Réponses aux reviews :

Jean-Jacques : Merci pour ton message... Fais attention à l'appel de la forêt, quand même, lol. Et n'hésite pas à mettre des mots sur tes pensées : mes lecteurs en ont vu bien d'autres, ;o). Je t'embrasse.

Alixe : Merci pour ta review, et pour m'avoir aidée à reprendre un peu le chapitre de ce soir. J'espère que les modifications te conviendront. Gros bisous, à mercredi, avec plein de chocolat !!!!!!!!

Mystick : Respire, grande ! Voilà la suite ! Eh oui, pauvre Sirius... Mais des fois, c'est comme ça, la vie. Bisous.

Nanath : (qui est présentement aussi sur meu-seu-neu). Merci pour cette review désopilante, ma 'tite Lu à moé... Effectivement, Lune Sanglante est le meilleur bouquin de mon Maître James Ellroy, devant lequel je me prosterne en passant. Toi aussi, tu es comme le Mort-vivant, tu es atteinte par l'appel de la forêt... hihi. Ne mets pas de jupette au Sevie, l'a été suffisamment humilié comme ça à mon avis. Je t'envoie plein de bisounours et te remercie pour tes mots toujours bien placés.

Stéphanie : Voici un nouveau chapitre. Plus que cinq chapitres avant la fin ! Bisous !

Cécile rogue : Chus désolée, mais comme je me place du point de vue de Sirius en écrivant cette fic, Rogue se doit d'être méchant. Sinon, la conjoncture économique, c'est ce qui nous permet ou pas de dépenser notre pognon ! Voilà, c'était l'enseignement du jour. Gros bisous.

Coralie Malefoy : Salut, miss Passage-éclair ! En effet, il va morfler, le Sisi... Quant à Rogue, savoir s'il est récupérable ou pas, là n'est pas la question pour l'instant, du moins je crois... Bisous à toi. PS. Maintenant que j'ai repris les cours, moi aussi il m'arrive de lire mes mails à l'école, lol.

Lily Petite Etoile : Merci pour ton message... Gros bisous !

Andromède : Me tue pas. C'est ma vengeance, parce que tu m'avais aussi trop fait marrer avec ton histoire d'âmes de saucissons secs dans Cassiopée. Lol. Sinon, qu'on navigue entre rire et tristesse, c'est l'effet escompté, chère. Gros bisous à toi.

Mydaya : Essuie tes p'tits yeux... Allez, ça va aller. Cool. Respire. Et je te fais un gros bisou pour la peine.

Harana : Merci ma grande pour ta review. J'attends avec impatience la suite de Un été pour s'apprivoiser. Plein de gros bisous.

Severia Dousbrune : Ne t'inquiète pas, je ne t'en veux pas. Pas de lézard. Je trouve d'ailleurs ta dernière review très pertinente, alors je t'en remercie. N'hésite jamais à dire ce que tu penses, même si je peux ne pas être d'accord. Ça doit faire partie du code d'honneur de l'auteur de review. Gros bisous.

Belval : Quatre reviews d'un coup ! Boudiou, chus gâtée !!!! Merci pour tes commentaires, je suis contente que cette histoire continue à te plaire. Gros bisous.

Notes de l'auteur neuneu :

Bonsoir ! Pour commencer, je tiens à vous signaler que ce chapitre est triste et sinistre. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop, mais selon moi, ça fait partie de la vie. Y a des moments comme ça, où les problèmes s'amassent, s'ajoutent les uns aux autres. C'est dégueulasse, c'est très dur, mais ce sont des choses qui arrivent. Or, quand j'écris cette fic, je m'efforce de rester le plus proche possible de la réalité.

Mais c'est le dernier passage vraiment pénible de cette fic. Après, je vous rassure, ça ira mieux.

Je tiens à remercier, une fois de plus, Alixe et Djeiyanna, pour l'aide et le soutien fournis alors que j'hésitais à publier ce chapitre. Merci.

Ce chapitre est dédié à un ancien ami à moi, parti je ne sais où, qui m'a fait beaucoup de mal sans le vouloir, mais qui m'a énormément apporté aussi. Kim, je t'embrasse.

Bonne lecture !

Chapitre 20 : Fondu au noir : quelque part, au fond d'un gouffre...

