Scène post générique

Assise sur le sol de sa chambre, deux sphères en verre devant elle, elle regardait dans l'une de minuscules papillons voleter. Leurs ailes bleus et mauves battaient l'air avec une force incroyable, pour leur taille. Ces papillons n'étaient fait que de métal. Cela avait beau être incroyable, vu leur délicatesse, c'était vrai. Elle avait mis trois mois à les construire, armé de microscope et de verres grossissant, ainsi que de tourne vis minuscule.

Ouvrant la sphère, les papillons s'élevèrent jusqu'au plafond opaque, et voletèrent à travers la pièce. Leurs ailes projetaient des couleurs ambrées sur les murs, comme autant de reflet d'or.

Pressant un bouton sous la sphère ouverte, elle regarda les papillons revenir vers elle, et se poser dans l'objet sphérique. Elle referma le globe, et retourna l'objet. Sous le socle se trouvait un écran sur lequel elle pianota. Aussitôt apparut son image, vue du plafond, qui fixait la caméra avec intensité. Combien de temps avait elle mis à implanté ces micros caméras dans la tête des papillons ? Elle ne savait pas exactement, mais beaucoup.

Avec un sourire, elle reposa la sphère, et saisit la seconde. Elle contenait des poissons minuscules, dont les nageoires gigotaient avec frénésie dans l'eau transparente. Leurs yeux luisaient. Avec un sourire, elle se fit la réflexion que si un jour elle devait espionner quelqu'un, elle n'aurait que l'embarras du choix pour le faire. Même si il vivait sous l'eau.

Elle avait appelé Kyle, quelques minutes plus tôt. Celui ci avait hurlé de joie en entendant le son de sa voix. Ils avaient bavardé une dizaine de minutes, avant de convenir de se retrouver au lycée, lundi. La rentrée avait eu lieu quelques semaines plus tôt, et le jeune lui avait avoué qu'ils se trouvaient dans la même classe. Ainsi que dans celle de Stacy et ses acolytes, mais c'était le prix à payer.

Lorsqu'ils avaient raccroché, un sourire étirait leurs lèvres.

-Lisbeth ! Appela Pepper. Viens !

-J'arrive Maman.

Se levant, la jeune fille quitta sa chambre. Sitôt dans le couloir, une odeur alléchante vint caresser ses narines. Au sucré de celle ci, elle devina immédiatement que sa mère avait fait des cookies.

Les cookies de Pepper n'avaient pas leur pareil : non pas par ce que c'était elle qui les faisait, mais par ce que leur fondant était incontestable, et leur croustillant aussi. Le mélange parfait entre la fermeté et la douceur. Un peu à son image, songeait elle souvent.

Toujours est il que les cookies de Pepper avaient été hissé au rang des dieux, tant par Tony que par sa fille. En fait, l'homme avait été fan de ces biscuits bien avant la naissance de Lisbeth. Et même bien avant qu'il ne soit amoureux de Pepper. La première fois qu'il les avait goutté, il se souvenait rentrer d'un week-end un peu chargé en alcool, en fille et en musique hurlante. Celle ci ne s'était pas tue dans son esprit, lorsqu'il était rentré.

Il était rentré encore dans le brouillard de ce week-end tumultueux, et s'était laissé tomber dans le canapé. Il avait mis plusieurs minutes à réaliser qu'une bonne odeur circulait dans la pièce. Il s'était levé, et avait avancé jusqu'à la cuisine où il avait trouvé son assistante dans la cuisine, ne portant qu'une robe rose et un tablier blanc. Ses écouteurs l'avaient empêchés de l'entendre.

S'approchant d'elle, il lui avait fait peur, lui faisant lâcher son livre de cuisine. Se retournant, elle lui avait mis une gifle –certainement par reflexe- ce qui l'avait amusé. Confuse, les yeux écarquillés, elle avait arraché ses écouteurs à ses oreilles, et avait bredouiller :

-Monsieur Stark… Euh… je suis désolé, je…

-Mademoiselle Potts, calmez vous.

-Je n'ai pas eu le temps de rentrer chez moi, et ma cousine fait une dépression, je voulais lui apporter cela avant votre retour, s'était elle empressé de s'excuser en tentant de ranger son matériel.

-Eh ! Mais clamez vous.

Il avait saisit les saladiers, et les avait remis à leur place. La rousse, gênée, avait posé sur lui un regard confus. Il avait jeté un coup d'œil à la plâtrée de biscuit qui, dans une assiette, dégageait son odeur si particulière. S'approchant, il en avait prit un et l'avait croqué, au grand damne de la jeune femme :

-C'est pour ma cousine !

-Je peux bien en prendre un, non ?

-Non ! Enfin, si… mais je cuisine mal, il ne faut pas…

Il n'avait écouté la fin de la phrase. Le goût de ces biscuits était tout bonnement indescriptible. Il croquait sous sa dent, fondait sur sa langue, et semblait pétiller dans sa gorge. Il n'avait jamais mangé quelque chose d'aussi succulent.

