Après une longue attente, voici enfin le nouveau chapitre de De Sang et d'âme. Je m'excuse pour cette attente et je vous invite à relire quelques chapitres précédents pour bien vous remémorer où nous avions laissé l'intrigue. Cette fic n'est pas abandonnée, elle sera menée à son terme. Normalement, quelques chapitres devraient suffir.

Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser une petite review !

Chapitre 21 : Remember

Gin ouvrit les yeux, en ayant l'impression que son corps entier était une plaie. Il éprouvait une sensation de brûlure, et dans sa tentative de se redresser, il fut saisi de tremblements incontrôlés. Il ferma les yeux une seconde pour s'habituer à la lumière et quand il les rouvrit il fut étonné de voir Hisagi le tenir dans ses bras. Celui-ci semblait d'ailleurs tout aussi surpris. Gin examina les environs. Les couloirs blancs lui dirent qu'ils se trouvaient toujours dans la Fortaleza. Mais les couleurs et les sons semblaient être différents de d'habitude.

« Hisagi-san ? Qu'est-ce que vous faites là ?

Sa voix lui paru étrange, plus aiguë, familière et étrangère à la fois.

-Une équipe a été lancée à ta recherche. Le Seireitei ne pouvait pas vous laisser tomber entre les mains d'Aizen.

La voix d'Hisagi sonnait également différemment à ses oreilles.

-On dirait que vous êtes arrivés à temps... Même si Kira est mort... et Abaraï je crois.

-Abaraï est encore vivant, du moins si le capitaine Kuchiki a pu passer les lignes ennemies.

-Oh. Tant mieux, je n'aurais pas tout gâché comme ça, murmura Gin en essayant de contenir sa honte et son chagrin. Mais comment vous m'avez sorti de là ? Vous avez tué Aizen ? Et où est Mitsuki ?

Hisagi le regarda de l'air d'un homme qui ne sait plus ou il est. Il leva son regard vers Starrk qui s'était approché, en quête d'aide. Celui-ci hocha négativement la tête.

-Je ne sais pas plus que vous comment avoir cette conversation capitaine. Je vous laisse faire.

La conversation devenait étrange et inquiétante pour Gin. Il voulu se redresser pour voir si Mitsuki n'était pas à proximité. Il sentait son reiatsu, mais ce n'était qu'une présence infime, quoique toute proche. En faisant un geste léger, il sentit une blessure à son côté. Il avait besoin qu'elle soit soignée immédiatement. Il baissa les yeux vers la blessure pour examiner les dégâts et ses yeux s'écarquillèrent.

-Qu'est-ce que c'est que ça ?, demanda-t-il en un gémissement paniqué, toujours de cette même voix aiguë.

Là où sa poitrine aurait dû être plate, il voyait deux petits seins pointer sous les bandages protecteurs. Sa peau était légèrement plus claire, ses mains plus fines et il voyait sur son poignet une cicatrice datant d'un entraînement deux ans plus tôt. Sauf que cette cicatrice, il l'avait vu des dizaines de fois au poignet de Mitsuki. Le jeune homme sentit une poussée d'hystérie dans ses veines. Hisagi fut obligé de le fixer au sol pour l'empêcher de se lever en hurlant.

-Calme-toi ! Je n'y comprends rien de plus que toi, mais on a besoin que tu sois calme pour comprendre ce qui c'est passé. »

Gin se mit à souffler bruyamment pour se calmer et petit à petit son cœur se remit à battre normalement. Il se demanda un instant si cette hystérie était dû au fait qu'il semblait bien être une fille désormais. Mitsuki le tuerais pour avoir osé pensé quelque chose pareil. Mais il doutait franchement que ce soit les hormones. N'importe qui paniquerait en se retrouvant dans un autre corps que le sien. L'idée d'être une fille était franchement dérangeante.

