Auteur : Nat.

Disclaimer : Rien n'est à moi, tout est au vénéré Tolkien.

Warnings : Ce recueil de OS est peut-être un peu déprimant… Un peu.

° 21 °

Il est tard. Maglor ne sait pas quelle heure exactement, mais tard. Le château tout entier est silencieux. Seules résonnent, étouffées par la nuit, les notes argentines qu'il tire de sa harpe.

Le ménestrel joue tous les jours. Les journées lui laissent peu de temps pour s'adonner à la musique et l'intéressent assez peu. C'est le soir, et le plus souvent la nuit, lorsque le silence devient maître des lieux, qu'il préfère faire chanter sa grande harpe. C'en est devenu routinier, en quelque sorte. Il commence par quelques exercices, afin de dénouer ses longs doigts blancs raidis par le froid. Puis il enchaîne les morceaux, toujours dans le même ordre. D'abord, ceux (rares) qu'on lui a enseigné il y a une éternité et dont il se souvient encore. Ensuite ceux qu'il a composé lui-même en Beleriand (il ne joue pas ceux d'avant). Après cela il improvise des mélodies jusqu'à une heure avancée de la nuit.

Souvent, Maedhros vient l'écouter jouer. Il prend place dans le deuxième fauteuil ou s'allonge sur le lit quand son dos et ses articulations lui font trop mal. Il ferme les yeux et reste là une heure, parfois plus. Puis le grand elfe roux le salue et se retire dans ses appartements. Il ne se plaint pas du bruit, alors Maglor se persuade que le son de la harpe ne dérange pas son sommeil plus que le reste. Les jumeaux ne se plaignent pas non plus. Elros lui a même dit qu'il aime bien l'entendre jouer : cela le berce. Elrond ne dit rien. Et les quartiers des domestiques sont trop loin pour en être gênés.

Alors Maglor joue, jusque tard dans la nuit.

Il ne sait pas quelle heure il est lorsqu'il remarque la porte entrouverte –Maedhros l'avait pourtant fermée, il en est certain. Sans un bruit, le harpiste se lève et va ouvrir entièrement la porte derrière laquelle se devine la menue silhouette d'un petit elfe. C'est Elrond qu'il trouve là, pieds nus, tremblant dans sa chemise de nuit en laine. Maglor ne dit rien, il croise les bras et fronce les sourcils. Elrond baisse les yeux sur ses pieds gelés. Il ne parle pas non plus. Son regard orageux glisse vers la harpe, accroche un court instant celui de l'adulte et revient se poser sur ses orteils.

Maglor ne sait pas s'il doit sourire. Il soupire.

D'un geste, il désigne le second fauteuil de la chambre et Elrond acquiesce. Tandis qu'il s'y installe, Maglor ravive le feu de sa cheminée, vient emmitoufler le semi-elfe dans son châle puis retourne s'asseoir à sa harpe. Elrond l'écoute en suçant son pouce, frottant contre sa joue sa poupée vêtue de dentelles blanches. Quand il cesse de jouer, le petit lui fait signe de continuer. Le musicien s'exécute sans égards pour l'heure tardive, le regard fixé sur ses cordes. Lorsqu'il relève les yeux, achevant son dernier morceau, Elrond s'est endormi.

Cette fois-ci, Maglor sourit.

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