Impressionné, il avait murmuré :

-Waho…

-Je suis vraiment désolée. Je vais tout ranger, et nous oublierons tout ça, si vous le voulez bien !

-Mais attendez, il n'y a pas à avoir honte. Vous cuisinez à merveille !

-Monsieur Stark… Avait elle commencé rougissant.

-Appelez moi Tony.

C'était là qu'avait commencé leur véritable partenariat. Jamais il n'avait mangé à nouveau les fabuleux cookies de Pepper, à l'exception de deux fois, avant leur baiser. La première avait été à son retour d'Afghanistan, où il avait trouvé une boite en plastique contenant quelques uns de ces fameux cookies. Il les avait mangé une nuit, dans l'Atelier, entre deux verres de purge et trois mises au point de l'armure.

La seconde avait été un peu plus tard, peu avant l'affaire Hammer. Il ne savait pas encore être malade. Revenant d'une mission en Palestine, épuisé, fourbu, courbaturé et à bout de force, il s'était écroulé sur le sol du salon, n'ayant pas l'énergie d'atteindre le canapé. Il s'était réveillé sur celui ci, soigné, un oreiller sous la tête, et couvert par un plaid. Sur la table basse se trouvait une assiette couverte de cookies et une grande tasse de café. Sur celle ci se trouvait un mot écrit à la hâte, accompagné de quelques médicaments. Il était écrit « Mangez, et reposez vous ».

Lorsqu'elle était arrivée, quelques heures plus tard, elle l'avait trouvé dans l'Atelier, à demi endormie sur une armure. Elle était descendu, avait ouvert la porte, et s'était agenouiller près de lui, un dossier sous le bras. Elle s'était penché en avant, et avait effleuré son front. Il l'avait à peine sentit, mais s'était sentit soulager lorsqu'elle avait murmuré :

-J' appel un médecin. Vous êtes brulant.

-Non… Avait il murmuré… Ça va aller.

-Certainement pas. Vous avez besoin de soin.

-Non… J'ai besoin de vous.

Il avait posé ses yeux fatigués et fiévreux sur elle, et l'avait serrer dans ses bras. Il avait sentit contre lui cet être si doux, si frêle, dont il était amoureux depuis des années, et avait crut qu'une vague de fatigue le submerger. Il s'était à nouveau effondré dans un brouillard sans nom et sans odeur, où il avait sentit la jeune femme l'allonger sur le sol.

Dans cet entre deux cotonneux, il avait murmuré :

-Ils étaient délicieux…

-De quoi parlez vous ?

-… vos cookies.

Mais à présent qu'ils vivaient ensemble, qu'ils avaient une fille et coulaient le parfait amour, les cookies avaient prit une autre signification. C'était le signe de la fête.

Aussi, lorsque Lisbeth arriva dans la cuisine, ne fut pas surprise de trouver son père assis sur une chaise, un biscuit entre les dents, se brulant la langue. Se jetant sur sa mère, elle s'enquit :

-Je peux finir le bol ?

-Trop tard, ton père t'a prit de vitesse.

-Quoi ? Mais Papa, ce n'est plus de ton âge !

-Tu sais ce qu'il te dit, mon âge ?

-Que tu t'es brulé la langue !

-Je ne vois pas le rapport, avoua Tony.

-Bon, je peux en avoir un ? S'enquit la lycéenne saisissant un biscuit.

Pepper répondit ironiquement « non », alors que la jeune fille se brulait les lèvres. Se laissant tomber sur une chaise, extatique, elle avoua la bouche pleine :

-Trop bon…

-Il faut que je t'apprenne, fit la jeune femme avec un sourire.

-J'y arriverai jamais ! Tu le sais bien !

-On peut toujours espérer.

-Ce que j'espère, c'est que Papa me laissera le bol la prochaine fois.

-Premier arrivé, premier servie.

Avec un sourire, l'homme se leva, et saisit un autre biscuit. Gourmand jusqu'au bout, songea Pepper. Avalant ce qui restait de son premier cookie, Tony demanda :

-Je vais les chercher ?

-On va tous y aller, déclara elle.

-Où ça ? Demanda Lisbeth.

-Dans l'Atelier. En revanche, je n'ai pas éteint la musique.

-Tant pis.

Elle saisit un biscuit, et le coinça entre ses lèvres. Lisbeth, faisant de même, suivit son père qui s'en fut au sous sol. Une fois la porte de verre poussée, ils pénétrèrent dans l'Atelier où du métal résonnait doucement.

Pepper emmena Lisbeth s'asseoir à même le sol, non loin des armures, alors que Tony s'en allait vers son bureau. Il y farfouilla un moment. La jeune fille, curieuse, haussait un sourcil. Se tournant vers sa mère, elle demanda :

-Qu'est ce qu'il cherche ?

-Tu verras.

-C'est une arme ? Du palladium ? Ou alors c'est…

-C'est un peu plus compliqué que cela.

-C'est bon ! S'exclama Tony victorieux, je les ai !