Le jeune homme palpa la plaie à son côté et fut rassuré de voir qu'elle était légère. Un simple kido de soin la refermerait. Il ne semblait pas avoir d'autre blessure plus grave que des écorchures, mais il sentait des dizaines de celles-ci le brûler sur ses bras. Certaines saignaient mais il n'était pas en danger de perdre connaissance à cause du manque de sang. Ce rapide examen terminé, il releva la tête et ne put s'empêcher de sourire devant la tête gênée et écarlate d'Hisagi. Il baissa à nouveau les yeux et vit ce qui perturbait le jeune capitaine. C'était une vision dont lui aurait pu se passer même si elle devait secrètement enchanter Hisagi.

« Et bien capitaine, chantonna-t-il en remettant en place les bandages protecteurs et refermant son uniforme dérangé. Est-ce vraiment le moment de reluquer les seins de ma sœur ? »

Le rougissement d'Hisagi s'accentua. Rangiku avait raison. C'était définitivement amusant de faire rougir le jeune homme alors qu'il affichait un tatouage à la signification assez obscène sur son visage. Il eut envie de le lui dire, mais quelque chose dans la pensée qu'il venait d'avoir le dérangeait. Quand donc Rangiku lui avait-elle dit ça ? Il n'avait jamais beaucoup discuté avec elle, et encore moins parlé d'Hisagi.

Une illumination le frappa. Ce souvenir était ancien, bien plus que sa rencontre avec Rangiku quand Mitsuki et lui étaient enfants. Il lui avait dit ça le jour de la nomination d'Hisagi comme vice-capitaine. C'était un souvenir de l'autre, du Gin d'avant.

Cette réalisation précipita chez Gin une avalanche de souvenirs. Ils n'avaient pas forcément de liens les uns avec les autres, certains n'étaient que des images, d'autres que des voix, mais il était incapable de bloquer cet afflux soudain. Il se souvenait du goût du thé but à Las Noches, des larmes dans les yeux de Rukia Kuchiki, du visage de Rangiku enfant, de la voix timide de Kira quand il l'avait connu la première fois. Il revoyait des toits enneigés, des shinigami morts de sa main, se souvenait de chansons d'ivrognes. C'était terrifiant.

« Gin ?, s'enquit Hisagi en serrant sa main sur son épaule. Que se passe-t-il ? »

Il voulut parler mais de nouveaux souvenirs s'imposaient à son esprit. L'obscurité. Il se rappelais d'avoir tâtonné pour trouver son chemin dans une pièce familière, le toucher et l'ouïe accrue. Il se souvenait de voix qu'il ne croyait pas avoir jamais entendu. Et les voix de personnes qu'il connaissait depuis toujours lui semblaient soudain différentes. Ces souvenirs étaient très différents des précédents. À chaque voix, chaque visage ou bras senti sous ses doigts, il pouvait associer une émotion, de l'amusement, de la tristesse, du respect, de l'amour dans toutes ses nuances, de la peur.

''On dirait des yeux de poisson mort''

Ce souvenir s'imposa par dessus tous les autres. Une phrase qu'il trouva terrifiante et qu'il entendait prononcé par sa voix, quoique différente de la façon dont il l'entendait d'habitude. C'était la voix d'Ichimaru, débordante de mépris et d'ironie, suintant le dégoût. Sa propre voix, comme il ne l'avait jamais entendue, résonnant dans une complète obscurité. Sa voix, telle que Mitsuki l'avait entendue, avant leur mort.

« Gin ?, demanda à nouveau Hisagi, visiblement très perturbé.

-Je me souviens, souffla Gin. Pas de tout mais je me souviens.

-D'Ichimaru ?

-Oui. Mais je me souviens d'autres choses. Je crois que c'est des souvenirs de Mitsuki. Ses souvenirs sont... différents. Je crois que je les préfères. Ceux d'Ichimaru sont froids. C'est comme s'il ne ressentait rien du tout. À part pour Rangiku, il voyait les gens comme des pions à utiliser avant de jeter.

-On va essayer de voir si tu peux utiliser ces souvenirs pour nous aider à sauver Mitsuki et à contrer Aizen. Mais pour le moment il faut bouger d'ici.

-J'ai trouvé le reiatsu du capitaine Hirako, déclara Starrk. Il n'est pas loin de nous, mais je sens des arrancars près de lui.

