La soirée s'était donc terminée au-delà de ce que Raph espérait en entrant dans l'immeuble. Il était assis entre Casey et Léo et la cuisse de ce dernier n'était qu'à deux ou trois centimètres de la sienne, au point qu'il lui semblait presque ressentir la chaleur provenant de l'autre mâle. Ils avaient plus tard mangé du mais soufflé dans le même bol et Raph ne croyait pas pouvoir être plus heureux.
Si quelqu'un, un mois plus tôt, lui avait dit qu'avant la fin janvier il serait comblé de cette façon, pour si peu qu'une main frôlée dans un bol, il ne l'aurait pas cru. Et encore moins que l'objet de ses affections serait un garçon. Mais la chaleur à l'intérieur de lui, à chacun des sourires amicaux de son ami, ne pouvait tromper. Il était plus qu'épris. Il était amoureux.
Léo pouvait ne pas lui rendre ce sentiment pour le moment, cela n'avait pas d'importance. Raphael se laissait porter par le doux sentiment de réellement aimer un partenaire pour la première fois de sa vie.
Le seul point sombre de la soirée avait été un appel de son père, qui, l'ayant d'abord appelé pour savoir s'il avait vu Johnny, lui reprocha vertement de perdre son temps à regarder un match de foot chez des amis, lorsque des choses plus importantes requéraient sûrement son attention.
Effectivement.
Un coup d'œil jeté à Léo qui caressait tendrement la tête de Mikey, benoîtement endormi sur les genoux de son grand frère, le réaffirma dans sa volonté de faire en sorte de protéger son amant. De toute façon, il était hors de question qu'il laisse une personne aussi précieuse que Léo devenir un baron du crime organisé. Il n'irait pas jusqu'à dire que Léo était fragile, pur ou innocent. Il avait partagé son lit et il ne se rappelait pas avoir eu un partenaire aussi doué et empli d'initiatives. Mais malgré tout, il demeurait une personne trop estimable pour ce genre de bassesse.
Le fait que le cousin de son amant fut à Tokyo l'emplissait d'appréhension. Sans doute que ce Donny savait ce qu'était Léo, si ce dernier l'ignorait et allait lui dévoiler. Comment pouvait-il l'en empêcher? Donny était comme Elena : intouchable. Léo l'appréciait.
Il pensa au lendemain. Il serait plusieurs heures seuls avec le gamin. Lui faire cracher le morceau de ce qu'était le cousin de Léo, ses motivations et ses faiblesses serait facile.
Lorsque Raph et Casey s'en allèrent, il fit une accolade au jeune homme aux cheveux noirs l'assurant qu'il sera là à midi, le lendemain. Il déposa Casey chez-lui et après s'être brièvement arrêté à sa demeure pour prendre ses armes, retirer son pull clair et enfiler un t-shirt noir et sa veste de cuir, il alla vaquer à son devoir nocturne.
Le lendemain matin, alors que l'examen était distribué et que Raph, avec ses quelques heures de sommeil dans le corps pour tout le week-end, était couché la tête sur son bureau, la salive coulant aux commissures de ses lèvres. Il balança a savoir s'il avait la force de regarder le texto qui, d'après la vibration ressentit, il venait de recevoir. Comateux, il saisit son téléphone pour aussitôt se redresser.
Bonne chance pour l'examen. Tu viens toujours ce midi?
Il savait qu'il avait l'air d'un fan fini, mais il était sérieusement à deux doigts d'embrasser son téléphone. Léo avait pensé à lui et lui avait envoyé un message amical! Finalement, passer la nuit à arracher des dents pour rendre un cadavre méconnaissable payait!
Raph devait par contre cesser, durant un moment, de purger son propre clan et passer à celui des Japonais. Il aurait voulu attendre les cours d'arts martiaux de Léo, mais de toute façon, ce n'était pas comme si, au bout de quelques cours, il allait être ceinture noire. Pour le moment, il allait semer la confusion dans son clan qui, sûrement, accuserait les yakusa ou d'autre ennemis. Il blâmerait les autres mais recueillerait tout ce qui serait possible de connaître sur la mafia japonaise.
Il devait protéger Léo de leur contact. De toute façon, il était désormais trop engagé pour reculer. En espérant que son père demeure à Naples, un bon bout de temps encore. Il n'avait pas encore réfléchi à ce qu'il ferait au retour de ce dernier.
