A Fried, debout sur la terrasse, le regard porté vers l'est, Dryden, Merle et Cid se demandaient ce qui ralentissait ainsi l'escorte de Fanélia. Le premier craignait que Hitomi qui n'était pas habituée à chevaucher si longtemps n'ait fait une mauvaise chute. Le dernier redoutait que les vagabonds qui errent autour de la principauté ducale n'aient attaqué les voyageurs.
Assise plus loin, soupirant face à ces esprits trop imaginatifs, Milerna se demandait juste comment l'Alliance allait agir pour remettre le Conseil de Fanélia au pas et pour en finir avec l'esclavagiste qui depuis des mois semait la terreur, le trouble et le doute.
Le soleil avait déjà éteint ses derniers rayons derrière les chaînes montagneuses qui déchiraient l'horizon lorsqu'il remarquèrent une escorte filer au grand galop, droit sur la capitale. Un banneret était dressé. Il s'agissait bien là ce l'escorte de Fanélia.
Lorsqu'ils rejoignirent la cour pour retrouver leurs camarades qui y entraient, Dyden et Milerna ne purent s'empêcher de voir le pire. Visiblement, ils avaient subi une attaque. Les chevaux étaient éreintés et les soldats avaient des fissures le long de leurs armures. Van ne portait plus sa cape, n'ayant sur les épaules qu'une chemise de lin bordeaux. Toujours en selle, il ordonna quelque chose à ses Généraux qui semblaient aussi épuisés que le reste de l'escorte. Le Général Hak fit glisser la passagère du roi de selle. Milerna, ses habitudes de médecin et son inquiétude l'y ayant poussée, se précipita aux côtés de son amie qu'elle avait quittée quelques jours plus tôt. Van mit pied à terre, lâchant les rennes de sa monture.
- Que lui est-il arrivé, demanda avec gravité la reine de Asturia en effleurant du bout des doigts le bandages au front de Hitomi et les nombreux hématomes qui avaient fleuris sur sa peau.
- Une attaque de brigands, à la frontière. Elle dort, ne t'inquiète pas, sa blessure n'est pas la cause de son inconscience, assura Van avec un léger sourire. Rassurée, Milerna dit tout de même :
- Je vais l'ausculter. Suivez-moi, Général, nous allons en infirmerie.
Dryden regarda sa reine partir avec leur amie endormie. Il dit à Van qui l'avait rejoint :
- Eh bien, prendre un vaisseau aurait été plus sûr, ne le penses-tu pas ?
- Je hais ces cages volantes, ne l'oublie pas, sourit le roi de Fanélia avec une légère grimace.
- Je vais vous mener à Cid, ainsi vous pourrez vous restaurer au plus vite, déclara le roi de Asturia en accompagnant Van et ses Généraux à travers les corridors alors que les soldats étaient menés vers les casernes et dortoirs militaires.
Lorsque à son réveil, elle se découvrit dans une pièce quelle ne connaissait pas, Hitomi paniqua, fouillant le lieu des yeux pour trouver un regard connu. Elle voulut se lever, s'effondra, ses jambes cédant sous son poids. Elle poussa un cri de frustration en s'affalant sur le froid carrelage, sa tête soudain bien douloureuse.
Le garde à sa porte entra en entendant du bruit, il s'avança dans la chambre, inquiet. La jeune femme reculait, horrifiée, s'exclamant :
- Qui êtes vous ? N'approchez pas !
-Voyons, milady ! Calmez vous, je vous en prie ! Je vais informer le maître de vôtre réveil, fit-il en s'éloignant et en fermant derrière lui.
Hitomi courut à la porte pour remarquer que plusieurs voix tintaient dans la corridor. Elle paniquait, ne sachant qui était ce maître dont il avait parlé. Comment était-elle arrivé là ? Et où étaient Van et les autres ? Seraient-ils arrivés à la capitale de Fried alors qu'elle était inconsciente ?
Les portes de la chambre s'ouvrirent soudain. La jeune femme dressa les poings, prête à combattre un inconnu quelconque avec tout ce qu'elle avait.
La voyant en posture de combat, poings dressés, sourcils froncés, Van poussa un grognement de mécontentement, ne comprenant pas pourquoi elle paniquait à la vue du premier inconnu.
Lorsqu'elle le reconnut, elle se détendit enfin, baissant les poings. Il posa un bref regard sur son bandage souillé à son front et dit en la prenant dans ses bras :
- Tu devrais rester au lit, Milerna a insisté sur ce point.
- Nous sommes donc bien arrivés à Fried, conclut la jeune femme en le laissant la reconduire à son lit.
- Oui et pour que tu sois en forme au banquet de demain, il te faut du repos. Milerna arrive t'ausculter, elle était très inquiète.
- Et les soldats blessés de la troupe, s'enquit-elle.
- Ils ont été soignés.
- Et les Généraux ? De retour ?
-Ce matin, ils n'ont pas trouvé ce qu'ils cherchaient, fit le roi.
Les Cinq Généraux avaient été envoyés à la recherche des lascars qui avaient détroussé une caravane et d'autres voyageurs, tuant tous ceux qu'ils croisaient, femmes, enfants et hommes désarmés. C'était une véritable boucherie qui avait croisé leur route alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques heures de la cité ducale de Fried. Les Généraux avaient pisté les bandits, trouvé leurs quartier général et étaient revenu faire leur rapport. Van ne voulait pas ennuyer sa bien aimée avec ces histoires politiques. Il avait aussi demandé à Milerna , Cid et Dryden de rester muets sur le sujet.
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