Chapitre XX : Et chat s'appelle l'amour...
Jordan et Dylan étaient assis sur un banc, en ville, et regardaient le ciel s'obscurcir en discutant.
-Et comment tu sais tout ça ? S'enquit Jordan, étonné que Dylan puisse être au courant d'une telle histoire.
-Dave déteste avoir un téléphone collé à l'oreille, alors il met toujours sur haut-parleur. Et après son premier appel, Claude a de nouveau téléphoné à Dave pour tout lui raconter. Chaque fois j'étais avec lui.
-Ah, je vois. Enfin, c'est... surprenant de leur part. Je veux dire... qu'ils puissent être ensemble... sans s'entre-tuer. Je crois que je vais avoir du mal à m'en remettre.
Dylan rit doucement. Un rire qui résonna comme une douce musique aux oreilles de l'ancien capitaine de la Tempête des Gémeaux. Le cœur de Jordan s'emballa, mais heureusement pour lui, le froid avait déjà fait rougir ses joues qui ne pouvaient dès lors plus le trahir. Dylan frissonna alors.
-Tu as froid ? S'inquiéta aussitôt l'ancien joueur des Inazuma.
-Je ne serais pas contre une petite marche..., répondit l'autre avec un léger sourire.
Aussitôt, Jordan bondit sur ses pieds et les deux jeunes hommes rejoignirent le centre ville et ses étales à la fermeture tardive. Ils marchèrent côte à côte, sans échanger un mot, appréciant simplement la présence de l'autre. Jordan était quelqu'un de plutôt actif, mais avec Dylan, il se sentait couler dans un doux miel qui épongeait son surplus d'énergie et berçait son âme. Depuis toujours, son « frère » d'orphelinat, ami, coéquipier, était le seul capable de mettre un terme à ses colères, ses caprices, ses excès. L'ancien capitaine ignorait de quelle sorte de magie il s'agissait, mais il était tellement agréable d'en être la victime...
Il jeta un bref regard à Dylan et remonta légèrement son écharpe sur son visage pour cacher ce sourire trop paisible qu'il avait aux lèvres et qui ne lui ressemblait pas. Il se rendait compte qu'il avait beau hurler après Byron, et grommeler que ce dernier était d'une niaiserie amoureuse insupportable, il devait reconnaître que lui-même, seul avec Dylan, ne valait pas beaucoup mieux. Il l'aimait, après tout. Il n'y pouvait pas grand-chose. Il était amoureux ; c'était aussi stupidement simple que ça... Et il enviait Byron et Henry d'avoir été capables de s'avouer leurs sentiments. Lui n'osait pas ; amèrement certain que d'eux deux, lui seul avait cette affection particulière.
Il sentit alors une main se glisser dans la sienne.
-Tu vas bien ? Lui demanda Dylan.
-Hein ? Heu, ah, oui. Ça va.
Toutefois, l'éclat de l'inquiétude ne déserta pas les beaux yeux bleus de l'adolescent dont les cheveux bruns tiraient largement sur le gris.
-Tu t'es brusquement assombri, insista-t-il. Tu as vraiment l'air préoccupé...
-M-mais n-non ! J'ai rien, t'en fais pas ! S'écria l'ancien capitaine en tournant la tête à l'opposé de son ami.
Il garda cependant le contact entre leurs mains ; même si cela rendait sa respiration un peu plus difficile, il savait que s'éloigner plus que de raison aurait paru suspect aux yeux de Dylan. Ils avaient toujours été très tactiles l'un avec l'autre. En fait, avec le recul, il se rendait compte à quel point leur relation avait toujours été ambiguë. Tout le temps où ils avaient vécu à l'orphelinat, en tant que « frères » ou coéquipiers, ils avaient chaque nuit dormi ensemble, mangé ensemble, joué ensemble. Ils s'étaient entraînés ensemble. Et chaque fois que Dylan trouvait le temps de lire, il venait tourner les pages sur les genoux de son capitaine. Quand Jordan s'était retrouvé à jouer chez les Inazuma, ne pas avoir Dylan à qui passer le ballon lui avait toujours fait bizarre. Lorsqu'il était parti étudier et s'était retrouvé en collocation avec Byron et Nathan, le vide qu'avait laissé l'absence de Dylan n'avait jamais pu se combler. Le lit lui avait toujours paru trop grand, les draps trop froids, les nuits trop longues. Bon sang... Byron et Henry, Claude et Bryce, David et Artie... Pourquoi cela semblait-il si simple, si naturel avec les autres ? C'était rageant.
