Un supplément d'âme

Merci à Na, remi, Astérie, Alana Chantelune et Kirjavva, de m'avoir laissé relire le chapitre précédent par dessus leurs épaules... j'adore... et puis je me pose moins de questions comme ça que quand je vois du traffic mais pas de reviews... Pensez à Alixe qui doit me remonter le moral !

Salut aussi à Ryan-le-reviewer-occasionnel et ses conseils de lecture...

Merci aussi évidemment aux lecteurs des premières moutures : Alixe (oui, encore Alixe), Dina, Fée fléau et Thalys.


21 – Après la colère
ou Noël selon Cyrus

J'ai boudé la dernière semaine avant les vacances - Ouais, je sais, c'est un truc de gosse. Mais tout le monde me traitait comme tel, et ça me paraissait plus que légitime !

Harry, Ron et Hermione m'agaçaient avec leurs préparatifs de voyage – tout le monde les enviait, leur donnait des conseils... et moi, j'enrageais. Quand Lorna Morgan a trouvé malin de venir me plaindre - "Il n'est pas cool ton frère de ne pas te proposer de l'accompagner !"-, j'ai failli la transformer en chauve-souris au beau milieu de la salle commune ! Ça a donné une occasion au préfet en chef de me faire la leçon devant tout le monde – ça faisait longtemps.

En Défense, j'ai fait grève – genre 'ne comptez pas sur moi pour faire le fils du prof qui connaît les réponses'. De toute façon, je suis bien le seul qui obtienne un patronus corporel – Ginny, Herman et Colin y sont presque, mais la forme reste floue. Même Archibald, j'ai refusé de l'aider. Remus a évidemment fait comme s'il ne voyait rien, histoire de m'exaspérer un peu plus ! Et Sinead m'a reproché de ne pas faire mon possible pour que Gryffondor gagne la coupe - comme si l'important était la coupe ! Ginny secouait la tête en me regardant mais, après Corner, elle s'affichait maintenant avec Dean Thomas – alors, elle espérait quoi ?

Le dernier entraînement de Quidditch, j'étais tellement énervé contre elle, contre Harry, contre Ron, que j'ai atteint de sommets en passes ratées, en coups de cognards malencontreux et en réflexions déplacées. J'attendais que Ron me vire avec une envie mauvaise de finir l'année par un duel – quelles qu'en soient les conséquences, voire avec l'espérance que ça m'envoie chez monsieur le directeur... Oui, parfois, j'ai des tendances autodestructrices.

Harry a craqué le premier : "Bon, Ron, tu ne dis rien ?!"

Et Capitaine Ron m'a sidéré en secouant la tête sans un mot, sans même me regarder. Moi, à sa place, j'aurais profité à mort du soutien du préfet en chef et grand frère du mécréant qui lui tenait tête. D'autres devaient penser comme moi car le silence s'est fait épais. C'est alors que Ron a simplement indiqué :

"De toute façon, personne n'a vraiment envie de jouer ce soir. Arrêtons-nous là."

Et quand tout le monde s'est dirigé vers les vestiaires, Harry le premier, Ron m'a de nouveau surpris en me retenant par le bras :
"Je veux te parler Cyrus... si tu as le temps..."

"Me virer plutôt, non ?" je l'ai provoqué – je fais ça assez bien généralement.

"Non. Si un jour je décide de le faire, je te le dirais sans détour", il a répondu sans hésiter, pour une fois. "Et ça ne sera pas parce que tu as envie de jouer les martyrs !"

Scié par cette sortie inattendue, je me suis tu.

"Cyrus, je comprends que tu sois... que ça t'agace de ne pas aller en Bulgarie...", il a commencé sur un ton de grand frère qui m'a immédiatement mis sur le pied de guerre.

"Oh, maintenant que Monsieur Weasley sait tout, il fait le malin !"