-Alors dépêchons-nous. Tu crois que tu peux marcher Gin ? »

Gin se leva, mais découvrit que manœuvrer un autre corps que le sien était horriblement difficile. Mitsuki était très proche de lui en termes de taille et de corpulence, mais un corps de femme était différent, leur force physique était également différente et cela suffisait pour que simplement mettre un pied devant l'autre sans tomber soit une épreuve difficile. Voyant Gin peiner avec son nouveau corps, Starrk le plaça sur son épaule sans mot dire, et les trois hommes partirent à toute vitesse à la rencontre du capitaine.

Pendant leur courte course, d'autres souvenirs envahirent Gin, plus perturbants les uns que les autres. Il se souvenait du rire d'Ichimaru, d'avoir cherché à transpercer Hinamori de son sabre, de la tête dévastée de Kira perdu entre ses loyautés, de la tristesse dans les yeux de Rangiku. Le pire ce n'était toutefois pas ces souvenirs de meurtres ou de trahison. C'était d'entendre sa voix dans les souvenirs de Mitsuki.

''Peut être puis-je faire quelque chose pour toi petit chat aveugle. Tu vas mourir ici, tu le sais ? Personne ne va passer ici pour te ramasser.''

''C'est fait capitaine. Voilà un petit chaton qui ne miaulera plus.''

Il avait souvent comparé le visage de Mitsuki à celui d'un chaton ou d'un renardeau. Il savait qu'il n'en serait plus jamais capable sans penser à ce monstre qu'il était jadis.

''Il te payes au moins j'espère joli petit bibelot ?''

''Peut être que je m'ennuyais.''

''-Pourquoi m'avez vous sauvé ?

-Pour avoir une jolie petite chose qui crie sous moi le jour de la victoire ?''

Gin avait envie de vomir. Cet homme, ce n'était pas lui. Ce ne pouvait pas être lui. Il aimait Mitsuki, il aimait Isuzu et Rangiku. Il... L'idée qu'il puisse être Ichimaru lui donnait envie de vomir. En même temps, il n'arrivait plus à se nier qu'il avait été cet homme. Il comprenait maintenant que la ressemblance n'était pas que physique.

« Vous avez retrouvé la gamine ? »

La voix de Shinji ramena Gin à la réalité. Cet homme était la preuve vivante qu'il était bien Ichimaru. Le jeune homme se souvint comment, enfant, il prenait plaisir à tourner le capitaine en bourrique ou à essayer de le rendre ridicule juste parce qu'il le pouvait. Mitsuki l'avait volontiers aidé parce qu'elle détestait quiconque ne voyait qu'Ichimaru en lui. Puis, ils avaient grandi et prit conscience de leurs corps d'adolescents, puis d'adultes. Gin avait alors décidé de rendre le capitaine fou d'une autre manière. Mitsuki l'avait vu faire cinq minutes puis avait croisé les bras d'un air décidé et lui avait ordonné d'arrêter. Il avait accepté, ou du moins fait semblant parce que dès qu'elle avait été assignée à la sixième division il avait recommencé ses frôlements et ses sous-entendus. Bien plus tard il avait réalisé que Mitsuki, comme souvent, avait bien mieux compris les risques. Il était tombé dans son propre piège et était tombé amoureux.

Il le réalisait aujourd'hui, ce n'était pas l'amour inconditionnel qu'il portait autrefois à Rangiku. Cette chère Rangiku, il l'avait perdue définitivement. Il avait trop changé pour pouvoir désormais la regarder en face sans mourir de honte et de regret.

Shinji, c'était différent... Il ne voulait pas le protéger de la noirceur du monde et de son âme, comme Rangiku. Il voulait que Shinji le reconnaisse pour lui-même. Mais pour cela il le manipulait, l'utilisait. Comme lorsqu'il l'avait embrassé avant de rejoindre le Hueco Mundo. Il savait qu'un tel geste pousserait Shinji à vouloir enquêter plus profondément sur lui et donc à le suivre au Hueco Mundo avec une équipe qui pourrait aider Gin à sauver Mitsuki. Il l'aimait vraiment, mais plutôt que de le lui dire, plutôt que de lui prouver qu'il était quelqu'un à part entière, il l'avait utilisé sans se soucier de ce que Shinji pouvait ressentir.

