. Ou Rogue était bien plus attaché à Regulus qu'il ne le pensait possible, ou bien ses paroles trouvaient un écho chez lui. Peut-être un peu des deux, en définitive…

« Tu es définitivement plus idiot que ce que je pensais… fit Rogue vertement. Et pourtant, crois-moi, je ne te tenais déjà pas en bien haute estime !
- Comme si je me souciais de ça ! » répliqua Sirius avec dédain.

Il rua une nouvelle fois pour se dégager de l'étreinte de Remus. « Lâche-moi, ça va ! s'emporta-t-il. Je promets de ne pas lui démolir le portrait !
- Je ne partirai pas d'ici, Black ! Regulus a besoin d'aide, et comme, apparemment, tu ne sembles pas t'en soucier…
- Stupide abruti borné ! s'emporta une nouvelle fois Sirius. Tu ne comprends rien ! Tu crois que je ne vois pas dans quel état il est ?! Tu n'étais pas là, devant le Ministère ! Moi, si ! Et ce n'était pas Regulus, qui se battait là-bas ! Il a joué avec le feu, et maintenant, il… »

Sa voix le trahit. Une émotion plus profonde que la colère le submergea brusquement. Et il réalisa subitement qu'il n'avait fait que se mentir à lui-même. Il en voulait à Regulus, certes… Mais il y avait tellement plus, que ce qu'il lui avait jeté au visage !

« Je ne veux pas qu'il lui arrive de mal… » murmura-t-il.

La prise de Remus sur lui se relâcha légèrement. Son ami le tenait moins pour l'empêcher de faire une bêtise que pour le soutenir, maintenant. Et de soutien, il en avait vraiment besoin. Remus était assez fin pour le comprendre. « C'était cela, que tu aurais dû dire à Regulus, Sirius », lui dit Remus.

Evidemment. Mais il avait été tellement plus simple de laisser parler son irritation que ses sentiments de tendresse ! Et voilà que maintenant il faisait étalage de son inquiétude pour Regulus devant Rogue ! C'était pourtant bien la dernière personne qu'il aurait prise pour confident !

« Ce que je voulais lui dire, c'était que je ne voulais plus qu'il risque sa vie pour moi… Et que je ne supporterais pas qu'il paye le prix pour avoir utilisé la magie noire… confia-t-il à Remus d'une voix à peine audible.
- Alors qu'est-ce que tu attends pour le faire ? » demanda le jeune homme gentiment.

Sirius hocha la tête d'un mouvement un peu gauche et tourna le dos à Rogue. Il ne voulait pas croiser son regard. Il était bien trop gêné de s'être livré de cette manière. Si seulement il n'avait pas été dans la pièce… Il aurait pu parler à Regulus à cœur ouvert, sans prendre tous ces détours qui avaient si fort blessé son frère… Il se dégagea pour de bon des bras de Remus et quitta le salon, à la recherche de Regulus.

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McPherson croisa les bras et poussa un soupir. Ce que venait de lui dire Scrimgeour était loin de lui plaire. Mais d'un autre côté, il était parfaitement sûr de ce qu'il avançait.

« Elle est coupable, je vous l'assure ! répéta-t-il à son chef. Inculpez-la sans inquiétude !
- Vous avez vraiment compris ce qui est en jeu, McPherson ? insista Scrimgeour.
- Fudge n'a rien pour prouver que sa fille n'était pas de connivence avec les Black. Tout au plus pourra-t-il arguer qu'elle s'est laissée abuser par Regulus.
- J'ai appris que Lucius Malefoy voulait se charger de sa défense.
- Grand bien lui fasse ! répliqua l'Inspecteur avec dédain.
- Madame le Ministre est sûre que Fudge fera campagne contre elle, si nous sommes obligés d'en passer par des élections anticipées…
- Si nous montons un dossier suffisamment solide contre elle, nous pourrons le tenir comme ça… Imaginez donc : nous pourrions laisser entendre que la peine de sa fille serait allégée, s'il acceptait de rester sagement en retrait…
- A moins qu'il ne se serve de sa fille justement pour affirmer sa volonté d'en finir pour de bon avec les Mangemorts ! S'il la fait incarcérer… »

Les deux hommes se turent. Ils étaient finalement arrivés jusqu'au bureau de Julius. McPherson tenait à avoir le rapport de son collègue au plus tôt. Il était persuadé qu'il fallait creuser du côté de l'Auror qui était en poste devant la cellule de Black, Shacklebolt. Il n'avait pas du tout aimé les questions que le jeune homme lui avait posées…

« Je ne pense pas qu'il irait jusque là… murmura Scrimgeour, songeur. Il est ambitieux, certes… Mais je crois qu'il aime sincèrement sa fille…
- Oui. Mais si Lucius parvient à le convaincre ? »

McPherson savait quel genre d'homme était Malefoy. Du genre qu'il aurait volontiers traqué, comme il traquait maintenant Sirius Black. Il était persuadé qu'il traficotait avec les Mangemorts, même si rien n'avait jamais pu être prouvé…

Le fait que Malefoy se soucie maintenant de politique, alors que Sirius Black – le cousin de sa femme ! – venait de s'évader… !

Décidément, McPherson avait un très mauvais pressentiment.

« Nous allons devoir jouer serré, McPherson, reprit Scrimgeour. Si les choses se présentent mal pour Millicent Bagnold, je proposerai ma démission. Peut-être un changement à la tête des Aurors calmerait l'opinion publique. Dans ce cas, je compte sur vous pour prendre entièrement en charge l'enquête concernant les Black. Vous êtes plus que compétent, McPherson. Et j'ai confiance en vous. »