"T'as de la chance que je sache !", il m'a fait taire, et ses oreilles rougissaient – Ah, quand même, j'avais cru un instant qu'il avait perdu le mode d'emploi de la colère ! "Parce que...Merlin ! Franchement, moi, Corner, il n'avait rien pour me plaire... Et avec Dean, s'ils tiennent jusqu'aux vacances, ça m'épaterait !"

Par la culotte de Merlin, ne me dites pas qu'il m'a retenu pour me parler de Ginny ! Il n'allait pas falloir me demander pourquoi j'allais lui coller assez de sortilèges dans la tronche pour le bloquer à l'infirmerie pour la semaine !

"Et j'ai été le premier à dire à Ginny qu'elle aurait mieux fait de s'accrocher, d'attendre que tu ailles mieux...", il a continué en me regardant à peine

La révélation m'a fait l'effet d'une douche froide. Ron avait pris mon parti auprès de Ginny ? J'avais un mal fou à y croire.

"Mais je me suis rendu compte qu'elle n'en savait toujours pas autant que moi, Cyrus...", a continué le meilleur ami d'Harry - je tends parfois à l'oublier. "...que, depuis trois ans, jamais tu ne lui avais réellement expliqué qui tu étais... Et puis, maintenant, je me rends compte que tu ne lui as pas plus expliqué pourquoi tu n'étais pas toi même depuis la rentrée... Alors je me dis que oui, finalement, elle avait peut-être raison de te planter là..."

Jamais auparavant je n'avais laissé Ron me faire la leçon, mais là je n'ai rien trouvé à lui répliquer. Parce que combien de fois j'avais pensé que je devais la vérité à Gin ? Combien de fois avais-je reculé ?

"Alors prends-le pour une chance, Cyrus... la Roumanie... ta chance de la mériter...", Ron a conclu plus doucement.

Le ras soleil d'hiver avait définitivement déserté le terrain de Quidditch pendant notre conversation – enfin plutôt le monologue de Ron. La lumière était grise et des flocons isolés voletaient dans l'air. Moi, je n'arrivais pas à faire autre chose que le regarder sans rien dire, sidéré de la tournure prise par la conversation. Mon silence a dû le gêner parce qu'il s'est empourpré finalement, m'a serré gauchement le bras et m'a planté là au milieu du terrain couvert de neige. Moi, j'ai eu soudain très froid.

Je suis rentré dans une espèce de transe jusqu'au dortoir où je me suis collé sous la douche brûlante en espérant m'y dissoudre – parce que franchement je n'étais pas follement fier de moi. Si j'avais osé, je me serais transformé et j'aurais léché mes plaies loin des humains. Mais ça aurait fait désordre – et j'étais moins en colère qu'auparavant, je le sentais bien ; je ne me fichais plus de ce qu'en dirait Remus, par exemple.

Quand je suis sorti de la salle de bain, il était déjà l'heure de dîner et il ne restait que mon fidèle Archi. Instinctivement, je lui ai souri – sans doute mon premier sourire depuis des jours, je m'en suis rendu soudain compte. Pas de quoi en être fier.

"Pas mort de faim ?", je lui ai lancé.

"Je voulais te parler", il m'a dit sur un ton tellement nerveux que je me suis arrêté en plein milieu de mon enfilage de pantalon. Encore un ? Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous ce soir ? Archi a détourné les yeux comme s'il devait trouver le courage de parler : "Cyrus, j'ai... j'ai... décidé que pour le nouvel an... je restais avec ma mère."

"Quoi ?!"

"Oui. Elle serait toute seule sinon...", il a murmuré toujours sans me regarder. Le père d'Archi est mort quand il était tout petit ; sa mère ne s'est jamais remariée ; je ne pouvais pas tellement insisté, même si Archibald n'avait pas toujours autant pensé à sa mère.

"Ah, comme tu veux..."

Ma déception était sans doute sensible même si j'avais essayé d'être raisonnable. Et lui, il dansait d'un pied sur l'autre, comme s'il n'avait pas fini.