Revenant vers le duo, il s'assit en face de Lisbeth. Un sourire éclairait ses lèvres. Ouvrant les mains, il lui tendit une paire de lunette en écaille. Saisissant l'objet, la lycéenne le détailla un long moment. Des souvenirs affleuraient dans sa mémoire, bien qu'elle peinait à les décortiquer. Un homme avait porté ces lunettes. Et elle l'avait connu.

Elle mit un instant à se souvenir qu'il s'agissait d'Henri Modoc. Ces lunettes étaient tout ce qui restait de lui. Ainsi qu'un tas de cendre, mais ça ne comptait pas. Caressant un des verres, elle demanda :

-Qu'est ce que… pourquoi les lunettes de Modoc sont chez nous ?

-C'est tout ce qui reste de lui, avoua Tony.

-Ça je sais. Mais pourquoi elles sont chez nous ? Elles ne devraient pas être dans un dossier de police ?

-Elles devraient, convint Pepper. Mais on a pensé que tu aimerais les récupérer.

-Moi ? Pourquoi faire ?

Pepper et Tony échangèrent un regard. Sur le moment, cela leur avait parut plus qu'évident. La jeune femme fut désignée silencieusement pour parler, ce qui ne surprit pas sa fille :

-Lisbeth, c'est tout ce qui reste de Modoc. De l'homme qui t'a plus ou moins tuer, par ce qu'il voulait Extremis. Il t'a fait souffrir… de toutes les manières possibles. Alors on trouve normal qu'elles te reviennent…

-C'est quoi ? Un genre de trophée ?

-C'est ce que tu veux. Tu peux tout faire de ces lunettes : les encadrer, les jeter à la mer, les enterrer, les mettre dans une boite… Tu es libre.

-Libre ?

Si elle était aussi libre qu'on le disait, alors elle devait faire quelque chose de cet objet. Lui faire quelque chose, qu'elle aurait aimé faire à Modoc. Qu'aurait elle désiré lui infliger ? Elle chercha un long moment, sans trouver de réponse. Pour la simple et bonne raison qu'elle n'arrivait pas à le détester.
Pourtant, il avait blesser son père, martyriser sa mère, terrifier son meilleur ami, menacer le père de son meilleur ami, et l'avait tuer. Alors, pourquoi ne pouvait elle pas le haïr ? Après tout, cela aurait été légitime. Pourtant, dés qu'elle pensait à lui, elle le revoyait mourant dans ses bras. Elle ne pouvait ignorer les tremolos dans sa voix, ni ses yeux humides, regrettant de n'avoir pas vécue. Elle ne voyait pas en lui un méchant, ni un adversaire, mais une victime. La victime de sa propre maladie.

Elle réalisa que ce n'était pas à elle d'haïr Modoc. Ce n'était à elle qu'il avait envoyer des lettres de menaces, pas elle qu'il avait contraint à accoucher dans un appartement, et encore moins elle qu'il avait couvert de balle et de fracture. Ce n'était pas son rôle, que de détester cet homme.

Dans ses mains, les lunettes ne pesaient pas lourd. Quelques grammes, tout au plus. Comment cet être qui avait fait autant de mal, pouvait il ne peser que quelques grammes, à présent ? C'était une notion si abstraite, si dérisoire, qu'elle l'amusa. Empoignant les lunettes fermement, elle les brisa en deux. Sitôt un verre dans chaque main, elle les tendit à ses parents.

Haussant un sourcil, Pepper demanda :

-Qu'est ce que tu fais ?
-Maman, Papa, ce n'est pas à moi d'avoir ces lunettes. Ce n'est pas à moi de leur faire du mal, par ce que ce n'est pas à moi qu'il en a fait le plus. C'est à vous. Alors, ça aurait été idéal qu'il y ait deux paires de lunettes, mais non.

Chacun saisit un des verres, et le regarda un instant. C'était un partage équitable, sans appel, parfait. Un sourire étira leurs lèvres. Tony, saisissant un tournevis, le planta dans le verre, le faisant voler en éclat. Des paillettes transparentes volèrent dans l'air, se rependant sur le sol.

Pepper resta songeuse un instant, avant de se lever. Ils la virent marcher jusqu'à la porte du garage, demander à JARVIS de l'ouvrir, et s'y engouffrer. Lorsqu'elle fut dehors, dans la nuit, elle s'approcha de la falaise. Bien qu'ils ne la voit pas distinctement, il leur sembla qu'elle regardait la mer qui, à près de dix mètres sous elle, frappait la pierre avec rage.

Ils la regardèrent jeter les lunettes, et sourire légèrement. Elle revint vers eux, et s'assit près de sa fille, qu'elle serra dans ses bras. Tony en fit autant, et ils restèrent ainsi éperdu, entre deux mondes, dans les bras les uns des autres. Unis en une étreinte commune, sanguine, rassurante. En famille.

Derrière eux, comme une douce berceuse, une chanson résonnait. Et les paroles étaient le symbole de leur bonheur :

-« You listen up here's story,

About a little guy that lives in a blue world,

And all day and all night and every think

Is just blue like him inside and outisde,

Blue is his house with a blue window

And a blue Corvette

And every thing is blue for him and himself

And every body around

'Cause he ain't got nobody to listen… »

Fin