Ce chapitre est un peu spécial. J'aurais voulu le poster le 31 octobre en conséquence pour marquer le coup. Néanmoins, il est là. Je voulais rendre hommage à Lily et James. Et donc, ce chapitre reprend les premiers chapitres de cette fiction de leur point de vue. N'en soyez donc pas surpris. J'espère que cela vous plaira cependant. Merci pour votre patience et votre fidélité.
Quand ils avaient ouvert les yeux, la peur n'avait pas déserté. Autour d'eux, on s'agitait. Quand James avait croisé le regard de Lily, il ne l'avait plus lâché. Les derniers souvenirs traçaient sur leurs traits, une panique accrue. Les échos de cette voix macabre, de ces lumières aveuglantes et du désespoir résonnaient dans leur esprit désorienté et alimentaient leur confusion alors qu'on leur parlait d'une voix rassurante, quoique légèrement agitée. Quand il réalisa qu'il n'avait plus sa baguette, James redoubla de méfiance. Il reconnaissait le lieu mais il ne reconnaissait pas encore les gens. On les bousculait, les emmenait de pièce en pièce en prenant leurs bras en otage. Tous deux se débattaient quand une troisième voix se mêla au combat. Sirius les aperçut alors qu'on les menait ensemble vers une destination encore inconnue. Ils étaient trop faibles pour lutter comme ils l'auraient souhaité, leurs membres paraissaient engourdis, leurs têtes lourdes. Le plafond de la salle où on les fit asseoir semblait les dominer de plusieurs mètres. Il donna le vertige à Lily alors qu'elle arquait le cou pour en capter la superficie. Ses doigts cherchèrent et trouvèrent ceux de son mari, elle s'y agrippa aussi fort qu'elle put. Il leur faudrait des jours pour se faire à l'idée de leur retour, des jours pour réapprendre un monde qui n'était plus le leur. Mais il ne leur fallut qu'une seule minute pour se rappeler de l'essentiel.
« Où est notre fils ? » interrogea la rouquine.
L'employé du ministère qui lui faisait face, semblait atrocement déstabilisé par cette première question.
« Il est sain et sauf. » fût tout ce qu'il put articuler.
Tous les trois soufflèrent de soulagement mais très rapidement, ça ne suffit plus.
« Où est-il ? Nous devons le voir. » insista James.
On ne répondit pas à leur question mais on leur expliqua tout depuis le début comment ils avaient péri, comment ils étaient revenus à la vie et en quelle année ils se trouvaient. Livides, les Potter se contemplèrent longuement, sonnés par cette nouvelle.
« Vous voulez dire que Harry a… 17 ans ? » demanda Lily, incrédule.
« Bientôt 18. » se permit de préciser Sirius d'un grognement.
« Bon sang, Sirius, c'est vrai que tu as vieilli. » nota James.
Un léger sourire manqua de poindre sur les traits tirés de l'animagus mais l'émotion l'étreignait bien trop pour ça. Les priorités se réarrangeaient, ils auraient tout le temps de se retrouver plus tard. Sirius Black avait besoin de savoir une chose, une seule chose.
« Et Voldemort ? Est-ce qu'il… »
« Oui, il a été vaincu cette fois-ci totalement. Grâce à Harry. »
James se prit la tête entre les mains tandis que Lily se crispait sur sa chaise.
« Harry a dû l'affronter ? » murmura t-elle.
James se redressa brutalement, comme s'il venait de comprendre quelque chose subitement.
« Nous devons voir notre fils. »
Lily acquiesça vigoureusement de la tête alors que de nouvelles interrogations se pressaient déjà contre ses lèvres closes.