L'examen arriva devant lui et pour une fois, il tenta d'y mettre de l'effort, malgré son immense fatigue. Les études semblaient importantes pour Léo et bien qu'il sût que, de ce côté, il ne pourrait jamais l'impressionner, il ne souhaitait pas le décevoir trop rudement.
Raphael sortit avec empressement dès que la cloche retentit pour monter dans sa voiture et se diriger vers chez Léo. Seul, cette fois-ci, il n'hésita pas à faire un arrêt afin d'acheter des douceurs pour son amoureux ainsi que de quoi nourrir lui-même et le gamin le soir venu. Se doutant que, son petit frère présent, Léo ne pourrait peut-être profiter de toute sa boite, il acheta aussi des sucreries à Mikey, dans une autre boîte.
Il fut récompensé au centuple de son initiative par les cris enthousiastes du petit garçon et le regard touché de l'aîné.
Léo le remercia chaleureusement tout en croquant les chocolats fins que Raphael lui avait achetés.
-Hum, c'est délicieux, Raph. Tu n'aurais pas dû. À quelle saveur est-celui-ci? Son goût est particulier.
Fier de lui et de l'attention qu'on lui portait, Raphael sourit et répondit :
-Un mélange de chocolat et de piments. Tu es trop spécial, Léo, pour te contenter d'un quelconque chocolat commercial qui goûte la cire. Celui-là est à l'anis étoilé, pour te rappeler les baisers d'Elena, ajouta-il pince sans rire.
Le jeune homme rougit, mais changea le sujet :
-Je vais être de retour vers 20h, environ, peu après le coucher de Mikey. Tu dois lui donner ses pilules dans trois heures heure et ensuite, à son coucher. Il va geindre pour ne pas les prendre. Ne l'écoute pas. Il est important qu'il les prenne.
Avec douceur, Léo embrassa Mikey sur le front et lui fit promettre d'être sage et après une tape sur l'épaule, en signe de camaraderie, il prit congé de Raph. Celui-ci se leva pour guetter du salon, la voiture gris foncé qui disparaissait.
Il ne fallut pas longtemps, cependant, avant que Mikey ne le rappelle à l'ordre et à son rôle de baby-sitter.
-À quoi on joue?
Raphael avait peu fréquenté d'enfants dans sa vie et surtout, pas aussi longtemps. Au bout de deux heures, épuisé, il ne savait plus quoi faire pour divertir le gamin, qui était demandant en diable.
-Écoute Mikey, parlons un peu à la place, mais pas de jeux vidéo. Parlons de ton grand frère, Léo, lança Raph sans y aller par quatre chemins.
Mikey, assis en tailleurs sur le canapé, haussa les épaules tout en triturant une manette d'une console quelconque qu'il tenait encore.
-Bah, y a rien à dire. Tu le connais. Il est gentil, mais il est trop sérieux et ne sait pas comment cuisinier.
Raph laissa échapper un petit rire à cette dernière remarque qui, il fallait l'admettre, était on ne peut plus vraie. Cependant, il avait des questions bien précises en tête et décida de ne pas faire dans la subtilité.
-Oui, mais il y a des choses dont je suis curieux, comme son tatouage par exemple. Qu'est-ce qu'il signifie?
-Il est revenu du Japon avec, répondit Mikey avec naturel, il y a passé trois semaines en décembre. Il m'a dit que c'était horriblement douloureux, qu'il a failli s'évanouir. Ils lui ont fait à l'ancienne, pas avec une aiguille électrique. Il ne veut pas que j'en ai un, c'est pour cela. Y a pas de danger, moi, mon père en avait pas. C'était juste un type normal. Mais le père de Léo en avait un. Parait qu'il faut faire un tatouage qui est l'inverse de sa propre personnalité. C'est pour ça, le Dragon. Léo est un dude cool. Pas du tout agressif.
La thèse se précisait, devenait pratiquement indéniable, mais Raph avait surtout besoin de savoir si Léo connaissait la signification derrière ce tatouage. Il encaissa les informations nouvelles et se laissa tomber un peu plus dans le canapé en demandant avec le plus de naturel possible;
-Ah, il est allé au Japon pour quoi? Il est revenu avec un autre truc de changé?
Mikey secoua la tête, le regard perdu dans le vide.
