Episode 20 : Fuir comme la peste

Par Myfanwi

Shinddha et Grunlek courraient depuis un moment déjà, poursuivis par des créatures dont les légendes leur étaient à peine familière : des morts-vivants. Leurs membres engourdis commençaient à les ralentir et ils ne savaient plus vraiment quelle directions ils devaient emprunter. Le nain avait bien tenté d'appeler sa louve à la rescousse mais Eden semblait avoir préféré fuir le danger pour cette fois. Et pour Grunlek, qui ne jurait que par elle, cela ne signifiait qu'une chose : la situation était critique. Les grognements se rapprochaient lentement.

"Il faut qu'on trouve un endroit en hauteur, souffla Grunlek entre deux foulées. J'ai l'impression qu'ils nous rattrapent."

Il pointa un mouvement suspect derrière eux. Shin l'avait déjà entendu, arc déjà bandé pour massacrer le premier qui tenterait d'approcher. Il tira une flèche dans le tas et, constatant que de nombreuses formes sortaient des fourrés, il tira Grunlek vers une plateforme rocheuse surélevée. Il ignorait si cela les protégerait assez longtemps, mais cela leur laisserait au moins le temps de trouver un autre plan. Le nain aggripa fermement l'archer et lança son bras métallique vers la plateforme, aidé par un saut élémentaire de Shinddha qui lui facilita grandement la tâche. Ils s'écrasèrent tous deux sur la roche, sains et saufs.

Heureux d'être toujours envie, ils entamèrent une petite danse de la victoire au nez des zombies, débarquant en masse dans l'espace qu'ils occupaient à peine quelques secondes plus tôt. C'est alors qu'ils furent surpris par une voix qu'ils ne pensaient pas rencontrer ici : celle de Viktor Oppenheimer.


Balthazar arrivait enfin vers Viktor sur son cheval de flammes, paniqué par le bruit alentour. Mais ce n'était pas le vieil homme qui avait attiré son attention, mais plutôt le corps inerte de Théo qui venait de se relever, les yeux brillant d'une lueur peu humaine. Son sourire malsain le fit frissonner. Le mentor de ce dernier le dévisageait comme s'il était le diable en personne, la bouche grande ouverte. Il était venu pour taper sur de l'hérésie, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il était servi.

Bâton à la main, il hésitait à frapper Théo. Au fond, il savait que le jeune homme n'était pas méchant. Mais là… Il jeta un regard vers Balthazar. Se pouvait-il que ce pyromage l'aie corrompu ? Les mages, c'était pas fiable, il ne pouvait être sûr de rien. Il secoua la tête. Ce n'était pas le temps de réfléchir au sens de la vie. Il attrapa la main que Balthazar lui tendait et monta sur le cheval de flammes, en tirant une grimace contrarié en remarquant qu'il n'était fait que de flammes. Il essaya de donner un coup de bâton vers son élève mais le rata largement, ne provoquant qu'un regard de haine absolue de la part de ce dernier. Peu importe ce qui l'habitait désormais, ce n'était plus Théo.

Balthazar, nerveux, fit reculer son cheval prudemment. Partout autour de lui, des taches rouge sombre apparaîssaient sur le sol. Il pensa immédiatement à une invocation. Ce n'était pas bon dans tout les cas. Cette nouveauté ne l'arrangeait pas. Le sol se mit à vombrir sous leurs pieds, Brasier se cabra.

"Mouais, grogna le mage à l'attention de Viktor. Si tu veux mon amis, ça sent la saucisse bien cuite. On se casse !"

Il donna un grand coup au fessier du cheval pour le faire dévier de sa trajectoire. Alors qu'ils fuyaient vers le sud, les taches rouges commencèrent à vomir des créatures décomposées, à peine humaine, s'arrachant du sol dans des râles gutturaux. Viktor ouvrit de grands yeux choqués alors que Brasier traversait la plaine à toute vitesse.