Seuls une étincelle d'humanité et l'amour de quelques rares personnes, Rangiku, Isuzu et Mitsuki le séparait du monstre qu'était Ichimaru. Shinji, les Vizards, les Arrancars rebelles, les shinigami, tous avaient raison de le craindre.

« Nous l'avons retrouvée, répondait Hisagi à Hirako. Mais il y a eu des... complications.

-Où est ton frère, Inari ?, le coupa Hirako.

-C'est elle dont je ne sais pas où elle se trouve, murmura Gin.

Les yeux d'Hirako s'écarquillèrent.

-Comment est-ce possible ? Comment as-tu pris sa place ?

-Je n'en sais rien, je...

Aizen. Aizen avait fait quelque chose. Aizen allongé, mourant, mais encore si puissant. Il avait posé la main sur sa poitrine et ordonné à la petite arrancar aux cheveux roses – Szayel, qui avait réussi à survivre d'une manière ou d'une autre – de le placer dans la cuve. Gin se souvenait de s'être débattu, en vain. Il avait été entraîné, à moitié conscient et plongé la tête la première dans un liquide visqueux et glacial. Il avait tenté de prendre une dernière gorgée d'air en vain.

Il se souvenait du rire et de la toux d'Aizen durant ses derniers instants de conscience. Le jeune homme se rappelait avoir pensé que c'était désagréable que ce soit le dernier son qu'il entendrait avant de disparaître. Mais avant de sombrer dans l'inconscience, il avait entendu autre chose. Des hurlements de terreur et de souffrance avaient retenti dans sa tête. Shinsô. Mitsuki. Ukitake. Deux autres voix aussi, qu'il ne connaissait pas.

Plus il essayait de comprendre et de se souvenir, plus sa tête lui faisait mal. Penser en devenait douloureux.

-Aizen. Il a mis en route son plan. Si seulement j'arrivais à me souvenir de ce que c'était...

-Toi dans le corps de ta sœur. C'est une partie du plan ?

''Tu n'as pas compris petit chaton ?''

Gin se força à ouvrir les yeux pour regarder Hirako en face. Celui-ci avait un air mortellement sérieux et concentré sur son visage. Mais il n'avait pas l'air inquiet pour Gin ou Mitsuki. Comme toujours, sa vengeance comptait plus que tout. Ce qui rappela quelque chose à Gin.

-Rose. J'ai vu Rose, le vizard. Il travaille avec Aizen.

-Quoi ?

La voix d'Hirako était visiblement outrée à cette seule idée.

-Ils travaillent ensemble, je l'ai vu.

-Impossible. Rose est mort.

-Ce ne serait pas la première fois qu'Aizen réussit à feindre la mort de quelqu'un, interrompit Hisagi.

-Rose haïssait Aizen autant que chacun d'entre nous. Jamais il ne se serait allié à lui.

-Peut importe pour le moment. Il nous faut trouver le corps de Gin et sortir le plus vite avec eux deux afin d'alerter la Soul Society.

-Mon corps...

-Oui, répondit Hirako d'un ton rogue. Il est hors de question de laisser un de vous deux aux mains d'Aizen pour qu'il tire les secrets de la Soul Society, que croyais-tu ? Et si ça se trouve l'âme de Mitsuki se trouve à l'intérieur.

-Non ! Je me souviens ! Mon corps, Aizen est dedans !

Un silence horrifié s'installa entre les quatre intrus de la Fortaleza. Gin en profita pour réunir ses souvenirs épars des événements. Les trous dans sa mémoire sur ce qui c'est déroulé dans la chambre d'Aizen sont comblés par les connaissances accumulées avant qu'il ne meurt.

-Que veut-tu dire ?