« Vous le verrez. Ne vous en faites pas. »
On leur fournit quelques informations après plusieurs protestations. Kingsley en personne était venu à leur rencontre pour leur délivrer ce récit. Une histoire à laquelle il manquait énormément de détails mais qu'il résuma du mieux qu'il put. Il leur promit de les amener à Harry une fois qu'ils les jugeraient prêts. Phrase qui eut le mérite de les mettre hors d'eux mais ils ne purent qu'obéir. Du moins les premières heures. Ils tentèrent dans les jours qui suivirent de s'échapper du ministère, faisant preuve d'une ingéniosité peu commune à plusieurs reprises bien que toutes leurs tentatives échouèrent lamentablement. Sans baguette, il était difficile de faire des prouesses. Entre les longues discussions avec différents services du ministère et les différents tests qu'on leur soumit, Lily et James bombardèrent Sirius de questions à propos de leur fils. Chaque réponse nourrissait leur impatience et rendait leur captivité plus douloureuse encore à endurer. Si la rouquine s'en fichait pas mal du pourquoi ils avaient pu revenir, les deux maraudeurs, quant à eux, ne cessaient d'échafauder des théories. Ils s'étaient rappelé, de façon erratique, le passage dans la forêt et se souvenaient avoir éprouvé des certitudes. A ce moment-là, ils comprenaient des choses qui leur échappaient désormais. La mort avait ressemblé à un long coma entrecoupé par ces quelques rappels dans le monde des vivants, un éveil incertain et des réminiscences qu'ils rendirent de plus en plus concrètes à force de discussions et de rêves de plus en plus précis. Leur hypothèse s'affina de jour en jour mais ne leur rendit nullement Harry. Leur seul réconfort se situait au niveau d'une photo, la seule qu'ils avaient réussi à dénicher sur un vieil exemplaire de la gazette du sorcier. Ils pouvaient la contempler pendant des plusieurs minutes sans réussir à s'en lasser, ils analysaient son expression, notaient chacun à leur tour les traits qu'il partageait principalement avec James. Les nerfs de Lily furent mis à rude épreuve quand Sirius aborda le thème sensible des Dursley. Elle ne cessait de lui faire avouer ce qu'il minimisait volontairement pour ne pas l'inquiéter davantage mais elle était plus perspicace qu'il ne l'aurait souhaité.
Ainsi sept jours défilèrent. Ils étaient tous les trois au bord de l'explosion quand enfin, le ministre les convia à la grande révélation. Ils apprirent la mort et la résurrection de Remus Lupin le jour même. Ils ne tenaient pas en place une fois arrivés à Poudlard. La seule vue du château plongea Lily et James dans une sévère mélancolie. Sirius était devenu affreusement silencieux en constant la bâtisse éventrée, ravagée par un combat auquel il n'avait pu assister. Il n'en dit mot mais les Potter devinèrent sans mal les pensées de leur ami. Ils furent consignés dans un bureau qu'ils connaissaient tous les trois fort bien. Aucun des anciens directeurs ne semblait vouloir hanter son portrait, la pièce était affreusement silencieuse. James ne cessait d'effectuer des ronds sur la paume de Lily de son pouce. Cette dernière se contentait de jeter des regards frénétiques à la porte résolument close face à elle avec une nervosité de plus en plus croissante. Après plus d'une dizaine de minutes, Sirius craqua et dévala les escaliers. Il fût ramené à l'intérieur par deux employés assez hargneux du ministère.
« Je reste convaincu que mon apparition serait la moins hallucinante et donc la moins dangereuse pour ce cher ministère. » marmonna t-il en se laissant tomber sur une chaise après que les deux molosses aient déserté leur périmètre.
« Pour sûr Patmol, personne ne te considère comme un fou furieux qui a tué un nombre impressionnant de personnes. Tu n'as jamais été le criminel le plus recherché de ce pays à une époque. Ils vont sûrement t'accueillir avec le sourire, une tasse de thé à la main. » répliqua très ironiquement James sans pour autant réussir à réprimer son sourire.
Lily se leva, fit quelques pas, s'entourant de ses bras pour se rassembler comme elle pouvait. Son anxiété atteignait des sommets.
« Et si … Il ne venait pas ? Peut-être qu'il ne va pas le croire. Peut-être qu'il va partir précipitamment avant qu'on ait la chance de… »
James l'approcha, défit la pression qu'elle exerçait sur sa propre carcasse pour l'étreindre sous le regard confus de Sirius.
« Ne t'inquiètes pas. Il viendra. » affirma James en glissant une main dans la chevelure flamboyante de son épouse.
« Je connais suffisamment Harry pour pouvoir affirmer que James a raison. » précisa Sirius.
« Mais s'ils ne lui disent rien… S'il ne sait même pas que… »
Les yeux de Lily rencontrèrent ceux de son mari. James glissa ses doigts sur sa joue très calmement. Il semblait réfléchir à toute vitesse.
« Tu sais quoi, je vais aller le chercher, Lil. Je vais le ramener, ok ? »
Il la défia d'un regard, s'attendant déjà à la voir protester. Mais à sa grande surprise, Lily se contenta d'acquiescer.
« Fais vite alors. Tu seras plus discret si tu es seul. »
Ebranlé par cette réaction mais néanmoins déterminé, il actionna bien vite le passage secret le moins connu du château et également, le plus hostile d'une certaine façon. Il n'était pas rare de trouver quelques objets étranges et parfois nuisibles dans ce couloir. James se demandait si ce n'était pas Dumbledore qui s'amusait à y entasser tout un tas de création personnelle. L'un dans l'autre, ils avaient évité de l'emprunter par simple esprit de conservation.