-Testament. Un truc comme ça. Non, il est revenu pareil, comme un type dont la mère venait de mourir et avec un frère malade. Il m'a dit qu'on allait chez Donny. Je me suis dit que New-York serait cool, mais je peux pas sortir tant que cela. Léo m'a promis des promenades au printemps, dans le parc.
Le petit avait le ton moins enjoué que d'habitude, ce qui était normal vu les sujets abordés. Raphael demanda d'une voix le plus douce possible :
-Et le cousin Donny, il fait quoi dans la vie? Ses affaires ont l'air de rouler...
-C'est un docteur à temps partiel et un scientifique. Et un autre nom vachement compliqué qui fait qu'il donne des tas de pognons aux gens pauvres ou malades. Il achète de L'équipement sportif pour les écoles, organise des levés de fonds dans des cocktails chics, des trucs comme ça.
Raphael écoutait attentivement Mikey qui s'emballait un peu dans ses explications, continuant avec des mouvements de bras :
-Le père de Donny est giga, mega riche, mais ils se sont disputés, je crois. Alors, Donny vit en exil, ici, et tout ça c'est son argent à lui. Mais il travaille beaucoup. Quand il ne travaille pas, il s'occupe de moi en l'absence de Léo. Ou parfois, il s'entraîne avec Léo, même si il est pas si doué que ça. Mais c'est un truc de famille, faut qu'il fasse du ninjustu ou il est un pauvre raté aux yeux de sa famille, même s'il est multimillionnaire à 21 ans.
Raph hocha la tête tout en réfléchissant. Son côté jaloux n'aimait pas trop le fait qu'en plus d'être riche (honorablement, lui), Donny était un philanthrope respecté. Il se sentit encore plus indigne de son amant.
Il se retint de se mordiller les lèvres en se disant qu'il ne devait pas non plus trop inonder Mikey de questions en une fois. Après tout, il allait avoir d'autres occasions, et puis il ne voulait que Mikey révèle ensuite à son grand frère qu'ils n'avaient fait que bavarder de secrets de famille tout l'après-midi. Prenant une grande inspiration, il s'apprêta alors à poser une question qui le tourmentait depuis la première fois où il avait posé les pieds chez Léo :
-Ton cousin Donny et Léo, ils s'entendent bien?
-C'est pas mon cousin, répondit Mikey. Juste celui de Léo, et oui, ils s'entendent bien. Parait que jeunes, ils étaient inséparables. Puis, il est arrivé quelque chose et Donny est parti vivre ici à New-York avec ses parents. Je sais pas c'est quoi. Mais…
Le gamin chuchota et regarda à droite à gauche avec une mine de conspirateur, il souffla :
-Je crois que c'était sexuel.
Raph tenta de demeurer calme, alors qu'il se tortillait pour ne pas secouer le blondinet par les épaules afin d'en savoir plus, plus vite.
-Pourquoi tu dis ça?
-Ben... Les premiers jours, Léo ne voulait pas que Donny reste avec moi, seul. Il était sur les dents. Donny l'a confronté et il a dit un truc comme : « Je n'y toucherais pas. Je ne ressens pas la même chose et ce n'est qu'un enfant! Je t'aimais, toi. En fait, nous nous aimions et nous avions le même âge».
Raphael fronça les sourcils, sans pour autant oser couper Mikey dans son explication, celui-ci étant à nouveau emporté dans ce qu'il disait.
-Là, Léo a pété un giga câble et à dit qu'il avait huit ans et demi et qu'il ne savait pas ce qu'il faisait, alors que Donny, à douze, devait plus s'en douter. Je suis pas con, j'ai compris.
Là, Raph dut sérieusement se retenir de mettre sa main devant sa bouche avec un air choqué. Quand Mikey avait dit le mot « sexuel », ce n'est pas exactement à ça qu'il avait pensé, c'était beaucoup plus sombre que ce à quoi il s'attendait. Malgré tout, Mikey avait toujours l'air assez décontracté, il ne le regardait pas dans les yeux, mais ses mains étaient tranquillement posée sur ses genoux, sans signe particulier de gêne ou quoi que ce soit.
-Donny a craqué et a dit qu'il avait assez payé pour ça, en quittant son pays et en perdant Léo du même coup. Il a aussi dit qu'il l'aimait encore trop pour empirer sa relation avec lui et que je n'étais qu'un petit frère pour lui et d'au moins lui redonner un peu de sa confiance.