"Et puis... franchement Cyrus... aller jusqu'en Roumanie pour te voir faire la tronche... - sans compter que Ginny y sera aussi..."

"Je te fais pas la tronche", j'ai essayé, calme je crois, même si mon coeur avait furieusement accéléré.

"Et puis, ça te fera peut-être du bien le changement d'air... d'être avec ta famille... tout ça", il a continué, sans prêter attention à ma réponse.

"Du bien ?"

"B'en... j'espère", il a asséné, et cette fois Archi m'a regardé avec suffisamment de défi pour que je comprenne bien qu'il le pensait, qu'il se faisait violence pour le dire mais qu'il le pensait. Mes jambes ne me portaient plus, je me suis assis sur mon lit.

"Le prend pas mal", il a commencé, en faisant un pas vers moi.

"Je ne le prends pas mal", j'ai répondu mécaniquement.

"Tant mieux", il a commenté timidement. Il y a eu un drôle de silence étrange et il a ajouté : "Tu viens dîner ?"

"Non, dis que je suis trop fatigué... L'entraînement, tout ça..."

Quand j'ai été sûr qu'il était trop loin pour m'entendre, j'ai fondu en larmes.

OO

J'ai continué à faire de la résistance passive jusqu'à Londres. Pas à chercher réellement la confrontation mais à ne rien faire pour l'éviter. J'ai dû passer que deux repas entiers avec eux – Papa m'a viré de table toutes les autres fois ! Ça c'est un record, non ? C'est ce que j'ai écrit à Archibald.

En plus, ce n'était pas aussi facile qu'ils avaient l'air tous de le croire. Il y avait Iris et Kane, leur émerveillement face à Noël qui allait venir... Pouvait-on rester de marbre quand Androméda leur demandait ce qu'ils avaient commandé au père Noël et que Kane répondait avec enthousiasme :

« Un gâteau ! »

C'était à peine moins désopilant quand Iris, elle, dressait une longue liste de poupées, de balais haute vitesse et de dragons en peluche – une liste assez longue pour ouvrir un magasin sur le Chemin de Traverse comme lui faisait remarquer Mae.

Quand à Londres Harry les a emmenés acheter un sapin, je n'étais pas loin de craquer. Ils étaient sans doute encore dans l'escalier quand Papa s'est assis à côté de moi. "Ça y est, ça va être ta fête", j'ai pensé, et, instinctivement, je me suis fait tout petit derrière mon vieil exemplaire de Quidditch magazine.

« Cyrus, Mae et moi, nous sommes tes parents. Nous avons pris une décision et nous l'assumons. Tu peux nous faire la tête autant que ça te chante, ça ne changera rien », il a expliqué sur le ton du constat. « Mais je trouve dommage que ça envahisse ta vie au point de t'empêcher de profiter des fêtes et de... »

« Tu trouves que c'est le moment de faire la fête, toi ? », je me suis insurgé.

« Oui. Franchement, oui. Je trouve que ce n'est pas le moment de négliger une fête qui, d'une manière ou d'une autre, célèbre le solstice d'hiver et la renaissance de la vie. »

Il attendait une réponse mais je me suis contenté de hausser les épaules. Il est reparti avec un soupir aider Mae à chercher les décorations de Noël dans les placards. Et quand Harry est revenu avec un beau sapin et une invitation de sa copine Aurore à aller faire la fête, la jalousie m'étouffait. Il était le bon fils. Il était l'heureux. Il était le comblé. Moi, j'avais quoi ?

J'ai même pas réellement prêté attention au fait que Kane avait prétendu que j'étais moi aussi invité. Je ne l'ai fait que quand Mae et Papa ont eu l'air de dire qu'ils ne s'opposeraient pas à ce que je sorte avec eux. C'était tellement inattendu ! Mais ils étaient sérieux, et je n'ai plus eu le temps de faire la tête.