-Admirez l'ironie, persifla Gin. Le corps d'Aizen est impropre à supporter le Hogyoku longtemps. Celui-ci le rejette. Mais c'est le corps d'Aizen que le Hogyoku rejette, pas son âme. Ce cher Aizen a donc fait des tests et cherché quels corps spirituels étaient les plus compatibles. Il en a trouvé quatre, dont deux le sont parfaitement.

-Le tien je suppose ?

-Oui. Les deux moins compatibles sont Hitsugaya et Kensei Muguruma. Je crois savoir qu'il a disparu peu après la bataille de Karakura ?

-Son corps n'a jamais été retrouvé, reconnu Hirako d'une voix morose.

-Parce qu'Aizen s'en est emparé pour essayer d'habiter son corps. D'après ce qu'a dit Szayel, le fait d'être un vizard a fait échouer le transfert et il est mort.

Hirako poussa un juron. Gin aurait voulu lui dire qu'il était désolé, mais ce n'aurait pas été sincère, et il voulait l'être désormais. Il accorda à son capitaine une minute pour se reprendre et continua.

-Le corps spirituel d'Hitsugaya est très lent à atteindre sa maturité. Le transfert serait donc aussi peu sûr que dans le corps de Kensei, et son taux de compatibilité était plus faible. Il restait donc à Aizen deux possibilités. Moi et, tenez vous bien, Ukitake.

-Attends un instant, l'interrompit Hisagi. Pourquoi êtes vous plus compatibles avec le Hogyoku ? Je ne vous aucun point commun.

-Les cheveux, comprit Starrk. Ils ont tous les cheveux blancs.

-Exactement, répondit Gin à qui la mémoire revenait de plus en plus vite. Szayel ou Kurotsuchi pourraient l'expliquer mieux que moi mais ces cheveux blancs indiquent une défaillance du corps spirituel – chez Ukitake elle est causée par la maladie – qui permet au final une meilleure compatibilité avec le Hogyoku. Aizen se préparait à prendre mon corps quand une nouvelle carte est entrée dans le jeu.

-Mitsuki. Ichimaru l'a utilisée. C'est lui qui l'a fait pénétrer dans la Soul Society pour détourner l'attention d'Aizen de lui-même.

-Oui, avoua Gin. Je l'ai fait. »

Il ne le nierait plus. Il était Ichimaru Gin. Le salaud ultime de la Soul Society, et il avait condamné sa sœur au pire des destins avant même de la connaître. Mais Aizen avait réussi à fuir et lui avait été capturé. La Soul Society le garderait en vie pour qu'il révèle les plans d'Aizen, il l'avait compris immédiatement. Cela signifiait qu'Aizen mettrait la main sur un des autres corps pouvant l'accueillir lui et le Hogyoku pour continuer ses plans. Et une fois qu'il serait parvenu à la Soul Society, il s'installerait dans le corps de Gin, plus stable.

Dans sa prison ténébreuse, Gin avait compris qu'il n'avait pas le choix. Il avait perdu et Aizen avait gagné. Plus personne ne pouvait le contrecarrer. Lui-même ne l'aurait pu qu'en se débarrassant de tous les autres corps potentiels afin qu'Aizen finisse par mourir tué par son cher Hogyoku. Gin étant en prison, il ne pouvait pas tuer les autres, et il était fermement décidé à ne pas laisser Aizen tuer Rangiku avec son corps à lui. L'image seule de Rangiku mourante transpercée par un sabre tenu par son corps qu'il aurait déserté, le suppliant de l'épargner alors qu'il n'était plus là, était trop insoutenable.

''Tu es une petite idiote, un ver de terre, et je n'ai pas à te donner mes raisons.''

''Laisse moi attendre mon procès et mon exécution sans avoir ta petite figure d'ange pour me pourrir la vue.''

Il avait choisi le suicide et la venue de Mitsuki dans sa prison lui en avait fourni le moyen. La sentir mourir de l'autre côté de la prison, en même temps que lui, lui avait fourni la satisfaction de savoir qu'Aizen était en une minute privé de deux corps.