« Je reviens vite. » déclara-t-il avant de filer.
Il fonça sans se préoccuper de la théière qui lui indiqua l'heure ou de la chaussure qui s'amusa à flanquer des coups de pied contre ses tibias pendant deux bons mètres avant de se désintéresser de lui. Il courut jusqu'à la grande salle, il savait que c'était là que tout se jouerait. Forcément. Des gens qu'il croisa, le prirent pour Harry ce qui l'amusa et l'attendrit à la fois. Il évitait de relever trop les yeux de peur qu'on le reconnaisse réellement et se contentait de bouger imperceptiblement de la tête pour répondre au marque d'affection qu'il recevait. Cela lui semblait bizarre d'être dans les baskets de son propre fils. Bizarre et affreusement troublant. Cette considération s'évanouit dès l'instant où il vit Harry. Le reste du monde s'effaça. Sa voix l'interpella gravement. On se retournait sur son passage désormais mais il ne le remarquait pas et se mit à crier plus fort encore. Son fils se tourna ultimement vers lui et James pût voir son expression renfrognée se métamorphoser en trouble. James comprit pourquoi Lily avait tant peur. Pendant un instant, il craignit que Harry ne s'éloigne, qu'il prenne lui-même peur de cette apparition, qu'il la refuse. Son cœur sembla s'arrêter mais il redémarra pourtant aussi vite alors qu'il courait vers lui, que l'émotion l'étreignait et projetait sur ses traits une joie similaire à la sienne. James fonça droit sur lui et le réceptionna. Ses bras formèrent un cocon autour des épaules de son fils. Il se rendit compte de sa propre impuissance, de cette absence que Harry avait dû endurer, de tout ce qu'il avait dû affronter simplement pour être né à la fin du septième mois de l'année. James aurait voulu lui dire beaucoup de choses, ces choses importantes qu'il devait entendre mais pas ici. Il devait d'abord lui faire part de sa méfiance. Il savait ce qui les avait ramenés et il savait que cette chose était dangereuse. Harry ne devait pas arriver à cette conclusion et la donner en toute impunité. Parce que quelque chose se tramait au ministère, James en avait eu la certitude.
Kingsley intervint, forcément. Et le congédia. James éprouva une douleur indescriptible à la poitrine à la seule idée de se séparer même une minute de Harry. Il savait que cet homme était peut-être plus têtu que lui. Et étrangement, il lui faisait confiance. Plus vite il lui parlerait, plus vite Lily le verrait. Alors il revint sur ses pas, entra dans le bureau où sa femme et son meilleur ami l'attendaient. Tous deux semblaient proche de l'hystérie quand ils le constatèrent seul. Lily tremblait littéralement de la tête aux pieds.
« Il va bien. » articula James en devinant ses craintes. « Kingsley voulait lui parler. »
Il fût bombardé de questions. Il y répondit avec le plus de précision possible, sa voix trahit sa propre émotion plus d'une fois. Il suggéra qu'ils aillent tous ensemble cette fois-ci, le tirer de cette maudite salle, Sirius semblait partant. Lily refusa, convaincue désormais qu'il viendrait à eux. Mais James n'en fit qu'à sa tête et s'engouffra dans le passage. La rouquine le talonna de près. Lorsque la chaussure enchantée, voir maléfique, alertée par les cris de Lily, vint à leur rencontre, elle donna un coup puissant contre l'une des parois et le passage s'effondra. Lily semblait hors d'elle alors qu'elle toussait nerveusement après avoir bondi en arrière pour éviter la collision avec les gravats.
« Tu es fier de toi, James Potter ? Maintenant, on va devoir contourner toute une partie du château pour pouvoir retourner au bureau. »
« Ne dramatise pas tout. On va aller chercher Harry directement, inutile de te mettre dans tous tes états pour un peu de pierre fragile… »
« Un peu de pierre de fragile ? UN PEU ? On a failli être écrasés ! »
« Mais non. Tu exagères. » lui assura James en jetant pourtant un regard inquiet vers l'arrière.
Ils avancèrent en continuant à débattre de cet acte impulsif mais elle le suivit pourtant, sans se poser la moindre question sur la destination. Malheureusement pour eux, quand ils arrivèrent devant la classe, Harry et Kingsley avaient déjà disparu.