On a passé le reste du temps qui nous restait à chercher comment s'habiller. C'est Mae qui nous a sorti d'affaire, même si on a poliment décliné plusieurs de ses propositions qui nous paraissent un peu trop osées – comme de déchirer un jean pour avoir l'air cool ou de nous teindre une mèche de cheveux assortie à nos vêtements.

En voyant Harry dans un col roulé noir moulant et un pantalon assorti, un truc qui faisait ressortir la finesse de sa musculature, tandis que moi je m'étais décidé pour un look plus alternatif – pantalon treillis teinté, vert assorti sur un tee-shirt rouge qui proclamait « No Limits », Papa a sobrement commenté : « Tu es comme ta mère, ma chérie, tu sais toujours ce qu'il faut porter en société ». On a explosé de rire avant que Mae se demande si elle devait riposter.

Faut-il dire que je n'ai pas beaucoup vu Harry et Aurore de la soirée ? Mais la bouffe et la bière étaient suffisantes, et il y avait des filles de toutes l'Europe... De quoi faire une étude anthropologique ! J'ai finalement beaucoup discuté avec Othilia, une Allemande aussi large d'épaules que moi, aussi blonde et froide d'allure que Ginny est rousse et explosive. Avec un peu plus de temps, elle m'aurait peut-être fait oublier – au moins momentanément - Ginny, mais Aurore et Harry ont brusquement réapparu.

« Cyrus, Aurore doit rentrer », m'a annoncé le grand frère. Dans la semi obscurité de la fête, je ne voyais pas ses yeux derrière ses lunettes.

« Ah. »

« On y va ? »

J'ai jeté un regard à Othilia, dont les yeux bleu glacier disaient qu'il était dommage que je parte si vite.

« Hem... je pourrais vous rejoindre ? », j'ai essayé.

« Si tu comptes sur moi pour trouver une excuse suffisante pour Remus et Mae... », a commencé Harry.

« Ah non, pas du chantage ! », j'ai coupé court en me levant.

« Ce n'est pas du chantage », il s'est insurgé, et ça m'a bien fait plaisir de l'agacer comme ça.

« Auf Wiedersehn », j'ai lancé à Othilia qui avait l'air vraiment un peu déçue que je parte.

« Il parle combien de langues ton frère ? » a demandé Aurore dans mon dos.

« Trop », a répondu sombrement Harry. Mais il a beau faire, il a de la chance, je l'adore ce type. Alors j'ai souri.

OOO

Le 24 au matin, Harry a accompagné Aurore à l'aéroport en taxi... Il était revenu tout chose, le grand préfet en chef, tout désolé et sombre. Si j'en avais toujours été à faire la gueule de manière officielle, il m'aurait fait de l'ombre.

« B'en, faut t'arrêter en France, plutôt que de traverser l'Europe en quatrième vitesse pour aller en Roumanie... », j'ai donc finement fait remarquer.

« Si tu veux lui en coller une, Harry », est intervenue Mae, « Vas-y, je ne regarde pas ! »

Le Harry, magnanime, a rigolé : « Tentant, Mae, tentant, mais après il serait capable de jouer les martyrs pendant le reste des vacances ! »

« T'as raison, Harry, on devrait être content qu'il nous reparle ! »

Vous les avez vus en coalition familiale ?

« C'est vrai, Cyrus, tu reparles ? », s'est enquis Kane avec son air qui me fait craquer, parce qu'il me fait penser à Papa en naïf.

Je l'ai soulevé du sol en le faisant voltiger dans les airs et j'ai dit :

« Tu veux parler de quoi, moustique ? »

Il rigolait trop pour me répondre.

« Moi aussi, Cyrus, moi aussi ! » Iris sautait à mes côtés. Et je me suis dit, enfin, que c'était Noël.

Du coup, le temps a semblé s'accélérer et il m'a semblé que l'après-midi filait à toute vitesse et qu'on se retrouvait très vite dans la grande demeure de grand-père Albus à Finchley.