Things not what they use to be

Missing one inside of me

Deathly lost, this can't be real

Cannot stand this hell I feel

Emptiness is falling me

To the point of agony

Growing darkness taking down

I was me but now he's gone...

(Metallica, Fade to Black)

Malheureux. Unlucky en anglais, unglücklisch en allemand. Ulykkelig en danois. Cette impression douloureuse, étrange et désagréable qui vous laisse nauséeux, avec un goût métallique dans la bouche et une envie viscérale d'en finir avec la vie. Cette détresse, combinée avec un environnement hostile et une solitude intense, ça fait mal. Et j'avais mal. À mesure que le train s'approchait de Londres, j'avais de plus en plus mal. Et de plus en plus peur. J'avais l'impression de traverser le Styx en direction des Enfers. Potentiellement très mort, j'étais.

Quand le train s'arrêta, j'eus envie de rester dedans. De faire des tas et des tas d'allers-retour Londres-Pré au Lard pendant dix jours. Ce ne serait pas pire que ce qui m'attendait. Mais le contrôleur m'obligea à descendre: "allons, mon grand, tu ne peux pas rester là". Je me retrouvai alors debout sur le quai. Devant elle.

Ma mère. Lavinia Camilla Black. Grande, brune, raide comme l'injustice. Elle me jeta un regard froid et méprisant, comme si ce n'était pas son fils qu'elle avait devant elle, mais une espèce de cafard répugnant à écrabouiller. Sans un mot, elle me saisit le bras d'une poigne de fer, et elle me ramena à la maison. À pieds. Avec ma valise qui pesait trop lourd. Le trajet fut interminable. Je fus presque soulagé de voir la maison. Mais ce soulagement fut tout ce qu'il y a de plus provisoire.

Oserais-je dire ce que mes parents m'ont fait? Y repenser me fait mal. Humiliations, une engueulade interminable où je fus couvert des insultes les plus abjectes. Puis mon père me traîna à travers la maison, jusqu'à une pièce qui n'était pas ma chambre, mais une espèce de cachot sans fenêtre. Ma mère fouilla dans toutes mes affaires pour en retirer ce à quoi je tenais le plus. Comme je m'attendais à un tel geste de sa part, j'avais gardé sur moi tout ce que j'avais d'Antje. Je n'aurais pas souffert que ma mère brûle tout sous mes yeux. Ce qu'elle fit d'ailleurs, avec tous les objets personnels qu'elle trouva. À coups de baguette magique, elle brûla, déchira, détruisit. Puis elle me donna une dernière gifle pour la forme, et m'abandonna à mon triste sort en fermant la porte à clé.

Ainsi commencèrent dix jours ignobles, à saboter une vie.

Les deux premiers jours, j'étais tellement épuisé que j'étais presque incapable de bouger. Ma mère ne m'apportait que le minimum à manger. Mais j'étais incapable d'avaler quoi que ce soit. J'avais une envie permanente de vomir. Les seuls moments à peu près supportables étaient quand je m'allongeais sur le côté, sur ma cape étalée par terre parce qu'il n'y avait pas de lit, et que j'enfouissais mon visage dans le mouchoir que m'avait donné Antje. L'odeur sucrée et apaisante de la lavande était devenue ma seule nourriture. Je pensais à elle, ma petite sauvageonne, à sa gentillesse et à sa douceur, et ça me faisait du chagrin, parce que je me sentais tellement seul. Car le plus dur, ce n'étaient ni les coups, ni les privations, ni le mépris dégoûté de mes parents à mon égard. C'était le manque d'amour. J'avais besoin de considération, d'attentions, de tendresse et d'affection. Auparavant, quand je rentrais pour l'été, je me foutais de me faire traiter comme une merde par ma famille, même si parfois c'était à la limite du supportable, parce que mon isolement n'était pas total. Mes copains m'écrivaient tout le temps, et il n'était pas rare que je descende en douce jusqu'à l'âtre de la cuisine, pour papoter avec James par cheminées interposées.