Balthazar avait presque pitié de lui. Le pauvre était sur un cheval de flammes, aux côtés d'un demi-diable, des zombies à leur poursuite. Hérésie. Hérésie partout. Ce qui l'inquiétait plus sérieusement, en revanche, était l'improbabilité de cette invocation nécromantique. Dans son académie, cet art relevait de la légende ou d'erreurs malencontreuses. Personne n'avait encore eu l'occasion de ramener autant de personnes à la vie. A la fois partagé entre fascination et peur, il finit par se détourner de ce portrait macabre pour se concentrer sur la route.


Au loin, Shinddha aperçut les flammes bleutées de Brasier, courant dans leur direction, paniqué. Le cheval zigzaguait entre les cadavres, menaçant de se cabrer d'une seconde à l'autre et envoyer ses occupants au sol. Sur son dos, Balthazar et Viktor s'accrochaient du mieux qu'ils pouvaient, fermement agrippés à la crinière de l'animal. Lumière, le cheval de Théo, avait été récupéré sur la route, mais ce dernier fuya immédiatement l'endroit, sans se retourner.

Brasier freina soudainement et se cabra violemment. Dans la petite clairière en contrebas du rocher où Grunlek et Shin se trouvaient, une horde de morts errait, zombies et squelettes, poussant des gémissements plaintifs inquiétants en tentant mollement d'escalader les rochers.

"Je n'ai jamais vu autant d'hérésie depuis que je suis avec vous, lâcha Viktor, à moitié surpris.

- Moi, j'dis, t'es derrière un demi-démon, sur un cheval sorti du néant… Et je suis la chose la moins hérétique pour le moment. Ca fait du bien !"

Un zombie s'approcha trop près. Brasier se cabra, jetant ses cavaliers au sol. Il traça ensuite tout droit, paniqué, sans même un regard pour eux. Plusieurs morts-vivants se retournèrent dans leur direction, puis s'avancèrent, leur regard vide braqué sur eux. Balthazar se releva et partit se cacher derrière la silhouette impressionnante de Viktor.

"C'est une excellente journée, grommela Viktor."

Devant leur détresse, Grunlek et Shinddha se mirent en position de combat, arbalète et arc prêts à tirer. Chaque minute passant, des morts se dégageaient de terre, agrandissant les effectifs de la horde déjà nombreux. Il fallait faire vite.

"Les gars ! hurla Shin. On va essayer de vous ouvrir un chemin, dépêchez-vous de passer ! Ca va vite devenir ingérable ici !"

Viktor fit briller son bâton, dans le vain espoir de faire fuire les monstres. Balthazar commença lui à préparer une boule de feu, dans le cas très probable où la méthode du mentor de Théo échoue. Après tout, il était à moitié Silverberg et les Silverberg étaient incapables de suivre un plan à la lettre. Le magister se mit à briller tel un phare au milieu de la brume… ce qui dévoila aux yeux des deux aventuriers une vision de cauchemar : des centaines de monstres approchaient, attirés comme des mouches par la lumière émise par le paladin. Génial. Néanmoins, aveuglées par la lumière, les créatures semblaient avoir ralenti l'allure, à la grande joie de Balthazar.

Ce dernier fit un pas en avant et lâcha les flammes, noyant sous elles des dizaines de monstres qui se mirent à grogner, perdus dans ce brouillard de flammes et de lumière. Par dessus, Grunlek tira son premier carreau, touchant un zombie en pleine tête et en assassinant un second dans la foulée. Shinddha, surpris par la précision de ce lancer, lui jeta un regard confus. Le nain lui volait son travail. Vexé, il gonfla la poitrine et visa à son tour une des créatures, l'achevant lui aussi dans un très beau jet. Le vent de la réussite semblait enfin avec eux.

Viktor et Balthazar se frayèrent un chemin parmi les cadavres. Le magister fut le premier à bondir, atteignant sans problème la plateforme de pierre. Balthazar l'imita… Et se foira lamentablement, retombant au sol tel une bouse fumante s'échappant du derrière d'une vache. Quand il releva la tête, tous les regards des morts étaient braqués sur lui.