Je ne sais pas quand le vague à l'âme est venu. Mais j'ai profité qu'on sorte de table pour aller au salon pour m'écarter. Dans le bureau de grand-père, leurs voix me parvenaient trop assourdies pour je comprenne de quoi ils parlaient. C'était reposant.

Sur le bureau, il y avait une carte de Bulgarie, et évidemment j'ai pensé à Harry qui partait le lendemain. Il partait pour me protéger moi, je le savais. Mais c'était plus fort que moi, le fait que Harry me protège me paraissait une aberration de la nature – Ouais, ouais, c'est moi qui dis ça !

Mais je ne me faisais pas d'illusion. Ni Remus, ni Mae ne me laisseraient partir, mener ma propre enquête ou quoi que ce soit d'approchant. Je pouvais râler autant que je voulais. C'étaient mes parents et je ne pouvais pas leur reprocher de vouloir me protéger. Être réaliste n'empêche pas d'être frustré !

Je me suis détourné du bureau pour m'approcher d'une vitrine qui longeait le mur opposé. Dedans il y avait une magnifique épée d'argent.

« C'est l'épée de Gryffondor », a dit Grand-père dans mon dos.

« C'est ce que je me disais. »

« Tu peux la prendre si tu veux », il a proposé.

« Moi ? »

« Je ne parle pas de l'emmener mais si tu veux la tenir dans tes mains... »

« Pourquoi ? »

« Tu n'as pas envie ? »

J'ai haussé les épaules.

« Bravo Cyrus », il a soufflé. « Peu de sorciers seraient aussi sages... »

« Sage, moi ? »

« Tu n'es pas impressionné par l'épée de Gryffondor... »

« Eh bien, c'est une épée... une très belle épée... mais... elle n'a pas de pouvoir particulier, si ? »

« C'est une épée forgée par les Gobelins, dans un de ces alliages impossibles à refaire pour les sorciers... Ses pouvoirs sont ceux-là... Elle est particulièrement résistante à la magie noire... »

D'un seul coup, j'ai pensé aux Malefoys qui couraient après les reliques des fondateurs. Comme celle-ci.

« Et les autres ? », j'ai demandé, le coeur battant.

« Quels autres ? »

« L'épée de Gryffondor... la coupe de Poufsouffle... » La suite de la liste m'échappait.

« Le médaillon de Serpentard et la tiare de Serdaigle », a complété Grand-père en me regardant tellement bizarrement que j'en ai rougi. « Ne t'inquiète pas Cyrus, moi aussi, je m'intéressais aux reliques quand j'avais ton âge", il a ajouté.

« Elles ont tous des pouvoirs ? » j'ai insisté. Après tout, je n'aurais peut-être jamais une autre occasion d'en apprendre plus long sur la question.

« On dit que la tiare donne la sagesse... que ceux qui ont bu ensemble dans la coupe de Poufsouffle ne peuvent se trahir... quant au médaillon, il serait la récompense suprême... »

« La récompense !? »

« J'imagine... enfin j'ai toujours compris qu'il est censé donner à chacun la récompense qu'il espère... mais ce n'est que mon interprétation. Ces histoires sont très anciennes et très obscures. Elles se contredisent souvent. L'une d'elles précise qu'en les réunissant, on peut convoquer le plus grand pouvoir sur la tête d'un seul sorcier... »

« Les réunir », j'ai répété pour moi d'abord. Bien sûr, ça devait être ça, le plan des Malefoy, les réunir.

« L'épée est ici... Ton père m'a laissé l'emporter... - je sais elle devrait être à Poudlard », il ajoute précipitamment, comme pour lui même. « Quant aux autres... », il a repris l'air pensif, « la lignée des Serpentard s'est éteinte avec Voldemort, la tiare a disparu depuis des siècles... On m'a parlé de la coupe quand j'étais jeune... comme la pièce maîtresse de la collection d'une vieille dame dont j'ai oublié le nom... Je pense plus probable que tout se soit perdu dans la nature... ou que les Gobelins, leurs créateurs, les aient récupérés. »

La question est là, mais je n'ose pas la formuler.