Là, j'étais totalement seul. Et j'en souffrais. J'avais envie de voir les gens que j'aimais. Je rêvais de bêtises, de batailles d'oreillers avec mes copains. Notre amitié à la vie, à la mort me manquait. Nos discussions, les conneries de notre invention, nos fou-rires, tout. Et puis il y avait Antje. Elle, sa sensibilité, sa force et son petit côté déglingué. Et son corps. Son visage, ses rondeurs, ses longs cheveux roux. J'avais besoin d'elle. J'avais envie d'enfouir mon visage contre son épaule, de pleurer contre elle, et qu'elle me console à nouveau. Mais elle était loin, ma petite sauvageonne. C'était dur.

Le troisième jour, je me levai. J'avalai un peu de nourriture. La soupe aux choux trop salée que ma mère me donnait. Le sel des larmes. C'était immangeable, j'avais une furieuse envie de chocolat, mais je me forçai quand même. Mes parents me laissèrent sortir, pour des raisons d'hygiène élémentaire. À travers le soupirail des cabinets, je vis mon premier rayon de soleil depuis quarante-huit heures. Et je reçus mes premières lettres. Si la pièce dans laquelle j'avais été enfermé une grande partie de la journée n'avait pas de fenêtre, c'était pour m'empêcher de communiquer avec l'extérieur. Pas moyen de recevoir du courrier. En soi, c'était bien pensé, mais les hiboux sont des oiseaux malins. Ils me portaient mon courrier pendant que j'étais aux toilettes. Je pouvais soulager mes besoins naturels deux fois par jour. Et dans les cabinets, il y avait un soupirail qu'on pouvait entrouvrir. Les volatiles se postaient devant, et je n'avais qu'à passer la main à l'extérieur pour prendre mes lettres. Je suis bien d'accord, tout cela manquait furieusement de romantisme, mais c'était pour moi le seul moyen de ne pas céder à la solitude écrasante qui pesait sur moi. Je reçus donc une lettre commune de mes amis, qui s'inquiétaient de moi. James faisait le mariole pour nous deux, il était perpétuellement en retenue. Remus avait avoué sa lycanthropie à sa Léopoldine, qui avait pris la chose avec beaucoup de sollicitude. Quant à Peter, il vivait sa petite vie peinarde, tout en pensant qu'on s'amusait nettement moins à Poudlard sans moi. Rogue avait gardé le silence, selon l'interdiction formelle émise par Dumbledore. Une histoire avait été inventée pour justifier mon expulsion, mais tout le monde savait que Servilus avait eu son rôle à jouer ici dedans. Du fait, ce dernier répétait à qui voulait l'entendre que c'était bien fait pour ma gueule.

Je reçus également une lettre d'Antje, qui ne me disait pas grand-chose, à part qu'elle m'aimait, que je lui manquais, et que certains lui avaient cherché des misères par rapport à mon expulsion, lui demandant quel effet ça faisait de sortir avec un délinquant. Je pinçai les lèvres en lisant le paragraphe en question, mais la part infime de moi qui ne cédait pas au désespoir regagna du terrain à la vue de la petite écriture serrée à l'encre violette de ma douce sauvageonne.

Je cachai les lettres, écrivis les réponses pendant la nuit, et les envoyai le lendemain matin. Le hibou avait attendu pendant tout ce temps devant le soupirail des toilettes.

Ma correspondance dura ainsi trois ou quatre jours. Je recevais mon courrier le soir, et envoyais les réponses le lendemain matin, les cabinets faisant office de poste restante. Et puis un jour, plus rien. J'attendis, passai plus de temps que de coutume aux toilettes, ce qui ne manqua pas d'alerter ma mère. Et ça commença. La pièce où j'étais enfermé fut fouillée. J'avais caché mes lettres dans un trou du mur, ainsi que mes autres petits secrets. Mais ma mère trouva, dans une poche de ma cape, la mèche de cheveux d'Antje. Hurlements. Insultes. Et des coups. Cette fois, j'essayai de me défendre, mais ma mère me jeta un sort qui m'empêcha de bouger. Et elle s'acharna sur moi, à coups de pieds, n'épargnant que mon visage, parce que si elle laissait des traces, celles-ci se verraient encore lorsque je retournerais à l'école. Puis, alors que j'allais m'évanouir de douleur, elle se pencha sur moi, et brûla sous mes yeux la mèche de cheveux. Elle avait fait ça pour me blesser, c'était certain, parce que c'était une vieille buse sadique. Et aussi parce qu'elle était furieuse que j'aie réussi à lui cacher ce petit secret que j'avais, et qui avait échappé à sa fouille.