Mikey eut un mouvement détaché des épaules et finit par rediriger ses yeux bleus vert Raph avec un air un peu plus joyeux.
-Mais bref, pour Léo, me laisser sous la surveillance de quelqu'un est difficile. Il doit vraiment t'aimer.
Cette dernière phrase emplit le cœur de Raph d'une chaleur agréable. Il était encore sous le choc de ce qu'il venait d'apprendre sur Donny, mais ça faisait au moins une bonne nouvelle si Léo lui faisait plus confiance qu'à son propre cousin. Il adressa un sourire bienveillant à Mikey qui saisit cette occasion pour lui demander :
-On peut regarder Batman?
À 19h15, après avoir tendu ses cachets au gamin, Raph fut heureux qu'il se couche enfin. Il était adorable, mais drainant comme pas possible. En revenant de la chambre de Mikey, il passa devant celle de Léo, entrouverte. Il lui semblait sentir l'odeur du beau mâle s'en dégager. Il poussa la porte, afin de mieux apprécier le parfum. Par réflexe, il alluma la lumière du plafonnier...
...Pour le regretter aussitôt.
La tentation l'agrippa à la gorge. Il était dans la chambre de son bien-aimé durant l'absence de celui-ci. Toucher les possessions de Léo, s'étendre dans son lit, caresser ses vêtements, découvrir peut-être des secrets importants à son sujet était trop tentant. Il entra et s'étendit dans le lit bien fait pour respirer l'oreiller. L'odeur caractéristiques des cheveux de Léo était encore imprégnée dans le fin tissu de la taie. Il n'avait que l'envie de défaire ce lit, se déshabiller et se blottir nu dans ses draps qui étaient en contact quotidiens avec la peau douce de son ami de cœur. Il enleva son t-shirt, frémissant de la friction des draps du garçon aux yeux bleus contre sa peau nue.
Ses yeux à sa gauche tombèrent sur la photo sur la table de nuit de Léo et de son petit frère Mikey. Il la prit et s'allongea pour la détailler longuement. Le sourire de Léo y était beaucoup plus franc qu'à l'habitude. Les mains de Raph, sans qu'il ne s'en rende compte, descendirent vers son pantalon. Léo allait bientôt arriver, mais une petite branlette ne lui prendrait que quelques minutes. Il aurait amplement le temps de se nettoyer et de retourner au salon ensuite.
Le stimuli visuel et olfactif combiné fit son effet rapidement. Lorsqu'il eut terminé, Raphael reposa la photo contre son cœur et replaça son membre maintenant flasque dans son boxer, après l'avoir à peine nettoyé.
Il ne ferma les yeux qu'un instant.
Il fut réveillé d'un bond quand une voix le tira du sommeil de plomb dans lequel il était tombé.
-Je croyais que tu avais filé. Désolé du retard.
Raphael, stupéfait, regarda l'heure. Il était 23h15. Il dormait depuis quatre heures. Pas étonnant, avec son manque de sommeil des derniers jours. Il prit alors conscience du spectacle qu'il offrait : ses jeans largement ouvert sur des boxers rouges et son abdomen souillé encore. Pour s'être laissé ainsi aller, il devait véritablement être mort de fatigue, hier. Il rougit devant le regard lourd de Léo et bredouilla, tout en se rattachant ses jeans et agrippant son t-shirt :
-Je... J'ai détaché mes jeans pour dormir plus confortablement. Le reste s'est produit tout seul.
-Moui. Ma photo est tombée toute seule aussi.
Raph s'aperçut alors que la voix de Léo était traînante, son accent ressortant plus profondément qu'à l'habitude.
Quelque chose n'allait pas. Soupçonneux, il s'approcha et renifla le jeune homme qui resta de marbre.
-T'as bu, déclara sombrement Raphael, et pas qu'un peu. Ce n'est pas sérieux, Léo, l'alcool ne-...
La mine sombre, le jeune homme aux cheveux d'ébène le coupa :
-Tu n'as pas à me dire quoi faire, répondit Léo, tu n'es pas mon père. Ce n'était que du saké. Qu'est-ce que ça peut te faire?