Mais ils étaient revenus en tant que frère et sœur. L'univers avait de ces ironies. Il avait voulu la jeter en pâture à Aizen. Mais aujourd'hui il se tenait dans son corps et sentait que sa sœur ne possédait plus qu'un souffle de vie.

La mort d'Isuzu, celle probable d'Abarai, le destin de Mitsuki, les larmes de Rangiku, tout était de sa faute. Il avait passé son existence à manipuler les autres, sans état d'âme. Il avait fallu que son âme et celle de Mitsuki se mêlent pour qu'il découvre ce qu'étaient la honte et les regrets.

Pour la première fois, Ichimaru Gin versa des larmes pour les personnes auxquelles il tenait.

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Ukitake regardait les shinigami s'assembler devant le portail qui les avait conduits au Hueco Mundo. L'assaut débuterait rapidement. La moitié des effectifs de la Soul Society se trouvaient assemblés ici. L'autre s'apprêtait à assurer la défense du Seireitei s'ils ne parvenaient pas à arrêter Aizen. C'était un assaut désespéré, mais ils n'avaient pas d'autre choix. À ses côtés, les capitaines des quatrième, huitième, dixième, onzième et treizième division transmettaient leurs ordres et dressaient leurs plans d'attaque.

Ukitake lui-même n'était pas en état de s'occuper des préparatifs. Une demi-heure plus tôt, une douleur insoutenable avait failli anéantir son corps et son esprit. Depuis, il essayait de récupérer mais le visage d'Unohana cachait mal le peu d'espoir qu'elle avait de le voir se battre aujourd'hui. Lui même ne se faisait pas d'illusions. Il resterait à l'arrière pour coordonner les combats. Cependant, il aurait voulu en ce jour plus qu'en aucun autre depuis la bataille de Karakura pouvoir combattre aux côté de ses collègues. Le sort de Mitsuki et Gin l'inquiétait, certes. Mais il était capitaine depuis des centaines d'années, et sa première préoccupation restait la destruction d'Aizen.

La crise qui l'avait tétanisé un peu plus tôt le perturbait toutefois. Il était persuadé d'avoir entendu hurler les deux jeunes gens. Il sentait l'énergie spirituelle de Gin, puissante et batailleuse, mais le flot d'énergie de Mitsuki semblait réduite à un mince filet qui allait en s'épuisant. Il espérait que l'équipe de secours envoyée avec Sasakibe à la rencontre de Byakuya et Renji aurait de bonnes nouvelles.

Quand son vice-capitaine revint avec seulement la moitié de l'équipe et aucun des deux capitaines, il dû lutter pour que le désespoir ne l'envahisse pas. Ces deux hommes leur manqueraient pour le combat à venir, sans compter que Ukitake leur avait toujours voué une forte impression.

« Je suis désolé capitaine, j'ai échoué, annonça Sasakibe d'un air sinistre. Leurs blessures étaient trop graves, ils étaient déjà mourant quand nous sommes arrivés. Un groupe d'arrancar nous a surpris au retour mais nous les avons anéanti malgré de lourdes pertes. Ils ne préviendront pas la Fortaleza de notre présence.

-C'est la seule bonne nouvelle que vous m'apportez Sasakibe.

-Il y a autre chose, continua le vice-capitaine d'une voix basse, audible seulement du capitaine. J'ai le nom du traître, mais peut-être vaut-il mieux...

Ukitake comprit et hocha la tête. Le traître était probablement l'un des capitaines qui s'affairaient près d'eux et mieux valait lui laisser ignorer encore un peu qu'il était découvert. Le capitaine-commandant fit signe à Sasakibe de l'aider à se redresser et ils se dirigèrent vers la tente que Unohana avait fait dresser pour que le malade se repose avant le combat.

Quand ils eurent pénétré dans la tente, Ukitake vérifia que les pans de toile étaient bien fermés puis se retourna vers Sasakibe.

-Et bien ?, demanda-t-il impatiemment. Le nom du traître ?

-Vous l'avez en face de vous ''capitaine''. »

Au même instant, les deux sabres jaillirent de leur fourreau et se croisèrent.