Elle me laissa là, à moitié mort de douleur, et encore immobilisé par le sortilège qu'elle ne leva que le lendemain matin. Malgré la souffrance et les courbatures, je me forçai à me lever, et me rendis aux toilettes. Le hibou m'attendait. Mon cœur bondit. Mais les nouvelles n'auguraient rien de bon. Il s'agissait d'un mot de James, griffonné à la hâte:

"Salut, mon pote! Je t'écris aujourd'hui parce qu'il se passe ici des choses graves dont tu dois être mis au courant le plus vite possible. Nous avons tous pensé qu'il fallait t'en parler de vive voix. Le directeur a monté une combine pour éloigner les deux Sombrals azimutés qui te font office de parents pour que je puisse te parler. Descends ce soir vendredi dans ta cuisine. Je serai dans la cheminée. Tiens le coup, mon pote, c'est vital. Fraternellement. James".

Je fourrai le mot dans ma poche. J'étais inquiet. Qu'est-ce qui avait encore bien pu se passer? De plus, ce qui me posait problème, c'est que j'ignorais comment sortir de la pièce où j'étais quotidiennement enfermé. Eloigner mes parents était une chose. Pouvoir me faire sortir de là en était une autre. Je méditais tandis que ma mère me traînait par le bras pour me cloîtrer encore.

Je passai la journée à examiner la porte. Il va de soi que mes parents m'avaient confisqué ma baguette magique, aussi je ne pouvais pas utiliser de maléfice pour sortir. Puis soudain, j'eus une idée. Une idée qui comme de juste ne serait jamais venu à l'esprit des anti-Moldus que sont mes parents. Je passai ma main dans la fente du mur, et en retirai mes secrets, à la recherche d'un certain accessoire de coiffure.

J'avais récupéré, en souvenir de cette soirée de Noël qui avait vu naître ma relation avec Antje, une des épingles à cheveux qui avaient fixé le chignon de ma petite sauvageonne. Ayant lu un certain nombre de romans policiers moldus, je savais qu'avec un objet de ce genre, on pouvait ouvrir toutes sortes de portes. Or, je savais qu'une clé suffisait à m'enfermer. Pas de sort. Une simple clé. Il suffisait d'essayer.

Vers ce qui me sembla la fin de la journée (le manque de fenêtres de mon cachot m'ayant un peu fait perdre le cours du temps), ma mère ouvrit la porte. Elle portait une robe verte qui aurait pu la rendre élégante si elle n'avait pas été aussi vieille et aigrie.

— Nous sortons, dit-elle. Et toi, tu restes enfermé.

— Dans ce cas, à quoi bon m'avertir, fis-je.

— Je n'ai pas le temps de te corriger, Sirius Adrian Black, grinça ma mère d'un ton menaçant. Mais parle-moi encore de cette façon, et tu le regretteras.

La porte claqua. La clé tourna.

Je fis vingt-sept fois le tour de la pièce, pour leur laisser le temps de partir. Puis je sortis mon épingle à chignon de ma poche. La porte s'ouvrit sans encombre. Après avoir vérifié que la voie était libre, je me faufilai à pas de loup dans la cuisine.

Je ne vis même pas l'elfe de maison. Il avait dû être neutralisé par un moyen quelconque.

J'attendis. Quand la vieille horloge sonna sinistrement huit coups, il y eut un mouvement dans la cheminée. La tête de James apparut.

Il avait l'air un peu sonné, un peu comme quand il avait entraîné Rogue hors de la Cabane hurlante. Mais en me voyant, il eut un petit sourire:

— Sirius, mon pote.

— Salut, James.

Il soupira.

— Sirius, je préfèrerais me trouver sur Neptune plutôt que de te dire ce que j'ai à dire.

— C'est à dire?

— La mère d'Antje est morte mardi.

Il fallut un moment aux mots pour prendre leur place dans mon esprit, et que je les comprenne pleinement. Cette fois, ça y'était. C'était fini. Ma pauvre petite sauvageonne. Il n'y avait rien à dire.

— Merde, fis-je.

— Et ce n'est pas tout, continua James. Je te jure, Sirius, on a fait ce qu'on a pu, on a soutenu Antje, on lui a parlé, on s'est montré présents, tout...