« Grand-père... S'il s'agit des Fondateurs... est-ce que les fantômes... ne pourraient pas savoir ce que sont devenus ces objets ? » j'ai demandé sur le ton le plus innocent que j'arrive à assumer.

« Les fantômes ? »

« Eh bien, certains devaient être déjà là à la fondation de Poudlard, non ? »

« Aucun Cyrus, aucun. Te rends-tu compte qu'il s'agit d'évènement passé depuis plus de dix siècles ? »

« Aucun n'a connu les fondateurs ? »

« Aucun n'est leurs contemporains... mais certains les ont connus, ou ont connu certains fondateurs... »

Je revois Nick et sa volonté d'échapper aux questions des Malefoy.

« Nick quasi-sans-tête ? » je demande.

« Oh, non, ça ne fait même pas 500 ans que Nick est décédé ! » a presque ri mon grand-père, « Tu ne te rappelles pas de l'anniversaire de sa mort ? Tu étais là pourtant ! Non, non, si tu veux des fantômes ayant connu les fondateurs, il faut parler avec le Baron sanglant ou la Dame Grise... »

Le fantôme de Serpentard et celui de Serdaigle ? Drago avait sans doute accès au premier. Quant à la seconde... Tout ça ne menait à rien. De toute façon, l'épée était là, et les autres reliques avaient selon grand-père disparu. Ce n'était pas la peine que je cherche à attirer l'attention parentale sur mes promenades nocturnes en racontant que les Malefoy fils passaient leur nuit à les chercher...

« Et toi grand-père, pourquoi tu t'intéresses tant à l'épée de Gryffondor ? » j'ai plutôt demandé.

« Appelons ça de la nostalgie », il a répondu l'air lointain. L'horloge de son bureau a sonné les douze coups de minuit et il a souri. « Je crois qu'il est temps d'aller ouvrir nos cadeaux ! »

C'était la meilleure porte de sortie qu'il pouvait exister.

OOO

Le matin de son départ, pour une fois, Harry se lève avant moi. Quand je finis par décider de m'extraire de mon lit, je m'habille tout de suite. Dans la cuisine, c'est un joyeux bordel – le genre qui vous prouve que vous êtes en vie. Au bout de la table, Dora explique je-ne-sais-quoi à Harry sur la carte qu'elle lui a trouvée – il est bien patient Harry quand même, ça doit faire des jours qu'elle lui explique les mêmes choses, je parierais ! Elle ignore ainsi que Kane crée une ligne du Poudlard Express entre sa chambre et la cuisine. L'affaire est pourtant bien avancée, et Iris en est déjà à négocier avec Papa le droit de le charger des pétales de maïs.

« Promis Papa ! On les mangera s'ils tombent ! », elle argumente finement quand j'arrive.

« Ça me parait honnête », j'interviens.

« Oh !? Est-ce que ton parrain se porte garant de cette promesse ? », demande Papa en me regardant.

« Patmol ? », j'essaie de transiger – Quel humain a envie de manger des pétales poussiéreuses ?

Papa s'étrangle de rire. Depuis le début des vacances, on ne peut pas dire que je l'ai fait souvent rire, et l'entendre me fait plaisir, l'air de rien. C'est peut-être même comme ça qu'il abdique tout principe et annonce : "Adjugé", à Iris, qui part triomphante en semant des céréales derrière elle. Et moi, je m'assois en face de mon père en espérant qu'on va rester sur cette bonne vibration de départ.

« Du thé ? », il propose. J'accepte d'un signe de tête. Au milieu du chaos de ce matin, c'est comme si on était tous les deux tout seuls sur une île déserte.

« Tu t'es habillé ? », il remarque – Remus n'est pas un homme des armistices rapides, il lui faut des garanties, je le sais.