Dylan fit alors la moue.
-Dis-moi ce qui te tracasse.
-Y'a rien !
-Ne me prends pas pour un imbécile...
-Et n'essaye pas de me faire culpabiliser.
Ils soupirèrent de concert. Avec ça, ils allaient aller loin... Finalement, après de longues minutes de marche, ils s'arrêtèrent devant un stand proposant de ces petits mots prédisant l'avenir. Jordan finit par céder face à l'insistance de Dylan et en prit un. Il haussa un sourcil, regarda furtivement son ami et rougit plus fortement encore en rangeant le papier dans sa poche.
-C'est pas l'avenir, ça ! Grogna-t-il.
-Ah ? Fais voir ! T'as eu quoi ?
-C'est pas important, puisque ce n'est pas l'avenir !
-Allez, fais pas ta tête de mule ! Montre !
Et sur ces mots, Dylan plongea sa main dans la poche de son ancien capitaine, y récupérant le papier.
-Dylan ! Eh ! Non ! Rends-moi ça ! Dylan ! Protesta Jordan.
Mais la lutte fut remportée par le brun. Jordan se retrouva donc pratiquement sur le dos de Dylan, ce dernier ayant les mains tendues devant lui pour empêcher son ancien capitaine de reprendre le papier, ses yeux le parcourant à la vitesse de l'éclair.
-« Demain, vous trouverez l'amour. » Lut-il.
Puis il tourna la tête vers Jordan dont le visage s'incendia, et cette fois, le froid ne pouvait être utilisé comme excuse. Il s'écarta vivement de Dylan qui l'interrogea du regard. Jordan baissa les yeux. Le brun, d'abord perdu, réfléchit rapidement, puis eut l'air peiné.
-Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
-... Parce que ça aboutira jamais, c'est tout.
-Comment elle s'appelle ?
-Ça servirait à rien de te le dire.
-Depuis quand est-ce que tu es aussi défaitiste ?
-Eh ! J'suis pas défaitiste !
La mauvaise foi évidente de son ancien capitaine fit se peindre sur le visage de Dylan un air blasé.
-Là ? Un peu, si.
-Pas du tout !
-Si.
-Puisque je te dis que non !
-Jordan, je sais que c'est moi.
Jordan se figea, bouche ouverte sur une nouvelle protestation n'ayant pas eu le temps de prendre forme.
-Que... Mais... Tu... Enfin... Je... C'est...
Trop de phrases se bousculaient dans son crâne ; il aurait bien voulu toutes les sortir en même temps, mais c'était tout autant impossible qu'une seule. Alors, rougissant à son tour, Dylan soupira.
-Jordan... Tout le monde a remarqué, pour toi comme pour moi. Et honnêtement, après les remarques de Byron, Shawn et Bryce, tout à l'heure, je m'imaginais que tu m'avais emmené dehors pour te déclarer. Alors tu comptes me faire attendre combien de temps, encore ?
L'ancien capitaine ouvrait et fermait la bouche comme un poisson hors de l'eau. Ses pensées n'avaient plus aucune cohérence. L'homme qui tenait le stand se racla alors la gorge pour attirer leur attention à tous deux.
-Excusez-moi, les jeunes, mais vous pourriez aller flirter ailleurs ? Y'a des gens qu'attendent.
Cette fois, les deux adolescents se retrouvèrent aussi cramoisis l'un que l'autre ; quelques personnes les fixaient, attendant qu'ils libèrent le devant du stand. C'était comme regarder les feux de l'amour, mais sans avoir à payer l'abonnement.