Je me sentis soudain très inquiet. Qu'est-ce qui s'était encore passé? Qu'est-ce qu'il allait me dire? Je m'approchai encore de la cheminée:

— James, où est-elle?

— Sirius, attends...

Où est Antje, bordel de merde?

Je me doutais que c'était grave. Mais pas à ce point.

— Sirius, je suis désolé. Antje a essayé de se suicider.

Quoi?

Mon Dieu. Mon Dieu. Mondieumondieumondieumondieumondieumondieu...Dites-moi que ce n'est pas vrai... Non.

— Elle s'est ouvert le poignet. Avec un couteau spécial pour couper les peaux de dragon. Elle va vivre. On l'a trouvée juste à temps. Sirius, tu n'as pas idée à quel point je suis désolé.

Je retombai assis par terre. À la douleur physique, souvenir du traitement que ma mère m'avait infligé la veille, s'ajouta la douleur morale. Mon Antje avait essayé de se détruire. De commettre l'irréparable. L'acte dont elle avait tant parlé, dans son journal, avant que je ne m'approche d'elle pour la première fois. L'acte dont elle se croyait trop lâche pour le faire. Et elle avait essayé. Elle s'était ouvert la peau. J'essayai de rassembler mes idées, et demandai à James comment ça s'était passé.

— C'est McGonnagal qui a dit à Antje que sa mère était morte. Elle avait reçu une lettre du père, qui ne se sentait apparemment pas capable de lui annoncer lui-même la nouvelle. À croire ce qu'on nous a dit, on n'était pas là pour le voir, Antje s'est évanouie, et elle a été conduite à l'infirmerie tout de suite. On est tous allés la voir, la rassurer, lui parler, mais c'était comme si on parlait à un mur, putain! Elle était là, couchée dans son lit, le regard fixe... J'avais l'impression qu'elle n'écoutait même pas ce qu'on lui disait. Et puis hier soir, alors qu'on était dans la salle commune, Madame Pomfresh est arrivée en coup de vent, parce que Antje avait disparu. On l'a cherchée partout, et c'est... c'est moi qui l'ai trouvée. Elle était dans les toilettes des préfets. Le poignet gauche ouvert. Elle était... Excuse-moi, Sirius, mais j'ai eu tellement la trouille, j'ai cru qu'elle était morte. Je me suis mis à hurler comme un dément, et l'infirmière est arrivée tout de suite. Elle a examiné Antje, elle a dit qu'elle vivait encore, qu'on pourrait la sauver, mais qu'à une heure près, ç'aurait été trop tard.

J'avais la gorge serrée. Je ne pouvais pas m'empêcher de visualiser le morbide de cette scène. Ma pauvre petite sauvageonne baignant dans une mare de sang. Et tout ça, bordel de merde, c'était ma faute. Je n'avais pas honoré la promesse que je lui avais faite. Sa mère était morte, et je n'avais pas été présent pour la soutenir, pour l'aider à traverser l'épreuve. Tout ça parce que j'étais un con. Je m'étais fait virer pour une connerie. Et il avait suffi de ça pour que... Merde.

James me regarda. Il dut se rendre compte à quel point je me sentais coupable et malheureux. Il secoua lentement la tête:

— Ne te jette pas la pierre à toi-même, me dit-il. Ta présence à l'école à ce moment n'aurait sans doute rien changé. Je sais qu'Antje t'aime très fort, et que tu l'aimes énormément aussi, mais à partir du moment où elle a appris la mort de sa mère, elle a dérivé de tout, de tout le monde. Elle était comme enfermée dans sa propre tête. Personne ne pouvait l'aider, à part elle-même. Et elle a refusé de le faire, parce qu'elle avait trop mal.

— Et maintenant, qu'est-ce qui va se passer?

— Antje va guérir. Elle a dormi presque toute la journée, et ce soir, je suis allé la voir, pour essayer d'avoir des nouvelles un peu rassurantes. Elle était réveillée, et je lui ai parlé. Je lui ai dit que j'avais l'intention de te parler. Et elle m'a laissé un message pour toi.