« Ben je ne vais pas aller à Douvres en pyjama... »

« Oh, tu nous accompagnes à Douvres ? », il fait semblant de s'étonner.

« Non ? »

« Si », il confirme d'un ton définitif, qui me fait bien comprendre qu'il ne faut jamais clamer avoir gagné la partie avant d'avoir attrapé le Vif d'Or. Je prends une gorgée de thé avant de demander confirmation :

« Et, si je n'avais pas voulu ? »

« J'aurais été obligé de te forcer », il constate en beurrant son toast.

Je m'empare d'un autre toast et je l'imite sans commenter. J'aurais mis des années à savoir faire ça mais ça marche, c'est lui qui reprend.

« Ensuite, j'aimerais que tu viennes avec moi à la fondation », il indique.

« Tu aimerais ? », je m'enquiers.

« Je détesterais devoir t'obliger », il confirme d'abord et puis il soupire. « Non, j'aimerais, réellement Cyrus, j'aimerais que tu acceptes de me donner un peu de ton temps à la fondation. »

« Je croyais que c'était demain », j'objecte pour la forme. En fait, à aucun moment, je n'envisage de ne pas y aller.

« J'ai des choses à préparer et d'autres à te montrer », il explique, mais cette fois, l'armistice est bien sur la table. D'ailleurs, il me tend le toast beurré et marmeladé qu'il venait de préparer. Et je le prends.

0000

A la fondation, c'est Michael qui nous ouvre – Michael, le lycanthrope sans famille, pour qui la fondation est plus qu'un refuge ou un instrument. Il a l'air surpris de me voir.

« Il est venu m'aider », explique mon père, laconique.

Michael me regarde quand même comme s'il essayait d'imaginer quelle connerie mémorable j'ai pu faire qui me vaille d'être traîné comme un môme partout où va mon père. Je hausse les épaules pour toute réponse – mais de quoi il se mêle !- et il se détourne pour accabler 'professeur Lupin' de questions. La seconde d'après, ce dernier semble m'avoir totalement oublié.

Ne sachant trop quoi faire de moi, je m'affale dans un fauteuil, pas loin d'avoir envie de me remettre à bouder. Ouais, quand même. Jusqu'au moment où je croise mon image, réfléchie deux fois dans les surprenants miroirs de Place Grimmaurd.

Comme souvent, le souvenir me prend par surprise. Les mêmes miroirs, le même fauteuil. Il est à peine plus jeune que moi et il doit attendre que son père ait fini son son rendez-vous important pour s'occuper de lui. Et il ne se fait aucune illusion. Orion Black va une fois de plus lui dire combien il lui fait honte, combien il est agacé des rapports envoyés par Poudlard, déçu de ses fréquentations, par la légèreté avec laquelle il traite ses études, par la manière dont il parle, dont il s'habille et se tient. C'est la troisième fois qu'il est convoqué depuis le début des vacances...

Le souvenir me transmet le désespoir profond de Sirius ; pas qu'il aimerait plaire à son père, non. En fait, ce qu'il souhaiterait, c'est un autre père... Quelqu'un d'ouvert, quelqu'un qui s'intéresse à lui, qui voit ses bonnes notes derrière son indiscipline, qui perçoive son inventivité derrière son irrespect des traditions, ou tout simplement quelqu'un qui s'intéresse à ses performances de Quidditch... Quelqu'un qui voudrait avoir en face de lui une personne et non un clone... Et la comparaison me redresse d'un bond sur mon fauteuils – non Remus ne m'a amené ici pour me punir mais pour passer du temps avec moi ! - je le sais ! Thaddeus, l'éducateur en chef de Papa, arrive à ce moment là en traînant derrière lui un énorme sapin. C'est un gars bien plus rigolo que Michael et il se moque gentiment :

« Qu'est ce qui t'arrives, Cyrus ? Tu as vu un fantôme ? »

Je ravale le gémissement que j'aurais envie de laisser échapper et je secoue la tête. Au même moment, Papa sort enfin de son bureau, il badine, sans sembler se rendre compte de mon angoisse :

