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Les mères de Longbourn et Netherfield

Cela faisait plusieurs fois que Mrs Bennet de Longbourn relisait les lettres de ses différents fils. La vie sans eux était bien ennuyeuse et monotone.

Au retour de Pemberley, Mr Bennet s'était écrié à qui voulait l'entendre que ses fils avaient fait d'excellents mariages, surtout son fils Elliot qui avait ravi la riche propriétaire de la moitié du Derbyshire. Il s'étalait avec emphase sur les dimensions du château et du nombre de pièces, sur les hectares qui entouraient la propriété et les parties de chasses mémorables auxquelles il espérait être convié. Son babillage avait comme effet de voir ses multiples créanciers accourir à la porte de Longbourn afin de réclamer leurs dus.

Sans l'apport des appointements des deux aînés, avec les trois mariages consécutifs pour lesquels il fallut rhabiller les hommes de la maison et organiser les transports ainsi que le remboursement des dettes de son époux, les finances du couple Bennet étaient au plus mal.

Lysander avait, certes, trouvé un emploi mais dépensait immédiatement sa petite rémunération en sorties, brochure de mode et accessoires provenant directement de Londres. Il ne voyait pas la nécessité d'aider tant financièrement que physiquement ses parents chez qui il ne faisait que dormir.

La famille, bien que retranchée de quatre de ses fils, n'avait plus autant de bouches à nourrir mais tout autant de bras en moins pour aider aux tâches journalières.

Or Mrs Bennet était bien trop fière et trop généreuse pour oser demander une aide à ses propres fils.

Elle venait d'apprendre avec émotion que Charline attendait un enfant. James aurait bien trop à faire et à penser ces prochains mois. Elliot, lui, était quelque part en voyage de noces avec sa chère épouse et devait être bien loin de toute considération pécuniaire. Mark dépendait toujours de Mr Collins. Et enfin Kyle se plaignait à demi-mot du départ de Lord Andrew pour Rosings afin de surmonter ses soucis familiaux, le laissant esseulé dans le grand Londres, dans sa petite pension pour jeunes hommes et un solde à peine suffisant d'apprenti.

L'installation de Mrs Bingley et ses jeunes enfants à Netherfield pour la bonne saison apporta de l'animation dans l'entourage de Meryton. Mrs Bennet acceptait de bonne grâce les visites continuelles de la mère de sa bru Charline mais n'en était pas moins lasse de toutes ces effusions.

Mrs Bingley, qui avait du avoir dans son jeune âge le même genre de beauté que sa fille aînée, avait également la même bonhomie. Mais elle disposait cependant de beaucoup moins de grâce et de distinction que sa cadette, justifié par une éducation probablement moins aboutie.

Les jeunes enfants Bingley étaient turbulents et expansifs, à part Mary, la plus grande qui ressemblait de plus en plus à sa sœur aînée. Mrs Bennet suspectait que cette dernière commençait à s'éprendre en secret de son fils Lysander. Celui-ci par contre semblait ne rien remarquer des œillades et des rosissements des joues de la jeune fille d'à peine quatorze ans lorsqu'il s'approchait d'elle.

Ce que tous ignoraient c'était que sa mère avait des projets bien plus ambitieux pour elle. En effet, Mrs Bingley s'impatientait de devoir retourner auprès de sa fille Charline pour assister à sa délivrance et emmener avec elle Mary, car non loin de là vivait un certain jeune homme célibataire dans un luxueux domaine dont il deviendrait prochainement le maître. Elle savait qu'elle ne devait pas se confier à Charline de son projet au risque de le voir étouffé dans l'œuf. Elle avait écouté avec beaucoup de compassion, le récit de la mésaventure de son fils Carl auprès de Miss Darcy et depuis ce jour Charline avait préféré la compagnie de son amie à celle de son frère. Mrs Bingley était arrivée à la conclusion que si cette amitié n'avait pu être bénéfique pour son fils, elle pouvait bien l'être pour sa seconde fille.