James se tut pendant un instant. J'étais toujours assis par terre, face à la cheminée, les genoux remontés au menton. J'avais froid. J'avais envie d'une bonne couverture en laine moelleuse pour me blottir dedans. Je regardai mon meilleur ami, qui me délivra le message de ma sauvageonne:

— Elle m'a dit de te dire qu'elle t'aimait, et qu'elle était désolée.

Je n'y tins plus. J'enfouis mon visage dans mes mains, et me mis à pleurer comme un gamin. Mon Antje. Ma douce que j'avais failli perdre. Et c'était ma faute. Je n'avais rien pu faire, et je ne pouvais rien faire tant que je n'aurais pas regagné Poudlard. Au bout d'un moment, je relevai la tête, et croisai le regard de James:

— C'est pour ça que j'ai insisté pour qu'on t'avertisse, dit-il. En ce moment, y a rien de facile pour toi, et je me doutais que cette histoire serait la goutte qui ferait déborder le vase. Il valait mieux que tu sois mis au courant avant, pour que tu aies un peu de temps pour t'en remettre. Mais t'en fais pas. Ça va aller, maintenant. T'as plus que le week-end à tirer, et puis ce sera fini. Antje sera guérie, et puis tu pourras prendre soin d'elle, rester avec elle autant que tu en auras envie. Tiens le coup, mon pote. Maintenant, je vais y aller. Je commence à avoir mal aux genoux. Toi, vas faire un tour. Dumbledore a dit qu'il éloignerait tes parents pour deux heures. Ça te laisse un peu de temps pour prendre l'air.

Je m'essuyai la figure avec un torchon qui traînait.

— Merci, Jamesie, dis-je en essayant de sourire.

— C'est rien. T'es mon meilleur ami, je ne pouvais pas faire moins.

Quelques instants plus tard, il avait disparu.

Je me levai, et sortis de la maison. Je m'assis sur un banc à moitié défoncé, juste sur la place. Il faisait sombre et nuageux, le quartier était désert. Je restai là, à respirer un peu d'air pur, tandis que mes idées noires se livraient un combat sans merci dans ma tête. Quoi qu'ait pu dire James, je me sentais extrêmement coupable de ne pas avoir été présent auprès d'Antje au moment de la mort de sa mère. J'étais vraiment un con. J'avais été à deux doigts de la perdre définitivement, et je ne m'en étais même pas douté.

J'en étais là de mes réflexions quand je vis un petit chat noir et malingre traverser la place à toutes pattes. J'ai beau pouvoir me transformer en chien, j'aime bien les chats. Je me penchai sur mon banc, et interpellai la petite bête:

— Minou minou...

— Mâou!

Il s'approcha, et s'assit sur son derrière juste en face de moi. C'était un chat de gouttière pur jus. Son poil court était tout ébouriffé, et il avait une oreille à moitié boulottée, sans doute à la suite d'une quelconque baston. Je l'attrapai par la peau du cou, et le posai sur mes genoux. Il s'y blottit en ronronnant. Pas si sauvage que ça, la bestiole. Je restai un moment ainsi, à penser à ma vie qui se barrait en niquedouille, tandis que le chat pétrissait la manche de mon pull à coup de griffes. Je pensai à Antje, à ma solitude. Et je réalisai que l'avenir me faisait peur. Si vivre était aussi dégueulasse, à quoi bon.

Je reposai le chat au bout d'un moment. Il frotta sa truffe mouillée contre ma main avant de s'en aller. Je rentrai dans la maison, et retournai m'enfermer moi-même dans mon cachot. Je me roulai en boule dans ma cape, et enfouis mon visage dans le mouchoir d'Antje.

Pourquoi tu as fait ça, ma douce? Je comprends que tu souffres, que tu sois malheureuse, mais c'est tellement injuste. Je t'aime, je ne veux pas te perdre. Tout ça est ma faute, j'en suis conscient, je n'aurais jamais dû faire ça, j'ai été obligé de te laisser affronter ça toute seule. Mais ça me fait tellement de chagrin, parce que j'ai besoin de toi. Il faut que tu vives, ma belle Anna. La vie est dégueulasse, mais je t'aime, et sans toi, ça ne serait plus jamais pareil. Au nom de nous deux, ma douce, il faut que tu vives.

Je m'endormis sur ces pensées.

Je n'avais plus que deux jours d'enfer à tirer.