-C'est parce que je… Tu comptes beaucoup pour moi, Léo. C'est pas ainsi que tu vas régler tes problèmes.
La voix de Léo devient persifleuse :
-Parce que toi, tu les gères mieux, peut-être? Tu n'étais pas comme complètement défoncé hier? Je ne conçois même pas comment j'ai été assez irresponsable pour laisser un cocaïnomane fini s'occuper de mon petit frère.
Raphael aurait pu s'énerver, mais l'accent brisé avec lequel Léo avait prononcé les derniers mots fit l'effet d'une douche froide sur sa colère. Son ami avait sûrement appris de dures nouvelles sur l'état de santé de son frère. Il n'avait pas besoin que Raph se fâche en plus. De toute façon, une bonne partie des reproches étaient mérités.
-Léo, désolé, je ne voulais pas te faire la morale. Je vais te laisser, okay? On se revoit demain, au déjeuner, si tu veux bien. As-tu besoin de quelque chose?
Le temps que Raph cligne des yeux, Léo était contre lui :
-Embrasse-moi.
Sans y réfléchir, par instinct, Raph s'exécuta et captura les lèvres douces qui le faisaient fantasmer depuis des jours, pour y déposer un baiser très possessif.
La température de son corps augmenta rapidement, mais l'haleine de Léo lui rappela, que celui-ci, ivre, n'avait pas toute sa tête et lui reprocherait le lendemain, ce qu'il allait suivre peut-être.
-Léo, non arrête.
Il contempla le corps complètement abandonné, le visage transfiguré par le désir, les prunelles bleus lançant un regard lubrique sous les paupières voilées, les lèvres entrouvertes, offertes comme un fruit mûr suppliant qu'on y goûte et les mains crispées contre ses biceps, dans la crainte qu'il ne parte. Ce corps entier criait : « Oui, prends-moi ».
Raph devrait prendre l'offre alors qu'elle était sur la table. Peut-être que Léo ne s'en souviendrait même plus le lendemain. Cependant... Si c'était un test, il était déterminé à le réussir.
-Léo, je ne ferai rien que tu regretteras... Peut-être demain, okay? Tu vas gentiment te coucher. Viens-là.
N'écoutant aucunes des protestations entêtées de son amant, Raph le déshabilla pour le coucher, en se mordant les lèvres de frustration en voyant le membre dur bien galbé dans les sous vêtement blancs de son amant. Celui-ci tenta de l'aguicher encore quelques instants, puis, boudeur, il se tourna sur le ventre, exhibant ses fesses parfaites. Une minute plus tard, il dormait doucement.
Raphael, éteignit la lumière trop vive du plafonnier, pour allumer celle, plus tamisée, d'une lampe de travail sur le bureau au fond de la pièce, puis il alla chercher de l'eau et des comprimés pour le mal de tête qu'il mit sur la table de chevet. Il demeura encore un quart d'heure, silencieux, à observer la cage thoracique de Léo qui se mouvait au rythme de sa respiration. Le dragon bougeait, le narguant. Il ne comprenait pas pourquoi ce tatouage éveillant en lui autant d'émotions. Mais peu importe. Son amant devait se débarrasser de ce tatouage trop révélateur. Il se demanda si, malgré la méthode ancestrale employée, c'était possible.
Il s'approcha précautionneusement et déposa un baiser sur le front bordé de cheveux noirs.
-Bonne nuit, mon ange.
Il ne pouvait s'attarder. Il venait de se rappeler qu'il lui fallait rapidement un cadavre asiatique pour donner le change et simuler la mort de son amant, en l'énucléant et en lui faisant dessiner le même tatouage sur le dos. Pour la forme, il reprit des photos du corps nu de son amant de dos, sous prétexte d'avoir un modèle plus réel du tatouage à imiter, mais Raph savait très bien que, dès qu'il serait dans sa voiture, il se masturberait dessus. D'un doigt nostalgique, il caressa brièvement l'arrondi de la fesse avant de recouvrir Léo sous la couette.
Il devait le protéger coûte que coûte. De toute façon, c'était aussi se protéger lui-même, puisqu'il était trop dans la merde pour s'en sortir vivant s'il s'arrêtait à mi-chemin.
Il aurait tant voulu dormir là. Mais le devoir l'appelait. Il envoya un dernier baiser à son amant qui dormait du sommeil des Justes et disparu.