« Magnifique ce sapin, Thad ! A propos de fantômes, Cyrus, j'ai des choses à te montrer. »

Sa main sur mon épaule est une assurance autant qu'une injonction à la suivre. Je me lève donc, encore perdu par ma vision, et je le suis à travers la maison. Je me force à noter combien les pièces sont claires et combien il ne reste que quelques traces des Black : une poignée de miroirs, quelques meubles. C'est tout. Ce bâtiment n'est plus le mausolée d'une gloire disparue, tel que Sirius le connaissait.

Je ne sors de ma transe que quand on entre dans la buanderie. Peut-être parce que le seul souvenir que Sirius ait de ce lieu est la fois où il s'était amusé à rendre les elfes fous en glissant des éléments de potions dans les bacs de lessive et en colorant le linge des couleurs les plus improbables.

« Cyrus ? » Papa m'appelle.

« Oui ? »

Il me regarde l'air un peu surpris, hésite, puis semble en revenir à son premier plan :

« Il y a là divers objets qui, je pense, appartenaient à Sirius et Regulus », il m'explique sans me quitter des yeux. « Je ne me suis pas senti le droit de décider seul ce que je devais en faire... »

Je devrais être honoré, j'imagine. Je ravale ça. Je vais trop mal pour m'offrir une engueulade en règle.

« Et puis, je me suis dit que tout ce qui avait pu appartenir à Regulus pouvait nous aider à comprendre... », il ajoute.

« A comprendre quoi ? », j'arrive à articuler – j'ai des ressources insoupçonnées finalement.

« Qui est Nero Malefoy ? » il propose.

Comme je ne dis rien, il reprend : « Je veux dire... Nous savons vraiment peu de choses sur Regulus... Il y a peut-être là-dedans des choses qui pourront nous aider... à comprendre comment Nero peut autant lui ressembler physiquement... »

Je hoche prudemment la tête mais je ne fais pas un geste pour autant.

« Ça ne te dérange pas de regarder des objets qui ont pu leur appartenir ? » - il s'enquiert soudain tout doucement. Je croise son regard attentif et j'ai très envie de me coller contre lui, de lui demander de me protéger une fois de plus contre les autres et contre moi-même. Un pas, et il me prend dans ses bras :

« Excuse-moi ! Je ne pensais pas... Dora avait raison, cette maison est le pire endroit où je pouvais t'amener en ce moment ! Je ne me rendais pas compte ! Tu vas rentrer ! », il décide.

« Quoi ?! »

« Je peux assumer que tu me trouves directif, Cyrus, pas d'avoir l'impression de te torturer ! »

Mes yeux tombent sur le carton. De quoi est-ce que j'ai peur ? Sirius et tous ses souvenirs sont déjà en moi. Et Regulus... Papa a raison, je ne sais rien ou presque à propos de lui. Peut-être qu'en effet, je verrais enfin les différences entre lui et Nero, j'espère soudain. Et je tends la main.

« Tu n'es absolument pas obligé ! », intervient Papa.

« Je sais », je réponds calmement, en le regardant droit dans les yeux. « Et, je ne suis pas sûr de te trouver si directif que ça », j'ajoute, parce que, à l'inverse d'Harry avec qui j'en ai déjà parlé, ça ne m'a jamais réellement gêné ; plutôt rassuré.

« Vraiment ? »

« Tu le sais », je rétorque en haussant les épaules, parce que je suis aussi plus imperméable que mon grand frère aux crises de culpabilité de mon père adoptif. Et sans attendre plus, je m'assois à côté du carton et l'ouvre résolument.

OOOOOOOOOOOOOOOO

La suite s'appelle De vrais sourires d'enfants - L'intrigue y avance beaucoup, l'air de rien (comme dans celui-là, hein, y'a de quoi faire, non ?) Remus, logiquement, prend la suite de la narration...