« Je te l'avais dit ! Il est parti nous voir et il ne va pas nous trouver. Tu te rends compte qu'il risque de s'inquiéter ? Tu te rends seulement compte du choc émotionnel que ça va lui faire ? Pourquoi tu l'as laissé seul avec le ministre? Il doit être troublé. »
Elle avait parlé tellement vite qu'elle n'avait pas réussi à reprendre son souffle entre chaque phrase.
« Calme-toi. On va seulement le rejoindre, rien de grave n'est arrivé, pourquoi tu te mets dans un état pareil ? »
« Je ne veux pas qu'il soit inquiet et je veux le voir, par Merlin. Et pas errer dans le château. »
James entoura les épaules de Lily d'un bras. Ils remontèrent précipitamment les marches, empruntèrent plusieurs raccourcis et tombèrent sur le mot de leur fils. Lily chérit son écriture. Elle chérit sa calligraphie durant tout le trajet qui les mena finalement au grand hall. La rouquine rangea le mot au fond de sa poche alors que James lui indiquait la présence de Harry. Il discutait de toute évidence. Le cœur de Lily explosa quand elle put enfin le détailler à son tour. Les larmes grimpèrent sans mal dans ses yeux émeraudes et sans réfléchir, elle planta James là où il était pour dévaler les marches en scandant son prénom. Son fils l'observa avec tellement d'émerveillement qu'elle en fût davantage troublée. Elle trébucha, atterrit mal sur une marche abimée et chuta abruptement. La peur l'avait désertée, elle ne craignait pas le sol. Elle savait qu'elle ne risquait rien. Harry la réceptionna, l'aida à se relever juste assez pour qu'elle puisse l'entourer de ses bras, le protéger comme elle pouvait de ce monde extérieur qui l'avait mis en danger plus d'une fois, qui l'avait tenu éloigné de ses parents et qui l'avait forcé à affronter des choses que personne n'aurait dû avoir à endurer au cours de sa vie. Elle voulut qu'il sache qu'il était aimé, qu'ils étaient fiers et qu'elle ne l'abandonnerait plus jamais. Qu'elle n'avait jamais voulu l'abandonner en premier lieu. Qu'elle avait donné sa vie pour la sienne, qu'elle ne regrettait en rien ce choix. Elle le serra aussi fort qu'elle put jusqu'à en avoir mal aux bras alors qu'il lui rendait son étreinte en trahissant cette fragilité qu'elle voulait et veillait à apaiser. James parla, elle ne l'entendit pas mais sentit ses bras se replier sur eux. C'était comme si tout avait enfin repris sa place. Comme si chaque injustice avait été balayée. Comme si chaque année passée n'avait pas compter. Rien ne pouvait rivaliser avec ce moment où enfin, ils pouvaient se retrouver.
C'était à tout ça qu'ils pensaient, là attablés. Harry discutait avec Ron, Sirius et Tonks sans se rendre compte, sans doute, qu'ils le contemplaient à chaque fois autant qu'ils le pouvaient. Ils savaient ce qu'ils avaient perdu et retrouvé. Ils savaient tous les deux que leur garçon était devenu une personne plus fantastique qu'ils ne l'auraient jamais rêvé. Ils l'aimaient inconditionnellement. Ils étaient impressionnés, émerveillés et sincèrement émus de constater que leur fils avait dépassé toutes leurs attentes. Plus ils apprenaient à le connaître, plus ils réalisaient à quel point il avait réussi à se distinguer, à devenir quelqu'un de sensé, généreux, bon et par bien des égards, bien plus sage que ses propres parents. Et tout ça malgré les troubles qu'il avait dû connaître, les épreuves qu'il avait dû traverser. D'un sourire, les Potter se regardèrent et hochèrent la tête d'un air entendu. Lily et James n'avaient pas besoin de mot pour se comprendre. Cette nuit du 31 octobre leur avait prouvé qu'ils étaient prêts à tout pour sauver leur enfant. Ils savaient tous deux qu'ils ne reculeraient devant rien pour le protéger. Et cette conviction les rapprochait inéluctablement, bien qu'ils n'aient jamais eu besoin de ça pour être également convaincus de ce qu'ils partageaient tous les deux. Il y avait des choses que la mort n'aurait jamais pu séparer. Lily et James étaient de ceux-là.
Encore une fois, désolée pour le délai, je pense que je ne pourrai plus le maintenir aussi soutenu mais je fais mon possible. Un très grand merci pour vos reviews que je prends toujours beaucoup de plaisir à lire. Vous êtes vraiment d'adorables lecteurs ! Je vous remercie sincèrement pour votre soutien :)
